Annoncée en grande pompe sous la présidence de Thomas Bach, l’arrivée de l’e-sport sur la scène olympique est aujourd’hui plus compromise que jamais avec, après l’annulation de la première édition de Jeux Olympiques dédiés, la suspension des travaux de la Commission Olympique consacrée à l’e-sport.

A quelques jours de la nouvelle réunion de la Commission Exécutive (06-07 mai 2026) et à moins de deux mois de la Session Extraordinaire (24-25 juin 2026) du Comité International Olympique (CIO), l’institution présidée par Kirsty Coventry s’apprête à entériner la mise en suspens des travaux relatifs à l’e-sport.
Après les années marquées par une certaine frilosité et une prudence affichée, le CIO avait pourtant ouvert la voie à une éventuelle intégration de l’e-sport dans le giron olympique et ce, au travers des Olympic E-sports Series de Singapour 2023, puis via une compétition dédiée – les Jeux Olympiques de l’e-sport – dont la première édition devait se tenir dès 2025 en Arabie saoudite, forte d’un investissement continu dans le pays et d’un partenariat de douze ans avec l’institution de Lausanne (Suisse).
Cette ouverte du CIO sur l’e-sport avait à l’époque pu surprendre.
Elle engageait de fait à la fois une reconnaissance de l’e-sport comme sport à part entière – l’un des points de crispation dans les débats de ces dernières années entre les tenants d’une ligne conservatrice et les partisans d’une évolution de la doctrine olympique – et constituait dans le même temps les prémices d’une réforme majeure à l’initiative de Thomas Bach.
Comme l’avait en ce sens évoqué le dirigeant olympique en octobre 2023, trois milliards de personnes dans le monde pratiquent l’e-sport et le gaming et, parmi ce public, 500 millions d’individus s’intéressent en premier lieu aux sports électroniques, sports virtuels et autres exercices de simulation.

Président du CIO douze années durant, le leader allemand voulait ainsi laisser une empreinte supplémentaire sur la Maison Olympique, comme Jacques Rogge avait pu le faire avant lui lors de son dernier mandat.
Le successeur de Juan Antonio Samaranch avait en effet laissé en héritage l’installation effective des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) pensés pour offrir une scène mondiale à la nouvelle génération d’athlètes en recherchant de surcroît à capter l’attention d’un public rajeuni, tout en testant de nouvelles disciplines.
Au gré des discussions engagées, le CIO semble cependant sur le point de retoquer en tout ou partie le projet de développement olympique de l’e-sport.
Cette orientation s’est matérialisée en plusieurs temps.
D’abord, l’institution a choisi de reporter l’édition inaugurale des Jeux Olympiques de l’e-sport de 2025 à 2027, avant ensuite de décider d’une suppression pure et simple en octobre 2025.
Aujourd’hui, un nouveau cap devrait être atteint, puisque selon les informations recueillies par l’agence de presse nippone « Kyodo News », l’institution olympique a pris la décision de suspendre les travaux de la Commission Olympique consacrée à la thématique de l’e-sport.
Avant que cette décision ne soit pleinement entérinée, la Présidente du CIO, Kirsty Coventry, avait adressé dès le mois de janvier 2026 un courrier à l’attention des membres de ladite Commission. Une missive faisant alors mention d’un réexamen à venir de la position du CIO quant à l’e-sport.

Cette réorientation de la doctrine olympique ne devrait d’ailleurs pas se limiter à l’e-sport.
En effet, comme l’explique encore « Kyodo News », le CIO abandonnerait aussi l’idée de transférer des disciplines de sports d’été en direction des Jeux d’hiver, restant in fine sur une ligne traditionnelle où l’événement hivernal doit consacrer des sports se pratiquant exclusivement sur neige et sur glace. De quoi impacter le concept des sports additionnels des Alpes françaises 2030 dont les choix doivent être arrêtés dans les semaines qui viennent.
De même, Kirsty Coventry souhaiterait à terme réduire la voilure des Jeux d’été dont le modèle atteindra un paroxysme lors de l’édition de Los Angeles 2028 qui proposera le programme sportif le plus large jamais proposé jusqu’à présent.
De manière globale, les nouvelles perspectives olympiques seront présentées dans le cadre des conclusions prochaines de la réflexion « Fit for the Future » engagée par Kirsty Coventry dès son installation, l’an passé, dans le fauteuil du Baron Pierre de Coubertin.
Cela concernera tout autant le programme olympique, le développement commercial et institutionnel du CIO et des Jeux, mais encore la refonte du processus des candidatures pour une approche qui pourrait en partie revenir sur l’évolution opérée sous les mandats de Thomas Bach.
Une façon pour Kirsty Coventry d’imprimer encore un peu plus sa marque, et de se détacher aussi de l’héritage de ses prédécesseurs qui, à coup de mandat renouvelé, ont eu toute l’aisance de modeler le monde olympique selon leur vision respective.
En savoir plus sur Sport & Société
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
