Élue par ses pairs en mars 2025, avant d’être officiellement intronisée à la présidence du Comité International Olympique (CIO) en juin dernier, Kirsty Coventry a engagé depuis une vaste réflexion englobant divers aspects de la gouvernance et des contours d’un modèle olympique aujourd’hui à la croisée des chemins.

Un an après avoir pris la suite de Thomas Bach, qui venait alors d’achever son deuxième mandat à la tête de la puissante institution olympique, Kirsty Coventry imprime peu à peu sa marque, elle qui est devenue la première femme à accéder à la fonction suprême.
Présentée comme la candidate officielle, soutenue en coulisses par le Président sortant, l’ancienne nageuse zimbabwéenne pouvait laisser penser à l’installation d’une certaine continuité dans l’approche du Mouvement olympique.
Pourtant, dès les premiers jours ayant suivi la cérémonie de remise des clés de la Maison olympique de Lausanne (Suisse), Kirsty Coventry s’est engagée dans une réflexion sous l’intitulé « Fit for the Future » qui, tout en mettant sur pause certains sujets, a pris la forme d’une démarche de rénovation dudit Mouvement.
Un investissement loin d’être aisé, surtout en prenant la succession de trois anciens Présidents ayant, chacun à leur manière, incarné le CIO et la puissance des Jeux au cours des quatre dernières décennies.
De Juan Antonio Samaranch (1980-2001) à Jacques Rogge (2001-2013) en passant bien sûr par Thomas Bach (2013-2025), tous ont ainsi tissé un lien particulièrement fort avec l’institution jusqu’à en proposer des réformes structurantes.
Après le long règne de Samaranch qui a contribué à la mondovision des Jeux, Jacques Rogge avait initié une nouvelle approche pour le Mouvement olympique, notamment quant à la jeunesse avec l’instauration des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) à partir de 2010, avant que Thomas Bach n’entraîne le CIO et ses partenaires dans le tourbillon réformiste de l’Agenda 2020, puis de l’Agenda 2020+5, sans compter aussi la Nouvelle Norme pour, parmi d’autres éléments, repenser le processus d’attribution des Jeux après les années de disette sur le plan des candidatures et de polémiques quant au coût de l’événement.

Aujourd’hui à la tête d’un CIO ayant dû affronter une série de crises ces dernières années – scandale du dopage organisé russe, pandémie mondiale de Covid-19, guerre en Ukraine et exclusion de la Russie et de la Biélorussie du giron olympique – Kirsty Coventry entend elle-aussi dessiner les contours olympiques selon sa vision et ses priorités.
En ce sens, pas moins de neuf Groupes de travail ont été mis en place – Programme Olympique ; Protection de la catégorie féminine ; Partenariats commerciaux et marketing ; Protection des principes fondamentaux de l’Olympisme ; Livraison des Jeux Olympiques (ce dernier sous la présidence de Tony Estanguet, ex-leader de Paris 2024) ; Autonomie, éthique et bonne gouvernance ; Jeux Olympiques de la Jeunesse ; Bâtir un monde meilleur grâce au sport ; Olympic Q-Series – pour une réflexion mobilisant aussi deux Commissions existantes, à savoir la Commission de Futurs Hôtes et la Commission des Athlètes.
Déjà, la Présidente du CIO avait annoncé l’an passé une pause dans le processus décisionnel pour l’attribution des futures éditions des Jeux, sachant que l’institution olympique peut compter sur des hôtes sécurisés pour 2028 (Los Angeles), 2030 (Alpes françaises), 2032 (Brisbane) et 2034 (Utah), et sur un contingent fourni de prétendants pour les prochaines échéances estivales (2036, 2040, 2044), sans oublier un dialogue privilégié avec la Suisse pour le rendez-vous hivernal de 2038.
Cette mise en pause – qui ne suspens pas pour autant les discussions entre le CIO et les postulants mais uniquement le calendrier décisionnel – vaut aussi pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse.
Tandis qu’une enquête adressée à l’ensemble des Comités Nationaux Olympiques (CNO) et aux Fédérations Internationales (FI) en avril dernier n’a pas conduit à des résultats probants, la Commission Exécutive du CIO réunie les 06 et 07 mai a choisi à l’unanimité de ses membres de mettre en pause le processus d’élection de l’Hôte des JOJ 2030.
Ainsi que le justifie le CIO :
[Cette décision a été prise] afin de prendre le temps de réfléchir aux principaux objectifs que le CIO s’est fixés pour l’organisation de ces Jeux et de se concentrer sur une stratégie olympique globale en faveur de la jeunesse, dans le but de mobiliser les jeunes partout dans le monde et de veiller à ce que le Mouvement olympique ait une vision forte et homogène à même d’inspirer et de rassembler la jeunesse autour du sport.
En d’autres termes, le CIO souhaite interroger le devenir des JOJ et la raison d’être de l’événement.
Plutôt que d’orchestrer un événement olympique supplémentaire dans son calendrier, le CIO veut ici repenser l’approche de l’Olympisme vis-à-vis du jeune public, athlètes et téléspectateurs réunis.
Un choix stratégique qui n’altère pas en revanche l’organisation à venir des JOJ de Dakar 2026, plus tard cette année, et l’édition hivernale Dolomiti Valtellina 2028 en Italie.

Suivant cet état d’esprit de remise à plat, une autre actualité s’est faite jour dans le microcosme olympique ces dernières semaines, avec la mise en pause également du processus entourant le rapprochement entre le CIO et l’e-sport engagé sous la présidence de Thomas Bach.
Alors qu’une première édition des Jeux Olympiques de l’e-sport fut initialement annoncée pour 2025, un report de deux ans avait ensuite été engagé, avant que le CIO n’entérine finalement le retrait du projet à court terme et l’abandon du contrat avec l’Arabie saoudite courant sur douze années. Plus récemment, les travaux de la Commission dédiée ont été suspendus afin de revoir les priorités à mettre en œuvre pour les années à venir, signe d’une pragmatique reprise en main par Kirsty Coventry.
D’ailleurs, devant la Commission Exécutive du CIO, la Présidente n’a pas manqué d’évoquer les ambitions du CIO en matière d’e-sport. Des ambitions toutefois repoussées dans l’immédiat.
Comme elle l’a notamment affirmé :
Le dossier est entre les mains de mon Cabinet. Je travaille avec un spécialiste dans ce domaine.
Le projet est tout à fait d’actualité, mais tout est une question de calendrier et du moment où nous serons prêts à le soumettre à la Commission Exécutive.
Ce sera après juin.
Le mois de juin qui, cette année, sera tout sauf anecdotique pour le CIO puisque la 146ème Session – convoquée au titre d’une Session Extraordinaire – constituera un point d’étape-clé du processus « Fit for the Future » dont les travaux vont encore se poursuivre plusieurs mois avant de définir concrètement la politique générale du CIO version Coventry.
Aussi, entre modernité et préservation du cadre traditionnel, d’autres sujets ont été discutés et le seront à l’avenir, en particulier quant au périmètre des disciplines et des sports olympiques.

De fait, le Groupe de travail sur le Programme Olympique a fait savoir auprès de la Commission Exécutive qu’une définition officielle des disciplines avait été rédigé afin de garantir une meilleure lisibilité et une plus grande compréhension à l’heure d’une multiplication des épreuves.
Sur ce point, la définition officielle présentée cette semaine, et qui devra encore être soumise à l’approbation des membres du CIO en vue d’une intégration dans la Charte Olympique, est la suivante :
Une discipline est constituée d’une ou plusieurs épreuves au sein d’un sport qui nécessitent soit une aire de compétition spécifique, soit une modification significative d’une aire de compétition partagée avec une autre discipline olympique, impliquant généralement un groupe distinct d’athlètes.
Poursuivant cette même idée de compréhension et de lisibilité du schéma sportif des Jeux, la Commission Exécutive réunie à Lausanne en ce début du mois de mai a également acté l’exclusion de toutes disciplines sportives d’été du programme des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030.
La position ainsi formulée par la Commission Exécutive ferme pour l’heure la porte aux ambitions exprimées par certains acteurs du Mouvement olympique qui plaidaient jusqu’à présent pour l’installation de telles disciplines dans le champ d’action des Jeux d’hiver, notamment afin de décongestionner le programme estival et d’offrir dans le même temps une révision du cadre hivernal impacté par les répercussions du réchauffement climatique.
Il n’empêche, si le cadre général demeure pour l’instant hermétique entre Jeux d’été et Jeux d’hiver, le CIO se laisse néanmoins la possibilité de revoir ce concept dans le futur.
L’institution a en effet précisé que la question de l’intégration de disciplines d’été au programme des Jeux d’hiver serait abordée ultérieurement dans le cadre de la prochaine phase de la réflexion « Fit for the Future », pour une éventuelle modulation pouvant intervenir après l’édition des JO 2030.

Cela pourrait dès lors avoir un impact sur la composition du programme sportif des Jeux de Brisbane 2032 et sur celui des Jeux de l’Utah 2034.
Par un système de vases communicants, le CIO pourrait ainsi prélever des disciplines estivales pour les installer comme disciplines hivernales dans le but d’alléger le programme olympique d’un côté et de l’étoffer de l’autre.
Surtout, face à des organisateurs australiens soumis à de multiples pressions depuis l’attribution des JO 2032 à l’été 2021 et au regard de l’extrême degré de préparation des acteurs des JO 2034, une telle orientation pourrait être bénéfique pour chacun.
Au-delà de cette possible mutation revient aussi l’idée de réduire la contingence de sports inscrits au programme des Jeux d’été après l’édition de Los Angeles 2028 qui constituera une échéance record en la matière avec pas moins de 36 sports représentés.
Là-encore, la quête d’une plus grande lisibilité pourrait conduire le CIO à prendre des décisions, en sanctuarisant ou au contraire en excluant certains sports qui ont pu assurer leur présence sur la scène des Jeux ces dernières décennies.
La question qui se pose derrière concerne évidemment les sports additionnels pour lesquels le CIO pourrait être tenté de réduire plus ou moins drastiquement la voilure.
Déjà l’an passé, Kirsty Coventry avait abordé le sujet du programme olympique et de sa composition dans le cadre de la présentation de son projet.
Comme elle l’avait à ce moment-là souligné avec lucidité :
La croissance pour la croissance n’est plus tenable.
Avec 10 500 athlètes olympiques l’été et 2 900 athlètes olympiques l’hiver participant déjà aux Jeux, l’ajout de nouveaux sports et compétitions doit être mis en balance avec les sports existants, la capacité des Villes Hôtes et l’écosystème olympique dans son ensemble.
Je m’appuierai sur notre expertise collective pour examiner avec minutie la révision du programme sportif.

La problématique financière – qui avait occupé plusieurs lignes dans les programmes des candidats à la présidence du CIO l’an dernier – représente bien entendu l’un des prismes de la réflexion en cours et ce, même si les caisses olympiques sont loin d’être asséchées.
Cela n’empêche que le CIO doit composer avec de nouveaux acteurs du monde économique et sportif pour sans cesse trouver de nouvelles synergies utiles pour préserver et développer son modèle en le maintenant autant que possible en dehors de toutes pressions et autres ingérences.
Car dans un monde où les sujets sont liés les uns aux autres et les problématiques imbriquées sur bien des aspects, la Présidente du CIO interroge et s’interroge pour trouver in fine les clés qui permettront de donner un nouveau souffle à une institution plus que centenaire et à un événement-phare – les Jeux – contraints de s’adapter à l’émergence de nouveaux sports, à l’influence des réseaux sociaux et des nouveaux moyens de communication et donc aussi à la question financière qui demeure un point névralgique pour toute organisation d’ampleur.
En filigrane, Kirsty Coventry veut de surcroît assurer les conditions d’un renforcement tant de la crédibilité que de la confiance du CIO, loin des dérives qui agitent par exemple la FIFA et une Coupe du Monde de football sans cesse plus grande et plus coûteuse jusqu’à atteindre l’excès.
Aussi, sans être la ligne d’arrivée de la réflexion « Fit for the Future », la 146ème Session qui s’annonce les 24 et 25 juin 2026 fera entrer ladite réflexion dans une phase de consolidation qui préfigurera le devenir du modèle olympique sous l’ère Coventry.
Entre quête de renouveau et sanctuarisation des fondamentaux.
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