JO 2036-2044 : Berlin dévoile ses cartes

Des prétendantes pour représenter l’Allemagne dans la course à l’organisation d’une future édition des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été, Berlin a été la première à dévoiler les contours de son concept reposant sur une association des territoires, avec tout de même une large place consacrée aux sites de la capitale fédérale qui se dit disponible pour 2036, 2040 ou 2044.

Vue aérienne du Stade Olympique de Berlin, Allemagne (Crédits – Olympiastadion Berlin)

Candidate malheureuse à l’organisation des Jeux de l’an 2000, puis tentée pour les Jeux de 2024, écartée toutefois par la Confédération Allemande des Sports Olympiques (DOSB) au profit de Hambourg, Berlin se rêve à nouveau en cité olympique et paralympique, elle qui, sur la scène des Jeux, reste sur l’image polémique et désastreuse des JO 1936 coordonnée par le régime nazi.

Pour tourner la page de cette édition, les autorités locales entendent bien valoriser le cadre de vie d’un territoire cosmopolite et divers pour avancer l’idée de Jeux ouverts sur le monde, le tout avec l’ambition d’utiliser plus de 90% d’infrastructures d’ores et déjà existantes ou temporaires.

Baptisé « Berlin+ », le concept berlinois prévoit évidemment la mobilisation prioritaire des sites de la capitale fédérale, au premier rang desquels le Stade Olympique au sein duquel a d’ailleurs été effectuée la présentation du projet, ce mardi 27 mai 2025.

Sur le modèle de Paris 2024, il prévoit aussi l’implication de sites présents ailleurs à travers le pays, et particulièrement dans quatre Länder allemands, à savoir le Brandebourg, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la Saxe et le Schleswig-Holstein. La Rhénanie du Nord-Westphalie pourrait également rejoindre l’aventure, même si cette dernière, comme Berlin, est actuellement dans la course à l’investiture allemande avec le périmètre de la région métropolitaine Rhin-Ruhr.

De gauche à droite, Armin Schuster, Ministre de l’Intérieur du Land de la Saxe ; Iris Spranger, Sénatrice en charge de l’Intérieur, de la Digitalisation et des Sports à Berlin ; Kai Wegner, Maire de Berlin ; Dietmar Woidke, Ministre-Président du Land de Brandebourg ; Manuela Schwesig, Ministre-Présidente du Land de Mecklembourg-Poméranie ; Daniel Günther, Ministre-Président du Land de Schleswig-Holstein, sur la piste du Stade Olympique de Berlin, Allemagne, mardi 27 mai 2025 (Crédits – Département de l’Intérieur et des Sports du Sénat de Berlin)

Concrètement, Berlin rassemblerait en son cœur les sports-phares des Jeux, à commencer par les épreuves d’athlétisme et les compétitions de natation dans toutes leurs composantes (natation, natation synchronisée, natation en eau libre, plongeon et water-polo).

L’emblématique Stade Olympique et la Piscine Olympique conçue par Dominique Perrault dans le cadre de la candidature aux JO 2000 seraient les principaux théâtres de ces épreuves, le site aquatique étant avancé pour la natation synchronisée, le plongeon et le water-polo. La natation se tiendra pour sa part dans une enceinte intégrée au SportForum situé dans le quartier de l’Hohenschönhausen et la natation en eau libre aurait lieu quant à elle dans le quartier de Grünau.

Autre écrin réalisé par l’architecte français, le Vélodrome adjacent à la Piscine hébergerait en toute logique les épreuves de cyclisme sur piste. Les compétitions sur route se disputeraient pour leur part dans les rues et artères principales de la ville, alors que les épreuves de VTT pourraient prendre place sur la colline Arkenberge située dans le district berlinois de Pankow.

Berlin – qui a élaboré son concept en reprenant et en adaptant certains points de sa candidature pour 2024 – abriterait en outre le tournoi de badminton, la gymnastique rythmique, le tennis de table, le taekwondo, et l’haltérophilie dans les pavillons du Parc des Expositions Messe, tandis que le basket 3×3, la boxe, l’escalade, le skateboard, le BMX et une partie des compétitions de tir se dérouleraient au niveau de la Platz der Luftbrücke et du parc implanté sur l’emprise de l’ancien aéroport Tempelhof qui fut déjà envisagé lors de la candidature aux JO 2024.

La capitale allemande pourrait par ailleurs accueillir le pentathlon moderne dans le secteur du Parc Olympique, le tir-à-l’arc sur la Friedrich Friesen Allee, le tennis dans le secteur du Rot-Weiss Tennis Club, mais également le triathlon et l’aviron de mer (ou aviron en eau libre) au niveau du lac Großer Wannsee, sans compter le tournoi de beach-volley qui, à l’instar des Jeux de Londres 2012, Rio 2016 ou encore Paris 2024, se déroulerait près d’un site-phare, à savoir dans le cas de Berlin, la Porte de Brandebourg.

D’autres sites berlinois seraient en outre mobilisés dans l’optique des Jeux, avec notamment la Uber Arena (14 500 places) pour la gymnastique artistique et le trampoline, le Stadion An der Alten Försterei (22 000 places) pour le hockey-sur-gazon, le Friedrich Ludwig Jahn Sportpark (20 000 places) pour le rugby à sept, mais encore la Max-Schmeling Halle qui – prévue dans le cadre de la candidature aux Jeux de l’an 2000 – abriterait quant à elle une partie du tournoi de volleyball, tournoi partagé avec la ville de Leipzig.

Au-delà du volleyball, deux autres tournois olympiques seraient orchestrés dans deux villes distinctes.

Le basketball est ainsi proposé entre celle qui fut Ville Requérante pour les JO 2012 et la capitale fédérale. L’Arena Leipzig (8 000 places) et la Max-Schmeling Halle berlinoise (8 500 places) se partagerait alors la phase préliminaire, tandis que la Uber Arena serait le théâtre de la phase finale.

Concernant le handball, les deux premières enceintes citées se répartiraient l’organisation du tournoi.

Plus largement, Leipzig – dans le Land de la Saxe – ressort de la présentation du projet « Berlin+ » comme le deuxième pôle majeur d’une future candidature olympique et paralympique.

De fait, en complément des sports partagés exposés précédemment, la ville serait le cadre des épreuves d’escrime au sein du Parc des Expositions, site qui abriterait aussi la lutte et le judo.

Leipzig serait en outre mobilisé pour des matchs du tournoi de football, avec spécifiquement, la Red Bull Arena (47 000 places).

Ledit tournoi prendrait place au sein d’infrastructures présentes dans plusieurs territoires allemands, avec en tête la Rhénanie du Nord-Westphalie et les stades de Düsseldorf (Merkur Spiel Arena – 51 500 places), Gelsenkirchen (Veltins Arena – 62 270 places), Mönchengladbach (Borussia Park – 54 000 places), et Dortmund (Signal Iduna Park – 81 365 places). Rostock, en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, serait aussi de la partie avec l’Ostseestadion (29 000 places).

A l’instar du football, les Jeux s’exporteraient par delà les frontières berlinoises, avec, dans le Land de Brandebourg, le golf orchestré au Golf Club de Bad Saarow, l’aviron au sein du Stade nautique de Brandebourg-sur-la-Havel, et une partie des compétitions de tir dans l’écrin du Club de tir de Francfort.

Réputée à l’échelle internationale, Aix-la-Chapelle (Rhénanie du Nord-Westphalie) serait logiquement associée au projet pour opérer l’organisation des sports équestres, alors que Markkleeberg (Saxe) abriterait pour sa part les épreuves de canoë-kayak.

Concernant les épreuves de voile, deux villes sont à ce stade avancées, avec d’un côté Rostock, et de l’autre, Kiel (Land de Schleswig-Holstein), qui fut proposée par Hambourg dans le cadre de sa candidature avortée aux Jeux d’été de 2024.

Le concept paralympique de « Berlin+ » maintiendrait l’ambition d’organiser des Jeux dans la capitale fédérale et ses extérieures, mais avec ici une plus grande centralité, seules Leipzig, Rostock et Kiel étant proposées en complément de la cité berlinoise, avec aussi possiblement Aix-la-Chapelle et Brandebourg-sur-la-Havel.

Cartographie générale du concept olympique de Berlin+ présenté mardi 27 mai 2025 (Crédits – Département de l’Intérieur et des Sports du Sénat de Berlin)

Bien sûr, toutes les propositions émises par les autorités berlinoises ne sauraient être applicables que dans le cas d’une entente scellée avec les territoires concernés – en particulier la Rhénanie du Nord-Westphalie qui déploie pour l’instant seule son ambition des Jeux après avoir tenté de rafler 2032 – et, par la suite au travers d’une sélection officielle par le DOSB selon le calendrier fixé par l’instance olympique allemande.

Il conviendra surtout de convaincre la population du bien fondé de se lancer à nouveau dans une course olympique, après l’échec de la candidature aux JO 2000 et le revers infligé par Hambourg dans la sélection interne pour 2024.

La question des investissements à consentir sera crucial sur ce point, l’opinion étant aujourd’hui – et comme ailleurs dans le monde – attentive à la bonne utilisation des deniers publics. La quête de ressources issues du secteur privé sera également un élément-clé d’une candidature berlinoise.

Il ne faudra pas non plus négliger l’aspect de l’échéance privilégiée.

Ces dernières années, des voix se sont ainsi élevées contre une éventuelle candidature tournée vers l’édition 2036 et ce, en raison de la date anniversaire des JO 1936.

Pour le Maire de Berlin néanmoins, cette problématique peut être résolue à l’aune du développement d’un projet partagé et bien appréhendé auprès de toutes les parties prenantes et des publics associés.

Comme l’a notamment affirmé Kai Wegner, en poste depuis 2023 :

Je crois que les Jeux de 2036, quel que soit leur lieu d’organisation, feront écho aux Jeux de 1936.

Cela fait partie de l’histoire et cela sera mis en avant.

Je dois vous dire que je suis fier d’être le Maire d’une ville qui a changé au cours des 100 dernières années ; qui ne tolère plus dictature, l’exclusion, ni la violence de masse, mais qui, au contraire, est désormais une métropole cosmopolite et internationale, une ville diversifiée.

Présentation du concept « Berlin+ » pour une candidature olympique et paralympique de Berlin, Allemagne, mardi 27 mai 2025 (Crédits – Département de l’Intérieur et des Sports du Sénat de Berlin)

Pour l’instant, la capitale fédérale entend suivre à la lettre le processus de sélection mis en place par le DOSB, se contentant de se positionner de façon ouverte sur les éditions 2036, 2040 ou 2044, soit précisément les trois prochaines échéances accessibles après Los Angeles 2028 et Brisbane 2032.

En présentant la première son concept, Berlin espère sans nul doute prendre une longueur d’avance sur ses concurrentes régionales que sont Hambourg, Munich et la région métropolitaine Rhin-Ruhr.

Toutes devront en tout cas déposer un dossier préliminaire auprès du DOSB avant la fin de ce dernier week-end du mois de mai 2025.

Le DOSB examinera dès lors lesdits dossiers en évaluant les forces et faiblesses de chacun jusqu’à la fin du mois de septembre. Cette étude approfondie des candidatures aboutira ensuite au dévoilement des conclusions lors de la prochaine Assemblée Générale de l’instance programmée pour le 06 décembre 2025 à Francfort.

A cette date là, le DOSB ne devrait cependant pas faire connaître son choix définitif.

Soucieux en effet de ne pas reproduire les erreurs passées – en particulier en ce qui concerne l’adhésion populaire – l’instance souhaite en effet donner la possibilité aux prétendantes d’orchestrer sur leur territoire respectif une consultation sous la forme d’un référendum d’ici la fin du mois de juin 2026, tout en peaufinant le cadrage général de leur concept, que ce soit en matière d’emplacement des sites, de financement des Jeux ou d’implantation du ou des Villages des Athlètes.

Des résultats des éventuelles consultations populaires dépendra à l’évidence le devenir de la candidature allemande.

Si le filtre référendaire assure un maintien de toutes les candidates en lice, le DOSB se prononcera officiellement d’ici l’automne 2026.

A condition néanmoins que le Comité International Olympique (CIO) ne soit pas tenté par l’accélération de son propre processus décisionnel pour les éditions 2036-2040, processus qui pourrait reprendre le principe déjà bien rodé de la double attribution.


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