Alpes 2030 : « Pas de réforme du mode de gouvernance prévue à ce stade » selon la Ministre des Sports

Moins d’une semaine après le départ d’Edgar Grospiron de son poste de Président du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver des Alpes 2030 (COJOP), les parties institutionnelles françaises ne semblent pas soucieuses d’interroger la pertinence de l’actuel mode de gouvernance. Au risque de reproduire les mêmes erreurs ayant contribué à la crise interne et à ses soubresauts successifs.

Alors que les faiblesses structurelles du projet français couplées à un management défectueux, ont entraîné le COJOP dans une crise majeur au fil des mois, les acteurs tricolore du dossier des Alpes 2030 poursuivent à l’évidence leur tumultueuse marche en avant avec des œillères.

Au lendemain du premier jour d’inspection dans la Métropole de Lyon (Rhône) de la Commission de Coordination du Comité International Olympique (CIO), deux des acteurs-clés dudit dossier se sont ainsi exprimés en ce mardi 15 septembre 2026 quant au contexte actuel de la gouvernance, évoquant par ailleurs les préparatifs d’accueil des Jeux.

Mais que ce soit Marina Ferrari, Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, ou Fabrice Pannekoucke, Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Hôte de trois des quatre clusters sportifs des Alpes 2030, chacun y est allé de son satisfecit global.

A croire que la crise est à présent terminée du seul fait de la démission d’Edgar Grospiron. Comme elle aurait déjà dû l’être après le départ de Cyril Linette de son poste de – fusible – Directeur Général que nombre d’acteurs avaient rendu responsable. Ubuesque.

Marina Ferrari, Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative (Crédits – Hervé Hamon / Ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative)

Au sujet de la démission d’Edgar Grospiron, entérinée lors du Bureau Exécutif rassemblé le 10 septembre dernier, la Ministre a notamment souhaité balayer l’idée d’un quelconque retard dans la prise de conscience des difficultés de gouvernance et aussi dans les préparatifs des Jeux.

Comme l’a ainsi exposé Marina Ferrari :

« On peut toujours pleurer sur le lait renversé. Les choses doivent se faire quand elles doivent se faire. Il faut respecter la décision du Président Grospiron, et finalement, nous n’avons pas perdu de temps car le projet a continué à avancer.

On pourrait dire ‘que de temps perdu !’ si nous n’avions pas avancé. Or, ça n’est pas le cas aujourd’hui.

Nous avons maintenant une Loi olympique, un budget, une carte des sites, on a un programme sportif, on a des emblèmes, on a de premiers partenaires, donc nous avons continué à avancer. La preuve en est, les discussions que nous avons aujourd’hui sont très constructives.

On continue à avancer, nous sommes vraiment dans la phase opérationnelle ».

Or, malgré cette déclaration, force est de constater que le COJOP des Alpes 2030 a pourtant bel et bien accumulé un certain retard depuis son installation en février 2025 et même avant la structuration de cette instance organisatrice, avec le psychodrame de la lettre de garantie de l’État qui a tardé à parvenir entre les mains du CIO.

Quelques rappels utiles pour recontextualiser la situation actuelle :

En février 2025, soit plus de six mois après l’attribution – sous conditions – des Jeux, le COJOP émergeait enfin avec à sa tête, Edgar Grospiron, et non Martin Fourcade qui cochait pourtant toutes les cases, hormis celle de satisfaire les leaders politiques régionaux désireux de conserver la mainmise sur un projet qu’ils avaient réussi à mettre en mouvement au cours de l’été 2023 en profitant de la dynamique positive de Paris 2024.

Les mois suivants, des turbulences se sont faites jour et n’ont ensuite cessé de croître comme « Sport & Société » a eu l’occasion de le mentionner à maintes reprises, en particulier sur la question de la carte des sites, avant un glissement progressif vers la gouvernance interne.

Il faut dire que, s’agissant des sites, ces derniers ont initialement été sélectionnés de façon à obtenir un juste équilibre entre la Région Auvergne-Rhône-Alpes initialement présidée par Laurent Wauquiez, et depuis par Fabrice Pannekoucke, et la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Dès la présentation de la candidature, le tandem politique a ainsi vanté une entente cordiale entre les deux acteurs des entités régionales pour parvenir à une répartition avant tout politique et territoriale du projet.

Des clusters de compétitions répartis deux par deux entre les Régions, au nombre de Villages à positionner de la même manière pour préserver l’équilibre, et jusqu’à la délimitation des Cérémonies d’ouverture et de clôture, toute la cartographie a de facto été dictée à l’origine par des impératifs dépassant largement le cadre sportif.

Mais cette quête de l’équilibre s’est rapidement heurté à des réalités. Cela a notamment été le cas quant au position des épreuves de ski alpin, puis à celle des Villages, sans oublier bien sûr la crise générée par le retrait de Nice (Alpes-Maritimes) au profit de Lyon pour le pôle de glace.

Mis bout à bout, ces éléments ont par conséquent conduit à des reports successifs de la présentation de la carte des sites, provoquant un certain agacement du côté du CIO et des Fédérations Internationales concernées.

Pour tenter de rassurer les uns et les autres, le COJOP des Alpes 2030 avait alors exposé un « schéma préférentiel des sites » au cœur de l’été 2025 et ce, alors même qu’une présentation formelle d’une carte aurait déjà dû avoir lieu.

Après ce contournement calendaire, l’officialisation du site des épreuves de patinage de vitesse a elle-aussi été reportée. Annoncée un temps pour l’automne 2025, elle n’est ainsi survenue qu’au cours du printemps suivant, avec tout de même la confirmation d’un choix de site en dehors des frontières françaises.

S’agissant in fine de la carte des sites dans sa globalité, celle-ci a par suite été présentée à l’été 2026, sachant que des adaptations pourraient encore survenir.

Fabrice Pannekoucke, Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, et Renaud Muselier, Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, sous le regard de Kirsty Coventry, Présidente du Comité International Olympique, lors de la Cérémonie de passation du drapeau olympique, dimanche 22 février 2026 aux Arènes de Vérone, Vénétie, Italie (Crédits – KMSP / Alpes françaises 2030)

L’exemple de la carte – et celle du programme des sports retardé en fin d’année dernière – est une illustration parmi d’autres des faiblesses du dossier tricolore, fragilisé aussi par les départs en cascade relevés depuis la fin de l’année 2025 et qui ont, entre autres, amené à la démission d’un certain nombre de Directeurs qu’il a fallu ensuite remplacer.

Un turn-over qui, de toute évidence, a pu avoir un impact quant à la stabilité des équipes et à la dynamique pour déployer positivement le potentiel du projet des Alpes 2030.

Le débarquement de l’ex-Directeur Général, Cyril Linette, avait d’ailleurs constitué une secousse au sein du COJOP et auprès des autres parties prenantes au dossier, surtout en sachant que ledit Directeur Général fut initialement choisi par Edgar Grospiron avec lequel les relations de travail se sont rapidement tendues jusqu’au point de non-retour.

Or, le poste de Directeur Général du COJOP est particulièrement important et revêt des missions-clés pour activer les grandes opérations, coordonner l’imposante machine organisationnelle, avec notamment la montée en puissance progressive des équipes renforcées au fil des ans par des recrutements de centaines de salariés, le tout avec aussi la nécessité d’être un interlocuteur de premier choix pour toutes les parties et auprès des éventuels sponsors.

Sur ce dernier point, il est ici à rappeler que, plus de deux ans après l’attribution des Jeux et moins de quatre ans avant la tenue de ces derniers, les Alpes 2030 ne bénéficient à date que d’un seul et unique partenaire, alors que la promesse de campagne tablait sur la venue d’une dizaine de sponsors affiliés à Paris 2024…

Une situation loin d’être étonnante ; la crise de gouvernance à laquelle a dû faire face le COJOP ne permettant pas d’apporter la stabilité et la confiance dont les éventuels sponsors ont besoin pour pouvoir s’engager et engager leurs équipes dans la direction et la vision des Jeux.

Au-delà des problèmes de calendrier et de personnes, il est à souligner également une autre question en suspens pour les Alpes 2030, à savoir la crédibilité du budget d’organisation prévisionnel qui, après les grandes intentions de la candidature pour ne pas dépasser le seuil symbolique des 2 milliards d’euros, a rapidement franchi ce cap pour aujourd’hui s’établir à plus de 2,1 milliards.

Problématique lorsque le COJOP doit affronter les multiples départs et lorsqu’il doit aussi se lancer à l’assaut de potentiels sponsors qui se font encore attendre à un peu plus de 1 230 jours de la Cérémonie d’ouverture.

Fabrice Pannekoucke, Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, mardi 18 février 2025 (Crédits – CNOSF / KMSP)

Nonobstant le retard manifestement accumulé, la Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative ne s’est bien sûr pas risquée au jeu des pronostics quant à l’identité du futur patron des JO 2030, estimant toutefois en substance que le temps peut encore jouer en faveur des Alpes 2030…

Ainsi que l’a notamment évoqué Marina Ferrari avec une pointe d’agacement :

« Il faut prendre le temps, il n’y a pas d’urgence.

Il ne faut pas s’endormir non plus car il faut une incarnation pour le projet des Jeux, mais pour autant, nous avons le temps, car nous avons une intérim qui est aujourd’hui assurée et bien assurée [par Vincent Roberti, Directeur Général du COJOP].

On se garde bien de toute supputation car malheureusement, je le dis publiquement, dans ce projet, nous sommes allés de fausses rumeurs en mauvaises informations, en dénigrement des Jeux, etc.

Je crois que lorsque l’on vous dit que nous prenons le temps, nous prenons le temps.

Il n’y a pas de réforme du mode de gouvernance prévue à ce stade. Les hypothèses, nous verrons en fonction de qui nous aurons, mais aujourd’hui cela fonctionne comme ça, ça fonctionne bien, donc il n’y a pas de raison que l’on change aujourd’hui le mode de gouvernance. ».

Outre la Ministre précitée, le Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes s’est lui-aussi aventuré sur le terrain – glissant – de la méthode Coué.

Sans attendre la conférence de presse de la Commission de Coordination du CIO qui, comme à son habitude et comme de coutume pour les instances olympiques en général, conservera un langage des plus policés à l’égard de ses hôtes, Fabrice Pannekoucke a de fait dressé le bilan des dernières semaines, tout en se projetant vers les nouveaux objectifs.

Comme l’a en ce sens déclaré le leader régional :

« [Nous sommes] dans une configuration favorable.

Il y a l’ambiance avec laquelle nous avons tenu cette Commission de Coordination, mais le fait de voir comment les choses avancent, que les équipes sont au boulot, les interventions des Directeur tout au long de la journée, les décisions que l’on a prises, juste avant et y compris sur les aspects très organisationnels avec cette intérim de présidence, font qu’en réalité, il n’y a pas de sujet.

Ce qui contribue d’être pour nous dans une forme très apaisée, c’est que l’on est pas occupés à raconter des bêtises aux membres de la Commission de Coordination. Ils savent précisément où nous en sommes sur la gouvernance, ce que nous avons fait, et comment les prochaines semaines vont s’écrire, donc il n’y a pas de faux-semblant. On se dit les choses.

C’est un dossier qui a bien avancé, qui est positif. […] Le CIO et la Commission de Coordination ne repartent pas d’ici avec des inquiétudes mais avec des constats objectifs et positifs ».

Capture d’écran du clip vidéo des Alpes françaises 2030 « Millième, notre vision » (Crédits – Alpes 2030)

Il n’empêche, malgré les certitudes développées tant par la Ministre que par le Président de Région, le CIO se retrouve aujourd’hui dans une position d’observateur – et de surcroît d’acteur – plus vigilant qu’il n’a pu l’être jusqu’à présent.

Une vigilance accrue, comme ce fut le cas dans la dernière ligne droite des préparatifs de Milan-Cortina 2026 qui – après le remplacement du Directeur Général en 2022 – n’ont pas connu de bouleversement d’ampleur quant audit Comité, mais ont tout de même donné quelques sueurs froides à l’institution de Lausanne (Suisse) s’agissant de l’avancée des chantiers sur le terrain.

Dans le cas des Alpes 2030, la question des chantiers n’est pour l’heure pas totalement d’actualité ; l’épineuse problématique de la gouvernance et de la nouvelle quête d’un Président en capacité de rassembler l’ensemble des acteurs concernés par le dossier olympique et paralympique tricolore devant être réglée en priorité.

Nul doute en tout cas que la visite de la Commission de Coordination du CIO – focalisée ce mois-ci sur le pôle de glace de la Métropole de Lyon – aura été l’occasion d’un rappel du calendrier particulièrement contraint pour les organisateurs des Jeux d’hiver de 2030.

Pour l’institution olympique, comme pour les organisateurs français, la mobilisation doit désormais être au rendez-vous pour garantir la livraison effective des Jeux dans moins de quatre années, avec les questions en cours et en suspens et celles qui se poseront prochainement au gré de l’avancée des préparatifs.

Si chacun est désireux d’aller de l’avant et de tourner la page Grospiron, encore faut-il que les bons ingrédients soient utilisés pour que la recette soit au final une réussite. Mais de l’entêtement assumé ou de la détermination de refonte du cadre par les parties prenantes hexagonales dépendra en tout cas l’effectivité du sursaut attendu.

(Crédits – Alpes 2030)

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