A un peu plus de 1 240 jours de la Cérémonie d’ouverture des prochains Jeux d’hiver, la fin de la trêve estivale devrait sonner le glas de l’aventure de l’ancien Champion Olympique de bosses des Jeux de 1992, Edgar Grospiron, à la tête du Comité d’Organisation des Alpes 2030 (COJOP).
Plus fragilisé que jamais, le leader des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver des Alpes 2030 pourrait quitter la piste dans les jours qui viennent et ce, en dépit des promesses de refonte de la gouvernance dont la crise par vagues successives n’a finalement pu être contenue.
Comme l’évoque ainsi « Le Parisien » en ce mardi 08 septembre 2026 :
« L’annonce d’un nouveau partenaire du Comité d’Organisation prévue ce mercredi a été reportée au dernier moment au motif d’une ‘semaine importante’, marquée par la tenue d’un Bureau Exécutif ce jeudi, lequel pourrait être décisif pour l’avenir d’Edgar Grospiron ».
Dès la fin de la semaine, le COJOP pourrait donc se retrouver dans une situation que les parties au projet olympique et paralympique ont longtemps voulu éviter malgré le caractère inextricable de la situation.

Une situation qui – comme « Sport & Société » a déjà eu l’occasion de le décrire au fil des ans – trouve son origine dès la phase de candidature, lorsque celle-ci fut coordonnée et engagée par une dynamique politique jusqu’au plus haut sommet de l’État, galvanisé par le succès annoncé des Jeux d’été de Paris 2024.
Or, tandis que la candidature de Paris 2024 avait su avec maîtrise repenser le leadership de l’ambition olympique et paralympique tricolore après les échecs successifs de Paris 1992, Lille 2004, Paris 2008, mais surtout Paris 2012 et Annecy 2018, l’aventure des Alpes françaises 2030 – devenue depuis Alpes 2030 – a très tôt été dans l’incapacité de reproduire ce modèle de réussite.
Pire, les porteurs de la candidature alpine, à savoir les Présidents des Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, ont souhaité se démarquer en laissant de côté les ingrédients de la recette parisienne.
Pourtant, Paris 2024 avait pris soin de tisser les contours d’une gouvernance combinant étroitement l’indispensable sphère politique à la non moins capitale sphère sportive ; le regretté Bernard Lapasset et son acolyte Tony Estanguet ayant dès lors conduit avec brio la candidature jusqu’à son terme, avant que la fusée à deux étages ne laisse en orbite que le triple Champion Olympique de canoë-kayak, à la manière d’un Sebastien Coe qui, avec habileté, avait été le patron que l’on sait pour Londres 2012.
Aussi, lorsque les Alpes 2030 ont dû se pencher sur la question du leadership après l’attribution des JO 2030, à l’avant-veille de la Cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024, les acteurs institutionnels engagés ont étalé aux yeux du monde, une certaine forme de méconnaissance, de maladresse, voire même d’amateurisme.

La séquence la plus marquante fut d’ailleurs celle de l’intronisation ratée de Martin Fourcade à la tête du COJOP.
Fort de son palmarès olympique alors sans équivalent dans l’Hexagone, auréolé aussi de sa casquette de Président de la Commission des Athlètes de Paris 2024 et, de surcroît, de ses fonctions de membre du Comité International Olympique (CIO), le jeune retraité des pistes de biathlon cochait toutes les cases pour symboliquement prendre le relais de Tony Estanguet à la présidence d’un Comité d’Organisation des Jeux.
Mais conscient des défis à relever et des orientations à recalibrer pour les Alpes 2030, Martin Fourcade a toutefois constitué une menace pour les dirigeants politiques régionaux soucieux de conserver la mainmise sur les décisions du COJOP et de s’appuyer de facto sur une personnalité sans doute plus malléable.
Paradoxalement, le recours à Edgar Grospiron s’est rapidement transformé en chaos pour le COJOP en pleine émergence en février 2025.
Titré aux Jeux d’Albertville 1992 et ayant eu l’expérience de Directeur Général durant un temps dans l’aventure de la candidature d’Annecy 2018, le quinquagénaire n’a ainsi pas su – ou pas voulu – présider le COJOP en bonne intelligence, s’enfermant peu à peu dans une tour d’ivoire avec ses conseillers face à l’impuissance manifeste des parties en présence.
Les démissions de cadres du COJOP auraient alors dû susciter un réveil qui ne sait pourtant matérialiser – en tout cas en surface – qu’à l’issue des Jeux de Milan-Cortina 2026.
Sous la pression tant du CIO que de l’État, la gouvernance dudit COJOP naviguant à vue est devenue un sujet d’une importance capitale, d’autant plus après le débarquement du Directeur Général, Cyril Linette, poussé vers la sortie en raison de « désaccords insurmontables » avec Edgar Grospiron.
L’intérim assuré par l’ancien Préfet de la Région Île-de-France et ex-Délégué Interministériel aux Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 (DIJOP), Michel Cadot, devait par suite permettre de relever le COJOP et de placer enfin la gouvernance sur de bons rails.
Il devait en être de même avec la nomination de Vincent Roberti au poste de Directeur Général, officialisée au mois de mai dernier, avant que l’ancien Préfet du Tarn-et-Garonne ne se présente à la tribune de la 146ème Session du CIO, fin juin.

Force est de constater cependant que la crise ouverte ne s’est jamais refermée et ce, malgré les séquences positives enregistrées ces derniers mois, entre présentation des emblèmes des Jeux de 2030, sanctuarisation des cartes des sites olympiques et paralympiques, et même annonce d’un tout premier partenariat avec la venue du groupe « EDF » en qualité de Partenaire fondateur et Fournisseur officiel d’électricité bas carbone.
Les semaines ayant précédé la trêve estivale furent d’ailleurs symptomatiques des tensions persistantes.
Courant juillet, deux nominations stratégiques furent ainsi repoussées sine die faute de consensus ; le Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Fabrice Pannekoucke, ayant même claqué la porte de la réunion du Bureau Exécutif pointant du doigt la méthode employée.
Les tensions furent aussi exacerbées à l’aune des révélations du quotidien « Le Parisien » au sujet des risques psychosociaux touchant les équipes du COJOP – entre arrêts maladie à répétition et départs ou menaces de nouveaux départs – mais également au regard de la prise de distance assumée par le Présidente du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), Amélie Oudéa-Castéra.
Dans une entrevue pour « La Tribune Dimanche », le 26 juillet 2026, cette dernière avait ainsi porté un regard des plus sévères à l’endroit d’Edgar Grospiron.
Comme l’avait alors affirmé celle qui fut Ministre des Sports et des Jeux au moment de Paris 2024 :
« Des collaborateurs [recrutés par le Président du COJOP] qui devaient prendre du champ sont maintenus dans des rôles-clés. A l’inverse, des talents essentiels quittent le navire. C’est problématique, d’autant que d’autres démissions menacent.
[…] Si on n’a pas un pilotage fiable et efficace de l’organisation, avec des équipes qui se sentent bien et que l’on met en mesure de livrer ensemble un effort intense dans la durée, on ne réussira pas ».
Moins de deux mois après cette sortie médiatique, l’inévitable semble donc en passe de se produire bien que le Président en exercice bénéficie de l’appui d’acteurs du dossier comme Michel Barnier, ancien Premier Ministre, ex-Co-Président des Jeux d’Albertville 1992 et préfigurateur du COJOP des Alpes 2030.
Si un départ volontaire ou contraint d’Edgar Grospiron venait à être acté dans les prochains jours – ou tout au plus dans les semaines à venir – la question de son remplaçant se posera très rapidement avec au moins dans un premier temps, la montée au créneau du Directeur Général, notamment dans l’optique de la visite d’une délégation du CIO sur le périmètre des sports de glace dans la Métropole de Lyon (Rhône) au cours de la semaine prochaine.

D’ici-là, il est à constater encore une fois l’indéniable fossé entre la situation confuse des Alpes 2030, à un peu plus de 1 240 jours de la Cérémonie d’ouverture, et l’état de la gouvernance et des préparatifs des Jeux de l’Utah 2034.
Pourtant désigné le même jour que les Alpes 2030, mais pour une échéance plus lointaine – avec une marge de manœuvre certes plus confortable – l’Hôte des JO 2034 multiplie en effet les engagements et prouve mois après mois qu’il est déjà à ce stade un partenaire de confiance pour le CIO et, plus globalement, pour le Mouvement olympique et paralympique.
Avant même la désignation de juillet 2024, les artisans du projet de Salt Lake City – Utah avaient bâti les conditions pour assurer la mise en place des structures opérationnelles autour d’un calendrier et de priorités définis.
Les Comités thématiques ont également commencé à voir le jour, à l’image du Comité Éducatif lancé au cours de l’été et dont l’action se matérialise déjà sur le terrain, notamment au travers du programme d’envergure « Champion Schools 34 » dont la version pilote a été orchestrée la semaine dernière dans une partie des Districts scolaires de l’État américain de l’Utah.
En parallèle de la priorité donnée à la jeunesse pour contribuer à façonner l’héritage des Jeux avant qu’ils ne débutent, la question du financement des Jeux occupe une place prépondérante des préparatifs, avec notamment le succès confirmé du programme aux contours inédit, « Podium34 », qui s’appuie sur de généreux donateurs et autres organisations et fondations philanthropiques.
La présentation de la première version du Plan des Jeux de l’Utah 2034 a aussi permis de mesurer le degré d’avancement des préparatifs et la détermination des organisateurs qui, l’an passé, avant symboliquement engagé une étape-clé desdits préparatifs à 3 000 jours de l’ouverture des Jeux, en opérant le dévoilement d’une identité visuelle marquée et d’une nouvelle dénomination.

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