Alpes françaises 2030 : Un premier CIJOP pour planifier l’héritage des Jeux

Autour du Chef du gouvernement, le premier Comité Interministériel consacré aux Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver des Alpes françaises 2030 a permis aujourd’hui d’acter depuis Briançon (Hautes-Alpes) les grands axes de l’héritage du rendez-vous sportif planétaire, tout en abordant les engagements financiers des parties prenantes au projet, ainsi que les chantiers prioritaires à conduire en Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Visite du Fort des Trois Têtes de Briançon, Hautes-Alpes, en marge de la première réunion du Comité Interministériel aux Jeux Olympiques et Paralympiques pour les Alpes françaises 2030, vendredi 27 juin 2025 (Crédits – Ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative)

Pour sa toute première réunion, le Comité Interministériel aux JO 2030 s’est installé dans les Hautes-Alpes, et plus précisément à Briançon, ce vendredi 27 juin 2025.

Cette réunion – suivie d’une visite du Fort des Trois Têtes, futur Village des Athlètes – avait pour triple objectif de faire, en présence des Ministres concernés, un état des lieux des dispositifs visant à assurer le succès des Jeux Olympiques et Paralympiques, tout en faisant un point d’étape des discussions en cours avec les diverses parties prenantes, mais encore de tracer les grandes orientations en ce qui concerne l’héritage d’une manifestation hivernale de dimension mondiale qui fera son retour dans les Alpes du Nord pour la première fois depuis les Jeux d’Albertville 1992, et qui fera ses premiers pas dans les Alpes du Sud.

Avec la nécessité de coordonner au mieux les préparatifs et l’établissement effectif des Jeux au sein de deux Régions à l’expertise sensiblement distincte sur la scène sportive internationale, les travaux à venir devront immanquablement se faire en bonne intelligence entre les parties au projet, acteurs institutionnels, politiques, sportifs, sans compter la contribution audit projet d’acteurs du secteur privé.

Aussi, le Comité Interministériel aux Jeux Olympiques et Paralympiques (CIJOP) a été l’occasion de convenir des principes devant entourer la constitution d’un pacte des financeurs.

Pour ce dernier, les parties ont ainsi convenu de se projeter sur un budget d’organisation des Jeux à hauteur de près de 2 milliards d’euros, dont 100 millions apportées par les deux Régions impliquées, à savoir Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, et 362 millions injectés par l’État, le reste devant provenir de l’habituelle contribution du Comité International Olympique (CIO), du programme de sponsoring et de diverses recettes émanant notamment de la billetterie des Jeux.

En parallèle, la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO Alpes 2030) pourra compter sur un afflux de 800 millions d’euros d’investissements publics.

Au global, entre le Comité d’Organisation des Jeux (COJO) et la SOLIDEO Alpes 2030, les contributions publiques ont été définies selon une répartition équitable qui assurera un apport de 50% des besoins du côté de l’État et de 50% du côté des deux Régions.

Pour un contrôle de gestion voulu le plus rigoureux possible, ces mêmes autorités ont souhaité inscrire dans les statuts du Comité d’Organisation et de la SOLIDEO Alpes 2030 les règles et autres mécanismes destinés à veiller au respect du cadrage budgétaire de part et d’autre et ce, afin de limiter le risque d’un éventuel dérapage qui serait à assumer à la charge des pouvoirs publics.

Dans le prolongement de ce point – et comme c’est le cas pour chaque édition des Jeux – des provisions pour réserves et aléas ont été évoquées.

(Crédits – Ville de Briançon)

Au-delà de l’épineuse question du financement des Jeux, le CIJOP a également été l’occasion d’aborder le sujet du nouveau Contrat de Plan État-Région, particulièrement pour Provence-Alpes-Côte-d’Azur, la réunion du jour se déroulant sur ce territoire.

Concrètement, le protocole d’accord pour le financement de la desserte du cluster olympique de Briançon permettra d’établir un avenant au volet consacré aux mobilités dans ledit Contrat, avec la volonté conjointe d’améliorer les conditions d’accès aux Alpes du Sud, tant du point de vue des axes routiers que ferroviaires.

Pour le seul secteur ferroviaire, une enveloppe de 342 millions d’euros sera déployée pour faciliter la desserte du Briançonnais depuis Aix-Marseille.

Ce programme sera supporté à hauteur de 150 millions d’euros chacun par l’État et la Région, sachant que le protocole associe également le Conseil Départemental des Hautes-Alpes, la Métropole Aix-Marseille-Provence, la Ville de Gap et SNCF Réseau.

Cela se traduira dans les faits par, outre une sécurisation des dessertes sur l’axe Aix-Gap-Briançon, une régénération complète de la ligne Marseille-Briançon et par l’ajout de deux allers-retours express quotidiens avec un trajet ramené à 3h40 au lieu des 4h45 actuelles.

Le protocole d’accord vise par ailleurs à permettre des investissements sur des axes structurants du réseau routier national et départemental, notamment en ce qui concerne le tronçon de la RN 94 entre Gap et Briançon, les liaisons RN 85 – RD 942 et RN 94 entre Tallard et La Bâtie Neuve, sans compter la RD 1091 entre Briançon et Grenoble, la rocade de Gap et enfin la RD 1075.

Si des projets sont d’ores et déjà en cours à l’initiative de la Région, d’autres seront activés et supervisés par la SOLIDEO Alpes 2030 concernant la création de pôles d’échanges multimodaux ou l’accès spécifique des sites olympiques.

Alors que le territoire se prépare à accueillir le plus grand événement de son histoire, l’objectif est d’assurer un rééquilibrage par rapport aux Alpes du Nord qui, grâce aux Jeux d’hiver de 1992, avaient bénéficié d’importants investissements pour désenclaver notamment la vallée de la Tarentaise.

Mais plus encore que les investissements prévisionnels, la réunion du CIJOP a surtout eu pour finalité de délimiter les objectifs de l’héritage des Jeux de 2030 concernant les engagements de l’État qui seront menés en parallèle des programmes Héritage que développeront le COJO et la SOLIDEO Alpes 2030 sur le modèle de ce qui a pu être mis en œuvre dans l’optique et depuis Paris 2024.

Cartographie des sites des Alpes françaises 2030 définie en février 2025 (Crédits – Alpes françaises 2030)

La réflexion portant sur l’héritage des Jeux devra impliquer les Régions pour tenir compte des spécificités locales, même si l’ambition de l’État dépasse le seul cadre régional.

Ainsi, avant une présentation détaillée du plan étatique d’ici la fin de l’année 2025, le CIJOP a convenu de travailler sur quatre priorités pour faire des Jeux de 2030 un moteur du développement des pratiques physiques et sportives et de la haute performance ; un tremplin pour la transition écologique du modèle montagnard et de l’organisation des grands événements sportifs internationaux ; un levier d’attractivité économique pour les zones de montagne quelque soit la saison ; et enfin un vecteur d’inclusion et de cohésion sociale.

Parmi les efforts à conduire, l’État souhaite dynamiser les dispositifs sport-études pour passer de 16 000 à 25 000 élèves inscrits.

Il entend aussi déployer le label Génération 2030 dans le prolongement du label Génération 2024 pour renforcer la pratique sportive et sensibiliser les jeunes sur la problématique liée à la sédentarité.

Avec ambition s’affiche aussi l’objectif d’atteindre 3 millions de nouveaux pratiquants d’ici 2030. Un objectif qui devra en toute logique associer le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) présidé par l’ancienne Ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques, Amélie Oudéa-Castéra – présente lors du CIJOP – ainsi que les Fédérations sportives dans leur ensemble.

Sur la haute performance, un programme spécifique sera lancé, avec aussi l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) et des datas pour accompagner les équipes de France et ce, en complément de la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie « Ambition Bleue » visant à améliorer le rang de la France dans le tableau des médailles des Jeux Olympiques et des Jeux Paralympiques d’hiver.

Reste à savoir bien sûr quel sera le degré de moyens que l’État sanctuarisera au cours des – moins – de cinq prochaines années pour parvenir à cette ambition.

Les diverses parties prenantes aux JO 2030 devront en outre élaborer une feuille de route environnementale ambitieuse pour permettre la tenue des Jeux dans des conditions optimales.

Face aux critiques récurrentes constatées ces dernières années lorsqu’il s’agit d’abriter les Jeux dans des espaces sensibles, l’idée est ici de parvenir à limiter l’empreinte environnementale, à promouvoir une gestion durable des sites et des infrastructures des territoires-hôtes, mais encore à impliquer les acteurs locaux et la population, et à valoriser l’héritage environnemental des Jeux, via des projets portant sur la transition écologique dans les territoires montagneux.

Cette feuille de route devra inévitablement se construire en liaison avec les objectifs économiques qui passeront par la mise en œuvre d’une stratégie de promotion du tourisme et par l’accompagnement des entreprises tricolores pour maximiser les retombées des Jeux Olympiques et Paralympiques des Alpes françaises 2030.

Pour coordonner cela, une prochaine réunion sera orchestrée avec le concours du Conseil National de la Montagne (CNM).

Les problématiques environnementales et les objectifs économiques seront par ailleurs liés sur le sujet de la rénovation énergétique du parc immobilier montagnard, incluant la lutte contre le phénomène dit des « lits froids », autrement dit, les logements sous-utilisés ou qui ne répondent pas nécessairement aux besoins.

Cela portera prioritairement sur l’accompagnement de travaux à agencer au sein du parc des copropriétés. Au travers d’une expérimentation combinant OPAH (résidences principales) et ORIL (locations touristiques), l’objectif est ici de parvenir à la rénovation de quelques 2 500 logements d’ici à 2030, l’interdiction progressive de louer des passoires énergétiques devant aussi permettre d’accélérer la dynamique de modernisation des installations.

Sur le sujet du logement, la question de l’hébergement des athlètes se pose également, sachant que des appels à projets seront lancés du côté de Briançon – pour le Fort des Trois Têtes et l’usine de la Schappe –, de Nice (Alpes Maritimes), ainsi qu’en Savoie et en Haute-Savoie pour assurer la mobilisation d’environ 4 000 lits pour les Jeux.

Cette contingence doit par la suite permettre de laisser en héritage pas moins de 800 logements principaux, 100 logements saisonniers et 2 à 3 résidences de tourisme.

Enfin, concernant la volonté des pouvoirs publics de faire des Jeux un vecteur d’inclusion, l’objectif d’organiser le départ de 100 000 enfants lors de séjours solidaires a été évoqué.

La mise en place d’un Campus des Métiers et des Qualifications du sport dans chacune des deux Régions-Hôtes des JO 2030 a aussi été abordée, tout comme l’établissement – sur le modèle des Jeux de Paris 2024 – d’une Charte sociale en coordination avec les partenaires sociaux pour notamment garantir un accès prioritaire à des publics aujourd’hui éloignés de l’emploi.

Une action en faveur de l’accessibilité se déclinera en outre autour de quatre volets majeurs pour accélérer et renforcer la mise en accessibilité des transports – en particulier dans les gares sur le circuit des sites olympiques et paralympiques – et des stations de montagne, mais également des espaces naturels avec le concours des organismes compétents.

La poursuite de l’accompagnement et du renforcement de la pratique sportive pour les personnes en situation de handicap sera un autre point-clé de cette action globale qui devra être conduite en concertation avec le Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF).

De gauche à droite, Christian Estrosi, Maire de Nice ; Pierre-Olivier Beckers-Vieujant, Président de la Commission de Coordination du CIO pour les Jeux d’hiver 2030 ; Edgar Grospiron, Président du Comité d’Organisation des Alpes françaises 2030 ; et Damien Robert, Directeur Général Exécutif de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques 2030, mardi 22 avril 2025 sur la terrasse du futur Centre des Congrès de Nice, Alpes-Maritimes (Crédits – Christian Estrosi / Page officielle X, ex-Twitter)

Présent lors de ce premier CIJOP, le Président du COJO des Alpes françaises 2030 n’a pas manquer de saluer l’engagement de toutes les parties prenantes au projet.

Comme l’a affirmé Edgar Grospiron à la sortie de la réunion du jour qui a notamment mobilisé, outre le Premier Ministre, François Bayrou, la Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, Marie Barsacq, la Ministre déléguée chargée de l’Autonomie et du Handicap, Charlotte Parmentier-Lecocq, la Ministre déléguée chargée du Tourisme, Nathalie Delattre, et le Ministre chargé des Transports, Philippe Tabarot :

Ce CIJOP marque une étape fondatrice.

Il fixe les grands axes de l’action publique autour des Jeux : développement des pratiques sportives, transition écologique, attractivité des territoires de montagne et inclusion. Ces priorités résonnent pleinement avec la vision que nous portons pour 2030.

Le COJO est aujourd’hui en ordre de marche. Nos équipes se structurent, notre feuille de route s’affine, notre ambition est intacte : faire des Jeux un levier d’héritage utile, durable, et fidèle aux valeurs de l’Olympisme.

Je remercie l’ensemble des parties prenantes pour leur confiance. Ensemble, nous allons écrire une page d’histoire.

A l’évidence, le plus dur commence maintenant.

Si le COJO et la SOLIDEO Alpes 2030 ont été installés sur de bons rails ces derniers mois, la montée en puissance progressive des préparatifs devra se faire avec la quête perpétuelle de l’équilibre entre les deux Régions-Hôtes dont les dirigeants se veulent attentifs depuis les prémices de la candidature.

Le moindre grain de sable pourrait de facto avoir des répercussions majeures, alors même que le calendrier des préparatifs est des plus contraints.

La problématique du budget est à l’évidence un sujet essentiel qu’il conviendra de considérer avec pragmatisme dans les mois qui viennent. Il en sera de même concernant la carte des sites, dont la révélation doit désormais intervenir dans le courant de l’année à l’aune des arbitrages à déterminer en tenant compte des critères techniques et des inévitables pressions régionales.

Du côté des autorités, l’optimisme est aujourd’hui de rigueur, en gardant à l’esprit l’examen en cours du projet de loi olympique et paralympique par le Parlement.

Ainsi que l’a évoqué une source gouvernementale en amont de la réunion du CIJOP :

Le fait d’organiser ces Jeux d’hiver en 2030, six ans après ceux de Paris 2024, c’est une chance et un défi.

La plupart du temps, quand on organise des Jeux, on est très inexpérimentés.

Mais cette fois-ci, le fait d’organiser successivement deux éditions des Jeux avec si peu d’écart nous permet de nous appuyer sur des méthodes, sur des compétences qui ont fait leurs preuves pour Paris 2024. Et donc on va reproduire un certain nombre de méthodes, comme le fait de s’appuyer sur un Comité d’Organisation d’une part, et puis sur un établissement public chargé de délivrer les équipements qui est la SOLIDEO d’autre part.


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