Alpes françaises 2030 : Renaud Muselier cible Eric Ciotti après la chute de Nice

Tandis que le Comité d’Organisation des Jeux d’hiver (COJOP) des Alpes françaises 2030 espère enfin boucler la carte des sites après avoir décidé de positionner les épreuves de glace dans la métropole lyonnaise en lieu et place de Nice (Alpes-Maritimes), les tensions politiques sont déjà féroces sur les bords de la « Baie des Anges », les uns et les autres se rejetant la responsabilité du fiasco niçois.

Visite de la Commission de Futur Hôte du CIO à l’Allianz Riviera de Nice, Alpes-Maritimes, France, jeudi 25 avril 2024 (Crédits – CNOSF / Pierre-Emmanuel Trigo)

Au lendemain de la lourde décision prise à l’issue du Bureau Exécutif du COJOP pour délocaliser les épreuves de glace en direction de Lyon (Rhône), le réveil a été difficile pour le Maire de Nice qui a tenté semaine après semaine de faire aboutir le coup de poker engagé dès le lendemain des élections municipales du mois de mars 2026.

Jusqu’au bout, Eric Ciotti et ses soutiens ont essayé de tordre le bras des organisateurs – et derrière, le bras du Comité International Olympique (CIO) et celui des Fédérations Internationales – pour maintenir le pôle glace des JO 2030 dans la cité méditerranéenne et ce, alors même que l’absence d’accord quant à la localisation du tournoi de hockey-sur-glace condamnait Nice au moins en partie.

Les réunions successives n’ont toutefois pas permis de trouver une solution niçoise alternative au concept initialement projeté en présence de l’ex-Maire de Nice, ancien mentor politique d’Eric Ciotti, devenu depuis son principal adversaire, Christian Estrosi, conduisant dès lors à envisager puis finalement à acter la délocalisation de toute la cartographie des sports de glace, exception faite du patinage de vitesse déjà sectorisé à l’étranger pour des raisons logistiques.

Dès ce vendredi 29 mai 2026, date du Bureau Exécutif lors duquel le COJOP a fait son choix, le Premier Magistrat niçois s’était déclaré en colère face à une décision qu’il juge politicienne et dictée par des intérêts financiers.

Des réseaux sociaux à un communiqué de presse officiel, Eric Ciotti a ainsi vilipendé le choix des acteurs des Jeux des Alpes françaises 2030, tout en promettant de réorienter les crédits à destination de Nice et de projets locaux.

De gauche à droite, David Lappartient, alors Président du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) ; Christian Estrosi, alors Maire de Nice ; et Renaud Muselier, Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, lors de la visite de la Commission de Futur Hôte du CIO dans l’optique des JO 2030, le 25 avril 2024 (Crédits – CNOSF / Pierre-Emmanuel Trigo)

Ce samedi 30 mai, la réplique n’a pas tardé à se faire ressentir sur les bords de la Méditerranée, avec une vive charge formulée par le Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Dans une missive de quatre pages adressée au Maire de Nice et co-signée par Hervé Liberman, Conseiller Régional, Président de la Commission Sport, Préparation des Jeux de 2024 et de 2030, par ailleurs Président du Comité Régional Olympique et Sportif (CROS) et Administrateur du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), Renaud Muselier pointe du doigt les orientations prises par Eric Ciotti qui ont précipité la chute de Nice et son absence du dispositif des Jeux.

Comme l’exprime très rapidement le leader régional dans cette lettre :

Les épreuves de glace des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver 2030 ne quittent pas Nice par fatalité.

Elles ne disparaissent ni par malchance, ni sous l’effet d’une décision imposée depuis Paris ou Lausanne. Elles quittent Nice parce qu’un choix politique a été fait : celui de refuser l’adaptation temporaire de l’Allianz Riviera pour accueillir le hockey olympique.

Le ton est donné.

Par la suite, Renaud Muselier s’est permis de rappeler à juste titre la place qu’aurait pu occuper Nice au sein de la carte des sites des Alpes françaises 2030, la ville ayant à l’origine été choisie pour abriter, outre le hockey-sur-glace, les épreuves de curling, celles de patinage artistique, mais encore les compétitions de short-track, le tout avec aussi la présence d’un Village des Athlètes projeté près de l’Allianz Riviera, sans compter également l’implantation envisagée du Centre des Médias au Marché d’Intérêt National – MIN Fleurs, de même que les Cérémonies de clôture des Jeux Olympiques et Paralympiques.

Ainsi que l’a en ce sens exposé le Président de la Région :

Nice n’était pas un site parmi d’autres. […]

Nice concentrait ainsi près de 60% de la billetterie olympique, soit le principal moteur de fréquentation et de consommation des Jeux.

Cette centralité olympique s’expliquait aussi par une concentration d’épreuves sans équivalent sur un même territoire, […] faisant du pôle glace niçois le principal lieu de fréquentation, d’animation et de diffusion des Jeux d’hiver 2030.

Poursuivant sa critique à l’endroit du Maire de Nice élu à l’issue du scrutin municipal des 15 et 22 mars derniers, Renaud Muselier s’est ensuite focalisé sur un comparatif chiffré de grands événements avec les Jeux d’hiver qui auraient pu amener des retombées au-delà du seul périmètre économique.

Comme il l’affirme :

L’arrivée du Tour de France 2024 a généré 62 millions d’euros de retombées économiques, avec près de 270 000 personnes présentes en seulement trois jours. La Coupe du Monde de rugby 2023 a généré environ 148 millions d’euros de retombées économiques à Nice, pour seulement quatre matchs organisés à l’Allianz Riviera. L’UNOC 2025 a attiré près de 130 000 visiteurs internationaux, démontrant la capacité de Nice à accueillir un événement diplomatique mondial de très grande ampleur.

A partir de ces références, une hypothèse prudente mais réaliste conduit à estimer entre 350 000 et 500 000 visiteurs cumulés le volume de fréquentation généré par le cluster glace olympique niçois. […]

Sur cette base, les retombées touristiques et événementielles directes perdues peuvent être raisonnablement estimées entre 180 et 280 millions d’euros.

Visuel de la toiture temporaire de l’Allianz Riviera de Nice (Crédits – Ville de Nice)

Plus grave encore selon Renaud Muselier, la perte des Jeux par Nice est susceptible d’opérer une remise à plat des investissements prévisionnels qui étaient jusqu’à présent fléchés en direction de la ville, notamment à l’initiative de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO Alpes 2030), que ce soit pour l’aménagement du Village des Athlètes, la modernisation et l’adaptation des infrastructures existantes.

L’impact social – estimé à 10% d’heures d’insertion dans les marchés et 25% des contrats réservés aux TPE / PME – et économique – évalué à 550 millions d’euros – est aussi évoqué par le Président de la Région, alors que le chantier des Jeux aurait pu générer un levier majeur pour le tissu des entreprises du territoire.

Dans sa charge, le leader régional n’en oublie pas non plus de citer l’impact du retrait de Nice pour les aménagements structurants qui devaient être réalisés dans l’optique des Jeux et servir dès lors de tremplin pour le développement du territoire niçois et ses alentours.

Renaud Muselier cite notamment le financement et le calendrier de livraison de la Gare Nice Aéroport prévue pour décembre 2029 moyennant une enveloppe de 300 millions d’euros, mais aussi l’accroissement du nombre de Trains Express Régionaux (TER) entre Cannes, Nice, Monaco et Menton, ou encore l’investissement de 5 millions d’euros projeté pour le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Nice.

Sur la partie directement liée aux Jeux d’hiver, le Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur exprime sa frustration quant à la perspective de ne pas voir émerger le Complexe Omnisports Olympique qui, tout en offrant une nouvelle patinoire, devait assurer une baisse de la facture énergétique pour la ville ; la structure destinée à abriter le patinage artistique et le short-track ayant été pensée pour remplacer à terme la vieillissante Patinoire Jean Bouin.

L’élu régional regrette également la suppression du projet de Village des Athlètes qui devait laisser au territoire quelques 400 logements à l’issue des Jeux, notamment à destination des étudiants.

Concernant d’ailleurs ledit projet, la décision du COJOP survient alors qu’une enquête publique devait avoir lieu du 03 au 23 juin 2026 inclus. Cette enquête ciblait en particulier le projet de vente du parking « P1 Bis » pour assurer la construction du futur Village.

Visuel de la patinoire projetée entre l’Allianz Riviera, à droite, et le Village des Athlètes du cluster niçois, à gauche, dans l’optique des Jeux d’hiver de 2030 (Crédits – Alpes françaises 2030 / Ville de Nice)

Mais si les points précités constituent des pertes dommageables aux yeux du Président de la Région, la perte la plus importante selon celui-ci n’est autre que l’exposition médiatique dont aurait pu bénéficier Nice, Ville Olympique en 2030, après avoir rêvé de l’être pour les Jeux de 2018.

Ainsi qu’il l’exprime avec un ton de gravité, oubliant toutefois au passage que le Service Olympique de Radiotélévision – en anglais Olympic Broadcasting Services (OBS) – avait poussé pour déplacer le Centre des Médias près des montagnes et des épreuves de ski alpin en Région Auvergne-Rhône-Alpes :

Nice devait accueillir le principal hub médias des Jeux, avec plusieurs milliers de journalistes, techniciens, diffuseurs internationaux et équipes de production présents pendant plusieurs semaines.

Nice devait également accueillir les Cérémonies de clôture des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver 2030, c’est-à-dire l’un des moments les plus regardés, les plus symboliques et les plus émotionnels de toute la séquence olympique.

A Milan-Cortina, les Jeux ont généré près de 3 milliards de téléspectateurs cumulés à travers le monde. La seule Cérémonie de clôture représentant une audience mondiale estimée à 600 millions de téléspectateurs. […]

La Baie des Anges, la Promenade des Anglais et le littoral méditerranéen devrait devenir, le temps d’une soirée, le visage mondial des Alpes françaises.

C’est une perte de rayonnement impossible à reproduire autrement.

La critique générale qu’il formule à l’endroit du Maire de Nice est d’autant plus vive qu’il avait alerté ces dernières semaines face à la perspective de perdre, au-delà du seul tournoi de hockey-sur-glace, l’ensemble des compétitions de glace.

Un scénario redouté et finalement acté.

Aussi, Renaud Muselier précise que l’impact global du retrait du pôle niçois pourrait avoir une incidence comprise entre 800 millions et 1,1 milliard d’euros pour Nice et pour la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Une Région qui, contrairement à sa voisine d’Auvergne-Rhône-Alpes, n’a pas l’expérience directe des Jeux d’hiver (Chamonix 1924, Grenoble 1968 et Albertville 1992) et misait dès lors sur la venue de l’événement en 2030 pour mettre en œuvre des investissements pluridisciplinaires.

Or, avec l’absence désormais officialisée du pôle niçois, le concours de Provence-Alpes-Côte-d’Azur aux Jeux se limite à présent aux seules épreuves de freestyle et au ski alpinisme comme sport additionnel. Une cruelle issue et une désillusion certaine, sachant que le projet reposait initialement sur un juste équilibre entre les Alpes du Nord et les Alpes du Sud.

Renaud Muselier, Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, mardi 18 février 2025 (Crédits – CNOSF / KMSP)

Pour Renaud Muselier, l’aventure olympique qui se poursuit aura forcément un goût des plus amers, eu égard à la tournure des événements, à la réduction drastique de la part des Jeux dans sa Région et, plus globalement, au regard de son engagement personnel dans la fondation même de la candidature et du projet des Alpes françaises 2030.

Car à l’instar de son ex-homologue en Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez qui avait songé à une candidature hivernale dès 2021, Renaud Muselier fut à la manœuvre bien avant la présentation du projet à l’été et à l’automne 2023.

Il fut en effet un ambassadeur de choix pour l’émergence d’une candidature aux Jeux d’hiver en Provence-Alpes-Côte-d’Azur en 2022, année durant laquelle il avait exprimé son souhait de porter et d’accompagner un projet pour le rendez-vous planétaire de 2034 ou 2038.

Par la suite, le calendrier s’était accéléré, précipitant la déclaration de candidature tricolore. Il faut dire que les cartes des Jeux de 2030 avaient été rebattues la même année par un Comité International Olympique (CIO) conscient tout autant des risques d’une désertion des candidates comme il a pu le constater pour 2018, 2022 et 2026, et de la possibilité de s’appuyer à nouveau sur la France, Hôte des Jeux d’été de Paris 2024.

Depuis, Renaud Muselier était apparu comme l’un des hommes-forts de la candidature et du projet, d’abord en tandem avec Laurent Wauquiez, puis avec Fabrice Pannekoucke avec lequel il a récupéré le drapeau olympique au soir de la clôture des JO 2026, n’hésitant pas à taper du poing sur la table, notamment lorsqu’il fut question de choisir le Président du COJOP.

La séquence niçoise qui s’achève laissera à n’en pas douter des traces, affaiblissant peut-être le soldat Muselier plus qu’il ne l’aurait imaginé.


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