Pékin 2022 clôture des Jeux réussis

En ce dimanche 20 février, le rideau est tombé sur le « Nid d’Oiseau » à l’issue de la Cérémonie de clôture des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin 2022. Pour les organisateurs chinois, ces Jeux ont été une réussite en dépit des critiques et malgré les contraintes imposées par la crise sanitaire du Covid-19.

Vue nocturne des abords du Parc Olympique de Pékin (Crédits – IOC)

En postulant à l’organisation des Jeux d’hiver de 2022, la Chine s’était fixée un objectif ambitieux entre 2013 et 2015, d’autant plus au moment où plusieurs candidatures européennes avaient émergé, laissant à penser que le Comité International Olympique (CIO) pourrait in fine faire le choix d’un retour sur le « Vieux Continent ».

Mais après les Jeux de Sotchi 2014, puis l’attribution des Jeux de PyeongChang 2018, l’importance croissante de l’Asie dans la cartographie olympique s’est peu à peu confirmée, avec le retrait successif des candidatures européennes, entre référendums et pressions politiques.

Dès lors, Pékin 2022 a su mettre en exergue l’expérience de la Chine pour se défaire de sa seule rivale restante, à savoir Almaty (Kazakhstan), promettant notamment l’afflux de 300 millions de nouveaux pratiquants sur les pistes de ski dans « l’Empire du Milieu » à l’horizon 2022.

Fort de cet argument et d’un projet pour partie basé sur la réutilisation des sites hérités des Jeux d’été de 2008, Pékin obtint finalement l’organisation des JO 2022, par 44 suffrages contre 40 pour Almaty, le 31 juillet 2015.

Depuis cette date, les organisateurs n’ont eu de cesse de redoubler d’efforts, pour assurer d’une part, la reconversion des sites de 2008, et pour permettre d’autre part, la tenue des épreuves alpines dans les secteurs reculés de Zhangjiakou et Yanqing qui ont alors pu bénéficier de l’aménagement majeur d’une ligne à grande vitesse et de la modernisation des équipements structurants de la région.

Les investissements consentis par milliards depuis l’attribution des Jeux se sont parallèlement focalisés sur les infrastructures des sports de glace et de neige, dans le but de répondre à la promesse formulée devant les membres électeurs du Comité International Olympique (CIO) et pour laisser un héritage conséquent après la clôture de l’événement.

(Crédits – Beijing 2022 / Duan Xuefeng)

Aujourd’hui, force est de constater que le défi ambitieux de la Chine a été relevé avec succès, au moins en ce qui concerne les éléments perceptibles dans l’immédiateté des Jeux. Une étude de l’héritage sur le moyen et le long terme permettra le moment venu de mesurer plus finement ce succès actuel.

De fait, et comme annoncé dès le mois de janvier 2022 au regard des conclusions d’un Rapport commandé par l’Administration Générale d’État pour le sport auprès du Bureau National des Statistiques, pas moins de 346 millions de Chinois se sont adonnés aux sports d’hiver depuis 2015, dont 46 millions âgés de moins de 18 ans.

Au-delà de ces chiffres, les préparatifs d’organisation des Jeux et les initiatives instaurées au niveau national comme au niveau local, ont permis d’accroître de manière considérable le nombre d’infrastructures à disposition de la population.

Pour preuve, ce sont désormais 654 patinoires et quelques 803 stations de ski indoor et outdoor qui sont opérationnelles à l’échelle de la Chine, soit une hausse respective de 317% et de 41% par rapport aux données compilées il y a maintenant sept ans.

Concernant l’organisation même des Jeux, les autorités chinoises avaient fait le choix d’établir – en coordination avec le CIO et les Fédérations Internationales – une bulle sanitaire autour des sites destinés aux épreuves et ce, dans le but de limiter les interactions avec la population et d’éviter au maximum le risque de propagation de l’épidémie de Covid-19.

Les contraintes liées à l’établissement de cette bulle de sécurité ont évidemment donné une dimension particulière à cette édition des Jeux, peut-être encore davantage que pour les Jeux d’été survenus l’an passé à Tokyo (Japon).

Néanmoins, les organisateurs ont souhaité proposé un cadre de qualité pour les compétitions et les participants, avec des sites optimisés, comme par exemple le « Cube d’eau » des JO 2008 transformé pour devenir l’arène de curling, et des équipements nouvellement construits dont l’architecture se distingue, à l’image de la piste de bobsleigh , luge et skeleton à Yanqing, ou des sites de tremplins, sans oublier aussi l’atypique site de « Big Air » édifié au milieu d’une ancienne aciérie de Pékin.

Ce site d’ailleurs – critiqué ici et là pour son emplacement singulier – sera le premier du genre à être pérenne et devrait de ce fait, offrir nombre de possibilités pour une pratique de la glisse en hiver, et des activités ludiques ouvertes au public le reste de l’année. Sur ce point, l’expérience de Salt Lake City (Utah, États-Unis) pourrait être reproduite du côté de Pékin, les sites de la Ville Hôte des JO 2002 étant opérationnels bien au-delà de la seule saison hivernale.

Vue du Big Air Shougang de Pékin, construit à l’emplacement d’une ancienne aciérie et qui, a accueilli lors des JO 2022, les épreuves de ski big air et de snowboard big air (Crédits – Beijing 2022 / Gao Zehong)

Sur le plan purement sportif cette fois, le succès de ces Jeux peut se mesurer à l’aune des performances réalisées par les sportifs chinois.

Ces derniers, issus d’un pays où la culture des sports d’hiver n’était jusqu’alors pas aussi développée qu’en Europe ou dans le Nord américain, sont parvenus à faire monter la Chine sur la troisième marche au tableau des médailles, derrière deux nations habituées des sommets hivernaux, l’indétrônable Norvège bien sûr, et l’Allemagne, mais devant les États-Unis.

Au nombre strict de breloques obtenues, la Chine en a décroché 15, certes loin derrière les mastodontes que sont la Norvège (37), le Comité Olympique Russe (32), l’Allemagne (27), le Canada (26), les États-Unis (25) et, dans une moindre mesure, la Suède, l’Autriche et le Japon (18), et enfin les Pays-Bas et l’Italie (17).

Mais avec 15 médailles glanées, dont 9 titres, « l’Empire du Milieu » performe à un niveau inédit dans son histoire, surclassant les résultats de PyeongChang 2018, où la délégation chinoise était repartie de Corée du Sud avec une 16ème place, 9 médailles et seulement un titre olympique.

Historiquement, il faut remonter à l’édition des Jeux de Vancouver 2010 pour retrouver la Chine dans le top 10 au tableau des médailles. Cette année-là, la délégation s’était classée au 7ème rang, en obtenant 11 médailles, dont 5 titres.

Au cours de son discours prononcé durant la Cérémonie de clôture, le Président du CIO n’a d’ailleurs pas manqué de saluer les athlètes et les organisateurs pour la réussite générale des Jeux, qui s’est aussi constatée sur le plan du marketing et de la vente de produits dérivés.

Comme l’a ainsi affirmé Thomas Bach :

Si l’esprit olympique a brillé avec tant d’éclat, c’est grâce au peuple chinois qui a préparé le terrain d’une manière si parfaite et en toute sécurité.

Les Villages Olympiques étaient exceptionnels. Les sites, magnifiques. L’organisation, extraordinaire. Le soutien des Comités Nationaux Olympiques, des Fédérations Internationales, de nos partenaires TOP et diffuseurs détenteurs de droits, indéfectible.

[…] Cette expérience inoubliable n’a été possible que grâce à nos aimables hôtes, le peuple chinois.

Avec plus de 300 millions de personnes pratiquant désormais les sports d’hiver, et avec le grand succès des athlètes chinois, l’héritage positif de ces Jeux Olympiques est assuré. Avec ces Jeux de Pékin 2022 véritablement exceptionnels, nous accueillons la Chine comme un pays de sports d’hiver.

Le Président de la République Populaire de Chine, Xi Jinping, en visite sur les sites des Jeux d’hiver de Pékin 2022, mardi 1er février 2022 (Crédits – Beijing 2022)

Bien sûr, tout n’aura pas été parfait durant cette quinzaine, et le succès globale des Jeux de Pékin 2022 ne fera sans doute pas taire les critiques – parfois légitimes – exprimées à l’encontre de la Chine et de son régime porté par le Président Xi Jinping, notamment sur la problématique toujours délicate des droits de l’Homme, mais également de la question climatique.

Cela démontrera finalement les limites actuelles de la diplomatie olympique et sportive, alors que le CIO essaye régulièrement de se positionner comme un acteur des relations internationales.

Il n’empêche, ces Jeux devraient constituer un nouveau tremplin pour le pays, dans sa quête d’affirmer sa domination sur la région et son importance stratégique dans les échanges internationaux. Surtout, ils devraient être une nouvelle démonstration de force dans l’optique de relever des challenges futurs pour l’organisation de grands événements.

Car après avoir inscrit son nom au Panthéon de l’Olympisme, en offrant la première Ville Olympique hôte des Jeux d’été et des Jeux d’hiver, la Chine pourrait être tentée de renouveler l’expérience – et la performance – dans un avenir plus ou moins proche.

D’autres villes que Pékin pourraient en effet être désireuses de se distinguer sur la scène olympique afin de profiter de la vitrine des Jeux.

Parmi les possibles prétendantes, Shanghai fait figure de potentielle candidate pour les Jeux d’été, tout comme Chengdu et Chongqing. Ces derniers mois, un possible projet de Wuhan – épicentre de l’épidémie de Covid-19 au printemps 2020 – avait également été évoqué sans pour autant être consolidé à ce stade. Hôte des Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2014, Nanjing pourrait elle-aussi être sur la ligne de départ dans les prochaines années.

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