JO 2030 : Les opposants veulent peser sur la candidature des Alpes françaises

Sur le modèle des oppositions qui ont vu le jour ces dernières années autour de candidatures olympiques et paralympiques en Europe et dans le monde, le collectif « NO JO » cherche à faire entendre sa voix pour dénoncer la perspective de Jeux d’hiver organisés au cœur des Alpes françaises.

(Crédits – Collectif NO JO)

La candidature des Alpes françaises pour l’organisation des Jeux d’hiver de 2030 sera fixée sur son sort, ce mercredi 29 novembre 2023, à l’issue d’une réunion entre la Commission de Futur Hôte du Comité International Olympique (CIO) et la Commission Exécutive.

A l’instar de ses rivales – la Suède et la Suisse – la France saura à ce moment-là si l’institution olympique souhaite ou non poursuivre les discussions dans l’optique d’attribuer l’an prochain l’événement planétaire.

Pour l’Hexagone, cette candidature intervient dans la dynamique des préparatifs des Jeux d’été de Paris 2024, bien que les fondements du projet résultent avant toute chose d’une volonté politique incarnée par les Présidents des Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Laurent Wauquiez et Renaud Muselier.

Ces dernières années, les deux élus régionaux ont ainsi largement plaidé en faveur d’une candidature tricolore, d’abord en misant chacun sur son territoire respectif, avant de promouvoir l’union durant l’été 2023.

Depuis, le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) et le Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF) ont formalisé un concept sur lequel plusieurs questions demeurent en suspens. Il n’empêche, malgré cette implication nécessaire pour prétendre au dépôt d’une candidature devant le CIO, le projet reste profondément marqué par l’empreinte politique.

Un élément et un schéma qui sont d’ailleurs en opposition avec les projets adverses de la Suède et de la Suisse, où le Mouvement sportif a insufflé un élan avant de recueillir l’appui institutionnel utile au développement des candidatures.

Cette structuration franco-française explique dès lors pour partie la contestation émanant d’associations, d’élus locaux ou de simples citoyens.

Cartographie de la candidature des Alpes françaises à l’organisation des Jeux d’hiver de 2030 (Crédits – CNOSF)

Parmi les acteurs en présence, le collectif « NO JO » comptabilise à ce jour près de 1 000 followers sur le réseau social Facebook et entend, virtuellement et sur le terrain, mobiliser la population locale pour contrer les plans des partisans de l’organisation des Jeux en France.

Pour ce collectif, la décision de candidater aux Jeux d’hiver de 2030 constitue une erreur et un non-sens au regard des problématiques propres aux territoires concernés, en particulier en Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Comme l’évoque ainsi le mouvement :

Services et infrastructures ferroviaires insuffisants, inadaptés et dont les coûts pour les usagers ne cessent d’augmenter, accessibilité difficile aux services publics en zone rurale et de montagne, déserts médicaux, pauvreté grandissante, mal logement, quartiers défavorisés, etc.

Les chantiers à financer ne manquent pas et pourtant, nous préférons investir dans les JO.

Non, les Jeux ne financent pas les Jeux ! Les Jeux Paralympiques sont financés par l’argent public, la garantie et les surcoûts inévitables des Jeux Olympiques sont financés par l’argent public, les cadeaux fiscaux aux Fédérations sportives et aux sponsors sont financés par l’agent public. Par notre argent.

Est-ce vraiment cela que nous voulons financer ?

Et quelle image donnent nos élus en engageant notre argent sans même nous consulter ?

Ce propos fait ici écho aux arguments développés par les opposants aux candidatures hivernales développées ces dernières années par Munich 2018 et 2022 en Allemagne avec les initiatives du collectif « NOlympia » ou du Parti Pirate, mais encore par les Grisons 2022 ou Sion 2026 en Suisse et, plus récemment, par les opposants à la candidature espagnole aux JO 2030.

Il renvoie également à la question d’un référendum local sur l’opportunité d’accueillir ou non le plus grand événement sportif au monde. Un sujet qui a récemment été balayé par le Président du CNOSF, David Lappartient, lors de la présentation du projet français, le 07 novembre dernier.

Mais au-delà du cas français, la mobilisation d’opposants interroge aussi sur le devenir du modèle des Jeux d’hiver et ce, à l’heure du réchauffement climatique et de mesures de plus en plus contraignantes concernant l’utilisation des ressources. Plus encore que le modèle des Jeux, se pose surtout la question de la pérennité des activités actuellement menées dans les massifs montagneux et l’adaptation de tout un écosystème économique.

Ainsi que l’a exposé le collectif « NO JO » dans un communiqué diffusé après l’audition de la candidature française devant la Commission de Futur Hôte, mardi 21 novembre 2023 :

Réchauffement, dérèglement climatique, méga-feux, inondations, fonte accélérée des pôles, des glaciers et du permafrost.

Ces signaux inquiétants de la catastrophe climatique à l’œuvre, nul ne peut les ignorer, nul ne peut encore dire « qui aurait pu prévoir ? ».

En 2050, la totalité des glaciers alpins situés en dessous de 3 400 mètres d’altitude auront disparu.

Les glaciers s’écroulent, les éboulements rocheux se multiplient, les refuges de haute montagne ferment les uns après les autres, mais on nous affirme qu’on pourra toujours faire du ski et qu’on doit continuer à faire du ski !

Conférence de presse de présentation de la candidatures des Alpes françaises à l’organisation des Jeux d’hiver de 2030, mardi 07 novembre 2023 (Crédits – CNOSF / KMSP)

Si les Jeux d’été engendrent légitimement des oppositions – et Paris 2024 n’y échappe pas – le cas spécifique des Jeux d’hiver décuple in fine la force de frappe desdites oppositions, sachant que l’événement est susceptible d’impacter l’aménagement de territoires pour partie préservés voire fragiles.

Récemment, de l’autre côté des Alpes, Milan-Cortina 2026 a en ce sens été la cible de vives critiques face aux travaux un temps programmés pour assurer la refonte de la piste historique Eugenio Monti à Cortina d’Ampezzo.

En France, une même levée de boucliers n’est pas à exclure, même si les infrastructures existent ou s’annoncent comme temporaires dans leur grande majorité (95%).

Déjà, deux dates ont été programmées pour la tenue de réunions publiques, vendredi 1er décembre à Briançon et samedi 02 décembre à Gap.

Ce même jour, une inter-organisation regroupant des collectifs, des associations et des acteurs syndicaux se réuniront en outre en divers lieux dans l’Hexagone pour dénoncer de façon décentralisée ce qu’ils considèrent comme les ravages des Jeux passés et à venir, incluant l’édition estivale de Paris 2024 et l’éventuelle échéance hivernale des Alpes françaises 2030.

Pour les opposants, la décision à venir de la Commission Exécutive du CIO constituera une étape charnière avec, soit le signe d’une accélération de la contestation au travers d’initiatives de diverses formes à prévoir dans le cas où le dossier français serait sélectionné, ou d’un soulagement en cas de mise sur arrêt de la candidature tricolore.

Dans tous les cas, la protestation pourrait migrer en direction de la ou des candidatures retenue(s) par le CIO pour la phase de dialogue ciblé.

Face à cette éventualité, la Suède et la Suisse espèrent avoir chacune trouver la parade, l’une en réalisant une étude préliminaire solide et en communicant plus que par le passé sur les tenants et les aboutissants de son projet, la seconde en ayant travaillé un concept dépassant le cadre cantonal traditionnel et misant sur un fort investissement du secteur privé pour écarter autant que possible la perspective de recourir à une votation citoyenne dont l’issue s’est souvent révélée désastreuse.


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