La remise des clés du Village des Athlètes entre la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO) et le Comité d’Organisation des Jeux (COJO) de Paris 2024 a constitué, la semaine dernière, l’aboutissement du plus vaste chantier mono-site d’Europe mené au cours des dernières années et la préfiguration de ce que sera à l’avenir ce nouvel écoquartier de Seine-Saint-Denis.

A moins de 150 jours de l’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, les organisateurs ont pu apprécier à juste titre la livraison du principal lieu d’hébergement des athlètes qui logeront sur place dans le cadre de l’événement sportif.
Avec la remise des clés orchestrée jeudi 29 février 2024 en présence du Président de la République, Emmanuel Macron, une étape majeure a en effet été franchie pour les préparatifs des Jeux, une étape d’autant plus cruciale si l’on se penche sur les mois et années passés ayant conduit à la mise en œuvre d’un chantier colossal à cheval sur trois communes de Seine-Saint-Denis.
Des prémices du projet à la livraison des bâtiments résidentiels et autres espaces publics, la physionomie des territoires consacrés entre Saint-Denis, Saint-Ouen et L’Île-Saint-Denis a considérablement évolué pour permettre aujourd’hui l’installation d’un écoquartier modèle de 52 hectares en lisière de Paris, en bordure de la Seine et non loin du Stade de France et du nouveau Centre Aquatique Olympique adjacent.

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La réflexion pour l’implantation du Village des Athlètes
Durant la phase de candidature de Paris 2024 – et même avant – le département de la Seine-Saint-Denis est très vite apparu comme un territoire à inclure dans l’élaboration du projet olympique et paralympique et ce, afin de faire profiter ledit territoire du tremplin que peut représenter la venue de l’événement planétaire.
Mais avant de sanctuariser la Seine-Saint-Denis comme point de chute du Village, les partisans d’une candidature avait relevé le challenge à réaliser pour permettre l’aménagement d’un tel complexe résidentiel à l’aune des exigences du Comité International Olympique (CIO) et dans un souci complémentaire d’assurer un héritage matériel durable pour l’Île-de-France.
Sur ce point, l’étude d’opportunité portée par le Comité Français du Sport International (CFSI) alors piloté par Bernard Lapasset – qui deviendra par la suite la cheville ouvrière de l’établissement de la candidature aux Jeux – et remise à la Ville de Paris et au Ministère des Sports, le 12 février 2015, avait posé en ces termes les jalons du projet de Village des Athlètes :
Aucun complexe résidentiel actuel dans la région Île-de-France ne permet de mobiliser 17 000 lits en un lieu unique, totalement sécurisable.
Dans un contexte où les objectifs de construction de logements en Île-de-France sont élevés (70 000 par an), la construction d’un Village Olympique et Paralympique représente une opportunité de développer une offre originale de logements, à forte portée symbolique.
Des projets de reconversion mixte seront envisagés, alliant quartiers résidentiels, espaces et bâtiments publics ou encore zone d’activités économiques.
En tout état de cause, une attention toute particulière sera apportée au développement d’éco-quartiers en mobilisant les savoir-faire les plus récents et les plus innovants en matière de conception urbaine, d’éco-construction, de maîtrise de l’énergie et de recours aux énergies renouvelables.
Une fois ces éléments fondamentaux exposés, encore fallait-il trouver le lieu adéquat pour l’installation du Village non loin de la capitale et à proximité du Stade de France et des principaux pôles sportifs dont une partie avait déjà été intégrée en qualité de futurs sites destinés aux compétitions.
A l’aune de ces deux contraintes majeures, il fut opportun – et il est aujourd’hui intéressant – de se remémorer les projets précédemment portés par les candidatures infructueuses de Paris 1992, Paris 2008 et Paris 2012, chacun disposant de spécificités, d’atouts et de faiblesses qui ont pu servir de sources d’inspiration pour la candidature aux Jeux de 2024.
Dès 2013, « Sport & Société » évoquait d’ailleurs le sujet de l’implantation problématique d’un Village Olympique et Paralympique près de Paris.
Paris 1992 : Un Village des Athlètes déjà pensé en bordure de Seine… mais dans Paris intra-muros

Pour sa candidature aux JO 1992, la capitale française avait imaginé un concept de Village de chaque côté du fleuve, à cheval sur les quartiers de Bercy (12e arrondissement) et de Tolbiac (13e).
Avec un tel agencement sur 31 hectares, le Village aurait été limitrophe du Palais Omnisports de Paris-Bercy (ex-POPB, actuelle AccorArena) ainsi que du Stade Nautique qui n’a jamais vu le jour.
Comme le présentait alors le dossier de candidature :
[Le Village] présente l’originalité de se partager en deux de chaque côté de la Seine. Une passerelle reliera les deux lieux d’habitation. Le doublement des deux ponts d’Austerlitz et de Bercy autoriseront les déplacements les plus aisés côté Tolbiac sur la rive gauche de la Seine. 1 800 logements de 2 ou 3 pièces sont prévus. Les athlètes et leurs accompagnateurs y vivront au large à deux par chambre. Traversé la Seine, on retrouve un magnifique parc de verdure de 12 hectares entre le Palais Omnisports et le Stade Nautique. 800 autres logements plus spacieux encore que ceux de Tolbiac feront que tout le monde trouvera largement à se loger.
En parallèle de ces bâtiments résidentiels, le dossier de Paris 1992 prévoyait en outre :
150 logements coordonnés serviront de locaux de réunion pour les délégations. 1 200 m² abriteront l’administration du Village. 10 000 m² seront destinés à entreposer les divers matériels.
Une polyclinique d’urgence s’étendra sur 500 m². La restauration occupera 10 000 m² et pourra servir 35 000 repas par jour.
Pour les salles de musculation, de détente et saunas, 6 000 m² seront construits. Au sein du Village, le centre international offrira sur 8 000 m² toutes les commodités et services attendus.

Véritable ville dans la ville, le Village de Paris 1992 aurait notamment bénéficié d’un centre d’accueil pour la presse, de salons d’information, d’un centre commercial, mais encore d’un théâtre et d’un cinéma, sans compter aussi des bibliothèques, des discothèques, des salles de jeux.
Le Village aurait par ailleurs mis à disposition des athlètes une blanchisserie, un salon de coiffure, un cordonnier, des postes de télécommunications installés en divers endroits, un espace multi-cultes, ainsi qu’un embarcadère donnant sur la Seine pour d’éventuels déplacements sur le fleuve.
Ces multiples services et autres commodités agencés en plein cœur de la capitale auraient sans doute installé le Village de Paris 1992 comme un modèle du genre.
Le dossier de candidature soulignait à ce sujet, comme pour tracer les perspectives d’un héritage territorial qui s’est – d’une certaine façon et au fil des ans – matérialisé en l’absence de succès de ladite candidature :
Le confort de ses équipements, la qualité du cadre de vie, marquée par la Seine et les espaces verts, la commodité de sa situation géographique, l’environnement culturel parisien contribueront fortement à la réussite du Village Olympique.
L’ensemble qui abritera le Village Olympique fait partie d’un projet d’urbanisme de cette zone qui sera de toute manière réalisé mais il a pu d’ores et déjà être tenu compte, dans les plans, des besoins spécifiques d’un Village Olympique.
Paris 2008 : La Plaine-Saint-Denis métamorphosée en « cité-jardin »

Dans le cadre de la candidature aux JO 2008, les partisans du projet avaient cette fois-ci tourné le dos à Paris pour gagner la Seine-Saint-Denis, et plus particulièrement le secteur de la Plaine-Saint-Denis.
Au-delà de l’aspect urbain, la considération environnementale avait également plaidé pour l’aménagement du Village des Athlètes en périphérie de la capitale, le sujet s’inscrivant ainsi dans un programme de restauration de 100 hectares de friches industrielles en Seine-Saint-Denis et de constitution du Village telle une « cité-jardin » entre le Stade de France et Aubervilliers, avec une partie en bordure du Canal Saint-Denis.
De fait, la construction du Village des Athlètes à cet emplacement aurait permis l’établissement d’un parc-canal au sein duquel aurait pris place ledit Village sur 50 hectares avec 398 000 m² de surface de plancher.
Pouvant accueillir jusqu’à 17 300 athlètes et accompagnateurs au moment des Jeux, le Village de Paris 2008 résultait d’une réflexion profonde s’inscrivant dans le projet urbain de la Plaine-Saint-Denis lancé dès 1991 et ce, dans le prolongement des efforts déjà fournis avec l’édification proche du Stade de France dans l’optique de la Coupe du Monde de football 1998.
D’ailleurs, parmi les questionnements posés par l’éventuelle venue des Jeux, un appel d’idées international fut lancé en parallèle de la candidature, avec trois thèmes-clés que furent alors, « L’Olympisme et la ville » (square Pierre de Coubertin), « Habiter sportivement » (logement des athlètes le long de la darse) et « Le Boulevard des Sports » (implantation des équipements olympiques au sud du Village).
Plusieurs architectes de renommée mondiale furent à ce moment-là sollicités pour répondre à ce triptyque, parmi lesquels Jean Nouvel, Toyo Ito, Steven Holl ou Christian de Portzamparc.
La création de différents espaces au sein du Village devait y garantir un cadre de vie agréable pour les athlètes, tout en amorçant les usages du quartier après la reconversion des chambres en appartement et la livraison du site pour de futurs résidents.
Ainsi, comme le précisait le dossier de candidature remis au CIO en ce qui concerne spécifiquement le logement des compétiteurs :
Les logements affectés aux athlètes seront conçus selon plusieurs modèles, déterminés par leur utilisation post-olympique. Grâce à cette diversité, chaque délégation disposera d’un hébergement adapté à sa taille.
Toutes les configurations offriront le même confort (mobilier, sanitaires, équipements, espaces de détente, rangements adaptés au matériel sportif, etc.). Chaque chambre disposera, en outre, d’un poste d’accès à l’Internet haut débit.
L’ensemble des logements a été étudié pour être accessible aux handicapés, y compris les futures résidences universitaires, selon des normes supérieures à celles qui sont actuellement en vigueur en France, notamment pour les sanitaires.
Tous les logements sont complétés par des locaux d’entreposage, aisément accessibles soit en rez-de-chaussée, soit en sous-sol. Ils pourront être utilisés pour le rangement des matériels sportifs encombrants.

Insérées au cœur des futurs appartements de l’écoquartier, les chambres auraient été individuelles (5 100 lits) ou doubles (12 200 lits) avec une superficie moyenne de 13 m² pour les premières et de 16 m² pour les secondes.
A l’instar du projet pour 1992, l’application du concept du Village des Athlètes pour l’édition olympique et paralympique 2008 – chiffré dans le budget hors-COJO à 592 millions de dollars, valeur 2001 – aurait mis à disposition des compétiteurs un foisonnement de services, parmi lesquels des lieux de cultes, un centre commercial de 2 000 m² et pas moins de trois restaurants d’une capacité respective de 3 000 places pour le restaurant de la darse, 2 000 places pour le restaurant du square Pierre de Coubertin et 1 000 places pour le restaurant de la place des Nations olympiques.
A ces espaces somme toute traditionnels, des ginguettes auraient par ailleurs été agencées le long du canal bordant le Village, mêlant à la fois détente et restauration rapide.
Dans sa configuration post-JO, le site du Village Olympique et Paralympique aurait laissé en héritage des centaines de logements familiaux en location ou en vente, avec également deux nouveaux pôles universitaires coordonnés avec l’appui du Ministère compétent, et une cité universitaire internationale pour compléter l’offre d’hébergement en la matière en Île-de-France. Des bureaux et des commerces auraient aussi pris place sur le site, ainsi qu’un centre de congrès et des programmes hôteliers.
Une telle disposition aurait évidemment pleinement profité des aménagements liés aux transports qui furent évoqués dans le cadre de la candidature, à l’image du prolongement de la ligne 12 du métro en direction de Pont de Stains, du tramway Saint-Denis (Porte de Paris)-Évangile – avec un usage exclusif par les athlètes au moment des Jeux – et surtout de la couverture du boulevard périphérique au niveau de la Porte d’Aubervilliers afin d’assurer une continuité urbaine et paysagère entre le nord de Paris et le quartier d’implantation du Village des Athlètes.
Comme le résuma à l’époque le dossier de la candidature tricolore :
Proche du cœur de Paris, ce quartier sera bien desservi par les nouveaux transports publics.
Sa continuité avec la partie nord de la capitale sera assurée par la couverture du boulevard périphérique, qui supprimera la coupure existante et créera un cadre de qualité.
Superbement relié au centre, le Village restera un témoin majeur de la conception souhaitée par les citoyens de ce début du XXIe siècle.
Paris 2012 : Un Village au cœur du quartier des Batignolles

Avec Paris 2012, le lien avec la Seine-Saint-Denis fut certes maintenu sur le plan sportif, avec néanmoins une envie des porteurs de la candidature de revenir sur une implantation du Village dans Paris intra-muros.
A l’époque, cela s’expliqua sans doute pour partie par les réserves émises par le CIO autour du concept pensé pour 2008, où un centre des transports avec un dépôt de bus à l’intérieur du périmètre du Village avait suscité les craintes de l’institution olympique quant à la sécurité et à l’accessibilité du Village pour les athlètes en cas d’embouteillages notamment.
Aussi, le projet de Paris 2012 installe cette fois-ci un Village à équidistance des deux noyaux de compétitions alors conçus pour rassembler 75% des épreuves.
Le Village fut ainsi localisé dans le quartier des Batignolles, dans le 17e arrondissement de Paris, pour pouvoir héberger 17 100 athlètes et accompagnateurs.
Contrairement au projet pour 2008 conçu tout en longueur, le dispositif pensé pour 2012 marqua un tournant quant à la compacité recherchée, avec en particulier un rayon maximal de 400 mètres depuis son centre, permettant de facto une accessibilité optimale pour les para-athlètes et une traversée entre les extrémités du Village en un temps limité.

La zone résidentielle – portant jusqu’à 34,5 des 45 hectares du site avec des structures existantes ou nouvelles – fut en outre imaginée comme un ensemble immobilier sur 8 étages en moyenne, ensemble au sein duquel devait s’établir un parc paysager. Sur le site, quelques 5 900 chambres individuelles d’une superficie de 12 m² devaient être aménagées, tandis que 5 600 chambres doubles (soit 11 200 lits) devaient prendre place avec 16 m² chacune.
Afin de permettre aux compétiteurs de pouvoir se détendre mais aussi s’entraîner, plusieurs équipements sportifs furent par ailleurs pensés pour compléter une offre dense de services, notamment une piste d’athlétisme de 400 mètres, une piscine de 50 mètres, deux terrains de basketball, deux terrains de volleyball, et quatre de courts de tennis.
Quatre restaurants distincts auraient été aménagés pour répondre aux besoins alimentaires des athlètes durant les Jeux. Le restaurant principal devait offrir à lui-seul jusqu’à 4 320 places dans l’écrin du bâtiment des Magasins des Décors de l’Opéra inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, soit une jauge bien supérieure à la capacité des trois autres espaces dédiés qui devaient être les restaurants « La Forge » (600 places), « La Halle » (520 places) et de la zone internationale (580 places).
Au-delà des critères traditionnels à prendre en compte pour concevoir un tel quartier, les porteurs de la candidature de Paris 2012 avaient poussé loin le curseur de la durabilité.
Pour preuve, l’objectif de Paris 2012 fut à l’époque de proposer une réduction de 50% de l’impact écologique du nouveau quartier qui en aurait fait le premier exemple français du genre à zéro émission de CO².
Plusieurs principes majeurs furent ainsi mis en avant par le Comité de Candidature, notamment en ce qui concerne l’absence de consommation d’énergies fossiles, l’utilisation de 20 000 m² de panneaux solaires installés sur la couverture des voies ferrées adjacentes au site du Village, mais encore la mise en place d’un système de récupération des eaux pluviales grâce à un bassin biotope. Un mécanisme d’évacuation et de gestion des déchets devait aussi être installé pour profiter tout aussi bien à l’usage du Village par les athlètes que par les futurs résidents.

In fine, l’aménagement du Village au cœur du quartier des Batignolles aurait nécessité un investissement de l’ordre de 2,543 milliards de dollars (valeur 2004), dont 2,422 milliards spécifiquement fournis pour les constructions permanentes. Sur ce package conséquent, 860,8 millions de dollars devaient être orientés sur les logements – avec 60% en provenance du secteur privé – et 684 millions devaient être injectés pour une couverture partielle des voies ferrées.
Ainsi que l’exposa le dossier de candidature de Paris 2012 en ce qui concernait l’utilisation attendue du Village des Athlètes :
Pendant les Jeux, pour offrir un environnement sûr et protégé aux athlètes, le Village sera un espace clos.
Après les Jeux, il s’ouvrira sur les quartiers environnants qui bénéficieront alors du parc, ainsi que de nouveaux équipements.
Cette opération d’aménagement exemplaire, à fort potentiel commercial, laissera, dans ce quartier redynamisé de Paris, un nouvel ensemble résidentiel, des équipements de loisirs, des commerces, des services publics sociaux et éducatifs, ainsi que des bureaux. Elle repose sur un projet d’urbanisme moderne, alliant une architecture innovante et un aménagement paysager spectaculaire, dans le respect absolu des principes de développement durable.
Malgré l’échec de la candidature parisienne, la requalification du secteur Clichy-Batignolles a tout de même vu le jour au cours des dernières années, avec, non loin du nouveau Palais de Justice de Paris, l’émergence d’un écoquartier agrémenté du parc Martin Luther King inspiré pour partie des plans imaginés pour le projet olympique et paralympique.
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2024 : Le choix de la Seine-Saint-Denis

Près de dix ans après l’attribution des Jeux d’été de 2012 à Londres (Royaume-Uni), l’émergence d’une possible candidature tricolore pour 2024 amena une nouvelle réflexion quant à l’implantation d’un Village des Athlètes en mesure de répondre à toutes les conditions techniques et logistiques d’une structure aussi importante.
En l’absence des espaces fonciers précités – qui ont connu des aménagements divers au fil des années – et des déconvenues des candidatures olympiques et paralympiques, l’identification d’un site en Seine-Saint-Denis a été l’un des fondements du projet pour 2024.
Aussi, sur le modèle de processus ayant conduit à la sélection du site des épreuves de voile de Paris 2024, l’Association Ambition Olympique et Paralympique – préfiguration au Comité de Candidature – avait lancé un appel aux Collectivités franciliennes désireuses d’abriter le Village et disposant surtout des surfaces nécessaires pour la construction des bâtiments destinés à héberger les athlètes lors des Jeux.
Tandis que plusieurs pistes furent évoquées avec plus ou moins de crédibilité pour établir le complexe résidentiel – notamment Colombes (Hauts-de-Seine), Thiais (Val-de-Marne), La Courneuve (Seine-Saint-Denis) ou Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) – trois candidatures furent retenues par l’Association avant le choix du lauréat orchestré le 05 novembre de la même année : Le Bourget-Dugny, Pantin-Est Ensemble et enfin Pleyel-L’Île-Saint-Denis.
Si la première de ces candidatures a rapidement quitté la course après l’inspection des sites proposés le 18 septembre 2015 – le concept soumis par Le Bourget et Dugny s’orientant finalement vers l’installation du pôle médias des JO 2024 – la concurrence a perduré entre les deux autres prétendantes.

Du côté de Pantin – qui se positionna à l’été 2015 – le concept misait sur une utilisation sans précédent du bois. De fait, la candidature avait prévu le réaménagement de 35 hectares au sein du programme plus vaste (52 hectares) de l’écoquartier de Pantin, avec la promesse de bâtir des immeubles en bois potentiellement démontables à l’issue des Jeux.
Comme l’affirma le Maire de Pantin, Bertrand Kern, pour justifier la localisation du potentiel Village et la conception innovante de celui-ci :
C’est une candidature Paris-Pantin, car l’entrée sur le site se fera pour partie par les anciens entrepôts McDonald qui font partie du 19e arrondissement [de Paris] et pour une autre part par Pantin. Ça parle à l’international.
Ensuite, c’est une candidature développement durable avec un projet de construction 100% bois partiellement démontable à la fin des Jeux. Aussi, c’est immédiatement faisable car nous avons déjà travaillé sur l’écoquartier. Le projet, validé par un architecte urbaniste, existe déjà.
Nous avons un autre atout extraordinaire que sont les transports avec, en plus, la possibilité de mettre en place une navette fluviale.
On pourrait nous objecter la présence du périphérique. Le CIO demande à ce qu’il n’y ait pas de route qui traverse le Village Olympique pour des raisons de sécurité. Mais il n’est pas impossible de le couvrir sur 300 ou 400 mètres comme cela a été fait à l’ouest de la capitale.

Du côté de Pleyel-L’Île-Saint-Denis, la poursuite du projet d’écoquartier sur L’Île-Saint-Denis et la perspective de requalification de la friche industrielle héritée du départ des entrepôts des grands magasins parisiens constituèrent à l’époque de solides arguments pour convaincre Paris 2024.
Avec un dispositif pensé sur deux berges de la Seine, le projet alors présenté n’était pas sans rappeler celui de Paris 1992 dans le rapport au fleuve durant les Jeux et à l’issue de l’événement sportif.
Ainsi que le présenta à ce moment-là l’ancien Maire de L’Île-Saint-Denis, Michel Bourgain (2001-2016) :
C’est un havre de repos.
Il y a de la place pour développer les équipements d’entraînements, pour être tranquilles et pour pouvoir emmagasiner un maximum d’énergie pour être compétitifs lors des Jeux Olympiques et Paralympiques.

In fine, Paris 2024 consacra la candidature de Pleyel-L’Île-Saint-Denis en tant que lieu d’implantation pour le Village des Athlètes.
Le projet fut par la suite complété pour prendre en compte l’ensemble des contraintes liés à un tel équipement destiné à recevoir plusieurs milliers de personnes pendant et après les Jeux.
Sur ce point, Dominique Perrault – mandaté en mai 2016 pour l’étude urbaine liée au Village des Athlètes après avoir œuvré pour des plans intégrés à la candidature de Berlin 2000 ou de Hambourg 2024 – détermina les axes majeurs pour aménager le site vaste de plus de 50 hectares avec le concours des trois communes concernées (Saint-Denis, Saint-Ouen, L’Île-Saint-Denis) et l’appui de l’Établissement Public Territorial de Plaine Commune.
L’objectif ici fut ni plus ni moins que de penser la ville de 2050, dans les usages, les déplacements et, une fois encore, dans le rapport à l’environnement et au fleuve et ce, à quelques minutes du Stade de France et non loin de Paris. Un défi évident.
Ainsi que le résuma le célèbre architecte :
C’est un lieu de transformation du territoire métropolitain, mais c’est aussi un lieu de redécouverte des paysages et des plaisirs d’être en Île-de-France, d’être au bord de la Seine et de pouvoir offrir, non seulement une transformation à partir d’un héritage, c’est-à-dire la considération de l’histoire mais aussi une dimension sociale de transformation qui va vers une durabilité de nos territoires.

A l’aune de ces considérations, le projet du Village des Athlètes de Paris 2024 a progressivement été modulé pour aboutir aux plans qui ont ensuite défini l’enclenchement des travaux du plus important chantier mono-site en Europe.
Si dans le cadre de l’étude d’opportunité établie en 2015, le coût du Village avait été chiffré à 1,913 milliard d’euros – avec en particulier un apport conséquent du secteur privé à hauteur de 1,292 milliard d’euros et un investissement consenti par les pouvoirs publics de l’ordre de 621,6 millions d’euros – le projet est finalement resté peu ou prou dans les clous de ce schéma financier préliminaire.
En effet, la facture avoisine aujourd’hui les 2 milliards d’euros, dont 646 millions directement apportés par les pouvoirs publics et, sur cette part, 542 millions mobilisés par l’État.
Ces chiffres témoignent de toute évidence de l’envergure du dispositif qu’il a fallu établir au cours des dernières années pour assurer la sortie de terre des bâtiments constitutifs du Village et les divers espaces publics qui structurent et permettent un maillage complet de l’écoquartier sous l’égide de la SOLIDEO.

L’achat des terrains et la préparation de ces derniers ont ainsi pu se formaliser entre 2018 et 2019, avec notamment en novembre 2019, le lancement de la phase capitale de déconstruction des ouvrages existants en présence du Premier Ministre de l’époque, Édouard Philippe, et en décembre 2019, l’attribution des lots immobiliers aux opérateurs ayant par la suite œuvré sur site.
Ces étapes étaient évidemment un prélude au travaux de viabilisation des espaces publics opérés dès le mois de mai 2020 et à l’obtention des permis de construire préfigurant le lancement officiel de la construction du Village des Athlètes en octobre 2021.
Un événement qui fut d’ailleurs acté avec la participation in situ du Chef de l’État en personne.
Réalisé en six ans sur 52 hectares avec une surface de plancher de quelques 330 000 m² – alors même qu’un tel chantier est habituellement mené sur près de quinze ans – le Village des Athlètes de Paris 2024 est une prouesse technique à plus d’un titre et rappelle le marquage territorial d’un ensemble immobilier qui, à l’instar des précédentes éditions des Jeux, doit être une vitrine du savoir-faire des entrepreneurs du pays-hôte.

Durant toute la durée du chantier – et particulièrement durant les trois ans de construction – ce sont à cet égard quelques 1 749 entreprises venant de 70 départements français qui ont été mobilisées, dont pas moins de 1 361 TPE et PME avec, pour ces dernières, des marchés passés à hauteur de 372 millions d’euros, soit 35% du montant global des marchés destinés au Village des Athlètes alors que l’objectif initialement fixé par la Charte Emploi était de 25%.
Cette mobilisation sans précédent du tissu économique s’est accompagnée d’un effort important sur le plan de l’emploi et de l’insertion professionnelle, via entre autres initiatives, l’intervention de 80 structures de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).
Les acteurs du chantier s’étaient engagés sur ce point à réserver 10% des heures de travail à des publics éloignés de l’emploi, notamment les personnes de plus de 50 ans, des résidents de quartiers prioritaires, des jeunes de moins de 26 ans sans qualification, ou encore des bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active (RSA) et des demandeurs d’emploi depuis plus d’un an.
Finalement, ce sont 11,6% des heures réalisées sur le chantier qui ont été consacrées à ces publics, soit un cumul de 1 546 900 heures d’insertion. Celles-ci ont pu profiter à 1 992 personnes, parmi lesquelles 1 136 résidents du département de la Seine-Saint-Denis.
Dans le détail, il est à noter que 25,9% des personnes mobilisées dans ce cadre précis avaient moins de 25 ans, tandis que 78,3% des ouvriers recrutés dans cet objectif d’insertion professionnelle avaient un niveau inférieur ou égal aux diplômes de CAP ou BEP.
Moteur pour l’activité de la construction et tremplin pour l’emploi malgré les aléas comme la pandémie de Covid-19, le chantier du Village des Athlètes aura mobilisé jusqu’à 3 500 ouvriers et 37 grues au pic de l’effort collectif en début d’année 2023, avec de surcroît le concours de 41 architectes et de 14 maîtres d’ouvrage publics et privés.
Mais au-delà des considérations économiques et sociales, la mise en œuvre des travaux a également permis l’installation d’une stratégie environnementale ambitieuse, tant en ce qui concerne le chantier que l’aménagement des bâtiments et leur utilisation pendant et après les Jeux.
Concrètement, la seule phase de déconstruction sur l’ancienne friche industrielle a conduit au concassage de 35 000 tonnes de béton, qui ont ensuite été réutilisées pour les voies de circulation, mais aussi à la revente de près de 900 tonnes de matériaux et équipements (sanitaires, fenêtres, etc.) présents dans les anciens bâtiments.
Ce réemploi a en outre amené au recyclage et à la valorisation de 94% des matériaux et déchets issus du chantier qui a aussi assuré une mobilisation majeure de la Seine pour l’évacuation des déblais et l’approvisionnement du site en matériaux et ce, dans un souci de limitation de l’impact environnemental et sonore des travaux, en particulier avec une réduction recherchée du transport par les voies routières.
Si le transport fluvial a permis l’évacuation de 494 061 tonnes de déblais – soit l’équivalent de 24 703 camions évités sur les routes, l’afflux de poids-lourds a néanmoins été conséquent, mais à la mesure de l’envergure du chantier, avec environ 500 passages quotidiens pour la livraison de matériaux utiles aux travaux.

Tout au long du chantier de construction, l’expérimentation, l’innovation technologique et l’utilisation de matériaux bas-carbone ont été priorisées.
Pour preuve de cet effort, le bois a constitué un élément fondamental dans l’aménagement du site, puisque 100% des bâtiments de moins de 28 mètres de haut ont intégré du bois en structure, tandis que 200 000 m² de surface de plancher ont fait intervenir du bois en façade et jusqu’à 20 000 mètres cubes de bois ont été engagés sur l’ensemble des bâtiments du Village.
Ces derniers – aussi bien dans leur conception que dans leur disposition au sein de l’écoquartier – ont de surcroît été pensés pour répondre aux contraintes climatiques et énergétiques.
Cela s’est ainsi matérialisé par la pose de brises-soleil orientables sur les bâtiments qui hébergeront les athlètes et de futurs habitants après les Jeux. Le sol des appartements a quant à lui été conçu pour permettre un rafraîchissement de l’espace en été et, a contrario, un réchauffement en hiver.
La durabilité des bâtiments a aussi été recherchée en ce qui concerne le réemploi des éléments temporaires qui seront de fait utilisés lors des Jeux. En cela, 75% de ces éléments devront pouvoir être réemployés sur des chantiers ultérieurs ou au sein même des aménagements de reconversion du Village. Parmi ces structures dont une seconde vie sera assurée après les Jeux, 60 000 m² de cloisons ont été installées par Saint-Gobain pour être revalorisées par la suite.
Concernant l’énergie, la pose de panneaux photovoltaïques en toiture assurera 25% des consommations d’électricité dans l’écoquartier, tandis que la géothermie a été largement promue sur l’ensemble du site avec le concours du Syndicat Mixte des Réseaux d’Énergie Calorifique (SMIREC) et son délégataire, Engie Solutions, sans oublier également la mise en place de mécanismes de récupération et de réutilisation des eaux pluviales.
Sur les aménagements extérieurs, le cadre paysager du Village a été conçu pour intégrer les bâtiments dans un espace laissant entrer la nature, avec le souci complémentaire de mise en exergue des perspectives et des fluidités de déplacements entre les différents secteurs.
Aussi, ce sont près de 7 hectares d’espaces verts qui ont été agencés, comprenant pas moins de 9 000 arbres de diverses espèces, soit 1 000 grands arbres environ et près de 8 000 jeunes arbres et arbustes, tous sélectionnés dès l’hiver 2021.
Les berges de Seine n’ont pas été négligées dans cet aménagement paysager, bien au contraire. Une promenade piétonne d’un kilomètre a ainsi été créée le long des berges qui ont été agrémentées de bancs orientés en direction du fleuve.
La Place Olympique du Village a d’ailleurs été l’une des illustrations de cette requalification des bordures de la Seine, avec une rampe sécurisée pour rejoindre le haut du Village et la création d’un promontoire en contrebas d’une nouvelle passerelle reliant L’Île-Saint-Denis aux deux autres communes engagées dans le projet.
Aujourd’hui, le Village des Athlètes se déploie donc en majesté sur un secteur limitrophe de l’autoroute A86 – où des dispositifs anti-bruit ont été installés à l’initiative de la Région Île-de-France – et voisin du Stade de France et du Centre Aquatique Olympique nouvellement construit en lisière de la future ZAC Plaine Saulnier.

Pour les athlètes de Paris 2024, cinq micro-quartiers ont été établis, chacun portant le nom d’une grande place de la « Ville Lumière ».
Ainsi, le secteur des Abbesses pourra loger jusqu’à 4 000 personnes durant les Jeux Olympiques et 3 300 personnes au moment des Jeux Paralympiques. De même, le secteur Bastille pourra accueillir 2 000 Olympiens puis 1 300 Olympiens. Pour ce qui est du secteur Dauphine, quelques 2 900 lits seront disposés pour les Jeux Olympiques et 2 500 demeureront encore lors des Jeux Paralympiques. Dernière entité présente sur le périmètre Saint-Denis / Saint-Ouen, le secteur Étoile sera quant à lui en mesure d’héberger 2 700 personnes durant l’événement olympique et encore 2 200 personnes pour la manifestation paralympique. Concernant enfin L’Île-Saint-Denis, le secteur Fêtes ne sera sollicité que lors des Jeux Olympiques pour lesquels 2 700 lits seront mis à disposition des compétiteurs.

Au global, ce seront quelques 14 250 lits adaptés à la morphologie des locataires qui seront présents sur le Village des Athlètes pendant les Jeux Olympiques (26 juillet au 11 août 2024) et 9 000 unités lors des Jeux Paralympiques (28 août au 08 septembre 2024).
Parmi les autres chiffres-clés qui donnent la mesure de la répartition et de l’étalement du site, il est à souligner l’implantation in situ de 82 bâtiments comportant 3 000 appartements et, pour les Jeux, 7 200 chambres, l’ensemble représentant la bagatelle de 45 000 clés.
Au sein des espaces résidentiels, les appartements pourront accueillir entre 2 et 8 athlètes, sachant que chacun des appartements a été conçus pour comporter 1 à 4 chambres, des salles de bain et des espaces de vie commune.
Preuve supplémentaire de l’envergure du Village, plus de 345 000 pièces de mobilier seront progressivement installés d’ici l’ouverture du site aux premiers athlètes, incluant notamment 14 250 couettes, tables de chevets et autres liseuses, mais aussi 8 200 ventilateurs et 5 535 sofas. Les athlètes auront également à leur disposition 10 879 assises de différents modèles, 1 681 étagères, 7 600 étendoirs et, dans le cadre des laveries, 600 machines à laver et sèches linges.

Une multitude de services sera en outre proposée pour les compétiteurs.
Sur la Place Olympique, ces derniers trouveront par exemple un bureau de poste et un distributeur bancaire, de même qu’un centre d’information touristique, un café, un salon de beauté P&G, un supérette Carrefour et un Samsung Athlete Lounge. Un centre multiconfessionnel a aussi été prévu au sein du Village et ce, comme pour toutes les précédentes éditions des Jeux, de même qu’une polyclinique couplée à un centre antidopage. Les athlètes pourront y trouver notamment une pharmacie, un service d’IRM et de radiologie, des soins dentaires, ophtalmologiques ou gynécologiques.
Pour garantir aux athlètes la possibilité de s’entraîner au sein du Village, un centre de fitness – accessible 24h sur 24 – sera doté de 368 équipements sportifs répartis sur 3 000 m². Plus encore, sept sites d’entraînement seront spécifiquement agencés pour certains sports et disciplines comme l’escrime, le pentathlon moderne, l’haltérophilie, le basketball, le breakdance, le goalball, le volleyball assis, etc.
Pour les déplacements dans le Village, 200 vélos seront mis à disposition des délégations, ainsi que des navettes électriques dont le service sera assuré 24h sur 24. Des stands de micro-mobilités seront en outre installés pour faciliter les déplacements des personnes à mobilité réduite.
Quelques 10 centres des résidents seront aussi disséminés en divers endroits du Village pour assurer l’information aux athlètes et répondre à leurs interrogations.

L’offre de restauration sera pour sa part distillée au sein de deux restaurants, le principal étant le Main Dining Hall agencé dans l’écrin monumental de la Cité du Cinéma et accessible 24h sur 24, le second étant annoncé sur L’Île-Saint-Denis. Des espaces de restauration annexes seront également présents sur le périmètre du Village au travers de food-truck « Grab & Go ! ».
Cette offre large s’explique par les besoins énormes générés par la venue de plusieurs milliers d’athlètes au cours des cinq semaines des Jeux Olympiques et des Jeux Paralympiques.
Pour preuve, 520 recettes et une palette foisonnante de saveurs ont été élaborées pour ce qui sera – le temps des Jeux – le plus vaste restaurant au monde, avec plus de 40 000 repas quotidiens conçus à partir de 80% de produits estampillés « origine France » et ce, grâce notamment au concours de Sodexo Live ! et de Garden Gourmet.
Au-delà des espaces de restauration et d’une multitude de services, le Village des Athlètes mettra aussi à disposition trois espaces de détente imaginés autour d’une Disconnection Zone, une Social Zone et une Play Zone.

Si quelques athlètes ont déjà pu découvrir l’intérieur du Village, que ce soit les espaces extérieurs ou les appartements, et alors qu’une pré-ouverture est annoncée pour le 12 juillet prochain, la majeure partie des compétiteurs pénétrera dans l’enceinte sécurisée à compter du 18 juillet 2024, date à laquelle le site sera ouvert en présence du Président du CIO, Thomas Bach, qui s’est déjà rendu sur place durant les travaux.
Dans le cadre des Jeux Olympiques, le Village restera accessible jusqu’au 13 août, soit le surlendemain de la Cérémonie de clôture, avant de laisser place à une phase de transition programmée du 14 au 17 août.
Durant cette phase, les drapeaux et autres fanions aux couleurs olympiques seront notamment enlevés pour permettre l’installation des agitos paralympiques, ce qui amorcera dès lors une pré-ouverture du Village le 18 août et l’ouverture de celui-ci, le 21 août.
Avec les Jeux Paralympiques, le site demeurera ouvert jusqu’au 10 septembre 2024, soit un schéma similaire au dispositif instauré pour les Jeux Olympiques.
La restitution officielle des bâtiments du Village interviendra par la suite au 1er novembre 2024, marquant alors l’enclenchement de la reconversion des appartements pour établir l’écoquartier où pourront progressivement venir se loger quelques 6 000 résidents et où 6 000 salariés pourront y travailler dès l’été 2025.
Car bien que l’événement olympique et paralympique soit un objectif, la finalité reste bien entendu l’apport d’un nouveau quartier de vie au cœur de la Seine-Saint-Denis, quartier composé de 2 807 logements en phase Héritage.
Les travaux de réversibilité du site ont d’ailleurs déjà été anticipés, avec par exemple la pose des arrivées d’eau dans les appartements qui, pour l’heure et pendant les Jeux, ne disposeront pas de cuisines équipées. Cet aménagement pensé en amont de la livraison du quartier pour les nouveaux résidents a aussi permis de concevoir les structures liées à l’installation future de salles de bain supplémentaires dans des appartements où 100% des logements familiaux seront accessibles (meuble sous vasque amovible, barre de douche, hauteur des radiateurs, etc.).
Sur ce dernier point, il est en effet à souligner que tant dans son usage lors des Jeux que dans son développement postérieur, le Village a pris en compte l’accessibilité pour tous des différents recoins du site.
Les organisateurs des Jeux et les entreprises mobilisées lors des travaux ont ainsi fait de l’accessibilité l’un des marqueurs-clés de la construction de ce gigantesque espace de vie.
Sous l’égide de la SOLIDEO, les contraintes du relief ont notamment été judicieusement intégrées, sachant qu’un dénivelé de 12 mètres existe entre le point le plus haut et le point le plus bas du Village. Deux secteurs constituent ici un exemple de cette intégration harmonieuse, à savoir la Place du Village, avec sa rampe hélicoïdale, et la Promenade Cesaria Evora aménagée sur les berges de Seine.
Le mobilier urbain a lui-aussi été conçu pour répondre à la nécessité d’assurer la sécurité et le déplacement des personnes en situation de handicap et des déplacements fluides pour tous.
Cela s’est aussi bien traduit par la pose d’un éclairage adapté que par la physionomie même des bâtiments de différentes teintes, mais encore par l’installation d’assises inclusives ou de mobiliers sportifs permettant une mixité des usages.
Une signalétique multisensorielle a en outre été réfléchie pour permettre aux athlètes puis aux futurs résidents de se déplacer aussi facilement que possible dans le périmètre du Village.
Lancé par la SOLIDEO, un partenariat a en ce sens été conclu avec un groupement constitué de six structures – Okeenea, Polygraphik, Mengrov, Tactile Studio, Atipy et Empreintes – pour proposer des équipements innovants, autour du sol, de la signalétique verticale ou de l’utilisation du numérique. Si une partie du dispositif sera déployée dans la perspective des Jeux avec l’appui de la SOLIDEO toujours et du groupement Omnisens, le reste est en revanche attendu pour 2025, notamment au travers de l’agencement de dix tables tactiles et sonores.

Déjà pensé pour offrir un cadre de vie arboré – bien que la hauteur des arbres et la densité de la végétation seront plus importantes encore après les Jeux – le Village sera de surcroît agrémenté à l’issue de l’événement olympique et paralympique d’un parc de près de 3 hectares qui sera réalisé en lisière du collège Dora Maar et du futur groupe scolaire entre Saint-Denis et Saint-Ouen où 35 nouvelles classes vont être ouvertes.
Dans un département jeune, la présence de structures éducatives a ici été un autre marqueur important lors des travaux de construction du Village.
Plus encore que le nouveau groupe scolaire ou l’arrivée prochaine de deux nouvelles crèches de 60 berceaux, la rénovation de sites existants a pu être enclenchée grâce à la dynamique du chantier lié à la venue des Jeux et a de facto pu profiter au gymnase Pablo Neruda ou au lycée Marcel Cachin à Saint-Ouen.

In fine, l’écoquartier issu du Village des Athlètes se composera de trois secteurs en plus de celui de L’Île-Saint-Denis.
Ainsi, du côté de Saint-Denis, le secteur Universeine s’est développé sur 6,4 hectares avec l’engagement de VINCI Immobilier dans la réalisation de quelques 125 000 m² de bâtiments à usages mixtes (logements, bureaux, commerces, équipements publics) non loin de l’emblématique Cité du Cinéma.
Construit sur une ancienne friche industrielle – dont la Halle Maxwell rénovée en est un témoin historique – ce secteur occupera un rôle de choix lors des Jeux du fait de la présence en son sein de la Place Olympique, véritable carrefour du Village des Athlètes entre les appartements et les bords de Seine.
Après la clôture de l’événement, la phase de reconversion assurera la sectorisation de deux espaces pour être en mesure d’accueillir jusqu’à 3 000 nouveaux habitants et pas moins de 4 300 salariés. Le secteur A imaginé avec le concours du cabinet Clément Vergély Architectes sera ainsi à dominante résidentielle, avec comme point de repère, la tour Signal. Outre des centaines de logements familiaux, ce secteur verra aussi l’ouverture de résidences étudiantes, d’une crèche, d’un pôle médical et de commerces. Le secteur B pensé avec l’appui de Chaix & Morel Architectes aura quant à lui une vocation plus tertiaire entre la Halle Maxwell et le Pavillon Copernic.

De l’autre côté de la Cité du Cinéma, le secteur des Quinconces est le fruit des efforts portés par Icade et CDC Habitat pour faire sortir de terre des bâtiments tournés vers le fleuve et délimités par le Mail Finot.
Sur ce périmètre, des centaines de logements logements seront réalisés à l’aune de la phase de réversibilité du Village, tandis que l’installation d’une résidence sociale et d’une résidence étudiante viendront compléter le dispositif territorial au sein duquel s’insérera aussi 9 300 m² de bureaux et des locaux d’activités sur 3 000 m² de rez-de-chaussée, notamment orientés vers le sport, la culture ou le coworking.
Comme pour les autres structures du Village, les bâtiments ont ici été conçus pour répondre aux besoins énergétiques tout en adaptant les usages aux contraintes climatiques. Pour preuve, 90% des eaux grises du bâtiment Cycle seront recyclées, ce qui représentera une baisse conséquente de 60% de la consommation d’eau potable.

Face aux bâtiments des Quinconces, le secteur des Belvédères occupe une autre partie essentielle du territoire mobilisé dans le cadre du Village.
Ici, 58 000 m² de surface de plancher offriront après les Jeux des logements selon le triple principe de l’accession libre, le locatif ou le logement social. Des bureaux seront également présents sur place ainsi que des commerces, le tout imaginé selon les plans des cabinets CoBe, KOZ, Atelier Georges, SOA, Barrault-Pressacco, Lamberts-Lénack et DREAM et au regard des objectifs environnementaux développés par le groupement Nexity, Eiffage Immobilier, CDC Habitat, EDF et Groupama.
Cela s’est d’ores et déjà matérialisé par l’usage massif du bois et le recours important aux matériaux bas carbone, sans oublier l’installation de toitures végétalisées.

Enfin, au-delà des 1 715 logements familiaux et des plus de 620 logements étudiants et sociaux disséminés entre Saint-Denis et Saint-Ouen, pour ce qui concerne le secteur de l’écoquartier fluvial de L’Île-Saint-Denis – qui fut la genèse du Village des Athlètes de Paris 2024 – Plaine Commune et la Ville de L’Île-Saint-Denis y ont développé depuis 2009 une première tranche de bâtiments désormais complétée par l’apport d’une partie dudit Village, avec la contribution de l’agence d’urbanisme Philippon-Kalt, des architectes Chartier Dalix, Petididier Prioux, Erik Giudice Architecture, des promoteurs Pichet-Legendre et des constructeurs Legendre Construction et FTR.
Sur ce secteur – relié au reste du Village via la passerelle aménagée dans l’optique des Jeux – près de 47 000 m² de surface de plancher compose un ensemble immobilier à vocation mixte où, à compter de 2025, seront agencés plus de 300 logements familiaux, une résidence étudiante de plus de 140 chambres, des commerces, des bureaux sur 11 000 m², de même qu’un hôtel et un pôle de loisirs nautiques et une Cité des arts urbains.

Le chantier urbain ayant conduit à la remise des clés du Village des Athlètes aura immanquablement marqué son temps et métamorphosé cette partie de la Seine-Saint-Denis.
A présent, les regards vont se tourner vers l’accueil prochain des compétiteurs olympiques et paralympiques, accueil qui permettra de donner enfin vie à ce nouveau quartier francilien et ce, à l’issue de plusieurs années de travaux et de conception des espaces extérieurs et intérieurs grâce à l’engagement de la SOLIDEO, des pouvoirs publics locaux, régionaux et nationaux, ainsi que des entreprises – nombreuses – qui ont œuvré sur ce vaste défi logistique.
Par la suite – et parce que les Jeux ne sont pas une fois en soi mais un vecteur possible d’héritage – le départ des athlètes sanctuarisera la reconversion des différents recoins et l’installation progressive de milliers de résidents et de salariés qui pourront dès lors s’approprier une part de l’histoire des Jeux de Paris 2024 et un ouvrage étudié, pensé et livré des années durant pour répondre aux usages et aux contraintes d’une ville à horizon 2050.
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