Dans l’attente d’un nouveau leader, les acteurs des Alpes 2030 veulent aller de l’avant

Le départ d’Edgar Grospiron de la présidence du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver (COJOP) des Alpes 2030 ayant été officialisé, les parties prenantes au projet olympique et paralympique espèrent maintenant pouvoir tourner la page d’une crise qui n’a que trop duré.

Alors que les Jeux des Alpes 2030 auraient pu être l’incarnation du pendant hivernal de la réussite de Paris 2024, ils se sont peu à peu transformés en une véritable débâcle pour atteindre in fine un point de bascule en cette rentrée 2026 avec le départ du Président du COJOP, Edgar Grospiron.

L’aventure avait mal débuté et s’est poursuivie dès lors dans un climat de défiance de plus en plus marqué, laissant transparaître au gré des rechutes de la crise interne, les faiblesses originelles du dossier tricolore.

D’ailleurs, un parallèle est particulièrement frappant, mais tellement évocateur du fossé considérable qui s’est accentué au fil des mois entre les organisateurs des deux prochains rendez-vous hivernaux sur la scène olympique et paralympique.

D’un côté, les Alpes 2030 qui ont pu accoucher cet été – dans la douleur – d’une carte des sites dont certains éléments sont déjà en suspens, peu après la révélation des emblèmes, le tout au milieu d’un feuilleton interminable de soubresauts et de psychodrames au plus haut sommet du COJOP et ce, jusqu’au départ rendu inévitable du Président de l’instance en ce jeudi 10 septembre 2026.

D’un autre côté, l’Utah 2034 qui, fort d’une carte des sites consacrée avant même l’attribution des Jeux en 2024 – bien que des points ont pu être affinés à la marge depuis – dispose d’une solide gouvernance interne, entre un Comité d’Organisation efficacement piloté et des Comités thématiques qui se structurent les uns après les autres, en coordonnant par ailleurs de premières initiatives sur le terrain auprès de la population et en particulier des jeunes.

Des deux futurs organisateurs des Jeux, le mieux préparé reste à l’évidence le second, sachant que la phase de candidature avait déjà permis de révéler cet écart entre les acteurs et le degré d’avancement des parties au projet de l’Utah 2034.

Thomas Bach, alors Président du Comité International Olympique, brandissant la pancarte Alpes françaises 2030 désignées comme Hôte des Jeux d’hiver de 2030 par la 142e Session du CIO, mercredi 24 juillet 2024 à Paris (Crédits – IOC / Greg Martin)

Aussi, avec le départ engagé du Président du COJOP des Alpes 2030 qui cristallisait autour de lui – sa personne et sa méthode – de vives critiques, les artisans français des Jeux de 2030 veulent croire qu’un nouvel élan est à présent possible pour juguler les effets de la crise dans un premier temps et pleinement se mobiliser sur la phase opérationnelle des préparatifs dans un second temps ; une phase de facto très contrainte sur le plan du calendrier.

Dans l’attente d’un nouveau leader qui devra être en mesure de redynamiser une instance en perdition, tout en orchestrant l’attractivité des Jeux de 2030 auprès de partenaires privés et d’une opinion publique témoins des turbulences du COJOP, lesdits artisans seront d’ailleurs sur le pont dès la semaine prochaine.

Du 14 au 17 septembre 2026, la venue dans la Métropole de Lyon (Rhône) de la Commission de Coordination du Comité International Olympique (CIO) pour les JO 2030 constituera alors un nouveau marqueur des préparatifs.

Au cours de cette venue – qui se matérialisera par des réunions et des visites de sites – chaque intervention devrait être scrutée à la loupe pour desceller un message dont la teneur pourrait orienter les futurs choix, tant sur le plan de la gouvernance que de la vision stratégique des JO 2030.

En l’absence de Président à la tête du COJOP, l’accueil des membres de la Commission olympique devrait revenir à Vincent Roberti, Directeur Général des Alpes 2030.

L’ancien Préfet du Tarn-et-Garonne sera naturellement accompagné pour l’occasion par les responsables des deux territoires régionaux Hôtes des Jeux que sont Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Les acteurs institutionnels du Mouvement olympique et paralympique français seront aussi de la partie, tout comme sans doute la Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, Marina Ferrari.

Cette dernière – qui participait ce jeudi au Bureau Exécutif au cours duquel le départ d’Edgar Grospiron a été validé – n’a d’ailleurs pas manqué de se tourner vers l’avenir, après avoir eu un mot de remerciements à l’endroit du Président démissionnaire.

Comme l’a notamment exposé la Ministre au sortir de la réunion organisée au siège du COJOP à Décines-Charpieu (Rhône) :

« Il y a des choses qui ont avancé. Le dossier est sur de bons rails aujourd’hui. On rentre en phase opérationnelle.

[…] Il n’y a aucune inquiétude pour la suite, nous l’avons vu, le dossier continue d’avancer, on est vraiment dans la phase opérationnelle maintenant, les équipes ont fait un travail remarquable. Nous sommes confiants sur l’avenir du dossier pour les Alpes 2030.

[…] Nous sommes concentrés sur la Commission de Coordination, car nous avons aussi des réponses à apporter sur le site de Lyon à nos partenaires ».

Edgar Grospiron, alors Président du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 à la tribune de la 144e Session du CIO à Costa Navarino, Grèce, le 20 mars 2025 (Crédits – IOC / Greg Martin)

Bien que la quête d’un nouveau Président pour le COJOP s’installe comme un point-clé des prochaines discussions entre les parties prenantes au projet des Alpes 2030, force est de constater que la priorité immédiate est donc d’accueillir de la meilleure manière possible l’instance olympique.

Il faut dire que celle-ci a pu prendre la mesure de la crise et qu’elle a, comme le CIO dans son ensemble, pu s’impatienter face aux errements des organisateurs français, moins d’un an après une précédente visite qui avait déjà été le témoin des incertitudes au sein du COJOP.

La réflexion quant au leadership des Alpes 2030 s’engagera en parallèle et par la suite.

Première étape de cette réflexion, la convocation d’une Assemblée Générale Extraordinaire réunissant les parties au projet qui, ce lundi 14 septembre 2026, devront choisir les contours de l’intérim et discuter peut-être de noms pour succéder à Edgar Grospiron.

La prise de température auprès des décideurs se poursuivra quoiqu’il en soit sur les semaines à venir, sauf à convenir d’une désignation accélérée du successeur du Champion Olympique de bosses des JO 1992.

Ainsi que l’a en tout cas évoqué le Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Fabrice Pannekoucke, qui prenait part lui-aussi à la réunion du jour pour sceller l’avenir d’Edgar Grospiron :

« Il y a eu des moments de vicissitudes, vous les connaissez, je n’y reviens pas. Cela n’a jamais empêché de travailler. […]

Aujourd’hui, on acte la démission du Président.

[…] On va réaliser notre Commission de Coordination la semaine prochaine et ensuite on regardera les choses. Mais soyons sereins. Il y aura une évolution à la présidence. C’est le moment de quelques semaines sans doute qui sont là devant nous. Ça prendra le temps que ça prendra d’ailleurs, parce qu’on est sereins sur le fait que ça continue d’avancer.

Notre seul objectif, c’est de délivrer des Jeux en 2030. J’ai la conviction profonde que nous y arriverons. Les conditions sont réunies pour que nous le fassions ».

Même si les dirigeants tricolores entendent prendre le temps nécessaire, il conviendrait toutefois que le nouveau leader du COJOP soit désigné avant la tenue de la prochaine réunion de la Commission Exécutive du CIO qui, le 30 octobre prochain, veille de l’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 (31 octobre au 13 novembre 2026), devrait certainement évoquer le cas des Alpes 2030.

Du côté de l’institution olympique de Lausanne (Suisse), la vigilance devrait immanquablement se renforcer à l’aune des déboires relevés ces derniers mois dans les Alpes françaises.

Pour l’heure, le CIO a pris acte du départ d’Edgar Grospiron de la présidence du COJOP, tout en se projetant à son tour vers l’avenir.

Comme l’a fait savoir l’institution avec une pointe d’optimisme qui lui est propre :

« Les fondamentaux économiques du projet sont solides.

[…] Le projet bénéficie également de l’élaboration d’un Plan directeur des sites robuste ».

Fabrice Pannekoucke, Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, et Renaud Muselier, Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, sous le regard de Kirsty Coventry, Présidente du Comité International Olympique, lors de la Cérémonie de passation du drapeau olympique, dimanche 22 février 2026 aux Arènes de Vérone, Vénétie, Italie (Crédits – KMSP / Alpes françaises 2030)

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