JO 2032 : Une candidature chinoise à l’étude avec Chengdu et Chongqing

Après avoir accueilli avec succès les Jeux d’été en 2008 et avant même d’organiser les Jeux d’hiver en 2022, la Chine pourrait prochainement présenter une candidature pour recevoir à nouveau les Jeux Olympiques et Paralympiques d’été sur son sol. Si Shanghai a un temps été envisagée, le projet pourrait in fine être incarné par les villes de Chengdu et Chongqing, au centre du pays.

Vue sur le Raffles City, monumental complexe immobilier à Chongqing (Crédits – Safdie Architects)

En remportant, le 13 juillet 2001, le droit d’organiser les premiers Jeux Olympiques et Paralympiques de son histoire, l’Empire du Milieu avait frappé un grand coup pour s’affirmer sur la scène sportive internationale et pour accroître, par la même occasion, son développement économique et diplomatique.

Aujourd’hui, la Chine se prépare à écrire l’histoire avec la réception à venir des Jeux d’hiver, de nouveau dans la capitale Pékin, qui deviendra dès lors la première Ville Olympique hôte de l’événement estival et hivernal. Avec la contribution des zones montagneuses localisées autour de Zhangjiakou et de Yanqing, où des travaux d’infrastructures routières et ferroviaires d’envergure ont été réalisés, Pékin entend ainsi faire prospérer l’héritage des Jeux de 2008, en adaptant une partie des sites construits à l’époque, à l’instar du « Cube d’eau » pour les compétitions de curling.

Mais si l’organisation annoncée des Jeux en 2022 représente un défi certain au regard du contexte sanitaire international actuel, le pays n’entend pas en rester là.

Aussi, une candidature pour de prochains Jeux d’été est à l’étude depuis déjà plusieurs années. Un temps évoquée, l’option de Shanghai, avec ses 24,15 millions d’habitants – contre plus de 20 millions pour la capitale – pourrait néanmoins laisser la place à une candidature à deux têtes portée par Chengdu et Chonqqing.

Vue de la passerelle de près de 300 mètres de long aménagée au-dessus des buildings du Raffles City à Chongqing (Crédits – Safdie Architects)

Sans doute moins connues à l’échelle mondiale que les deux citées emblématiques de l’Est du pays, elles incarnent toutefois à merveille la croissance continue de la Chine, tant sur le plan démographique, qu’économique.

Pour preuve, Chengdu, dans la Province du Sichuan, comptabilise à elle seule plus de 9 millions d’habitants, et même plus de 11 millions si l’on se penche sur l’aire urbaine dans sa globalité. Disposant du statut particulier de Municipalité autonome, au même titre que Pékin, Shanghai et Tianjin, Chongqing est pour sa part peuplée de plus de 15 millions d’habitants intra-muros, mais plus de 34 millions si l’on considère la région, vaste comme l’Autriche, avec une superficie supérieure à 82 000 km².

Anciennement rattachée au Sichuan, la Municipalité de Chongqing représente en conséquence la plus grande mégalopole chinoise et l’une des plus importantes au monde au regard de la concentration de population, une population qui croît d’ailleurs de 300 000 nouveaux habitants chaque année venus, pour la plupart, des campagnes alentours. Il faut dire que Chongqing, bordée par le fleuve Yangtze, affiche une croissance économique insolente à deux chiffres qui attire donc légitimement nombre d’individus désireux d’y trouver un emploi.

Face à cet afflux continu, les investissements opérés depuis vingt ans par les autorités chinoises s’élèvent à plusieurs centaines de milliards d’euros et se poursuivent encore aujourd’hui à hauteur de dizaines de milliards injectés annuellement dans les secteurs stratégiques. D’importants chantiers, comme celui du monumental complexe immobilier Raffles City conçu par Safdie Architects, ont en effet été menés ou sont d’ores et déjà programmés dans cette ville verticale composée de centaines de buildings. Il en est de même du côté de Chengdu, qui se prépare à l’organisation des Universiades d’été du 18 au 29 août 2021.

Ainsi, au début du mois de novembre, la Commission Nationale du Développement et de la Réforme a approuvé l’étude de faisabilité de la Commission Provinciale du Sichuan portant sur le projet de ligne à grande vitesse Chengdu-Dazhou-Wanzhou.

Pensé comme un équipement capital le long de la ceinture économique qui épouse les courbes du fleuve Yangtze, ce projet vise à l’aménagement de 486,4 kilomètres de voies, dont 432,4 kilomètres à construire, le tout, jalonné de 13 gares et relié aux réseaux existants pour rejoindre, notamment, Pékin et les villes de l’Est du pays. Grâce à l’approbation obtenue ce mois-ci, la mise en chantier devrait à présent être engagé dans le courant de l’année 2021 pour une durée de cinq ans et un investissement conséquent de l’ordre de 85,1 milliards de yuans, soit 10,8 milliards d’euros.

Pour la Chine, ces investissements colossaux visent ni plus ni moins qu’à consacrer la place de ces deux régions centrales comme un symbole de la puissance du pays. Aussi, en envisageant à présent une candidature olympique et paralympique conjointe pour les Jeux d’été de 2032, les deux grandes agglomérations entendent profiter, comme Pékin avant elles, de la vitrine des Jeux pour asseoir leur positionnement et pour s’inscrire de surcroît sur l’échiquier mondial.

Au travers d’un document officiel présenté en début de semaine, et mentionné par les médias locaux, les autorités provinciales ont d’ailleurs exposé sans la moindre ambiguïté cette ambition qui doit encore obtenir l’accord du gouvernement chinois dans les mois qui viennent :

Dans le cadre d’une stratégie nationale visant à développer le cercle économique Chengdu – Chongqing, les deux villes se porteront candidates aux Jeux ensemble pour essayer d’accueillir l’événement avec de forts atouts urbains et culturels présents dans les deux villes, et pour renforcer leur influence internationale.

Visuel du Parc sportif du Lac Dong’an près de Chengdu, dans la Province du Sichuan (Crédits – Chengdu 2021)

Avec les Universiades 2021, Chengdu et sa région espèrent marquer les esprits grâce à la mobilisation de plusieurs sites rénovés ou construits pour l’occasion, des sites qui pourraient, le cas échéant, être intégrés à un dispositif de candidature pour les Jeux Olympiques et Paralympiques.

Parmi les infrastructures sportives en cours d’aménagement figurent notamment les bâtiments du Parc sportif du Lac Dong’an situé dans le District de Longquanyi, à l’Est de Chengdu.

Lieu de célébration de la Cérémonie d’ouverture des Universiades 2021, le site a été imaginé pour abriter un stade de 40 000 places, une aréna de 18 000 places, un gymnase polyvalent et un centre aquatique de 5 000 places.

Outre ce site moderne, la prochaine édition des Universiades se basera aussi sur le Gymnase de la zone high-tech de Chengdu qui offrira alors une jauge de près de 13 000 places pour l’accueil des compétitions de tennis de table et, à plus long terme, d’événements sportifs divers pour les sports collectifs.

Le Centre culturel et sportif de Jianyang apportera quant à lui sa contribution au travers de deux équipements destinés pour le premier au judo (4 500 places) et pour le second au plongeon (3 000 places). Le Gymnase du Parc sportif du mont Fenghuang, dans le District de Jinniu, disposera pour sa part de 18 000 places afin d’abriter le tournoi de basket-ball le temps des Universiades.

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Loin d’être anecdotique, une éventuelle candidature chinoise pourrait rapidement se révéler redoutable face à une forte concurrence internationale pourtant déjà déclarée.

Le projet de Pékin 2022 – longtemps perçu comme challenger en raison de l’inexpérience du pays dans le domaine des sports d’hiver – avait ainsi été en capacité de démontrer sa solidité et sa faisabilité devant les membres du Comité International Olympique (CIO). La candidature avait notamment affiché son ambition de faire venir 300 millions de nouveaux pratiquants sur les pistes de ski du pays à l’horizon 2022. Imparable, cet argument avait alors été martelé durant toute la phase de candidature, d’autant plus à la suite de la défection de plusieurs rivales, à savoir Munich (Allemagne), Cracovie (Pologne), Lviv (Ukraine), Oslo (Norvège) et ce, sans compter les projets non-finalisés de Barcelone-Pyrénées (Espagne) et de Stockholm (Suède).

Aujourd’hui, l’hypothèse d’une nouvelle candidature pour les Jeux d’été doit donc être considérée avec sérieux, même face aux projets plus ou moins affirmés développés à ce stade par le Queensland (Australie), la Rhénanie du Nord-Westphalie (Allemagne), mais également le Qatar, l’Inde et l’Indonésie.

L’alliance entre la Corée du Sud et la Corée du Nord est en revanche dans l’impasse depuis quelques mois, compte-tenu des tensions diplomatiques accrues entre les deux voisins.

Du fait de son expérience désormais évidente, la Chine peut en conséquence se positionner comme une option viable pour un Mouvement Olympique en quête de rebond, après les difficiles campagnes 2022-2026 et le choix d’une double attribution des Jeux d’été 2024 et 2028, respectivement à Paris (France) et à Los Angeles (États-Unis) en raison de l’abandon précoce des autres dossiers. Il conviendra cependant de veiller à l’adaptation d’une éventuelle candidature chinoise aux nouvelles exigences olympiques de sobriété et de durabilité que sont l’Agenda 2020 et la Nouvelle Norme.

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