JO 2030 : Stockholm et la Suède peuvent écrire l’histoire

Dans sa quête sans cesse contrariée pour l’organisation des Jeux d’hiver, la Suède offre aujourd’hui un visage confiant et pragmatique au Comité International Olympique (CIO), loin des hésitations de la dernière candidature qui avait souffert d’un manque d’adhésion populaire et d’un timide appui institutionnel.

(Crédits – Malcolm Hanes / Stockholm-Åre 2026)

Ce mercredi 29 novembre 2023 pourrait bien constituer une étape-clé dans l’histoire olympique de la Suède.

Hôte des Jeux d’été en 1912, avec Stockholm, le pays n’a en revanche jamais accueilli la moindre édition des Jeux d’hiver et ce, malgré huit tentatives passées. Un paradoxe alors même que la Suède dispose de l’un des plus grands palmarès dans les compétitions internationales de sports d’hiver – 7e au rang des médailles olympiques avec 176 breloques glanées depuis 1924 – et est régulièrement terre d’accueil de grands rendez-vous sportifs.

Parfaitement conscient de ce qui peut s’apparenter à un impair, le CIO pourrait dès lors entrouvrir la porte des Jeux, avec la décision attendue de la Commission Exécutive qui écoutera en ce milieu de semaine les recommandations de la Commission de Futur Hôte en ce qui concerne les forces en présence pour les JO 2030 et 2034.

Les recommandations interviendront à peine une semaine après l’audition des candidatures de la France, de la Suède et de la Suisse pour 2030, mais aussi des États-Unis davantage positionnés sur 2034. Elles permettront à la Commission Exécutive d’acter la mise en œuvre de la phase de dialogue ciblé avec une ou plusieurs des prétendantes.

Tandis que Salt Lake City (Utah, États-Unis) est quasiment assurée d’être sélectionnée pour poursuivre les discussions en vue d’une attribution formelle des JO 2034 dans le courant de l’année à venir, les trois autres candidatures sont aujourd’hui dans l’attente.

Aussi, des trois concurrentes en lice, la Suède fait à l’évidence figure de favorite depuis son entrée dans la course, qui s’est dessinée au printemps 2023, au moment où le Comité Olympique Suédois (SOK) a décidé d’engager une étude préliminaire pour repenser les conditions d’une nouvelle candidature après les échecs passés, notamment pour l’édition 2026 attribuée à l’attelage italien incarné par Milan et Cortina d’Ampezzo.

Visite de la Commission d’Évaluation du CIO au moment de la candidature de Stockholm-Åre 2026 (Crédits – Harald Tydén / Stockholm-Åre 2026)

Au fil des mois, la Suède a habilement su profiter de cette position de favorite, qui peut pourtant tout à la fois constituer une chance pour une candidature, comme une faiblesse.

En retenant les leçons de ses déconvenues, la Suède a ainsi avancé pas à pas pour proposer un concept de Jeux misant sur l’existant et refusant de surcroît d’envisager de nouvelles constructions pérennes qui, après les Jeux, pourraient constituer un héritage embarrassant.

De fait, le concept jusqu’à présent exposé prévoit la tenue des épreuves autour de quatre pôles principaux délimités par Stockholm, Åre, Falun et Östersund, avec en outre le concours logistique de Sigulda (Lettonie) qui dispose d’une piste dédiée au bobsleigh, à la luge et au skeleton.

Au-delà de cet agencement qui reprend pour partie le schéma fixé pour la candidature aux JO 2026, les travaux du SOK ont surtout permis de recueillir – au moins à ce stade – une adhésion populaire qui avait fait défaut lors de la précédente candidature. La promotion du principe de durabilité et la gestion rigoureuse souhaitée en matière de dépenses ont sans doute compté dans ce retournement apprécié par les porteurs du projet.

En complément du soutien de l’opinion publique suédoise, le projet a aussi reçu l’aval des autorités locales et nationales dans le timing imposé.

Au cours des dernières semaines, les municipalités appelées à contribuer à la tenue des Jeux – Åre, Falun et Östersund – ont ainsi affiché leur appui à la candidature, rejointes depuis par Stockholm qui a officialisé son soutien au jour de l’audition devant la Commission de Futur Hôte.

Auparavant, la Lettonie avait montré sa disponibilité pour épauler le dossier, tandis que le gouvernement suédois a apporté sa contribution à la mi-novembre, permettant d’assurer la poursuite des discussions entre les parties prenantes en vue d’un dialogue plus soutenu avec le CIO.

Comme pour le sujet de l’opinion publique, le soutien institutionnel représentait un défi certain pour la candidature suédoise, cette dernière gardant le souvenir de l’appui tardif au projet de 2026. A l’époque, le CIO avait d’ailleurs retenu ces deux éléments comme points de faiblesse du dossier porté par Stockholm-Åre.

En corrigeant les écueils passés – à la manière de ce qu’avait réalisé Tokyo 2020 après la déroute pour 2016 qui disposait d’un solide dossier technique mais d’un soutien populaire plus que limité – la Suède a réussi à reprendre son destin en main en donnant confiance à l’institution olympique sur le fait que le moment est sans doute venu de lui attribuer enfin les Jeux d’hiver.

A l’expérience du pays dans la quête des Jeux s’est ajoutée la connaissance des rouages de l’institution de Lausanne (Suisse), en particulier avec la présence au sein de la candidature d’une certaine Gunilla Lindberg.

Gunilla Lindberg, alors Présidente de la Commission de Coordination des Jeux d’hiver de PyeongChang 2018, à la tribune de la 132e Session du Comité International Olympique, le 25 février 2018 à PyeongChang, Corée du Sud (Crédits – IOC / Greg Martin)

Ancienne Vice-Présidente du CIO, elle a longtemps siégé au cœur du réacteur olympique, membre de la Commission Exécutive de 2000 à 2004, puis de 2011 à 2019, côtoyant dès lors les trois derniers Présidents de l’institution, à savoir Juan Antonio Samaranch, Jacques Rogge, et Thomas Bach.

A côtés de chacun d’entre eux, Gunilla Lindberg – entrée au CIO en 1996 – a occupé certaines des fonctions les plus prestigieuses et stratégiques du pouvoir olympique.

Pour preuve, elle fut Présidente de la Commission d’Évaluation des Villes Candidates aux JO 2018, puis de Coordination des Jeux d’hiver de PyeongChang 2018, après avoir été membre de la Commission d’Évaluation puis de Coordination des Jeux de 2006, mais encore des Commissions de Coordination établies en prévision des Jeux de Vancouver 2010, Londres 2012, Sotchi 2014 et Rio 2016.

Des fonctions qui lui ont permis de parfaire sa connaissance du fonctionnement olympique et des attentes du CIO à l’égard des candidatures et des organisateurs des Jeux.

Gunilla Lindberg a aussi occupé les postes de membre des Commissions thématiques Femme et Sport (1996-2000), Presse (1997-2015), CIO 2000 (1999), Suivi des réformes CIO 2000 (2002), Groupe de travail sur la rémunération (2005), siégeant toujours au sein des Commissions du Programme Olympique depuis 1998, de la Solidarité Olympique depuis 2005, sans compter également les Commissions de Coordination des Jeux d’été de Paris 2024 et des Jeux Olympiques de la Jeunesse d’hiver de Gangwon 2024 et d’été de Dakar 2026.

A l’instar de John Coates pour l’Australie, Gunilla Lindberg – par ailleurs Secrétaire Générale du Conseil Exécutif de l’Association des Comités Nationaux Olympiques (ANOC) – est une figure incontournable du Mouvement olympique en Suède et, à ce titre, une voix écoutée et respectée lorsqu’il s’agit de poser les fondements d’une candidature.

Elle fut en ce sens un maillon essentiel du projet de Stockholm-Åre 2026 avant de travailler aux efforts du dossier actuel.

A l’époque, elle avait notamment exprimé son soutien à l’égard de la candidature suédoise en des termes qui trouvent un parfait écho aujourd’hui.

Ainsi qu’elle l’exposa en janvier 2019 :

La question n’est pas de savoir ce que le Mouvement olympique peut donner à la Suède, mais plutôt de savoir ce que la Suède peut apporter au Mouvement olympique.

C’est vraiment simple, il suffit de penser à ce que représente la Suède : démocratie, humilité, égalité, durabilité, transparence, environnement, fiabilité, honnêteté, santé publique et intérêt pour le sport, pour n’en nommer que quelques-uns.

Dans tous ces domaines, la Suède est un leader mondial.

(Crédits – Erik G Svensson / Stockholm-Åre 2026)

Près de cinq ans après cette déclaration, la Suède apparaît comme une option fiable pour le CIO.

L’équation – qui conjugue l’ensemble des éléments précédemment exposés – s’explique aussi par la structuration même du processus décisionnel de la part de l’institution olympique et les bouleversements que ledit processus a connu entre 2022 et 2023.

En effet, la candidature américaine de Salt Lake City a longtemps fait figure de favorite, concurrencée un temps par Sapporo (Japon) et par Vancouver (Canada), avec aussi la présence éphémère de Pyrénées-Barcelone (Espagne).

Or, les unes après les autres, trois des candidates se sont considérablement affaiblies pour des raisons diverses, tenant à des dissensions politiques pour le Canada et l’Espagne, ou aux répercussions des révélations de corruption autour de Tokyo 2020 pour le Japon.

Bien que solidement ancrée dans la course, Salt Lake City a quant à elle envisagé un repositionnement stratégique sur l’échéance 2034 et ce, en raison de la proximité calendaire avec les Jeux d’été de Los Angeles 2028 et le possible chevauchement des juteux plans marketing.

Aussi, plutôt que de devoir statuer sur des candidatures hésitantes, la Commission Exécutive du CIO a préféré renverser la table en décembre 2022 pour rallonger le processus décisionnel et permettre en conséquence, soit un retour sur le devant de la scène des candidatures en retrait, soit la venue de nouvelles propositions, ce qui fut d’abord le cas de la Suède, puis de la Suisse, au printemps 2023 et enfin de la France, au milieu de l’été.

Avec l’orientation choisie par la candidature américaine pour 2034, l’édition 2030 est dès lors apparue comme une opportunité majeure pour la Suède qui a intensifié ses échanges avec le CIO à la lecture des conclusions de l’étude préliminaire conduite par le SOK.

Évidemment, les cartes restent solidement entre les mains de la Commission de Futur Hôte – et de la Commission Exécutive du CIO habilitée pour ouvrir la phase de dialogue ciblée. Les Commissions précitées peuvent de facto retenir une seule candidature pour cette nouvelle étape, comme elles peuvent faire le choix de maintenir deux voire même trois concurrentes en lice.

Il semble néanmoins – pour toutes les raisons évoquées – que la Suède soit plus que jamais en position de force, offrant au CIO une occasion d’écrire l’histoire dans un pays à la tradition des sports d’hiver chevillée au corps.

Si d’aventure la proposition suédoise venait à être qualifiée pour la phase de dialogue ciblée, l’apport des garanties institutionnelles et financières serait discuté d’ici le printemps 2024, avant qu’une Session du CIO n’entérine le choix du Futur Hôte. En présence de la candidature française, la décision ne pourrait intervenir dans l’Hexagone lors de la Session prévue en marge des Jeux de Paris 2024. En son absence en revanche, le CIO actera officiellement le choix de l’Hôte des JO 2030 – et des JO 2034 – en juillet 2024.


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