Présidence du CIO : Sebastian Coe mise sur son leadership pour convaincre

Emblématique leader de la candidature et de l’organisation des Jeux de Londres 2012, avant de devenir Président de la puissante Fédération Internationale d’Athlétisme (IAAF puis World Athletics), Sebastian Coe se place en outsider dans la course à la présidence du Comité International Olympique (CIO).

Sebastian Coe lors de la présentation de sa candidature à la présidence du CIO, le 30 janvier 2025 à Lausanne, Suisse (Crédits – IOC / Greg Martin)

A l’instar de sa rivale Kirsty Coventry, Sebastian Coe a parfaitement su conjuguer son expérience de sportif de haut niveau avec une reconversion marquée et assumée dans la gouvernance sportive dans son pays et au-delà.

Diplômé d’une Licence en Économie et Histoire Sociale de l’Université de Loughborough (Royaume-Uni), le dirigeant britannique a ainsi d’abord fait ses gammes sur les pistes d’athlétisme, s’installant dès la seconde moitié de la décennie 1970 parmi les figures majeures de ce sport-roi des Jeux.

Champion d’Europe en salle du 800 mètres en 1977, il glane par la suite deux médailles olympiques aux Jeux de Moscou 1980, le titre sur 1 500 mètres et la médaille d’argent sur le 800 mètres, avant de récidiver quatre ans plus tard à Los Angeles avec, là-encore, un titre (1 500 mètres) et une breloque en argent (800 mètres).

Entre temps, pas moins de douze records du monde en salle et en plein air sont à mettre à son crédit.

A la fin de sa carrière sportive, Sebastian Coe s’oriente vers le monde des affaires, avec aussi une incursion sur le terrain de la politique britannique.

De fait, il se fait élire Député de Falmouth et Camborne (1992-1997) sous les couleurs du Parti Conservateur, avant d’être nommé Secrétaire particulier du chef de l’opposition, un poste qu’il occupe de 1997 à 2001.

Quelques années plus tard, Seb Coe prendra les commandes de la candidature londonienne pour l’organisation des Jeux d’été de 2012 alors que les débuts de ladite candidature furent relativement chaotiques. A force de persévérance et avec l’habilité de communicant qui est l’une de ses marques de fabrique, il parvint finalement à faire pencher la balance du côté britannique alors que la tendance fut longtemps en faveur de la candidature française portée par Paris.

A la tête du Comité d’Organisation des Jeux (LOCOG), Sebastian Coe a dès lors pu exprimer sa vision de l’événement entre tradition britannique et ouverture sur le monde.

Et tandis que l’orchestration des Jeux de 2012 a été couronnée de succès comme il l’avait espéré, le leader du projet a poursuivi sur sa lancée en s’installant à la présidence de l’Association Olympique Britannique (BOA), autrement dit le Comité National Olympique, jusqu’en 2016 et ce, tout en occupant les fonctions de Président exécutif de « CSM Sport and Entertainment » (2013-2020).

Depuis 2020 Président non-exécutif de cette entité placée sous la houlette de « Wasserman Media Group » qui n’est autre que la société de médias fondée par un certain Casey Wasserman, Président du Comité d’Organisation des Jeux de Los Angeles 2028, il s’est par ailleurs affirmé au sein de l’IAAF dont il a été Vice-Président entre 2007 et 2015, année où il prend la tête de la Fédération Internationale d’Athlétisme.

Cette conquête sera l’une de ses plus belles victoires, tant la dynamique insufflée depuis a permis à World Athletics de se développer dans la modernité.

Sa présidence au sommet de l’athlétisme mondial a aussi été l’occasion de percevoir la détermination d’un leader qui a très tôt pris les devants pour s’opposer à la Russie sur la question du dopage, accentuant à l’époque la pression sur le CIO pour que celui-ci ne tergiverse pas.

Membre du Conseil de l’Association des Fédérations Internationales des sports olympiques d’été (ASOIF), membre du Conseil exécutif de l’Association des Comités Nationaux Olympiques (ANOC), il est actuellement à la tête du Groupe de travail de l’ANOC sur la jeunesse. Un public qu’il privilégie, conscient des grands changements sociétaux de notre époque et de certaines évolutions dans la consommation des contenus sportifs.

Fondateur et administrateur de la « Sebastian Coe Charitable Foundation CIO », il accéda en 2013 à la Session du CIO, dans laquelle il a parfois suscité l’opposition quant à ses déclarations sur certains dossiers. La question des primes attribuées aux vainqueurs a pour exemple été un point de crispations avant l’été 2024, Thomas Bach se montrant des plus critiques sur le sujet.

Figure tout autant appréciée que détestée, Sebastian Coe ne laisse en tout cas personne indifférent.

Un élément qui pourrait avoir son importance – dans un sens comme dans l’autre – en ce jeudi 20 mars 2025, jour de l’élection du futur Président du CIO.

Installé depuis 2020, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, le leader britannique est peu présent dans les Commissions olympiques, ayant ainsi seulement été parmi certains de ses collègues dans la Commission des Affaires Publiques et Développement durable par le sport jusqu’en 2021, et l’un des acteurs de la Commission de Coordination des Jeux de Tokyo 2020, conservant à date un poste dans le groupe Olympisme 365.

Mais en dépit de l’absence de représentation soutenue dans les Commissions-clés du système olympique, Sebastian Coe conserve une totale détermination pour parvenir à convaincre une majorité de ses pairs de lui accorder leur confiance.

Couverture du document de candidature de Sebastian Coe à la présidence du CIO

Pour cela, et outre ses interventions orales, Seb Coe a développé un document de candidature au travers duquel il se focalise sur cinq thématiques.

Désireux ainsi de placer le sport avant tout, Sebastian Coe entend ici privilégier l’excellence sportive, lui qui fut un athlète conscient des sacrifices comme des bonheurs que procurent la performance au plus haut niveau.

Il souhaite également protéger et promouvoir l’intégrité du sport féminin, avec également la volonté de renforcer les systèmes anti-dopage, notamment au travers d’une coopération plus soutenue entre les instances sportives internationales et les autorités gouvernementales. La coopération, élément-clé du discours de Sebastian Coe que ce dernier souhaite aussi voir renforcée avec les Comités Nationaux Olympiques et les Fédérations Internationales.

Soucieux ensuite d’accompagner la génération de demain, le candidat britannique – qui avait fait de la jeunesse le principal leitmotiv du projet de Londres 2012 – veut faire des Jeux une plateforme d’espoir et d’accomplissement pour inspirer la jeunesse mondiale, avec le désir de faire de l’accès au sport un droit fondamental pour chaque enfant.

Dans cette perspective, le CIO serait un acteur déterminant pour épauler les gouvernements dans l’adoption de politiques publiques faisant la part belle à l’investissement dans le sport et dans la promotion d’une bonne pratique sportive et ce, dans un souci d’éducation, de santé et de développement social. Cela s’entend aussi dans l’engagement renouvelé en direction du développement durable, Sebastian Coe souhaitant faire des Jeux un véritable gardien dudit développement.

A l’heure des échanges ultra-connectés, la place des réseaux sociaux et de l’Intelligence Artificielle (IA) est par ailleurs évoquée, le candidat britannique voulant notamment adopter l’IA pour moderniser l’engagement des supporteurs et identifier les jeunes talents qui performeront lors de futures échéances sportives.

Le sport étant placé au centre de sa vision pour la gouvernance olympique, Sebastian Coe entend naturellement mettre les athlètes au cœur de sa politique.

Cela se traduirait notamment par le développement de ressources et de programmes de soutien avec les partenaires commerciaux pour permettre de financer les athlètes et réduire les pressions qui pèsent sur ces derniers.

Le bien-être financier des athlètes serait l’une des composantes de la politique de Sebastian Coe qui souhaite en outre créer des modèles de partage de la valeur où les athlètes pourraient tirer profit du succès commercial des Jeux. La question de primes à la médaille n’est toutefois pas évoquée, tant le sujet a pu crisper le CIO et la direction actuelle en préambule des Jeux de Paris 2024.

Les athlètes placés au cœur, ils seraient également mieux associés et représentés dans le cadre de la prise de décisions.

Pour assurer la croissance continue du modèle olympique, Sebastian Coe entend par ailleurs transformer les parrainages commerciaux en partenariats collaboratifs et ce, en favorisant des liens plus profonds entre toutes les parties prenantes aux Jeux.

De même, une modernisation des modèles de revenus serait engagée via des stratégies numériques pour toucher de nouveaux acteurs et créer de nouveaux schémas de partenariat plus abordables.

L’exploitation de la marque olympique serait par ailleurs renforcée, avec l’idée derrière de conquérir de nouveaux marchés et de développer la présence olympique en des lieux à fort potentiel. On perçoit en cela la perspective de confier à l’avenir l’organisation des Jeux à l’Afrique et de poursuivre l’intégration territoriale en Asie.

Enfin, et tel une illustration de la démarche entreprise dès son accession à la présidence de la Fédération Internationale d’Athlétisme, Sebastian Coe souhaite bâtir les conditions d’une autonomisation de l’ensemble des acteurs du Mouvement olympique.

Ainsi qu’il l’expose pour démontrer sa capacité à convaincre et à réformer :

Lors des vastes réformes de World Athletics en 2016, nous avons consulté toutes les associations continentales et les fédérations membres et avons fixé un objectif de parité au sein du Conseil de World Athletics d’ici 2027.

Nous avons mis en place un groupe de travail, avons défendu son travail et avons mis sur pied un conseil élu composé de 50% de femmes et de 50% d’hommes en 2023, quatre ans avant la date cible.

Concrètement, Sebastian Coe proposer de démocratiser la gouvernance pour autonomiser les membres du CIO, avec un pouvoir décisionnel accru pour davantage de transparence et d’efficacité.

Dans le prolongement, le candidat britannique évoque un renforcement de la coopération et des ressources pour les Comités Nationaux Olympiques et les Fédérations Internationales, avec un focus particulier opéré en direction des plus petites structures.

Sebastian Coe, Président de World Athletics, en visite au Stade Olympique de Tokyo, vendredi 08 octobre 2020 (Crédits – Tokyo 2020 / Shugo Takemi)

Portant une vision modernisatrice et réformatrice du Mouvement olympique, Sebastian Coe entend in fine s’appuyer sur quatre mots d’ordre pour imposer sa marque, à savoir le leadership – qui n’est plus à démontrer eu égard aux succès ayant jalonné tant sa carrière sportive, politique, que de dirigeant – l’expérience, les alliances et les résultats.

Arrivé au sein du CIO en 2020, et bien qu’il soit à la tête de la Fédération Internationale la plus puissante sur la scène olympique, Sebastian Coe pourrait cependant manquer de faits d’armes, lui qui n’est que peu présent dans les Commissions olympiques.

Quoiqu’il en soit, en cas d’élection, si la gouvernance du CIO serait susceptible d’évoluer, l’Europe conserverait sa mainmise sur la présidence, les quatre derniers patrons de l’institution ayant tous été issus du « Vieux Continent », de Michael Morris (Irlande) en passant par Juan Antonio Samaranch (Espagne), Jacques Rogge (Belgique) et bien sûr Thomas Bach (Allemagne).


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