Quatre candidatures ont officiellement déposé des projets auprès de la Confédération Allemande des Sports Olympiques (DOSB) pour tenter de représenter l’Allemagne dans la course à l’accueil d’une édition des Jeux d’été comprise entre 2036 et 2044. Quatre projets qui reposent sur une utilisation maximisée d’infrastructures existantes ou temporaires.

Plus d’un demi-siècle après les Jeux de Munich 1972, l’Allemagne ambitionne de se replacer sur le devant de la scène et ce, après avoir raté le coche pour les Jeux de 2000 avec Berlin, de 2012 avec Leipzig et, plus récemment, de 2024 avec Hambourg, sans oublier – pour le volet hivernal – les candidatures infructueuses de Munich pour les JO 2018 et 2022.
Ce retour en grâce espéré devra néanmoins passé par un examen approfondi des prétendantes à l’investiture interne, avant d’affronter la concurrence internationale, même si les modalités de sélection des Futurs Hôtes a considérablement évolué ces dernières années sous l’impulsion des réformes conduites par le Comité International Olympique (CIO).
De fait, le DOSB – qui évoque régulièrement la perspective d’une nouvelle candidature aux Jeux – a institué un processus visant à solliciter les territoires allemands susceptibles d’être intéressés par l’idée d’abriter l’événement planétaire, processus ayant abouti en fin de semaine passée au dépôt de quatre dossiers.
Ces derniers sont respectivement incarnés par la capitale fédérale, Berlin, mais aussi par Munich, par Hambourg, et enfin par la région métropolitaine Rhin-Ruhr en Rhénanie du Nord-Westphalie.
Pour se donner des chances de succès, le DOSB peut de facto compter sur l’intérêt des trois plus grandes villes et de l’une des régions les plus dynamiques d’Allemagne comportant en son sein Cologne, soit la quatrième ville la plus peuplée du pays.
Cet engouement dépasse même le cadre de ces quatre villes et territoires, plusieurs autres collectivités étant pour chaque projet associées aux discussions préliminaires, incluant en particulier les Länder du Brandebourg, du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, de la Saxe et du Schleswig-Holstein.
Au global, ce sont d’ailleurs huit des seize Länder allemands qui sont aujourd’hui engagés dans le processus de désignation d’une candidature pour l’Allemagne.
Comme l’a à ce stade évoqué le Président du DOSB, Thomas Weikert :
Nous exprimons notre gratitude aux quatre candidats pour avoir présenter leurs concepts.
C’est le résultat intermédiaire d’un vaste processus stratégique que le DOSB a façonné avec les villes, les Länder et le gouvernement fédéral depuis deux ans.
C’est aussi une conséquence directe des réformes du CIO. Grâce à l’Agenda 2020 et aux réformes qui ont suivi, les Jeux sont redevenus beaucoup plus attrayants pour les Hôtes potentiels.

Candidate malheureuse aux Jeux de l’an 2000, avant d’être écartée par le DOSB au profit de Hambourg dans l’optique des JO 2024, Berlin est logiquement présente sur la ligne de départ.
La ville a l’avantage indéniable de son statut de capitale fédérale – avec la logistique et les moyens liés audit statut – qui lui confère une place de choix, surtout en y ajoutant la présence de nombreuses installations sportives à l’image de l’emblématique Stade Olympique.
Mais l’évocation de Berlin renvoie toutefois, dans l’histoire des Jeux, à l’édition de 1936 orchestrée par le régime nazi à des fins de propagande.
Aussi, l’échéance calendaire reste un sujet sensible pour les porteurs de la candidature berlinoise, d’autant plus dans l’hypothèse où 2036 serait privilégiée par le DOSB.
Prenant le contre-pied de cette problématique, la candidature entend mettre en exergue le profil d’une ville cosmopolite avec un concept fondé sur la mobilisation de plus de 90% de sites existants ou temporaires au travers de Jeux ouverts sur les territoires, quatre Länder étant spécifiquement identifiés aux côtés de Berlin pour une telle entreprise.

Autre ville déjà auréolée des anneaux olympiques, Munich offre un projet basé sur l’héritage exceptionnel laissé par les Jeux de 1972, en particulier avec l’utilisation des infrastructures toujours en activité au niveau du flamboyant Parc Olympique qui demeure à ce jour un modèle du genre.
Pas moins de 89% des installations sportives nécessaires aux Jeux seraient situées dans un rayon de moins de 30 kilomètres du secteur où pourrait être édifié le Village des Athlètes, au nord-est de Munich.
Preuve de la mobilisation d’ampleur proposée pour les sites déjà en place, sur le seul périmètre de l’Olympiapark, les autorités locales prévoient la tenue de près de la moitié des compétitions, ce qui assurerait une compacité exceptionnelle sur une zone de plus de 2 kilomètres de long.
Entre passé et avenir, héritage et durabilité, le concept de la candidature de Munich est à même de séduire les futurs compétiteurs et les spectateurs, avec des compétitions parfois proposées au cœur de lieux emblématiques de la région.
Restant la dernière ville allemande à avoir accueilli les Jeux, la perspective d’opérer à nouveau un rendez-vous olympique apparaît comme une solide ambition pour la cité bavaroise meurtrie par la prise d’otages du Village des Athlètes en 1972 et qui, plusieurs décennies plus tard, avant connu des déconvenues pour l’obtention des Jeux de 2018 – édition qui aurait pu faire de Munich la première Ville Olympique hôte des Jeux d’été et des Jeux d’hiver – puis de 2022.

Dix ans après avoir réussi à écarter Berlin de la course à l’investiture allemande pour les JO 2024, Hambourg espère aujourd’hui réitérer cette performance.
En mars 2015, la cité portuaire des bords de l’Elbe était parvenue à convaincre le DOSB dont l’Assemblée Générale avait voté la confiance à l’unanimité au détriment de la capitale fédérale.
Malgré cette désignation, Hambourg n’avait cependant pas su séduire suffisamment sa propre population, le dévoilement tardif des prévisions budgétaires ayant eu un impact certain sur la perception du projet dans l’opinion qui avait in fine retoqué la candidature lors d’un référendum.
A présent, Hambourg entend revoir sa stratégie en mobilisant des sites existants (87%) ou temporaires (13%), les seuls équipements à aménager étant prévus indépendamment des Jeux par les autorités.
Surtout, la ville prévoit de mettre en scène une édition de Jeux des courtes distances, faisant de Hambourg une véritable arène sportive à ciel ouvert. Ainsi, quelques 82% des sites seraient utilisés dans un rayon de seulement 7 kilomètres en cœur de ville avec deux pôles principaux constitués de l’Olympic Park City et de l’Olympic Park Altona.
Ce dernier – incluant le projet de Stade Olympique – serait par ailleurs appelé à recevoir le Village des Athlètes dont la transformation post-JO conduirait à l’installation d’une vaste Cité des Sciences pour étudiants et chercheurs.

S’éloignant du principe de ville-centre pour héberger la majeure partie des épreuves, le projet développé par la région métropolitaine Rhin-Ruhr en Rhénanie du Nord-Westphalie se démarque immanquablement de ses rivaux.
Trois villes se distingueraient néanmoins par leur présence forte, à savoir Cologne, Essen et surtout Düsseldorf, un temps pressentie pour les JO 2024 après avoir rêvé des JO 2012.
Certains aspects du dispositif proposé promettent de vivre une expérience tout à fait spectaculaire des Jeux au sein d’arènes à la jauge plus que conséquente pour organiser les épreuves dans une configuration inédite, à l’image des compétitions de natation projetées dans un stade de 60 000 places.
Désireuse de profiter des nouveaux horizons ouverts par les réformes olympiques, la candidature de la région métropolitaine Rhin-Ruhr semble cependant plus fragile que ses concurrentes. Elle parvient toutefois à installer dans le débat la question de la reconversion du Stade Olympique qui, dans le cas présent, pourrait être édifié à Essen ou à Cologne dans un espace où pourrait également être aménagé le Village des Athlètes au sein duquel logeraient 90% des compétiteurs à moins d’une heure de leur site respectif.
A l’issue des Jeux, l’emprise du stade deviendrait le cœur vibrant d’un éco-quartier urbain largement végétalisé et offrant les prestations d’une ville moderne.
Avec le dépôt de ces quatre projets préliminaires, le DOSB va désormais pouvoir s’atteler à l’examen des concepts avancés par chacun des territoires en lice.
L’instance olympique allemande évaluera alors les forces et faiblesses de chacun jusqu’à la fin du mois de septembre, les candidatures devant quant à elles poursuivre leurs travaux pour affiner les propositions, en particulier sur le plan du financement.
Le DOSB exposera ensuite les résultats de l’examen lors de sa prochaine Assemblée Générale programmée pour le 06 décembre 2025 à Francfort. Sauf surprise, aucune annonce officielle n’interviendra à ce moment là, le rendez-vous de la fin d’année étant une étape dans le processus général.
Afin de positionner les candidatures face à l’opinion publique, et en retenant aussi les leçons du passé avec des désignations ayant précédé la phase charnière de la consultation populaire, l’instance laisse dès à présent la possibilité aux prétendantes d’organiser un référendum.
Munich a d’ores et déjà fait savoir qu’un référendum se tiendrait sur son sol à la date du 26 octobre 2025. Hambourg et la région métropolitaine Rhin-Ruhr solliciteront quant à elles les suffrages de leurs citoyens au cours du printemps 2026. Il en sera de même pour Berlin d’ici la fin du mois de juin 2026, échéance définie par le DOSB pour une étape dont l’issue sera un indicateur déterminant pour la suite du processus de sélection.
A l’aune de ces consultations et eu égard aux approfondissements techniques opérés jusque là par les candidatures, le DOSB statuera officiellement à l’automne 2026 sur l’identité du territoire appelé à porter les couleurs allemandes dans la course aux JO 2036, 2040 ou 2044.
A moins que le CIO n’accélère son propre calendrier décisionnel, ce qui aurait pour conséquence première de rebattre les cartes de la stratégie de l’instance olympique allemande.
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