En mobilisant près de vingt villes allemandes autour d’un concept atypique, la région métropolitaine Rhin-Ruhr en Rhénanie du Nord-Westphalie ambitionne d’accueillir l’événement olympique et paralympique dans des enceintes sportives offrant des jauges parfois inédites sur la scène des Jeux.

Paris 2024 a ouvert la voie. Los Angeles 2028 s’apprête désormais à reproduire et même à rehausser un modèle de Jeux spectaculaires.
En Allemagne, ces deux éditions estivales constituent immanquablement des exemples à suivre quant à la mise en scène des compétitions pour les quatre candidates aujourd’hui en lice. Mais parmi celles-ci, la région métropolitaine Rhin-Ruhr – l’une des plus grandes aires urbaines du monde – entend se démarquer sensiblement avec un concept de Jeux à l’échelle régionale, sur le modèle de Brisbane 2032 ou des Alpes françaises 2030.
Concrètement, pas moins de 19 villes à travers l’Allemagne seraient mobilisées pour accueillir les épreuves des Jeux à horizon 2036, 2040 ou 2044. Parmi ces villes, certaines offriraient des écrins d’exception pour assurer une visibilité historique à des sports comme la natation dont les épreuves bénéficieraient d’une jauge sans précédent de 60 000 spectateurs.

Dans le détail, trois villes se distingueraient plus particulièrement en abritant la majeure partie des compétitions.
Düsseldorf – un temps pressentie pour concourir aux JO 2024 après avoir rêvé des Jeux de 2012 – accueillerait ainsi le tournoi de basketball dans trois sites distincts pour les phases préliminaires et finales, à savoir le complexe Castello (3 700 places), le PSD Bank Dome (13 400 places) et surtout la Merkur-Spiel Arena dont la capacité maximale se porte à 51 500 places. De quoi apporter au basket une audience encore jamais atteinte sur la scène des Jeux.
Cette même arène serait par ailleurs utilisée pour le handball qui, à l’instar du basketball, serait orchestré sur trois sites. Outre la Merkur-Spiel Arena, la Yayla Arena de Krefeld (8 000 places) et la Westfalenhalle de Dortmund (16 140 places). Il en serait de même pour le volleyball, également projeté au sein de trois ensemble : la Merkur-Spiel Arena toujours, la Rudolf Weber Arena d’Oberhausen (12 650 places) et l’un des halls du Parc des Expositions de Düsseldorf.
Ledit Parc des Expositions – Messe Düsseldorf – accueillerait par ailleurs le taekwondo, la lutte, le judo, le tennis de table, le badminton, et l’escrime, faisant de la septième ville allemande le pôle principal des compétitions, sachant qu’elle hébergerait aussi le tournoi de basket 3×3 et celui de beach-volley dans le cadre du Parc Rheinwiesen.
Cologne serait l’autre grande bénéficiaire de la venue des Jeux en Allemagne selon le concept Rhin-Ruhr.
La ville hébergerait en effet à elle seule les épreuves de tir-à-l’arc dans le cadre du Parc des Sports Jahnwiese, de même que les compétitions de cyclisme sur piste et de cyclisme sur route, ou encore le tournoi de rugby à 7 dans l’écrin du RheinEnergie Stadion (50 000 places), ce dernier étant également avancé pour recevoir une partie des matchs du tournoi olympique de football.
Le site de Fühlinger See serait quant à lui mobilisé pour les compétitions de natation en eau libre, ainsi que pour une partie des épreuves de triathlon, sachant que l’arrivée est envisagée devant la célèbre cathédrale de Cologne.
Autre site de choix de la ville, la Lanxess Arena (18 500 places) pourrait accueillir les épreuves de gymnastique artistique et de gymnastique rythmique, sans compter également les compétitions de trampoline.
Neuvième ville du pays, Essen constituerait le troisième plus grand pôle des Jeux.
La cité abriterait ainsi en son sein le tournoi de boxe dans le cadre de la Grugahalle (10 000 places), tandis que le Parc des Expositions serait hôte de l’haltérophilie et des épreuves de tir sportif. Surtout, la ville pourrait mettre à disposition l’imposant complexe industriel de la mine de charbon de Zollverein – inscrit depuis 2001 au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO – pour y établir les épreuves de BMX.
La ville pourrait enfin aussi recevoir certains matchs de football dans le Stadion an der Hafenstraße (20 000 places).

Parmi les autres villes mobilisées, Aix-la-Chapelle serait – compte-tenu de son statut reconnu en la matière – l’incontournable destination des épreuves d’équitation et de para-équitation, et abriterait par ailleurs des matchs de football dans l’enceinte Tivoli (32 900 places).
Gelsenkirchen occuperait de son côté une place de première importance pour les épreuves aquatiques, avec la tenue envisagée de la natation synchronisée, du plongeon, et de la natation dans l’écrin de la VELTINS Arena.
Stade où évolue le club de football du FC Schalke 04, l’arène offrirait à ces sports et disciplines une audience sans commune mesure avec ce qu’ils ont pu et pourront connaître (60 000 places). Ce serait le cas aussi pour la para-natation.
Le tournoi de water-polo aurait lieu pour sa part dans cette même enceinte, ainsi que dans une arène de Wuppertal pour les matchs préliminaires, cette dernière ville devant aussi recevoir une partie des rencontres de football au Stadion am Zoo (23 000 places).
Pour le reste du dispositif sportif, Bochum pourrait abriter le pentathlon moderne, pour partie au Lohrheidestadion (16 400 places) et à la Jahrhunderthalle (1 500 places), en plus de recevoir des matchs de football au Vonovia Stadion (26 000 places).
Duisbourg pourrait orchestrer les compétitions de canoë-kayak (sprint) et d’aviron, avant d’abriter le para-canoë et le para-aviron, sans oublier également des matchs du tournoi olympique de football au sein de la Schauinsland-Reisen-Arena (28 000 places). A noter que le canoë-kayak slalom se déroulerait pour sa part du côté de Markkleeberg dans le Land de la Saxe.
Dortmund se partagerait des rencontres de football (Signal Iduna Park – 81 000 places) et de handball (Westfalenhalle – 16 140 places), tandis que Mönchengladbach serait hôte du tournoi de hockey-sur-gazon au SparkassenPark (9 000 places) et au sein du Borussia Park (46 300 places).
Écrin annuel du tournoi ATP 500 de Halle, le Gerry-Weber Stadion (12 300 places) serait le théâtre du tournoi olympique de tennis, puis du tournoi paralympique de tennis-fauteuil, alors que Pulheim serait le cadre du tournoi de golf, et que Hopsten pourrait recevoir une partie des épreuves de tir sportif et de para-tir sportif.
Recklinghausen et Herten pourraient quant à elles se disputer les épreuves de VTT. Dans le Land de Schleswig-Holstein, Kiel aurait pour sa part l’assurance d’orchestrer les épreuves de voile.
Enfin, Leverkusen serait une autre pièce du dispositif prévisionnel pour le tournoi de football avec sa BayArena (30 200 places).

Concernant les Jeux Paralympiques, la ville de Düsseldorf conserverait son rôle-clé en organisant au cœur du Messe les épreuves de goalball, para-badminton, boccia, para-judo, para-taekwondo, para-tennis de table, escrime-fauteuil. Le tournoi de cécifoot se tiendrait quant à lui du côté du Parc Rheinwiesen, tandis que le PSD Bank Dome accueillerait le tournoi de basket-fauteuil, en liaison avec la Lanxess Arena de Cologne.
Cologne serait quant à elle toujours bien positionnée, avec l’accueil in situ du para-tir-à-l’arc, du para-cyclisme dans toutes ses composantes, du para-triathlon, du volleyball-assis – avec la Grugahalle d’Essen -, du rugby-fauteuil – avec la Yayla Arena de Krefeld – et enfin du basket-fauteuil comme indiqué ci-avant.
Comme pour les Jeux Olympiques, Essen serait particulièrement sollicitée elle-aussi, avec l’accueil des épreuves de para-haltérophilie, de para-tir-sportif, et de volley-ball assis.
Cette cartographie générale reposant sur près de 95% de sites existants ou temporaires est à la fois source de diversité et peut-être aussi de confusion, le dispositif pouvant donner l’impression de propositions fantasques, notamment au sujet d’enceintes dont la jauge pourrait paraître surdimensionnée pour permettre de garantir un confort visuel et un spectacle d’ensemble aux spectateurs, en plus d’être profitable aux compétiteurs engagés.
Quoiqu’il en soit, la candidature de la région métropolitaine Rhin-Ruhr – qui succède d’une certaine manière à celle non-aboutie de la Rhénanie du Nord-Westphalie pour les JO 2032 – ne s’arrête pas là.
Elle propose en effet un concept tout à fait novateur concernant l’agencement du Stade Olympique dont la localisation reste à déterminer entre Essen ou Cologne.
L’une de ces deux villes est de fait susceptible d’accueillir les épreuves d’athlétisme et de para-athlétisme dans un futur écrin pour lequel les porteurs du projet olympique et paralympique ont d’ores et déjà prévu une réutilisation singulière à l’issue des Jeux.
Le stade serait ni plus ni moins qu’une enceinte temporaire de 50 000 places, adjacente au site du Village des Athlètes en mesure d’héberger 90% des compétiteurs à moins d’une heure de leur site respectif.
L’emprise du stade deviendrait par la suite le cœur d’un nouveau quartier urbain, comprenant outre des logements pour la population, des commerces et divers services.
Cette transformation d’un stade en un vaste espace de vie n’est pas sans rappeler les projections un temps envisagé par Hambourg dans le cadre de sa candidature – avortée – aux Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024.
La mise en œuvre de ce projet serait d’une certaine façon l’illustration d’un engagement vers davantage de durabilité et ce, alors même que le concept global de la candidature témoigne à l’inverse d’un certain étalement des sites, rendant l’expérience des Jeux tout à fait particulièrement pour les acteurs directs que sont les athlètes et les spectateurs appelés à se rendre sur les divers secteurs identifiés.
Reste à savoir si une telle proposition est susceptible d’être ou non en adéquation avec les ambitions de la Confédération Allemagne des Sports Olympiques (DOSB) – qui devra départager les différentes offres incarnées par Berlin, Munich, Hambourg et donc la région Rhin-Ruhr – et, de surcroît, avec les objectifs du Comité International Olympique (CIO).
La perception de cette proposition dans l’opinion publique sera en tout cas intéressante à analyser, d’autant plus dans l’hypothèse probable où un référendum serait organisé auprès des citoyens de la presque vingtaine de villes envisagées pour abriter les compétitions.
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