Plus de dix ans après le référendum ayant conduit à la sortie de piste de Hambourg de la course aux Jeux d’été de 2024, et alors qu’une nouvelle consultation populaire a été orchestrée ce dimanche 31 mai 2026, la cité portuaire des bords de l’Elbe doit faire face à une cuisante déconvenue dans sa quête de représenter l’Allemagne pour une candidature aux Jeux de 2036, 2040 ou 2044.

Dans l’aventure initiée ces dernières années par la Confédération Allemande des Sports Olympiques (DOSB) pour viser une future édition des Jeux d’été, quatre prétendantes se sont positionnées et toutes, sont aujourd’hui engagées dans l’ultime étape avant la sélection d’un projet par l’instance sportive d’Outre-Rhin.
Si Munich et la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr se sont déjà positionnées favorablement eu égard à des référendums à l’issue convaincante de part et d’autre, Berlin a quant à elle fait le choix de ne pas solliciter l’avis de sa population au-delà des seules enquêtes sondagières.
Du côté de Hambourg, le défi des Jeux revenait au premier plan, plus de dix ans après avoir été sélectionnée par le DOSB – face à Berlin – pour porter les couleurs allemandes en vue des JO 2024.
Mais alors que la ville hanséatique avait avancé une communication parfois à la pointe de l’innovation pour présenter un projet remodelant en grande partie la zone portuaire de Kleiner Grasbrook, les lourdes projections budgétaires dévoilées quelques semaines à peine avant un référendum crucial avaient finalement condamné la candidature.
Cette dernière avait ainsi dû quitter la piste avant même la fin de l’année 2015.
Un échec de plus pour le DOSB qui, avant Hambourg, avait confié les clés d’une candidature à Berlin pour 2000, Leipzig pour 2012 et, sur le terrain des Jeux d’hiver, à Munich par deux fois (2018-2022).
Pour tenter de rebondir, Hambourg avait formulé une nouvelle proposition, plus en adéquation avec les attentes du DOSB et du Comité International Olympique (CIO), en misant davantage sur un panel d’infrastructures existantes ou temporaires, et en avançant l’idée de Jeux des courtes distances pour valoriser le centre-historique dans l’esprit de ce qu’avait pu réaliser Paris pour les Jeux de 2024.
Concernant la partie budgétaire, les projections exposées plus tôt cette année faisaient référence à un budget d’organisation comprenant 4,813 milliards d’euros de dépenses et 4,910 milliards d’euros de recettes.
En parallèle de ces deux postes-clés, la candidature avait aussi présenté un volet d’investissements sur une décennie à mener sur des chantiers majeurs comme les transports et l’accessibilité, avec ici une enveloppe spécifique de 1,3 milliard d’euros.

Néanmoins, et malgré un projet moins dispendieux que pour 2024 et en dépit d’une communication soignée sur le digital et sur le terrain – avec récemment un spectaculaire show de drones au-dessus de l’Elbe – les premières tendances sorties des urnes en ce dimanche 31 mai 2026 ont rapidement douché les espoir des partisans de la candidature.
Une fois encore, le pari des Jeux n’est pas atteint pour Hambourg.
Tandis que plus de 1,3 million d’électeurs avaient été appelés aux urnes pour la dernière consultation populaire parmi les prétendantes à l’investiture allemande, et avec un taux de participation de 49,6% à la fermeture des bureaux de vote – dont 87,1% via le vote par correspondance -, le « Non » s’est imposé en tête dès le début du dépouillement.
A 19h30 très exactement, le pointage faisait ainsi état de 300 504 voix pour le « Nein », contre 248 130 pour le « Ja ».
Quelques minutes plus tard, le quorum nécessaire à la validité du scrutin et comptabilisant le nombre de voix en faveur du « Oui » était atteint, sans que la tendance des premières enveloppes de bulletins ne change.
A 19h41, le « Non » s’installe solidement devant, avec 324 568 voix, soit 54,8% des suffrages exprimés, tandis que le « Oui » est relégué à 267 365 voix, soit 45,2%.
Peu après, à 20h00, la victoire des opposants aux Jeux à Hambourg s’accentuait même à 347 251 suffrages, soit 54,9%, contre 284 910 voix, soit 45,1% pour les partisans de l’événement planétaire.
Des pourcentages similaires à ceux enregistrés une demie heure plus tard avec un écart de voix massif qui s’est in fine concrétisé par 357 911 suffrages pour le « Nein » contre 293 819 pour le « Ja ».
Fin de partie pour Hambourg.
Quelques instants après l’annonce des résultats définitifs, la Présidente du Parlement de Hambourg, Carola Veit, a reconnu la défaite de la candidature, tout en délivrant un message sur la volonté démocratique exprimée par les citoyens.
Ainsi qu’elle l’a notamment affirmé :
Maintenant, le message est clair : Hambourg ne devrait pas candidater.
La majorité des citoyens de Hambourg a voté aujourd’hui contre le fait que notre ville postule pour accueillir les Jeux en 2036, 2040 ou 2044. Cela peut surprendre certains, mais c’est un résultat clair, sans ambiguïté.
Mais s’il y a beaucoup de visage déçus aujourd’hui, je pense qu’il est juste que les citoyens aient choisi de s’exprimer au travers du référendum. Sans ce scrutin, le Parlement aurait probablement voté en faveur d’une candidature, et nous aurions peut-être statué pendant dix ans ou plus contre la volonté de la majorité populaire.
La démocratie, c’est mettre en œuvre la volonté du peuple, et non celle du gouvernement.

Cette nouvelle déroute est d’autant plus sévère que le résultat est supérieur à celui du référendum du 29 novembre 2015, date à laquelle la population locale avait rejeté la perspective d’une candidature par 51,6% contre 48,4%.
A l’époque, 335 638 voix s’étaient portées sur le « Non », tandis que 314 468 personnes avaient fait le choix de dire « Oui » aux Jeux.
Le résultat de ce dimanche soir est par ailleurs à mettre en parallèle avec les victoires du « Oui » à Munich (66,4%) le 26 octobre dernier, et dans la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr conduite par Cologne (66%), le 19 avril 2026.
A l’évidence, les citoyens de Hambourg n’ont pas adhéré à la vision des Jeux pour 2036, 2040 et 2044 qui se fondait en particulier sur deux clusters baptisés Olympic Park City et Olympic Park Altona.
Lesdits citoyens ont sans doute aussi gardé en mémoire le coût potentiel des Jeux exprimé durant la candidature pour 2024, craignant une répercussion au moins similaire en cas de sélection de la candidature par le DOSB puis d’attribution des Jeux par le CIO à plus ou moins court terme.
Avec cette issue pour Hambourg, les chances de Munich pourrait désormais être considérablement renforcées.
Première des postulantes à avoir orchestré un référendum, la Ville Hôte des JO 1972 avait réussi à convaincre massivement sa population, avec un résultat légèrement supérieur à celui relevé, quelques mois plus tard, par Cologne et ses alliés territoriaux.
La cité bavaroise bénéficie en outre de la qualité de ses sites, pour partie directement hérités de l’imposant Parc Olympique qui demeure un modèle du genre et qui est surtout régulièrement utilisé pour diverses manifestations. Un gage de réussite sur le plan de l’héritage.
Le choix de Munich pourrait également constitué un sursaut pour la ville après ses déconvenues pour 2018 et pour 2022. Si pour la première échéance, elle fut battue par PyeongChang (Corée du Sud) sur la scène olympique, pour la seconde, elle fut balayée par un référendum défavorable.
Au-delà de ces éléments, le DOSB pourrait aussi s’engager aux côtés de Munich en convoquant l’histoire.
Tandis que l’écho des Jeux de Berlin 1936 pourrait être un sérieux handicap pour la capitale fédérale allemande, Munich pourrait espérer de nouveaux Jeux, elle qui fut la dernière ville du pays à les accueillir, avec en filigrane, le souvenir – terrible et toujours vif – de la sanglante prise d’otages d’athlètes et de membres de la délégation israélienne par le groupuscule terroriste de « Septembre noir ».
Une désignation de la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr ou de Berlin n’est cependant pas à écarter, même si la première – qui veut bousculer les codes – pourrait souffrir d’un éclatement territorial et d’une comparaison avec Brisbane 2032 dont les préparatifs ne sont pas des plus tranquilles pour les organisateurs sous le regard du CIO.
Pour la capitale fédérale qui a dévoilé ses cartes en mai 2025, au-delà du seul spectre calendaire, l’absence de consultation populaire pourrait, à un moment ou à un autre, être source de crispations face au possible sentiment de manque de légitimité.

Quoiqu’il en soit, l’instance olympique allemande va à présent devoir se recentrer sur les trois projets encore en lice – le référendum de ce jour condamnant Hambourg à un retrait pur et simple – qui ont jusqu’au 04 juin 2026 pour déposer leur concept respectif pour partie adapté à l’aune des discussions menées ces derniers mois pour affiner chacune des propositions.
Le DOSB se laissera ensuite jusqu’au 26 septembre pour déterminer la proposition la plus à même d’assurer le retour des Jeux d’été en Allemagne pour la première fois depuis l’édition de Munich en 1972.
Une recommandation des Groupes de travail installés pour étudier les spécificités des candidatures précitées sera en ce sens établie à l’issue d’un examen durant l’été à venir.
L’Assemblée Générale Extraordinaire convoquée fin septembre à Baden-Baden précédera un vote de confirmation du DOSB planifié à Francfort, le 05 décembre 2026.
A cette date, l’Allemagne saura quelle candidature a été retenue pour quelle échéance entre les éditions de 2036, 2040 ou 2044.
Le pays s’installera dès lors officiellement sur le banc des prétendants devant le CIO qui, sous l’impulsion de sa nouvelle Présidente, Kirsty Coventry, devrait encore se laisser du temps avant de choisir les Futurs Hôtes des Jeux qui succéderont à Los Angeles 2028 et à Brisbane 2032.
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