Dans sa quête des Jeux, l’Allemagne se dirige vers une candidature à l’organisation d’une édition estivale. Si l’échéance de 2036 fut un temps envisagée, les autorités préfèrent finalement s’orienter vers un appui pour un projet porté sur 2040 qui coïncidera alors avec le 50e anniversaire de la réunification du pays.

Au cours des dernières années, la Confédération Allemande des Sports Olympiques (DOSB) avait souhaité installé une nouvelle méthodologie pour penser une nouvelle candidature à l’organisation des Jeux, sans se limiter sur une échéance prédéfinie, une saisonnalité, ni même sur une ville ou un territoire.
Aussi, après la mise en place d’une feuille de route en fin d’année 2022, l’instance olympique avait par la suite acté un processus destiné à formaliser le cas échéant une candidature aux Jeux d’été (2036 ou 2040) ou aux Jeux d’hiver (2038 ou 2042).
Plusieurs réunions et discussions avec les pouvoirs publics ont dès lors été engagées, sans compter aussi une introspection sur les raisons des échecs passés, notamment Hambourg 2024 pour ne citer que la dernière tentative infructueuse du pays sur la scène internationale. La nouvelle mouture de la procédure entourant la sélection des Futurs Hôtes des Jeux a par ailleurs été étudiée, le DOSB étant soucieux de suivre avec attention le développement de la concurrence et l’appréciation générale du Comité International Olympique (CIO).
En parallèle de ce travail, le DOSB a aussi pu constater l’intérêt de territoires désireux de s’associer à l’ambition olympique et paralympique pour permettre un retour des Jeux en Allemagne, la dernière édition organisée in situ remontant aux Jeux de Munich 1972. En fin d’année 2023, un Protocole d’accord fut ainsi conclu entre le DOSB et le Sénat de Berlin pour contribuer à cet effort global.

En cet été 2024, une nouvelle étape déterminante a été franchie en marge des Jeux Olympiques de Paris 2024.
Vendredi 02 août 2024, Nancy Faeser, Ministre fédérale allemande de l’Intérieur, par ailleurs chargée des Sports, a de facto signé une déclaration commune avec le DOSB pour soutenir et encourager une candidature de l’Allemagne pour les JO 2040.
Depuis la German House positionnée dans le cadre des Jeux parisiens, la Ministre – qui avait plaidé dès le printemps 2023 pour une candidature – a notamment affirmé :
Nous voulons un autre match à domicile pour nos athlètes allemands.
Le gouvernement fédéral est uni pour une nouvelle candidature allemande aux Jeux Olympiques et Paralympiques.
Nous voulons saisir les formidables opportunités qu’offrent les Jeux Olympiques pour renforcer notre cohésion sociale, stimuler notre économie et élever le sport.
Nous voulons utiliser les meilleurs stades et installations sportives que notre pays a à offrir. Plutôt que de dépenser beaucoup d’argent pour construire de nouvelles arènes, nous misons sur la durabilité.
Avec ce discours volontariste, les autorités allemandes confirment l’orientation d’une candidature multi-sites qui pourrait mobiliser bien au-delà de la seule capitale fédérale, Berlin.
A ce jour, les Länder de Rhénanie du Nord-Westphalie – qui avait un temps songé à une candidature pour 2032 – et de Bavière se sont engagés au travers d’un Protocole d’accord identique à celui ratifié par Berlin. Les villes de Düsseldorf et Hambourg ont également fait de même, tout comme Leipzig, candidate aux JO 2012, et Munich, candidates à deux reprises pour les Jeux d’hiver (2018 et 2022).
Comme l’a par ailleurs déclaré Nancy Faeser :
Nous sommes actuellement à Paris et constatons comment les Jeux inspirent des millions de personnes et les rassemblent pacifiquement. Et c’est exactement ce que nous venons de démontrer avec l’EURO masculin de football : l’Allemagne est une nation sportive et un hôte formidable.
Je suis certaine qu’avec la Confédération Allemande des Sports Olympiques et les villes et Länder concernés, nous lancerons une candidature forte.
Ce soutien formalisé par le gouvernement fédéral se traduit dès à présent par l’octroi d’une enveloppe budgétaire qui sera destinée à accompagner les efforts du DOSB pour qui les discussions vont prochainement s’intensifier avec le CIO.
Concrètement, entre 2024 et 2027, le gouvernement consacrera 6,95 millions d’euros pour la candidature afin de permettre l’installation d’une stratégie et pour financer aussi les études de faisabilité, notamment en ce qui concerne la mobilisation de sites existants adaptés à la réception d’un événement de la dimension des Jeux.
Du côté du DOSB, l’appui gouvernemental intervient à un moment charnière.
L’instance olympique allemande entend en effet profiter de la dynamique des Jeux de Paris 2024 pour accélérer le tempo autour d’une future candidature, comme le font d’ailleurs des territoires déjà déclarés comme l’Inde ou le Qatar.
Ainsi que l’a en tout cas exposé avec satisfaction Thomas Weikert, Président du DOSB, alors qu’une finalisation de la candidature est désormais prévue d’ici la fin de l’année 2024 ou, au plus tard, début 2025 :
Nous sommes soulagés et heureux que les discussions intensives à différents niveaux au cours des derniers mois aient porté leurs fruits.
La signature de la déclaration commune et l’engagement clair et transpartisan du gouvernement fédéral et de la Chancellerie en faveur de la candidature allemande sont un message important et motivant, tant en Allemagne qu’à l’étranger.

Sauf retournement de situation, l’Allemagne devrait donc se positionner sur un projet olympique et paralympique pour l’édition 2040, écartant ainsi la problématique d’une candidature pour 2036 qui aurait immanquablement renvoyer au centenaire des Jeux de Berlin 1936.
En lieu et place de cette entreprise hasardeuse, les autorités s’engagent sur une échéance plus consensuelle qui ferait de surcroît écho à la chute du Mur de Berlin et à la réunification du pays. En choisissant 2040, le gouvernement entend ici célébrer le 50e anniversaire de ce double événement marquant pour l’Allemagne, pour l’Europe et pour le monde. Tout un symbole.
Il convient néanmoins de souligner qu’en poursuivant un tel calendrier, l’Allemagne pourrait in fine se retrouver en confrontation avec le Royaume-Uni, et plus particulièrement une nouvelle candidature de Londres. Souhaitée par le Maire de la capitale britannique réélu pour un troisième mandat au printemps dernier, une candidature londonienne pourrait être redoutable pour toute concurrente internationale.
En cas de positionnement en ce sens et surtout de succès auprès des membres du CIO, Londres deviendrait la première Ville Olympique quadruple organisatrice des Jeux après les éditions de 1908, 1948 et 2012 dont l’héritage perdure.
Si aucune indication n’a pour l’heure émergé, il ne faudrait pas non plus négliger le possible retour sur le devant de la scène olympique de Madrid.
La capitale espagnole – déjà trois fois candidate aux Jeux (2012, 2016, 2020) – pourrait le cas échéant frapper à la porte du CIO, si les conditions sont réunies et même si la fenêtre de tir pour 2036 n’est pas à écarter.
Au-delà du continent européen et sans présager de la décision future pour l’attribution des JO 2036 par le CIO, la candidature allemande pourrait par ailleurs se retrouver opposée à une éventuelle candidature en provenance du continent africain, sachant que le territoire accueillera les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026.
Pour l’édition 2040, une potentielle candidature de l’Afrique du Sud pourrait placer le continent sur une piste dont il n’a encore jamais atteint la ligne d’arrivée en dépit de certaines tentatives parmi lesquelles Le Cap (Afrique du Sud) pour 2004 et Le Caire (Égypte) pour 2008.
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