Alpes françaises 2030 : Le budget prévisionnel passe la barre des 2 milliards d’euros

Réuni en début de semaine, le Conseil d’administration du Comité d’Organisation des Jeux (COJO) des Alpes françaises 2030 a validé la première version du budget pluriannuel. Si les acteurs mobilisés estiment avoir atteint un objectif de sobriété, ce dernier devrait être mis à rude épreuve au cours des prochaines années.

De gauche à droite, Christian Estrosi, Maire de Nice ; Pierre-Olivier Beckers-Vieujant, Président de la Commission de Coordination du CIO pour les Jeux d’hiver 2030 ; Edgar Grospiron, Président du Comité d’Organisation des Alpes françaises 2030 ; et Damien Robert, Directeur Général Exécutif de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques 2030, mardi 22 avril 2025 sur la terrasse du Centre des Congrès de Nice, Alpes-Maritimes, alors en construction (Crédits – Christian Estrosi / Page officielle X, ex-Twitter)

Déterminé à livrer en temps et en heure les Jeux d’hiver de 2030 dont l’organisation a été confié aux Alpes françaises à l’été 2024, le COJO poursuit sa marche en avant après avoir installé ses principaux Directeurs depuis l’instauration effective de la structure présidée par Edgar Grospiron.

Aussi, parmi les dossiers sensibles sur la table des discussions se trouve bien sûr la question du budget d’organisation, alors que l’Hexagone se prépare à recevoir un deuxième rendez-vous olympique et paralympique dans moins de cinq ans, soit à ce moment-là, moins de six ans après avoir opéré l’accueil – couronné de succès – des Jeux de Paris 2024.

Certains acteurs du projet estival sont d’ores et déjà parties prenantes du COJO des Alpes françaises 2030 ; l’expertise acquise durant les années préparatoires aux JO 2024 étant à l’évidence une aubaine sur divers plans pour une instance qui ne peut se permettre le moindre écart de conduite.

Attendu au tournant, le COJO a d’ailleurs dévoilé ce lundi 20 octobre 2025 la toute première version d’un budget pluriannuel qui devrait – comme pour toute édition des Jeux – connaître une évolution plus ou moins conséquente au fur et à mesure que le projet s’affinera et que l’ouverture de la manifestation planétaire se rapprochera.

A ce sujet, l’instance organisatrice a en tout cas pris grand soin de rappeler que l’élaboration de ce budget résulte d’un travail conjoint mené par les équipes du COJO avec l’ensemble des acteurs engagés et ce, dans la continuité du Comité Interministériel qui s’était tenu à Briançon (Hautes-Alpes), le 27 juin dernier, et de la mise en œuvre du pacte des financeurs rassemblant l’État et les deux Régions-Hôtes annoncées que sont Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Passé ce rappel utile, le COJO se fait fort aujourd’hui d’un budget de l’ordre de 2,132 milliards d’euros, équilibré entre recettes et dépenses prévisionnelles.

Un budget approuvé par le Conseil d’administration de l’instance, et qui avait préalablement été adopté à l’unanimité des membres du Bureau Exécutif autour du Ministère des Sports, des Régions précitées, du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), du Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF), et du représentant spécial du gouvernement.

Dans un bref communiqué, Edgar Grospiron se félicite de ce travail de l’ombre et des efforts consentis par toutes les parties pour parvenir à établir ce cadrage.

Ainsi que l’a déclaré le Président du COJO au sortir de la réunion du Conseil d’administration :

Ce premier budget pluriannuel concilie l’objectif de Jeux sobres et respectueux des finances publiques avec l’ambition de livrer des Jeux spectaculaires, utiles au territoire, au sport, et à tous les Français.

Ce budget sert désormais de cap, en nous donnant les moyens de réaliser notre mission, tout en nous engageant pour tenir, tout au long des quatre prochaines années à venir, cet objectif de sobriété.

Edgar Grospiron, Président du Comité d’Organisation des Jeux des Alpes françaises 2030, mardi 18 février 2025 à Décines-Charpieu, Rhône (Crédits – CNOSF / KMSP)

Car le plus dur est désormais devant les organisateurs, ces derniers devant autant que possible réussir à maîtriser une inflation budgétaire plus que probable eu égard aux questionnements encore nombreux et en suspens quant aux contours d’un projet olympique et paralympique ficelé en l’espace de quelques mois à l’été 2023 et soumis en l’état à l’appréciation du Comité International Olympique (CIO) qui, il ne faut pas l’oublier, désigna sous conditions les Alpes françaises 2030.

A l’inverse d’une candidature comme Salt Lake City (Utah, États-Unis) qui fut à la manœuvre dès le début des années 2010 pour envisager puis présenter une candidature pour un retour des Jeux d’hiver dans le « Pays de l’Oncle Sam », le dossier tricolore a connu une éclosion pour le moins singulière, avant que le développement dudit projet ne tourne au feuilleton dramatique.

Pour autant, les organisateurs des JO 2030 se veulent aujourd’hui optimistes quant aux leçons tirés de ces premiers mois et d’une mise sur orbite chaotique, parasitée aussi par les répercussions de la situation politique et institutionnelle au sommet de l’État, avec notamment quatre Ministres successifs en charge du suivi du projet 2030 depuis les prémices de la candidature.

Comme l’ont de fait précisé les organisateurs, le budget présenté à date repose majoritairement sur des ressources propres, sachant que les revenus proviendront pour une part non-négligeable du CIO, via la contribution olympique traditionnellement octroyée à chaque Hôte des Jeux, avec 30% de ressources issues du Programme des Partenaires Mondiaux et des droits de télévision.

Le COJO apportera aussi une manne financière conséquente au travers de ses propres activités commerciales, à commencer par le précieux Programme des Sponsors qui pourrait s’appuyer sur une partie des partenaires de Paris 2024.

A l’aune de ces éléments, un quart seulement – soit exactement 26% – des financements nécessaires au budget d’organisation résultera d’une participation directe de l’État et des Régions-Hôtes. Une part essentielle et qui a déjà connu une hausse, les premières orientations tablant en effet sur 20% de financements publics.

Au sein de cet apport, les pouvoirs publics ont souhaité un effort partagé à 50% par l’État et à 50% par les deux Régions qui abriteront les compétitions olympiques et paralympiques de 2030.

Sur le plan des dépenses, le COJO projette à ce jour que près de 50% d’entre-elles seront liées à la préparation et à la gestion des sites et des épreuves (opérations et technologie) et ce, alors que la cartographie desdits sites reste un brûlant sujet à trancher, quand bien même un schéma préférentiel fut dévoilé au cœur de l’été 2025.

La localisation des sites – avec l’impérieux respect de l’équilibre voulu dès la phase de candidature par les deux leaders régionaux entre leurs territoires respectifs – aura d’ailleurs un impact potentiellement majeur quant à l’évolution du budget d’organisation, tout comme le choix des sports additionnels.

Visite du Fort des Trois Têtes de Briançon, Hautes-Alpes, en marge de la première réunion du Comité Interministériel aux Jeux Olympiques et Paralympiques pour les Alpes françaises 2030, vendredi 27 juin 2025 (Crédits – Ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative)

Il n’empêche, en dépit de l’optimisme affiché par le COJO des Alpes françaises 2030, il y a lieu de constater que le budget prévisionnel dépasse déjà les projections formulées au développement de la candidature en 2023 et de la formalisation de celle-ci moins d’un an plus tard.

Concrètement, les prévisions initiales tablaient ainsi sur une fourchette comprise entre 1,6 et 1,7 milliard de dollars (valeur 2030), soit à l’époque entre 1,48 et 1,58 milliard d’euros.

L’enveloppe avait par la suite été gonflée à près de 2 milliards d’euros au printemps 2024.

Lors de la visite de la Commission de Futurs Hôtes dans les Alpes françaises, David Lappartient, Président du CNOSF à cette période, avait d’ailleurs pondéré son propos en ces termes :

Nous souhaitons […] que ce soit un coût maîtrisé.

Nous sommes aujourd’hui, dans le budget du Comité d’Organisation – je ne parle pas là des infrastructures – aux alentours de 2 milliards d’euros. Le chiffre précis à l’heure actuelle, qui n’est qu’une estimation à date, est de 1,975 milliard d’euros.

[…] Les Jeux de Paris 2024, ce sont 4,4 milliards d’euros, donc nous serons à moins de la moitié pour les Jeux Olympiques d’hiver.

Une prudence de rigueur, tenant pleinement compte du fait que les Présidents des deux entités régionales mobilisées avaient à ce moment-là fait du seuil des 2 milliards d’euros une barre critique à ne pas franchir.

Or, aujourd’hui, cette fameuse barre a été dépassée, certes de peu, mais le symbole est là. Il serait de toute façon illusoire de penser que le chiffrage présenté restera en l’état au cours des quatre prochaines années, indépendamment des aléas qui pourraient survenir.

L’Inspection Générale des Finances elle-même avait il y a peu estimé le cadrage budgétaire des Alpes françaises 2030 à 2,4 milliards d’euros. Un montant que les organisateurs devraient approcher à moyen terme.

Les années qui viennent seront dès lors déterminantes pour raisonnablement contenir l’inflation qui n’échappe pas aux organisateurs d’une édition à l’autre, avec de surcroît les risques propres aux Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver dont le périmètre, l’audience mondiale et l’attractivité populaire et partenariale diffèrent grandement du modèle estival.


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