Kirsty Coventry devient la première femme élue à la tête du CIO

Sportive accomplie, Kirsty Coventry a été élue ce jeudi 20 mars 2025 à la présidence du Comité International Olympique (CIO), devenant la toute première femme et la première personnalité africaine à occuper ce poste.

Kirsty Coventry, élue Présidente du Comité International Olympique (Crédits – IOC / Greg Martin)

Seule représentante de la gent féminine et, a fortiori, unique personnalité issue du continent africain dans la course à la succession de Thomas Bach, Kirsty Coventry est parvenue à convaincre une majorité d’électeurs au sein du collège des membres du CIO.

Il n’aura fallu qu’un tour de scrutin pour que la nouvelle Présidente – qui entrera en fonction le 23 juin 2025 – soit élue.

De fait, Kirsty Coventry a réussi à rassembler sur son nom pas moins de 49 suffrages en ce jeudi après-midi, contre 28 pour Juan Antonio Samaranch Jr. – fils de l’ancien Président (1980-2001) – et seulement 8 pour Sebastian Coe qui, malgré ses désaccords avec Thomas Bach sur certains sujets, espérait l’emporter en misant sur le leadership qui a fait sa marque de fabrique lors des préparatifs des Jeux de Londres 2012, puis à la tête de la Fédération Internationale d’Athlétisme (IAAF depuis World Athletics).

Derrière ce trio de tête – attendu depuis des mois avec un focus particulier sur les deux premiers – David Lappartient, Président du Comité National Olympique et Sportif Français et patron de l’Union Cycliste Internationale (UCI) n’a pu recueillir que 4 voix, lui qui siège au CIO depuis 2022. Morinari Watanabe, Président de la Fédération Internationale de Gymnastique (FIG), a également récolté 4 suffrages, devançant le Prince Feisal Al Hussein de Jordanie et Johan Eliasch, chacun d’eux crédités de seulement 2 voix.

La tâche de la candidate zimbabwéenne ne s’annonçait pas facile.

Certes, son profil a souvent été présenté comme le favori du Président sortant qui, lui-même, avait pu profiter en 2013 de la bienveillance de Jacques Rogge dont il fut longtemps le bras droit et successeur naturel.

Il faut dire que Thomas Bach a pu faire jouer à fond son statut de Président sortant d’une institution qu’il arpente en qualité de membre depuis plus de trois décennies. Surtout, sa présidence composée de deux mandats successifs de huit puis quatre ans a permis au leader allemand de façonner le CIO à son image, en impulsant des réformes d’ampleur comme l’Agenda 2020, l’Agenda 2020+5, ou la Nouvelle Norme.

Face à des candidats qui auraient pu chercher à détricoter pour partie son héritage, Thomas Bach a donc misé et encouragé la candidature de Kirsty Coventry qui s’inscrit dans la droite lignée des actions entreprises jusqu’alors.

Les membres du CIO – dont une partie a été élue sous la présidence de Thomas Bach – auraient néanmoins très bien pu se détourner de cette proposition. Il n’en a rien été.

Juan Antonio Samaranch Jr. avait certes l’expérience inégalée parmi les postulants, fort de 25 ans de présence au CIO, mais avait aussi contre lui la référence à son patronyme renvoyant inévitablement à quelques chapitres chaotiques de la présidence de son père en poste sur le siège de Coubertin deux décennies durant. Sebastian Coe avait pour sa part – comme Kirsty Coventry d’ailleurs – la légitimité de l’ancien sportif de haut niveau, avec en plus les réussites à la tête de Londres 2012 puis de la puissante Fédération Internationale d’Athlétisme.

Si elle porte l’héritage de la gouvernance sortante, Kirsty Coventry entend toutefois bien imprimer sa marque et imposer son caractère au sommet du CIO.

L’Olympienne – qui a participé dans les bassins à cinq éditions des Jeux d’été (2000, 2004, 2008, 2012, 2016) et qui siège jusqu’à sa prise de poste dans les Commissions des Finances, de la Solidarité Olympique, des Affaires Publiques et Communication Institutionnelle, sans oublier aussi son rôle capital de Présidente de la Commission de Coordination des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 et de la Commission de Coordination des Jeux de Brisbane 2032 – entend de fait donner la priorité aux athlètes.

Cela pourrait se traduire par un renforcement des missions actuelles à l’égard des sportifs, via le développement de nouvelles opportunités pour partie liées aux ressources issues du Programme des Partenaires Olympiques Mondiaux (TOP) et des droits de diffusion des Jeux. Cela pourrait aussi se matérialiser par une intensification des programmes de carrière des athlètes pour accompagner au mieux ces derniers dans leur reconversion.

La place du sport féminin sera en outre accrue, tout comme la lutte contre les inégalités dans le sport. Le programme des bourses de la Solidarité Olympique devrait quant à lui être étendu et une plus grande implication des Fédérations Internationales dans la gouvernance olympique devrait être recherchée et ce, afin d’améliorer la portée des événements olympiques, la livraison et les retombées de ces rendez-vous majeurs dans le calendrier sportif.

Les prérogatives des Commissions devraient en outre être renforcées, tout comme le pouvoir décisionnel des membres du CIO, le Mouvement olympique dans sa globalité devant par ailleurs accroître sa présence et son engagement numérique pour capter toujours davantage un nouveau public.

Kirsty Coventry souhaite également repenser le schéma organisationnel des Jeux, en mettant l’ajout de nouveaux sports dans la balance avec les disciplines existantes au sein du programme sportif.

Il est à envisager aussi que l’influence de la nouvelle Présidente pourra – dans un avenir plus ou moins proche – contribuer à faire émerger les Jeux Olympiques sur la scène du continent africain qui n’a encore jamais eu l’opportunité de recevoir les cinq anneaux.

Après les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026, celle qui occupe actuellement les fonctions de Ministre des Sports du Zimbabwe pourrait de facto devenir une actrice prépondérante dans l’attribution espérée de l’événement olympique avec possiblement l’Afrique du Sud à horizon 2036-2040.

Kirsty Coventry lors de la présentation de sa candidature à la présidence du CIO, le 30 janvier 2025 à Lausanne, Suisse (Crédits – IOC / Greg Martin)

L’élection de Kirsty Coventry à la tête du CIO marque un tournant historique pour l’institution fondée en 1894 par le Baron Pierre de Coubertin.

Jamais une femme n’avait accédé à la fonction suprême et ce, en dépit d’un taux croissant de représentantes féminines dans les arcanes du pouvoir olympique (41% en 2023 contre 20% dix ans plus tôt).

Les membres du CIO ont aujourd’hui décidé d’écrire l’Histoire et d’envoyer au monde et à l’opinion publique un signal fort pour une gouvernance du sport féminisée et rajeunie, Kirsty Coventry ayant été du haut de ses 41 ans la benjamine des sept candidats au poste présidentiel.

A l’aune de ce changement de paradigme, il est à souhaiter que la dynamique nouvelle qui s’ouvre au sein du CIO pourra être suivie par les Fédérations Internationales et toutes les autres composantes du Mouvement olympique qui, eu égard non pas au statut féminin mais en tenant compte des compétences, devront s’engager plus avant dans la quête d’un plus juste équilibre entre les hommes et les femmes.

Depuis quelques années, la parité dans le sport s’expose sur les terrains, Paris 2024 devenant l’an passé la toute première édition des Jeux d’été à respecter ce principe. Elle doit aussi gagner les instances dirigeantes.


En savoir plus sur Sport & Société

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire