Pékin 2022 : Le jour d’après

Il y a vingt-quatre heures, les membres de la 128e Session du Comité International Olympique (CIO) désignaient Pékin (Chine) comme Ville Organisatrice des Jeux d’hiver de 2022.

Pour la première fois dans l’Histoire des Jeux et du Mouvement olympique, une ville va accueillir les Jeux d’été et ceux d’hiver. Après 2008, la capitale chinoise va donc pouvoir préparer une nouvelle fois l’organisation de la grand messe du sport mondial.

Pour y parvenir, Pékin 2022 prévoit de réutiliser les installations héritées des Jeux d’été, à l’instar du Cube d’eau qui sera transformé en aréna de curling. Après les performances de Michael Phelps à l’été 2008, le Centre National de natation va accueillir des performances d’une autre nature.

Vue nocturne du Nid d'Oiseau, Stade Olympique de Pékin (Crédits - Pékin 2022)
Vue nocturne du Nid d’Oiseau, Stade Olympique de Pékin (Crédits – Pékin 2022)

Si la victoire de Pékin sur Almaty (Kazakhstan) peut sembler logique à plusieurs égards, elle n’en demeure pas moins empreinte de multiples questions, notamment lorsque l’on sait l’absence de culture des sports d’hiver en Chine et plus encore à Pékin.

Le CIO avait face à lui deux candidatures.

Certes, il pouvait encore en espérer davantage il y a quelques mois, mais l’organisation des Jeux de la démesure à Sotchi (Russie) en février 2014, ont découragé des villes pourtant expérimentées dans l’accueil d’événements sportifs hivernaux, à l’image d’Oslo (Norvège) ou Stockholm (Suède).

Sur les deux candidatures restantes, deux philosophies se sont affrontées. Deux conceptions de ce que peuvent être les Jeux d’hiver.

En somme, le CIO avait face à lui une conception nouvelle des Jeux et une conception traditionnelle de l’événement hivernal. En résumé, la première s’inspirait de l’esprit urbain des Jeux de Vancouver ou Sotchi, tandis que la seconde était davantage inspirée par l’esprit neige des Jeux de Calgary ou Lillehammer.

La délégation de Pékin 2022 au moment de l'annonce du résultat (Crédits - CIO / Ubald Rutar)
La délégation de Pékin 2022 au moment de l’annonce du résultat (Crédits – CIO / Ubald Rutar)

L’institution olympique a fait son choix hier matin. Un choix relativement serré, puisque Pékin s’est imposée par 44 voix contre 40 pour l’ancienne capitale du Kazakhstan.

Cet écart témoigne de l’état d’esprit du CIO d’aujourd’hui, partagé entre des membres conservateurs et des membres plus audacieux.

En désignant Pékin, le CIO a choisi la sécurité – Jeux de 2008, stabilité politique et économique – plutôt que l’audace avec une ville comme Almaty, une ville avec moins d’expérience que sa puissante rivale et voisine, mais une ville avec plus d’authenticité et une qualité technique répondant aux critères de Jeux d’hiver traditionnels.

Ce choix peut s’expliquer au travers de quatre éléments majeurs :

  • Une expérience évidente des Jeux avec Pékin 2008 et Nanjing 2014

Vue du Cube d'eau (Crédits - Pékin 2022)
Vue du Cube d’eau (Crédits – Pékin 2022)

Désignée en juillet 2001 pour organiser les Jeux d’été de 2008, la capitale chinoise faisait alors son entrée sur la scène olympique. La puissance économique et financière en devenir pouvait dès lors affirmer son positionnement régional et plus encore, mondial, en mettant en œuvre des Jeux sans équivalent.

Sans équivalent de coûts (jusqu’à Sotchi 2014), avec plusieurs dizaines de milliards de dollars d’investissements – outre les équipements spécifiques aux JO, des mesures dans le domaine des transports, de la télécommunication, du logement… – mais aussi sans équivalent en ce qui concerne les festivités et les moyens déployés autour des Jeux.

Les Jeux de 2008 ont été ceux de la sécurité, de la grandeur, voire même du gigantisme, à l’image du Stade National de 91 000 places à l’architecture résolument moderne. Ils ont été ceux des délais également.

Après les retards et les sueurs froides d’Athènes (Grèce) en 2004, Pékin a livré ses sites dans les temps. Il en fut de même pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) organisés à l’été 2014 à Nanjing.

Projet de l’ancien Président du CIO, Jacques Rogge, les JOJ devaient initialement mettre en avant la jeunesse au travers de compétitions sportives et de festivités à taille humaine. Mais avec la Chine, tout est toujours plus grand, et tout doit toujours être plus grand.

Nanjing 2014 a ainsi pris des allures de véritables Jeux Olympiques. De quoi déconcerter les partisans de Jeux humains et d’un certain retour aux sources. De quoi rassurer les porteurs d’un Olympisme décomplexé. De quoi, aussi, mettre la pression sur les futurs organisateurs (Buenos Aires 2018).

  • Un réseau olympique certain

La délégation de Pékin 2022 a notamment mobilisé ses trois membres au sein du CIO : Li Lingwey, Yang Yang et Yu Zaiqing, par ailleurs vice-Président de l'institution olympique (Crédits - CIO / Ubald Rutar)
La délégation de Pékin 2022 a notamment mobilisé ses trois membres au sein du CIO : Li Lingwei, Yang Yang et Yu Zaiqing, par ailleurs vice-Président de l’institution olympique (Crédits – CIO / Ubald Rutar)

Avec sa victoire pour l’organisation des JO 2008, Pékin a aussi pu construire et tisser des liens au sein de l’institution de Lausanne (Suisse) et des instances internationales.

Ce réseau, incarné notamment par trois membres siégeant au CIO, a inévitablement permis à Pékin 2022 de marquer des points, là où Almaty et le Kazakhstan ne pouvaient pas compter sur des Olympiens. Alors certes, le Kazakhstan a réussi une performance avec un score serré et a du bénéficier du soutien de puissants réseaux comme celui de la Russie, mais l’activisme de la Chine a été plus important et significatif.

Surtout, les membres de l’institution n’ont pas oublié la réussite des JO 2008. On en revient.

  • Une stabilité politique, économique et financière reconnue

Thomas Bach, Président du CIO, et Liu Yandong, vice-Premier Ministre de la République Populaire de Chine (Crédits - CIO / Ian Jones)
Thomas Bach, Président du CIO, et Liu Yandong, vice-Premier Ministre de la République Populaire de Chine (Crédits – CIO / Ian Jones)

Outre l’expérience acquise en 2008, la candidature de Pékin a misé sur un autre élément permettant de garantir la sécurité des JO 2022 : la stabilité politique, économique et financière de son régime.

Si la stabilité politique ne faisait guère de doute, avec des institutions façonnées, une opposition sans danger et une succession politique assurée d’un dirigeant à l’autre, la stabilité économique et financière aurait éventuellement pu poser des questions.

Mais en déclarant hier que la Chine avait connu un taux de croissance de son Produit Intérieur Brut (PIB) de 7,5% en 2014, la vice-Premier Ministre du pays a incontestablement fait pencher la balance du côté de Pékin.

Il faut dire que face à la capitale chinoise, Almaty représentait véritablement une nouveauté : ancienne capitale d’une jeune République (1991) où le pouvoir – fermé – du régime n’est pas pleinement assuré pour les prochaines années (âge et maladie du Président actuel) et ce, même si des tractations sont sans doute déjà engagées avec de potentiels successeurs.

  • Un potentiel de développement des sports d’hiver sans équivalent

(Crédits - Pékin 2022)
(Crédits – Pékin 2022)

Enfin, Pékin 2022 offrait au Mouvement olympique un gage de prospérité, en particulier sur le plan des finances.

En accueillant les premiers Jeux de son Histoire en 2008, la Chine avait offert au Mouvement olympique, un nouveau marché sportif. Et qui dit marché sportif, dit aussi marché économique pour le CIO et pour ses sponsors.

De fait, avec la promesse d’engager 400 millions de jeunes sur le terrain de l’éducation olympique et 300 millions de Chinois sur celui des sports d’hiver, les autorités chinoises ont bâti un projet avec un objectif résolument ancré dans l’avenir et dans l’économie sportive.

Car cette double promesse s’accompagne aussi d’un autre chiffre et non des moindres : d’ici 2020, le marché des sports représentera 800 milliards de dollars sur le territoire chinois. Une manne financière considérable dans un marché en plein développement.

(Crédits - CIO / Ubald Rutar)
(Crédits – CIO / Ubald Rutar)

Le marketing et le business olympique l’ont emporté sur une promesse de Jeux authentiques dans une « vraie » ville de sports d’hiver et sur de la « vraie » neige pour reprendre les propos des dirigeants de la candidature d’Almaty 2022.

Force est de constater qu’au travers de son choix, le CIO – formidable cash-machine – n’a pas encore tourné la page de ces années passées.

Les villes intéressées par les échéances olympiques à venir devront analyser et garder en leçons les résultats du scrutin 2022. Si le CIO a engagé une réforme présentée comme majeure à la fin de l’année 2014, l’Agenda 2020 attendra donc avant de se concrétiser dans les faits

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18 Thoughts

  1. Un très bon article, qui révèle une fois de plus que le CIO, transforme difficilement ses paroles en actes. La page du gigantisme est loin d’être tournée. En 2001, lorsque Jacques Rogge succède à feu Juan Antonio Samaranch, son programme était basé principalement sur des organisations olympiques à taille humaine, et économiquement responsable..hors, ses mandats ont été marqués par les deux organisations les plus chers de l’histoire (Beijing et Sochi). L’agenda 2020 aurait dû prendre véritablement forme ce 31 juillet, avec l’élection d’Almaty. Le CIO avait un choix à faire, un choix cohérent sur deux candidates, deux modèles proposés…parfaitement définis dans l’article de Kevin Bernardi. Une question se pose maintenant: les villes candidates pour 2024 ont-elles intérêt à suivre à la lettre l’agenda 2020? Le signal lancé par le CIO lors de cette dernière élection à de quoi dérouter…Une autre question se pose: pour les Jeux Olympiques d’hiver et avec l’agenda 2020, peut-on espérer assister ces prochaines années, à la désignation d’une ville de taille moyenne comme Lillehammer ou Albertville? J’en doute…

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  2. Je suis d’accord avec les propos de david.

    Cependant, le résultat démontre qu’une ligne de fracture est apparue en son sein. Almaty n’est pas si loin de Beijing. Preuve que plusieurs se sont questionnés sur l’évolution à donner aux jeux. Avec un peu plus d’expérience internationale, Almaty aurait sans doute pu s’imposer.

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