Dans le cadre d’une vaste étude documentée, le think-tank « Cape Town 2040 » (CT2040) estime qu’une éventuelle candidature olympique et paralympique du Cap (Afrique du Sud) pourrait profiter de 84 à 85% de sites existants ou temporaires. De quoi poursuivre la réflexion quant à l’ambition sud-africaine pour organiser à l’avenir une édition des Jeux.

Après sa candidature à l’organisation des Jeux d’été de 2004, Le Cap et l’Afrique du Sud seront-ils à nouveau au rendez-vous pour un prochain projet d’accueil de l’événement planétaire pour la décennie 2040 ?
Si officiellement, aucune démarche en ce sens n’a pour l’heure été engagée, le think-tank Cape Town 2040 travaille minutieusement depuis plusieurs années pour étudier et identifier les forces et faiblesses d’une telle entreprise qui nécessiterait immanquablement l’investissement des pouvoirs publics et du monde sportif sud-africain, mais également une mobilisation forte du secteur privé.
Aussi, au travers d’un audit des sites et installations sportives de la région du Cap, CT 2040 pose aujourd’hui ni plus ni moins que les bases d’une possible candidature et ce, même si le chemin vers la Maison Olympique à Lausanne (Suisse) est encore long.
Profitant des célébrations de la Journée Olympique, ce dimanche 23 juin, et à un peu plus d’un mois de l’ouverture des Jeux de Paris 2024, le think-tank publie ainsi une étude de 60 pages dans laquelle il décortique les sites en présence sur le territoire du Cap et ses alentours pouvant répondre aux exigences des Jeux.
Mais au-delà de la seule identification des installations sportives, CT2040 a surtout souhaité considérer des paramètres pris en compte par le Comité International Olympique (CIO) et les instances sportives internationales.
D’ailleurs, l’étude publiée semble calquée sur le modèle des études de faisabilité éditées par l’institution de Lausanne à l’aune de la procédure de dialogue continu avec les territoires intéressées par la perspective des Jeux. CT2040 pousse même le curseur plus loin encore, en prenant en compte divers scénarios sportifs, avec une contingence de sports limitée au programme initial des Jeux d’été, soit 28 sports, ou davantage orientée vers un schéma similaire à celui de Los Angeles 2028 qui installera dans quatre ans un nombre record de sports.

In fine, l’étude réalisée révèle Le Cap et ses environs pourraient mobiliser 84 à 85% de sites existants ou temporaires au regard des standards olympiques, avec aussi bien des infrastructures sportives parfaitement identifiables, mais également des secteurs susceptibles d’offrir un panorama spectaculaire sur le territoire entre mer et montagnes.
Dans le détail, jusqu’à 25 sites existants pourraient être mobilisés dans l’optique d’une candidature aux JO 2040, dont 9 nécessiteraient des aménagements pérennes importants, et 6 sites seraient temporaires.
Pour compléter enfin ce dispositif dont la majeure partie repose sur la zone métropolitaine du Cap et les régions de Stellenbosch et Paarl, jusqu’à 6 sites seraient à construire avec l’idée de pouvoir laisser ces derniers en héritage pour le territoire et la population.
Comme l’a exposé Rashiq Fataar, Directeur de Our Future Cities et cheville ouvrière de CT2040 avec Guy Briggs, Responsable du design urbain au sein du Cabinet dhk Architects :
L’Agenda 2020+5 du CIO et le processus de sélection du Futur Hôte des Jeux offrent à des régions comme Le Cap un monde d’opportunités pour accueillir des Jeux Olympiques plus durables.
Cette étude trace la voie vers un tel modèle, dans lequel l’utilisation de sites existants de haute qualité et superbes amphithéâtres naturels pour le sport garantit que la durabilité, l’inclusivité et l’innovation sous-tendent une candidature future.

Mais en parallèle du foisonnement de sites existants ou temporaires disponibles sur la région du Cap, l’étude met aussi le doigt sur le déficit d’infrastructures pour des sports olympiques parmi les plus populaires comme l’athlétisme, la gymnastique ou les compétitions par équipes (basketball, volleyball, handball).
En ce sens, CT2040 estime qu’il manque à ce stade trois enceintes couvertes majeures d’une capacité comprise entre 10 000 et 12 000 sièges.
Se fondant sur l’expérience d’Olympiades passées, l’étude préconise ici l’aménagement de structures temporaires ou, si cela n’était pas techniquement envisageable, ou si un besoin sportif était révélé, l’agencement d’arènes pérennes.
Outre ces trois installations manquantes, l’étude pointe également la carence d’une ou deux enceintes de taille intermédiaires, soit une jauge fixe de 6 000 places. Là-encore, CT2040 avance la possibilité de concevoir des installations démontables ou édifiées de façon à laisser un héritage permanent sur le territoire.
Il en est d’ailleurs de même pour le stade d’athlétisme qui, d’une capacité comprise entre 40 000 et 50 000 places, pourrait être provisoire ou modulable en partie dans un souci de durabilité sur le plan économique et logistique.

A ce stade en tout cas, pour bâtir une candidature compétitive, trois zones distinctes ont été identifiées autour de sites déjà opérationnels avec ou sans travaux permanents, ou avec la possibilité d’établir des sites démontables, à savoir la zone du Cap, la zone de Stellenbosch et Paarl et enfin la zone de la Province du Cap-Oriental.
Sur la première – qui comprendrait la très large majorité des infrastructures sportives – plusieurs noyaux concentrés peuvent être distingués, l’ensemble offrant néanmoins une certaine homogénéité et interconnexion.

Ainsi, le secteur du front de mer et de Green Point fourniraient quatre sites.
Le Cape Town Stadium serait, avec ses 55 000 places, le théâtre légitime des finales de football et des matchs de rugby à 7. Non loin de là, le Green Point Stadium – édifié en 1897 et reconstruit en 2013 – serait transformé de manière éphémère en un site dédié au BMX freestyle (4 500 places).
Sur le site de Green Point et Victoria & Albert Watefront, un stade temporaire de 2 500 places permettrait d’installer les épreuves de triathlon ainsi que de natation en eau libre. Pour sélectionner ce site, CT2040 s’est notamment fondé sur l’expérience de la Coupe du Monde de triathlon 2019 et plus récemment de la RSAWEB Cape Town Triathlon 2023, le secteur étant par ailleurs l’un des points de passage du marathon du Cap.
Toujours sur ce périmètre géographique, le Cape Town International Convention Center pourrait abriter au sein de ses pavillons les compétitions d’escrime, de lutte et de judo. L’escrime profiterait alors d’une arène disposant d’une jauge de 4 000 places, tandis que les deux autres sports cités seraient installés dans une arène de 6 000 places. L’ensemble du site a été édifié en 2003 et une extension a été réalisée en 2017 pour garantir la tenue régulière d’événements, d’expositions et de congrès.
A quelques encablures de ce noyau, le Good Hope Center pourrait abriter le tournoi de badminton et la gymnastique rythmique. Disposant d’une capacité globale de 5 000 places, le site construit en 1977 doit prochainement subir une mise à niveau estimée à 35 millions de rand sud-africains, soit 1,8 million d’euros. Là-encore, l’expérience a guidé la proposition de CT2040, le site ayant notamment accueilli le South African International Gymnastics Challenge en 1995.
Offrant un panorama sur la ville et les montagnes alentours, le secteur de Cape Town City Hall et de Grand Parade serait quant à lui mobilisé pour les épreuves de cyclisme sur route (5 000 places). Les compétitions de marche et le marathon seraient également de la partie sur ce site qui a accueilli le Fan Park de la Coupe du Monde de football 2010 et, dernièrement, le Volleyball World Beach Tour 2023.
Autre composante de ce second noyau, le Hartleyvale Stadium pourrait héberger le tournoi de hockey-sur-gazon. Le site, qui a reçu la World Masters Hockey World Cup 2022, serait alors sectorisé en deux arènes, la première avec une capacité de 8 000 places – dont 6 300 temporaires – et la deuxième de 3 000 places démontables.

Parmi les autres sites présents sur Le Cap, un noyau de quatre installations abriterait respectivement le tournoi de tennis, les épreuves de tir-à-l’arc, une partie des épreuves de natation et les compétitions équestres.
Édifié en 1894 et rénové en profondeur en 2008, le Kelvin Grove Club serait susceptible d’accueillir le tennis dans un cadre offrant là-encore un panorama spectaculaire sur les environs, avec ici l’agencement de trois courts principaux démontables de 6 000 places, 4 000 places et 2 000 places.
Ce site – qui a déjà accueilli des matchs de la Coupe Davis par le passé – pourrait toutefois être concurrencé par Green Point Park, l’UCT Tennis Club ou encore les installations de la Stellenbosch University.
Pour le tir-à-l’arc, le Newlands Cricket Ground constituerait une option de choix, avec une installation temporaire aménagé sur un terrain qui pourrait tout aussi bien accueillir le cricket dans la perspective où ce sport – inclus aux JO 2028 – serait au programme des Jeux. Bien sûr, la jauge serait adaptée en fonction du sport réceptionné in situ avec 4 000 places pour le tir-à-l’arc ou 20 000 places pour le cricket.
Comme pour le tennis, des alternatives ont été identifiées par CT2040 pour répondre aux besoins, le Boland Park (10 000 places) sur le secteur de Paarl pouvant dès lors être sollicité.
Près du Newlands Cricket Ground, l’enceinte du Newlands Aquatic Center, où les tribunes de 2 000 places seraient complétées par 3 000 sièges temporaires, pourrait pour sa part servir de cadre aux épreuves de plongeon et aux matchs préliminaires du tournoi de water-polo.
Le site historique de Kenilworth Racecourse – premier site du genre en Afrique du Sud, construit en 1881 et rénové en 2023 – serait quant à lui mobilisé pour les épreuves d’équitation, avec ici une jauge de 4 000 places existantes et de 8 000 places temporaires.
Un autre noyau concentrant quatre sites est aussi présenté, englobant le secteur périphérique d’Athlone.

CT2040 propose ainsi l’enceinte Athltone Sports Stadium pour recevoir les compétitions de natation, de natation artistique, et les phases finales du tournoi de water-polo. Une jauge de 12 000 places serait agencée pour l’occasion dans ce stade construit en 1972 et ayant bénéficié d’une rénovation en 2019 après avoir été un site d’entraînement lors de la Coupe du Monde de football en 2010.
Sur le modèle de ce que préparent les organisateurs de Paris 2024 avec Paris La Défense Arena, et ceux de Los Angeles 2028 avec le SoFi Stadium, l’installation de ces épreuves dans un stade conduirait à l’aménagement de bassins temporaires, avec spécifiquement un bassin destiné aux épreuves et un bassin dédié aux entraînements des compétiteurs.
De son côté, l’Athlone Baseball Center pourrait accueillir en son sein le tournoi de baseball si bien sûr ce sport – additionnel pour LA 2028 – venait à être présent dans le programme olympique de 2036. Construit en 1991, le site pourrait disposer d’une jauge de 8 000 places, dont 2 500 permanentes.
De la même manière, le Turfhall Stadium pourrait être intégré à une candidature dans l’hypothèse où le softball – annoncé pour 2028 – serait inclus aux Jeux. Sur ce site existant édifié en 1997 dans la foulée de la candidature du Cap pour les JO 2004, quelques 4 500 sièges temporaires seraient ajoutés à la jauge fixe de 3 500 places.
Pour le Nantes Park, plusieurs sports pourraient y être localisés selon les projections de CT2040. Ainsi, le basketball 3×3, l’escalade et le skateboard prendraient place sur ce site où trois arénas temporaires seraient aménagées. A noter que si le breakdance venait à être présenté aux JO 2036, ce sport serait également susceptible d’intégrer Nantes Park.
Le basketball 3×3 serait disposé au sein d’une arène de 5 000 places, tandis que l’escalade se tiendrait devant 4 000 spectateurs et que le skateboard se déroulerait face à des tribunes de 4 000 places également.
Pour ce choix, CT2040 a notamment eu pour inspiration le théâtre parisien de la Place de la Concorde où se dérouleront à l’été 2024 les épreuves de breakdance, BMX freestyle, skateboard et basketball 3×3.
Toujours sur le périmètre du Cap, et selon le schéma proposé pour le BMX freestyle, Bellville Stadium abriterait les épreuves de BMX racing. Construit en 1997, le stade offrirait une jauge globale de 5 000 places, dont la moitié à vocation temporaire sur la durée des Jeux. Non loin, le Bellville Velodrome – lui-aussi édifié en 1997 et au sein duquel des travaux de modernisation sont à l’étude – serait le théâtre des épreuves de cyclisme-sur-piste avec une capacité de 4 000 places.
Quatre autres sites viennent compléter le dispositif préconisé sur la zone du Cap, à savoir le Simon’s Town Harbour pour les épreuves de voile (2 000 places temporaires), Zeekoevlei pour l’aviron et le canoë-kayak sprint (10 000 places, dont 8 000 temporaires), la Grand Arena édifiée en 2006 et qui pourrait accueillir dans une configuration à 6 000 places, le tennis de table et le taekwondo, voire même la boxe si ce sport figure toujours au programme olympique en 2036, et enfin Camps Bay Beach pour le tournoi de beach-volley (10 000 places temporaires).
En plus des sites précités, Stellenbosch et Paarl se partagerait le reste des compétitions, à l’exception du surf et d’une partie du tournoi de football.

Dans le détail, quatre sites ont été identifiés dans le secteur de Stellenbosch, apportant ici une certaine compacité pour le déroulement des épreuves concernées.
Le Coetzenburg Athletics Stadium and Swimming Pool serait susceptible d’abriter les épreuves de pentathlon moderne dans un cadre verdoyant. Dépendants de l’Université de Stellenbosch, les installations disposeraient pour l’occasion d’une jauge de 8 000 places pour le stade et de 2 000 places pour la piscine.
A proximité, et également affilié à l’Université de Stellenbosch, le Coetzenburg Indoor Sports Center pourrait accueillir en son sein l’haltérophilie (5 000 places), tandis que le Danie Craven Stadium pourrait être le théâtre de matchs de football, le site devant prochainement disposer d’une capacité portée à 23 000 places.
Enfin, le Coetzenburg Mountain Bike Course – 6 000 places temporaires – offrirait un cadre adéquat aux compétitions de VTT, le site accueillant des événements nationaux et internationaux, comme l’UCI XCO World Cup en 2018.

Du côté de Paarl, quatre sites ont là-aussi été identifiés par CT2040.
Outre le Boland Park précité possiblement intégré pour le tir-à-l’arc, le baseball ou le cricket, le secteur pourrait accueillir les épreuves de tir sur le site existant du Valley Gun Club aménagé en 1960 et ayant été l’hôte de diverses manifestations au cours des deux dernières décennies. Dans le cadre des Jeux de 2040, quelques 3 000 places temporaires pourraient être installés pour permettre le suivi des compétitions, sachant que ces dernières pourraient aussi être localisées sur le site Atlantis Shooting Range.
Le Paarl Golf Club – qui est l’un des plus vieux site du genre en Afrique du Sud – serait quant à lui destiné à recevoir les compétitions de golf (10 000 places temporaires), alors que Berg River pourrait héberger les épreuves de canoë-kayak slalom (5 000 places temporaires).
Pour les compétitions à tenir en dehors du Cap et des deux secteurs complémentaires que sont Stellenbosch et Paarl, CT2040 a identifié le site de Jeffreys Bay pour le déroulement des épreuves de surf (3 000 places temporaires), sachant que le site est l’un des spots parmi les plus réputés au monde.
Concernant le tournoi olympique de football, outre les enceintes précédemment évoquées, dont le Cape Town Stadium pour la finale, une candidature sud-africaine conduite par la ville du Cap pourrait s’appuyer sur le Soccer City Stadium à Johannesburg (86 000 places) qui fut l’écrin de la finale de la Coupe du Monde 2010, le Moses Mabhida Stadium à Durban (55 500), le Loftus Versfeld à Pretoria (51 000) et enfin le Nelson Mandela Bay Stadium à Port Elizabeth (46 000).

Avec un concept de sites travaillé avec précision, et offrant parfois des alternatives pour pouvoir adapter le schéma général, le think-tank Cape Town 2040 fait preuve d’une volonté farouche d’aller de l’avant pour accompagner le développement d’une ambition olympique et paralympique.
Une telle ambition – sur la dynamique de la candidature infructueuse de 2004 et peut-être davantage encore sur l’élan insufflé en 2010 par l’accueil du Mondial de football – pourrait placer l’Afrique du Sud parmi les sérieux prétendants pour l’organisation future des Jeux d’été.
Bien sûr, des questions demeurent en suspens quant à la disponibilité effective des sites et à la localisation pour bâtir éventuellement de nouvelles enceintes.
Mais par-delà les problématiques propres à l’Afrique du Sud, Cape Town 2040 prévoit déjà d’approfondir ses travaux, tout en fournissant prochainement des éléments de réponse et des pistes sur la thématique de l’hébergement des athlètes, des officiels et des spectateurs, mais aussi sur celle non moins importante des transports.
Cette nouvelle étude pourrait s’accompagner d’échanges avec les autorités institutionnelles et sportives locales et, le cas échéant, nationales, pour progressivement amener à sanctuariser l’idée d’une candidature aux Jeux.
Entre temps, une délégation de CT2040 aura l’occasion de se rendre plusieurs jours durant à Paris et ce, afin de suivre des épreuves lors des Jeux de 2024 et d’apprendre des préparatifs et de l’organisation in situ de l’événement planétaire. Nul doute que les leçons retenues de cette inspection serviront à alimenter la réflexion en cours pour promouvoir un projet futur incarné par l’Afrique du Sud.
Ainsi que l’a en tout cas affirmé Guy Briggs :
Organiser des Jeux Olympiques au Cap pourrait contribuer à catalyser et à accélérer la restructuration et la régénération spatiales de la ville, surtout si nous exploitons au mieux nos infrastructures sportives et nos atouts existants.
Aucune ville africaine n’a accueilli les Jeux, faisons du Cap la première !
En savoir plus sur Sport & Société
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
