Le temps n’est pas encore venu de procéder à la désignation des Futurs Hôtes des prochaines éditions des Jeux d’été. Néanmoins, le Comité International Olympique (CIO) pourrait, en fonction des circonstances, renouveler le principe de double attribution qu’il avait adopté pour 2024-2028, puis pour 2030-2034.

Au cours du printemps 2024, dans la foulée de l’allumage de la flamme olympique des Jeux de Paris 2024, le Président du CIO s’était félicité de l’intérêt exprimé à travers le monde pour l’organisation du plus grand événement sportif international.
Thomas Bach avait notamment déclaré avec tout de même une légère prudence :
Nous n’avons jamais été dans une position aussi favorable.
Nous n’avons jamais vu un tel intérêt pour l’accueil des Jeux Olympiques.
[…] Nous sommes maintenant à 12 ans de ces Jeux [de 2036], il est donc bien trop tôt pour commenter ces marques d’intérêt.
Sans énoncer ni l’identité des postulants, ni même leur nombre – seulement le fait que ce nombre serait composé de deux chiffres à ce stade – le Président de l’institution olympique faisait ainsi le constat d’une attractivité retrouvée pour les Jeux d’été.
Thomas Bach l’avait d’ailleurs déjà mentionné un an auparavant au détour d’une visite en Chine. Comme il l’avait à l’époque affirmé :
[Nous avons] déjà un nombre à deux chiffres de Comités Nationaux Olympiques ou de régions intéressés qui souhaitent organiser les Jeux Olympiques en 2036.
Il reste encore du temps [avant l’attribution des Jeux].
Nous aurons peut-être une meilleure idée de ce à quoi ressemblera le monde en 2036 qu’en ce moment même.
Un motif de satisfaction d’autant plus appréciable que ladite attractivité survient après plusieurs années d’incertitudes eu égard aux retraits divers de candidatures pour des raisons politiques ou économiques en plein processus, et plus largement, à un nombre de prétendants moins nombreux sur la ligne de départ.
Si cette tendance n’était pas nouvelle sur la scène des Jeux d’hiver, elle s’est peu à peu installée sur celle des Jeux d’été, témoignant tout aussi bien des réserves exprimées par les édiles municipaux face aux coûts potentiels de l’événement, sans compter aussi les doutes quant à la réussite de candidats pourtant persévérants.
Au fil des années par exemple, Madrid (Espagne) a ainsi quitté les starting-blocks, douchée par ses trois échecs consécutifs pour 2012, 2016 et 2020, de même qu’Istanbul (Turquie) qui, malgré une détermination sans faille, est restée sur cinq déconvenues (2000, 2004, 2008, 2012 et 2020).
Aussi, lorsque Paris (France) et Los Angeles (Californie, États-Unis) – cette dernière ayant pris la suite de Boston (Massachusetts, États-Unis) initialement sélectionnée par les autorités olympiques américaines – se sont retrouvées en face à face dans la course aux JO 2024 après les retraits successifs de Hambourg (Allemagne), Rome (Italie) et Budapest (Hongrie), le CIO a pris la mesure du défi auquel il se devait de répondre pour enrayer la crise et surtout bâtir un nouveau modèle.
Dès lors, les trois parties en présence ont eu la lucidité de se mettre d’accord sur le principe d’une double attribution, Paris souhaitant obtenir l’édition 2024 dans un souci de parallèle avec les derniers Jeux d’été organisés en France en 1924, Los Angeles jouant stratégiquement la carte de 2028 en négociant un partenariat inédit.

Il revenait toutefois au CIO d’établir pour la suite une procédure entièrement repensée pour assurer la désignation des Futurs Hôtes des Jeux, tant pour les Jeux d’hiver que pour les Jeux d’été.
Délaissant par conséquent le calendrier de deux ans de campagne, avec d’abord un système de requérance puis un processus de candidature et pour ce dernier, les visites de la Commission d’Évaluation et la publication d’un rapport à destination des membres du CIO, l’institution olympique a fait le choix d’ouvrir largement ses portes, invitant les prétendants potentiels à entrer en phase de dialogue continu ou permanent.
De ce dialogue doit ensuite aboutir un dialogue ciblé, préalable à l’attribution effective des Jeux, le principe étant ici de discuter avec les candidats de la meilleure option possible dans l’intérêt des territoires et du CIO.
Ce processus décisionnel a de facto conduit dès le printemps 2021 à la sécurisation du projet de Brisbane (Queensland, Australie) pour les JO 2032 et à la désignation dudit projet en marge des Jeux de Tokyo 2020 à l’été 2021, à l’issue d’une campagne éclair qui a cependant laissé sur leur faim d’autres compétitrices comme l’Inde, le Qatar, l’Indonésie ou encore la Hongrie et l’Allemagne.
Pour l’institution de Lausanne (Suisse), ce choix lui permettait de pouvoir se donner une marge de manœuvre en s’assurant de la présence des Hôtes désignés pour toutes les échéances estivales entre 2024 et 2032.
Depuis, le CIO a pu apprécier la mise en œuvre de ce nouveau modèle de sélection auprès des candidates aux Jeux d’hiver et ce, même si le processus a été bouleversé par les contraintes rencontrés au fil des mois, rappelant à bien des égards les écueils des dernières années.
Tout en faisant la promotion de son Agenda 2020, puis de l’Agenda 2020+5 et de la Nouvelle Norme – les trois réformes majeures menées depuis une décennie sous la présidence de Thomas Bach – le CIO a en effet dû affronter les retraits de Vancouver (Colombie-Britannique, Canada), de Barcelone (Espagne) et de Sapporo (Japon), mais a aussi dû s’adapter face aux hésitations des candidates encore en lice que furent Salt Lake City (Utah, États-Unis), disponible pour 2030, mais préférant 2034 pour des raisons marketing, conséquence directe de la proximité calendaire avec LA 2028, et Stockholm (Suède) où les échelons institutionnels devaient être rassurés et convaincus après les tentatives infructueuses du passé.
Avec l’entrée en piste – souhaitée – des Alpes françaises dans la course aux Jeux d’hiver, le CIO a pu s’extirper d’une situation peu confortable à partir de l’été 2023, intégrant la candidature tricolore et la candidature américaine dans la phase de dialogue ciblé dès le mois de décembre suivant et ce, afin de procéder à une double attribution pour 2030 et 2034.

A l’avant-veille de la Cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024, les deux candidatures ont d’ailleurs pu franchir simultanément la ligne d’arrivée, la France obtenant les JO 2030 – avec des réserves quant aux garanties à fournir – et les États-Unis empochant l’édition 2034.
D’une certaine façon, une réorchestration du scénario 2024-2028 avec les mêmes pays concernés et, de surcroît, un désir de sécuriser le modèle olympique pour les années à venir.
Comme l’a expliqué Jacqueline Barrett, Directrice des Futurs Hôtes au sein du CIO, dans une interview accordée à l’agence Reuters, ce mardi 06 août 2024 :
Nous n’avions pas l’intention de procéder à une double attribution.
Si des circonstances particulières se présentent, il faut savoir saisir les opportunités. Nous nous trouvions ici dans une situation avec deux grands projets, et nous avons pensé que nous ne voulions pas les laisser tomber.
[…] Cela offre une sécurité pour l’avenir, pour les athlètes, pour le Mouvement olympique, pour les partenaires.
Aussi, à l’aune de cette déclaration, transparaît à l’évidence la question de l’attribution des futures échéances olympiques et paralympiques.
Les Jeux d’hiver répondront dans les prochaines années à des contraintes propres liées aux conséquences du réchauffement climatique, et le CIO se penche sur cette problématique avec potentiellement la mise en place d’un système de rotation entre des territoires déjà auréolés des années olympiques. Quant aux Jeux d’été, le CIO va essayer d’attirer vers lui des candidats anciens ou nouveaux en privilégiant toujours le dialogue et en assurant surtout à ces derniers une confidentialité.
Car contrairement à l’ancienne mouture, la procédure actuelle permet à des candidats d’avancer masqués jusqu’à l’établissement d’un dialogue ciblé. Ce qui explique en grande partie le fait que le Président du CIO puisse évoquer un nombre de candidats à deux chiffres sans pour autant en dévoiler l’identité.
Mais même si les Jeux d’été peuvent offrir de plus grandes opportunités à l’institution olympique que les Jeux d’hiver pour lesquels un nombre de plus en plus restreint de territoires en capacité de recevoir et d’organiser les épreuves se fera jour, le CIO pourrait bien à nouveau avoir recours au principe de double attribution, pas nécessairement d’ailleurs en raison d’un duel de candidats, mais avant tout afin de sécuriser plus encore les Jeux et l’économie de ces derniers.
Ainsi que l’a précisé Jacqueline Barrett à ce stade des discussions plus ou moins formelles menées avec les candidats :
Cela dépendra beaucoup des projets.
Je pense que le CIO ne fermerait pas la porte à [une double attribution], mais ce n’est pas non plus une réponse automatique.

Le CIO se laissera en tout cas le temps nécessaire pour étudier les forces en présence et pour statuer in fine sur les meilleures dispositions à adopter, notamment en sachant que des candidats pour 2036 sont aussi susceptibles de se positionner sur 2040, à l’instar de l’Égypte, offrant une plus grande souplesse quant aux décisions à prendre.
Selon toute vraisemblance, la désignation du Futur Hôte pour 2036 – avec ou non celui pour 2040 – ne devrait pas intervenir avant 2026-2027, le CIO étant aujourd’hui focalisé sur les Jeux en cours et les prochains en préparation, en particulier Milan-Cortina 2026 et LA 2028.
A l’heure actuelle, l’Inde apparaît comme une candidate déterminée avec un projet englobant Ahmedabad et une partie de l’État du Gujarat.
Le Qatar est également intéressé, après ses deux échecs (2016-2020) et sa tentative avortée pour 2032. Il en est de même pour l’Indonésie, la Corée du Sud et la Turquie désireuse de réussir enfin son pari d’amener les Jeux à cheval sur deux continents. L’Arabie Saoudite pourrait quant à elle vouloir surfer sur l’obtention récentes d’événements internationaux et sur son nouveau partenariat avec le CIO pour l’accueil des premiers Jeux Olympiques de l’e-sport.
Ailleurs dans le monde, le Chili a récemment démontré un intérêt certain pour les Jeux après le succès de l’organisation des Jeux Panaméricains en 2023. Le Mexique, qui avait un temps songé à viser 2036, s’est pour l’instant mis en retrait, mais sans qu’une candidature pour 2040 ne soit totalement à exclure.
En Europe, outre la Hongrie avec Budapest, l’Allemagne a fait savoir que l’échéance 2040 constituait un objectif en lieu et place d’une édition 2036 pouvant faire écho aux controversés Jeux de Berlin 1936. Le Royaume-Uni pourrait aussi être de la partie pour 2040 avec une candidature de Londres qui, en cas de succès, deviendrait la première Ville Olympique à accueillir les Jeux d’été pour la quatrième fois après 1908, 1948 et 2012. En Espagne, après l’abandon de Barcelone pour les Jeux d’hiver, l’idée d’un retour d’une candidature madrilène pourrait faire son chemin pour 2036. La Pologne pourrait aussi vouloir jouer des coudes, désireuse de faire fructifier l’héritage des Jeux Européens 2023.
Il ne faudrait pas non plus négliger une éventuelle candidature de l’Afrique du Sud pour 2040 alors qu’une réflexion du think-tank CT2040 est en mouvement en ce sens sur Le Cap, ni un nouveau projet en provenance de la Chine qui a su s’imposer comme un partenaire de choix pour le CIO et qui, par-delà Pékin, pourrait proposer d’autres villes pour porter le flambeau des Jeux.
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