Malgré les séquences des dernières semaines ayant notamment conduit à la révélation des emblèmes et des cartes des sites olympiques et paralympiques, le Comité d’Organisation des Jeux des Alpes 2030 demeure paralysé par une grave crise de gouvernance. Pour en sortir, les acteurs de l’édition hivernale à venir pourraient bien être contraints de pousser l’actuel Président vers la sortie.
Dans la foulée des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026, lors desquels le degré de tension au sein du COJOP des Alpes 2030 fut particulièrement palpable, les organisateurs tricolores avaient bien tenté de créer les conditions d’un sursaut pour rassurer les partenaires institutionnels, à commencer par le Comité International Olympique (CIO) agacé par la crise de gouvernance révélée au fil des mois.
Aussi, lesdits organisateurs ont pu compter sur une série de séquences positives au cours du printemps écoulé et au début de l’été. Cela s’est en particulier traduit par la présentation des emblèmes en hommage aux montagnes alpines, le dévoilement – tant attendu – des cartes des sites, mais encore l’annonce d’un premier sponsor dans l’escarcelle du stratégique Programme des Partenaires.

Or, en dépit de ces événements, les Alpes 2030 vivent encore dans une situation de crise qui ne s’est finalement jamais réellement estompée depuis les démissions en cascade de la fin d’année 2025 et le renvoi du Directeur Général d’alors, Cyril Linette, depuis remplacé par l’ex-Préfet du Tarn-et-Garonne, Vincent Roberti.
Il faut dire que les problèmes perdurent, notamment en ce qui concerne les nouvelles nominations qui devaient concerner, la semaine dernière, Xavier Becker, en qualité de Directeur des Opérations, et Blandine Vinagre-Rocca, comme Directrice de la Cellule exécutive, elle qui était jusqu’à présent Directrice des Affaires Publiques.
Toutefois, faute de consensus et eu égard à la tension persistante entre les acteurs du dossier alpin, lesdites nominations ont été reportées dans le cadre d’une future réunion du Bureau Exécutif du COJOP.
Pire encore, une faille semble s’être opérée au sein même des leaders régionaux, comme en témoigne la colère exprimée par Fabrice Pannekoucke, Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, au sujet des nominations en suspens. Un Président qui a d’ailleurs claqué la porte de la dernière réunion dudit Bureau.
Au-delà des tensions internes, la crise de gouvernance est apparue sous un jour nouveau depuis les révélations du quotidien « Le Parisien », au sujet des risques psychosociaux touchant les équipes du COJOP, entre arrêts maladie à répétition – une quinzaine de salariés du COJOP ont été reçus par la médecine du travail depuis l’épisode de Milan-Cortina 2026 – et des départs ou menaces de nouveaux départs au sein de la contingence alpine.
Ces derniers jours, la crise a connu en outre un énième soubresaut et la position du patron des Alpes 2030 a de facto encore été fragilisée par la sortie médiatique de la Présidente du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), Amélie Oudéa-Castéra.
Dans une entrevue pour « La Tribune Dimanche », ce 26 juillet 2026, cette dernière a eu des mots particulièrement sévères que chacun peut percevoir comme une attaque ciblée à l’endroit d’Edgar Grospiron.
Comme l’a notamment affirmé celle qui fut Ministre des Sports et des Jeux au moment de Paris 2024 :
« Des collaborateurs [recrutés par le Président du COJOP] qui devaient prendre du champ sont maintenus dans des rôles-clés. A l’inverse, des talents essentiels quittent le navire. C’est problématique, d’autant que d’autres démissions menacent.
[…] Si on n’a pas un pilotage fiable et efficace de l’organisation, avec des équipes qui se sentent bien et que l’on met en mesure de livrer ensemble un effort intense dans la durée, on ne réussira pas ».

Un propos qui conforte les partisans d’un retrait de l’actuel leader, mais qui dans le même temps laisse peut-être aussi transparaître ce que certains estiment comme de l’ambition de la part de la Présidente du CNOSF qui, le cas échéant, pourrait se positionner pour tenter de prendre la relève.
Quoiqu’il en soit, Edgar Grospiron se retrouve aujourd’hui au pied du mur, bien que bénéficiant de soutiens-clés à l’image de Michel Barnier qui gravite toujours autour du COJOP depuis sa mission de préfiguration de l’instance organisatrice des Jeux.
Reste à savoir ce que les derniers développements apporteront pour le COJOP dès la rentrée de septembre, et en particulier si le CIO et l’État se décident ou non à taper du poing sur la table pour remettre de l’ordre dans les affaires des Alpes 2030 et rappeler à chacun des acteurs les enjeux des moins de quatre prochaines années.
Sans doute pétrifiés face au vertige qu’engendrerait une mise de côté du Président des Alpes 2030, lesdits acteurs doivent collectivement se ressaisir à l’issue de l’intermède estival. Une crise persistante ne pourra en effet que générer de nouveaux épisodes avec plus ou moins d’intensité.
Or, de tels épisodes chaotiques ne seront évidemment pas de nature à convaincre de futurs sponsors de venir s’associer à la marque écornée des Alpes 2030, pas plus qu’ils ne créeront les conditions d’une adhésion populaire espérée par le COJOP dans les territoires directement concernés par l’accueil des Jeux et même au-delà.
Avec ou sans Edgar Grospiron – qui ne semble pas lui-même mesurer la gravité de la situation depuis l’an passé – les Alpes 2030 doivent dorénavant pouvoir avancer, alors que s’approche l’année 2027 qui constituera le compte à rebours des trois dernières petites années avant la Cérémonie d’ouverture des prochains Jeux d’hiver.
Les mois qui viennent s’annoncent donc à très haut risque.
De surcroît, la rentrée pourrait s’avérer plus que périlleuse pour les acteurs engagés dans le projet des Alpes 2030, au moment où le Maire de Nice, Eric Ciotti, demande avec insistance la constitution d’une Commission d’enquête parlementaire quant au financement et au fonctionnement du COJOP, échaudé par la guerre ouverte avec le Président de Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Renaud Muselier, qui accuse l’édile niçois d’avoir sacrifié le rêve des Jeux du territoire régional pour des considérations partisanes.
Ambiance.

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