JO 2036 : L’Égypte regarde à son tour en direction des Jeux

Dans la dynamique de l’aménagement de la nouvelle capitale administrative, située à 45 kilomètres à l’Est du Caire, l’Égypte entend aujourd’hui faire émerger un projet olympique et paralympique ambitieux en visant l’échéance de 2036.

Visuel du projet de complexe sportif imaginé en périphérie du Caire à la fin des années 2000 (Crédits – AS+P)

Désireuse de conserver son rang de puissance régionale de premier ordre au Nord de l’Afrique, tout en développant ses capacités et ses relations à l’échelle internationale, l’Égypte est engagée depuis plusieurs années maintenant dans de vastes programmes de modernisation.

Cela passe par une relance de l’activité touristique – qui est l’un des poumons de l’économie du pays derrière le stratégique Canal de Suez – après les années chaotiques ayant suivi la Révolution du printemps 2011. Cela passe aussi par la mise en œuvre de chantiers colossaux dans le domaine des transports, de l’énergie ou encore de l’urbanisme.

Sur ce dernier point, le gouvernement du Président Abdel Fattah al-Sissi mobilise nombre d’entreprises égyptiennes et étrangères dans l’édification d’une nouvelle capitale administrative. Située à environ 45 kilomètres à l’Est du Caire, cette ville nouvelle est pensée comme une oasis des temps modernes en plein désert, destinée à désengorger une capitale historique parmi les villes les plus densément peuplées du continent africain, avec plus de 10 millions d’habitants intra-muros et même plus de 21 millions si l’on considère l’agglomération dans son ensemble.

Pour preuve du gigantisme du projet présidentiel, la nouvelle cité devrait s’étendre sur pas moins de 730 kilomètres carrés, avec un plan de construction en trois étapes pour installer les administrations-clés – dont la Présidence, les Ministères et le Parlement – et toutes les structures importantes qui concourent à la vie économique, sociale et religieuse du pays.

En 2019, le Président al-Sissi y avait notamment inauguré la mosquée Al-Fattah al-Alim, de même que la nouvelle cathédrale orthodoxe copte d’Égypte, plus grande église du Moyen-Orient. Depuis, les chantiers se sont multipliés avec l’appui de l’armée et de milliers d’ouvriers, que ce soit pour l’aménagement de gratte-ciels, de quartiers résidentiels, d’hôtels, de bureaux et de services variés (universités, hôpitaux, palais des congrès, etc.) sans compter également l’émergence d’une cité sportive à l’ambition internationale.

Visuel du Stade Olympique en cours de construction dans la nouvelle capitale administrative égyptienne (Crédits – Orascom Construction)

Sur le modèle de ce qui fut projeté il y a une dizaine d’années, l’Égypte se prépare ainsi à disposer d’un nouveau stade monumental de plus de 90 000 places, soit l’une des jauges les plus importantes du continent, et d’un complexe multi-sports parmi les plus vastes du Moyen-Orient.

Outre le grand stade en cours de construction selon les plans de l’entreprise « Orascom Construction » – à qui l’on doit le Grand Musée Égyptien sur le plateau de Gizeh, dans la perspective des mythiques pyramides – le complexe doit également comprendre une arène de 15 000 places, un centre aquatique équipé de trois bassins, ou encore un centre de tennis. Le complexe devrait aussi être doté d’une arène complémentaire de 8 000 places, d’un centre d’équitation et d’un centre de tir. Un Village Olympique destiné à la réception de sportifs de haut-niveau en stages dans les futurs bâtiments ou lors de compétitions internationales, doit par ailleurs sortir de terre pour compléter l’immense dispositif.

Sur la base de ce projet baptisé « Egypt International Olympic City » et des équipements déjà existants au Caire et dans sa région, les autorités égyptiennes ont en tout cas fait savoir en ce début d’année 2022 qu’elles souhaitaient désormais viser l’organisation de grands événements.

Une stratégie évidemment décidée en haut lieu. Si le pays a récemment obtenu le droit d’organiser les Jeux Africains de la Jeunesse de 2022, l’événement-phare que l’Égypte désire amener pour la première fois de l’histoire sur le sol africain n’est autre qu’une édition des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été.

Bien que l’échéance de 2036 puisse apparaître comme prématurée pour un pays où les problèmes économiques, sociaux et sécuritaires demeurent majeurs, la récente déclaration du Ministre égyptien chargé de la Jeunesse et des Sports démontre une totale détermination du pouvoir en place à faire de l’Égypte une grande nation de sports au cours des quinze prochaines années.

Comme l’a ainsi affirmé Ashraf Sobhi au cours d’un entretien pour Sky News Arabia :

[L’Égypte] travaille actuellement à la préparation d’un dossier complet qui sera soumis au Comité International Olympique.

Le Ministre a par suite précisé qu’il avait évoqué l’ambition du pays avec Mustapha Berraf, Président de l’Association des Comités Nationaux Olympiques d’Afrique (ACNOA) qui aurait en retour fait part de son soutien à l’égard de l’initiative égyptienne.

Vue du chantier de l’Egypt International Olympic City, avec notamment le centre d’équitation et le centre aquatique (Crédits – GAMA Construction)

Avec ce projet de candidature, l’Égypte espère concrétiser un projet vaguement abordé pour 2032, mais surtout faire oublier son dernier échec sur la scène olympique. A l’aube des années 2000, Le Caire avait en effet été recalé au stade de la requérance par le CIO dans la course à l’organisation des JO 2008 finalement attribués à Pékin (Chine).

Le contexte international était tout autre, la situation économique et politique du pays aussi.

A l’époque, l’Égypte restait déjà sur trois précédentes tentatives infructueuses, d’abord pour l’édition 1916, puis pour les éditions 1936 et 1940, à chaque fois avec une candidature menée par Alexandrie, célèbre cité égyptienne située au bord de la Méditerranée.

Pour ces trois échéances, la ville portuaire n’était pas parvenue à rivaliser avec les lauréates du moment que furent Berlin (Allemagne) pour 1916 et 1936, et Tokyo (Japon) pour 1940. L’histoire décida néanmoins de l’annulation de la première et de la troisième date.

Pour 2008 en revanche, les autorités égyptiennes firent le choix de se tourner vers Le Caire pour porter les couleurs de tout un pays, soucieux d’inscrire son nom au Panthéon des Villes Olympiques. Néanmoins, plusieurs écueils ont rapidement placé la candidature en position de faiblesse, d’autant plus face à des concurrentes expérimentées comme Paris (France) et Toronto (Canada), ou en pleine dynamique internationale comme Pékin, éliminée pour les JO 2000 par Sydney (Australie).

Dans son Rapport pour l’acceptation des candidatures à la Commission Exécutive, le Groupe de travail du CIO avait ainsi soulevé les nombreux défis se présentant alors au Caire et à l’Égypte, pointant en outre un projet peu détaillé sur certains aspects voire même brouillon.

Parmi ces éléments problématiques, l’instance avait notamment ciblé l’aspect environnemental du projet. Comme le mentionna le Rapport :

Le Caire est confronté à d’énormes défis environnementaux. Les Jeux Olympiques pourraient offrir une excellente opportunité de s’attaquer à ces problèmes écologiques, mais le dossier de la ville n’y attache qu’une attention limitée.

[…] L’organisation des Jeux pourrait entraîner une amélioration des transports publics et une pollution moindre par les carburants. En raison des conditions de chaleur désagréables pouvant être enregistrées à l’époque de l’année prévue pour les Jeux, Le Caire propose de les organiser entre la mi-septembre et octobre.

Dans le détail, la candidature égyptienne proposait la tenue des Jeux (13 septembre au 1er octobre 2008) au sein d’un noyau principal aménagé pour l’accueil de 24 sports, mais aussi du Stade Olympique et du Centre des Médias, près du Caire. Ce cluster sportif aurait été implanté à une quinzaine de kilomètres du Village des Athlètes imaginé pour recevoir jusqu’à 20 000 participants, ainsi que du Village des Médias de 8 000 places.

Les épreuves de voile auraient été localisées à Alexandrie, à 260 kilomètres au Nord du Caire, tandis que l’aviron et le canoë-kayak auraient pris place à Ismalya à 150 kilomètres de la capitale. Les compétitions de tir, quant à elles, auraient été installées à 45 kilomètres du centre des Jeux.

L’aménagement nécessaire aurait alors été pris en charge et sécurisé par le gouvernement, avec la promesse d’une livraison des infrastructures pour la fin de l’année 2006 et l’engagement parallèle d’un non-accroissement de la fiscalité et ce, malgré une feuille de route particulièrement dense pour moderniser les équipements stratégiques directement et indirectement liés aux Jeux (transports, hébergement du public et des officiels, etc.).

Malgré les ambitions du projet, le Groupe de travail du CIO recommanda d’écarter la candidature du Caire, le 18 août 2000. Ainsi qu’il l’exposa dans les conclusions de son Rapport :

Compte-tenu de l’ensemble des informations soumises par les dix Villes Requérantes, ainsi que de l’opinion exprimée par les différents experts et par l’ensemble de ses membres, le Groupe de travail a abouti à la conclusion unanime que la note globale moyenne obtenue par six Villes Requérantes – Istanbul, Kuala Lumpur, Séville, Bangkok, Le Caire et La Havane – est inférieure à la valeur de référence de 6.

Cela ne signifie en aucun cas que ces villes ne possèdent pas la capacité potentielle d’accueillir les Jeux Olympiques à une date ultérieure.

Si ces villes – ou toute ville non acceptée comme candidate par la Commission Exécutive du CIO – sont toujours intéressées par l’organisation des Jeux Olympiques à une date ultérieure, le Groupe de travail leur recommande vivement de consulter l’administration du CIO avant d’exprimer publiquement leur intérêt. Le CIO mettra tout en œuvre pour les conseiller et les aider.

Ce jour-là, le Groupe de travail donna en revanche son aval pour l’acceptation des candidatures de Pékin, Osaka (Japon), Paris et Toronto. Peu après, le 28 août 2000, la Commission Exécutive fit le choix de repêcher Istanbul.

Presque vingt-deux ans plus tard, le propos du Groupe de travail peut résonner comme un encouragement qui a judicieusement été pris au vol par les autorités égyptiennes aujourd’hui en place. L’annonce d’une candidature intervient en outre quelques semaines après l’appel du pied lancé par le Président du CIO en personne, concernant son souhait de voir émerger une candidature africaine à horizon 2036-2040.

Vue de la Maison Olympique, siège du CIO à Lausanne, Suisse (Crédits – IOC / Greg Martin)

Si les défis demeurent importants pour Le Caire, un projet porté pour 2036 devra immanquablement être perçu comme un galop d’essai avant 2040. Ces deux échéances s’annoncent quoiqu’il en soit très disputées et ce, après plusieurs années de relatives disettes de candidatures.

Pour le CIO, l’afflux continu de prétendantes est ainsi une excellente nouvelle et une opportunité à saisir pour vanter les bienfaits des dernières réformes olympiques engagées.

A ce stade, la Hongrie avec Budapest a déjà fait part de son intérêt pour 2036, tout comme l’Indonésie. Le Qatar devrait aussi être de la partie, de même que l’Inde – même si 2040 paraît plus réaliste – ou encore la Turquie avec Istanbul.

La Corée du Sud avec Séoul pourrait également venir s’inviter autour de la table après son idée ayant fait long feu d’un projet conjoint avec le Nord et Pyongyang, tandis que l’Espagne pourrait être tentée de lancer Madrid dans la course en cas d’échec de son projet pour les Jeux d’hiver de 2030.

Il ne faut pas oublier par ailleurs les intentions de la Russie, où plusieurs villes sont actuellement testées par les autorités, parmi lesquelles Saint-Pétersbourg et Moscou.

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