JO 2036-2044 : Munich mise sur l’héritage et la durabilité de son concept

Reposant sur l’utilisation de sites d’ores et déjà existants, la candidature olympique et paralympique de Munich (Allemagne) pour l’accueil d’une future édition des Jeux d’été sera soumise à l’appréciation des citoyens dans le cadre d’un référendum que les autorités locales organiseront le 26 octobre 2025.

Les anneaux olympiques disposés dans l’enceinte du Parc Olympique de Munich, Allemagne (Crédits – Olympiapark München)

Après avoir tenté de devenir la première Ville Olympique hôte des Jeux d’été et des Jeux d’hiver, la capitale bavaroise a décidé de se recentrer sur la seule quête estivale.

Il faut dire qu’après les Jeux de 1972 marqués dans l’histoire par la prise d’otages d’athlètes israéliens menée par le commando Septembre Noir, Munich a essayé par deux fois de remporter la mise pour orchestrer l’événement hivernal et s’assurer un retour sur la scène olympique.

Si la tentative visant les JO 2018 partait d’une proposition intéressante, la grandissime favorite d’alors, PyeongChang (Corée du Sud) avait clairement su faire la différence pour rafler les suffrages des membres du Comité International Olympique (CIO), ces derniers entérinant, le 06 juillet 2011, le choix de la cité sud-coréenne par 63 voix contre 25 pour Munich et seulement 7 pour la candidate française, Annecy.

Quelques années plus tard, Munich misa sur l’édition 2022 en reprenant largement les aspects de son projet formulé pour 2018. Toutefois, la candidature fut stoppée dans son élan à l’issue d’une consultation populaire, anéantissant dès lors le rêve des Jeux de la Bavière et, plus globalement, de l’Allemagne qui tenta bien le coup des Jeux d’été avec Hambourg pour 2024 avant que la cité portuaire ne soit contrainte au retrait anticipé, là encore en raison d’une désaffection populaires dans les urnes.

Aussi, la refonte du processus de sélection des Futurs Hôtes par l’institution olympique et la politique de réformes menées ces dix dernières années par cette même institution ont conduit depuis deux ans la Confédération Allemande des Sports Olympiques (DOSB) et plusieurs territoires allemands à repenser l’approche des Jeux.

Sur cette base nouvelle, Munich – qui a accueilli avec succès les Championnats sportifs européens en 2022 – entend aujourd’hui relever le pari d’organiser une prochaine édition des Jeux d’été, à condition d’écarter au préalable la concurrence des autres prétendantes du pays que sont Berlin, Hambourg et la région métropolitaine Rhin-Ruhr en Rhénanie du Nord-Westphalie, en parvenant à convaincre le DOSB et sa population.

Cet effort est d’autant plus capital que la dimension des Jeux est bien différente de celle que Munich a pu connaître au début de la décennie 1970.

Il n’empêche, la cité bavaroise compte bien faire entendre sa voix et se démarquer aux yeux du DOSB et, le cas échéant, du CIO, avec un concept reposant exclusivement sur des infrastructures existantes ou temporaires.

Comme l’a d’ailleurs récemment énoncé le Maire de Munich, Dieter Reiter :

Nous avons la possibilité d’organiser les Jeux les plus durables de tous les temps, car nous n’avons pas l’intention de construire une seule nouvelle enceinte sportive.

Cartographie du concept olympique développé par Munich, Allemagne (Crédits – Olympiabewerbung München)

Cet argument est à lui seul une indéniable carte de visite pour le CIO qui, sous l’impulsion de son Président, Thomas Bach – qui quittera officiellement ses fonctions dans moins d’un mois, le 23 juin – a adopté une nouvelle philosophie où les Jeux doivent s’adapter aux territoires et non l’inverse comme cela a pu être le cas à maintes reprises par le passé.

Pour Munich, l’essentiel est déjà en place et repose pour partie sur l’emblématique Parc Olympique.

Plus largement, pas moins de 89% des installations sportives nécessaires aux Jeux sont situées dans un rayon de moins de 30 kilomètres du secteur où pourrait être édifié le Village des Athlètes, au nord-est de Munich.

Sur le seul site du Parc Olympique hérité des JO 1972, les autorités locales prévoient la tenue d’environ la moitié des compétitions, ce qui assurerait une compacité exceptionnelle dans une zone de plus de 2 kilomètres de long.

Bénéficiant d’une cure de jouvence pour adapter les équipements aux standards actuels, l’Olympiapark abriterait de fait les épreuves d’athlétisme au sein du Stade Olympique à l’architecture singulière (63 120 places).

Certaines compétitions aquatiques – natation synchronisée, plongeon, water-polo – se tiendraient aussi sur ce secteur où demeure l’Olympia Schwimmhalle (1 500 places), de même que le cyclisme sur piste, la gymnastique artistique, le trampoline, le triathlon, le volleyball, le basketball, le handball, mais encore le tennis de table.

Diverses installations directement héritées des JO 1972 ou édifiées depuis pourraient être utilisées pour l’occasion, parmi lesquelles l’Olympiahalle (15 500 places), la SAP Garden (12 500 places), l’Audi Dome (6 700 places), l’Olympic Ice Sports Centre (6 250 places) et la Small Olympic Hall (3 600 places).

Le pentathlon moderne et les sports urbains inclus dans le programme des Jeux – escalade, basket 3×3, skateboard et BMX – auraient également leur place au cœur du Parc Olympique, tout comme de possibles entrants comme le breakdance, qui a fait sa seule apparition aux Jeux de Paris 2024, ou le parkour. Certains de ces sports pourraient d’ailleurs élire domicile sur le Hans Jochen Vogel Square dont la localisation entre le Stade Olympique, l’Olympiahalle et l’Olympia Schwimmhalle lui confère une place centrale.

Vue d’une partie du Parc Olympique de Munich, Allemagne (Crédits – Olympiapark München)

En dehors de ce vaste ensemble, le concept développé par Munich repose aussi sur la mobilisation du Parc des Expositions du Messe München dont les halls pourraient recevoir les épreuves d’escrime, de boxe, de lutte, de judo, de taekwondo, sans compter l’haltérophilie et la gymnastique rythmique.

Le centre-ville de Munich serait une autre composante-clé du dispositif, avec l’organisation envisagée du beach-volley sur l’Odeonsplatz ou la tenue du tournoi de badminton et des épreuves de cyclisme sur route.

A l’image de ce que Paris 2024 a pu faire avec Versailles, Munich pourrait opérer les épreuves équestres dans l’écrin flamboyant du Parc du Château de Nymphenburg. L’ancienne résidence d’été des souverains bavarois accueillerait au moins le dressage, alors que les compétitions de saut d’obstacles pourraient avoir lieu du côté de l’Englisher Garten qui, avec ses 375 hectares, est l’un des plus vastes parcs urbains au monde. Le concours complet pourrait quant à lieu prendre place au sein du Centre équestre olympique de Riem déjà utilisé en 1972.

Ailleurs dans Munich, le site du MTTC Iphitos – qui est l’un des plus anciens clubs de tennis de la ville – accueillerait le tournoi olympique de tennis. Au sud de la ville, le Grünwalder Stadion (15 000 places), écrin du Bayern Munich de 1922 à 1972, serait le lieu du tournoi de rugby à 7.

Autour de la capitale bavaroise cette fois, le hockey-sur-gazon serait localisé dans le secteur de l’Uhlsport Park (15 000 places) à Unterhaching dans la banlieue sud, tandis que le parcours de régate d’Oberschleißheim – l’un des sites des JO 1972 – abriterait les épreuves d’aviron et de canoë-kayak (course en ligne). Cette même ville au nord de Munich accueillerait également les épreuves de tir-à-l’arc dans le cadre du complexe des Châteaux de Schleissheim. Non loin, Garching bei München serait quant à elle le théâtre des épreuves de tir.

En s’éloignant davantage du cœur de Munich, le tournoi de golf se tiendrait du côté de Moosinning avec le Golfclub München Eichenried, hôte du BMW International Open.

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Si le Parc Olympique est destiné à héberger une large part des épreuves aquatiques, deux autres sites seraient mobilisés pour compléter le dispositif.

Les compétitions de natation pourraient en effet se tenir dans une future arène multifonctionnelle de 20 000 places, dans les cartons depuis plusieurs années et dont la conception a été confiée au cabinet mondialement reconnu, Populous. Le choix de cette enceinte qui sera construite non loin de l’aéroport international de Munich n’est pas sans rappeler celui de la Paris La Défense Arena lors des Jeux de Paris 2024 et, dans une autre mesure, celui du SoFi Stadium pour les Jeux de Los Angeles 2028.

Plus au sud, le lac de Starnberg pourrait pour sa part abriter les épreuves de natation en eau libre.

Pour le reste, le Stade d’eau vive Eiskanal à Augsbourg serait le cadre des épreuves de canoë-kayak slalom, tandis que Bad Wiessee accueillerait le VTT. Comme le prévoit la candidature de Berlin, les épreuves de voile pourraient avoir lieu du côté de Rostock ou de Kiel, ce qui en ferait dans un cas comme dans l’autre les sites les plus éloignés du projet bavarois.

Enfin, le tournoi olympique de football intégrerait plusieurs enceintes allemandes, mais dans un périmètre restant tout de même relativement accessible depuis Munich, avec notamment deux stades présents en Bavière, à savoir la WWK Arena à Augsbourg (30 660 places) et le Max Morlockstadion de Nuremberg (50 000 places).

En dehors du Land de Bavière, le Bade-Wurtemberg serait un allié de choix, avec les villes de Sinsheim (PreZero Arena – 30 150 places), Fribourg-en-Brisgau (Europa Park Stadion – 34 700 places) et Stuttgart (MHPArena – 60 000 places) qui seraient engagées dans l’organisation des matchs, sachant que l’incontournable Allianz Arena (75 000 places) de Munich serait en toute logique le théâtre des ultimes rencontres.

Ce dispositif général offre à l’évidence à Munich une sérieuse carte à jouer dans la course à l’investiture allemande.

En plus de reposer sur des installations héritées des JO 1972 et encore en activité à ce jour – ce qui en fait un modèle du genre -, la capitale bavaroise propose une centralité optimale pour les compétitions et de facto pour les athlètes.

Visuel du Village des Athlètes envisagé par Munich, Allemagne, dans le cadre de sa candidature olympique et paralympique (Crédits – Olympiabewerbung München)

Ces derniers seraient d’ailleurs hébergés au sein d’un ensemble immobilier à bâtir dans un espace à réhabiliter au nord-est de Munich, espace qui s’inscrit dans une stratégie urbaine pensée à l’horizon 2040.

Accessible aux principaux axes routiers et à l’aéroport international, le site pourrait abriter jusqu’à 18 900 personnes au moment des Jeux, entre athlètes et entraîneurs, avec derrière l’idée de reconvertir le Village en un quartier résidentiel durable sur le modèle de ce qu’a réalisé Paris 2024 avec le Village pensé à cheval sur les communes de Saint-Denis, Saint-Ouen et L’Île-Saint-Denis.

Dans le cas du concept bavarois, le Village des Athlètes pourrait ainsi être transformé en un ensemble de 3 500 à 5 000 appartements susceptibles de recevoir jusqu’à 10 000 habitants après les Jeux.

Une offre de services et des activités variées seraient également proposés sur place, de même que des commerces, le tout niché dans un parc paysagé et arboré où la priorité serait donnée aux déplacements doux.

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A l’image du concept dévoilé plus tôt cette semaine par Berlin, des questions restent cependant en suspens du côté de Munich.

Comme la capitale fédérale allemande, la localisation des épreuves de surf reste à établir. La question du financement des Jeux est aussi un point crucial, même si l’absence de nouvelle enceinte sportive à construire constitue un atout important pour la candidature bavaroise.

Le soutien populaire et l’adhésion du secteur privé seront d’autres éléments à surveiller au cours des prochains mois.

Quoiqu’il en soit, et en attendant de peaufiner le projet au fil des échanges avec le DOSB eu égard aux considérations techniques, les autorités munichoises ont d’ores et déjà annoncé leur intention de solliciter les citoyens qui, seuls, décideront de poursuivre ou non l’aventure des Jeux.

Ce mercredi 28 mai 2025, le Conseil Municipal a en effet entériné une date pour organiser un référendum dont l’issue sera particulièrement scrutée par le DOSB qui, dernièrement, avait fait connaître sa volonté d’encourager la consultation populaire avant de déterminer l’identité du territoire qui incarnera les chances de l’Allemagne dans la course aux Jeux.

Dans le cas spécifique de Munich, la population sera appelée aux urnes le 26 octobre prochain pour répondre à la simple question de savoir si la ville doit ou non candidater pour espérer accueillir une édition des Jeux d’été à l’horizon 2036, 2040 ou 2044, soit les trois opportunités aujourd’hui accessibles et sur lesquelles travaille à ce stade le DOSB.

D’ici-là, les partisans de la candidature bavaroise ne manqueront pas d’étoffer un site Internet officiel qu’ils ont déjà mis en ligne pour présenter les principaux axes du projet.


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