L’annonce était attendue, elle est désormais officielle : Edgar Grospiron quitte ses fonctions de Président du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver des Alpes 2030 (COJOP), laissant l’instance organisatrice à un tournant à tout juste 1 240 jours de la Cérémonie d’ouverture.
Évoqué au fil des mois et du constat d’une crise de gouvernance persistante, le départ du Champion Olympique de bosses des JO 1992 de la présidence du COJOP avait pris davantage forme ces dernières semaines avant que l’inéluctable ne se matérialise ces jours-ci.
Ayant peu à peu perdu la confiance des parties prenantes aux Jeux, Edgar Grospiron cède donc sa place.
Comme l’a fait savoir le Bureau Exécutif des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver des Alpes 2030 dans un communiqué publié ce jeudi 10 septembre 2026 peu après 17h30 :
« Le COJOP tient à remercier Edgar Grospiron pour son engagement au service du projet Alpes 2030.
En dix-neuf mois, le COJOP, sous sa présidence, a construit une identité avec des emblèmes inspirants, validé la carte des sites et le programme sportif, modélisé des Jeux plus sobres et conclu des partenariats importants.
Edgar Grospiron a conduit une vision ambitieuse pour les Jeux des Alpes 2030″.

Il n’empêche, derrière les remerciements de façade et le satisfecit apparent des progrès réalisés tardivement, le départ du Président arrivé en février 2025 constitue un nouvel épisode du feuilleton à rebondissements des Alpes 2030.
Arrivé en recours après le renoncement de Martin Fourcade, Edgar Grospiron n’a certes pas eu la tâche facile dans une gouvernance modelée à l’origine par les responsables régionaux porteurs de la candidature et soucieux de conserver une mainmise certaine sur les préparatifs d’accueil des Jeux.
Mais en dépit de cette tâche ardue, Edgar Grospiron s’est rapidement isolé et enfermé dans des certitudes et des choix stratégiques en présence de quelques proches positionnés au sein d’un cabinet dont l’action a clairement parasité l’émergence du COJOP et l’installation progressive des postes directionnels.
L’entêtement dont il a fait preuve au fil des mois – et encore pendant et après les Jeux de Milan-Cortina 2026 qui devaient être à la base une rampe de lancement capitale pour les Alpes 2030 – a dès lors conduit à son départ inévitable, acculé par les critiques quant à la gestion du COJOP et à la méthode de gouvernance adoptée.
Preuve du malaise ambiant, que ce soit en ce qui concerne les nominations internes ou les décisions relatives aux sites et au concept même des Jeux, chaque choix ou presque a donné lieu à des débats parfois tendus entre les parties prenantes et nombre de ces choix se sont fait dans la douleur.
La carte des sites a par exemple été retravaillée à maintes reprises sous la pression et l’impatience du CIO.
De la projection faite en phase de candidature, les Alpes 2030 ont ensuite réalisé un « schéma préférentiel » en juillet 2025, avant d’aboutir à une présentation formelle au début de l’été 2026, deux ans après l’attribution des Jeux, le tout après le psychodrame du printemps écoulé ayant conduit à l’abandon du cluster niçois au profit du pôle de glace lyonnais. Après aussi un autre psychodrame ayant entouré le choix du pôle consacré au ski alpin, avec notamment la sortie remarquée de Méribel et le retour au premier plan de Val d’Isère.
Outre la mise en route chaotique des travaux du COJOP, les révélations quant aux risques psychosociaux touchant les salariés de l’instance, et l’absence manifeste de partenaires privés – hormis « EDF » annoncé au début du mois de juillet – ont également été des accélérateurs de la chute du Président Grospiron.
Désireux de ne pas faire plus de vagues, le COJOP évoque ce jour dans un propos policé le départ de celui qui occupera désormais le poste de Membre fondateur :
« Sa décision de quitter la présidence s’inscrit dans une transition choisie, organisée et assumée, dans l’intérêt du projet et de sa gouvernance.
Elle traduit une volonté partagée avec les parties prenantes de permettre à l’organisation d’entrer rapidement dans cette nouvelle phase opérationnelle ».

Les jours à venir seront en tout cas déterminants pour acter un nouvel élan que les parties prenantes – en particulier le Comité International Olympique (CIO) et l’État – espèrent bénéfique pour retrouver de la stabilité et une sérénité à même de créer les conditions de confiance vis-à-vis de l’ensemble des acteurs des Jeux et, en filigrane aussi, des potentiels sponsors du rendez-vous de 2030 qui, à ce jour, se font attendre.
Aussi, l’Assemblée Générale Extraordinaire convoquée pour le 14 septembre 2026 devra permettre d’établir l’intérim à la tête du COJOP, sans doute via l’actuel Directeur Général, ancien Préfet du Tarn-et-Garonne, Vincent Roberti.
Au-delà, les parties en présence devront rapidement plancher sur la désignation d’un nouveau leader en capacité de relever le COJOP et d’actionner les leviers nécessaires, même si une refonte plus large encore de la gouvernance interne n’est pas à exclure et ce, afin de donner du souffle à un projet toujours imprégné de l’influence politique régionale.
Eu égard au temps perdu, le CIO pourrait en outre chercher à davantage contrôler les travaux du COJOP dans les mois qui viennent dans une aventure qui ne ressemble en rien à ce que fut celle de Paris 2024 dont la réussite s’est construite dès la phase de la candidature avec une gouvernance alors déjà sanctuarisée.
Dès la semaine prochaine, le COJOP des Alpes 2030 aura d’ailleurs rendez-vous avec les membres de la Commission de Coordination du CIO qui effectueront du 14 au 17 septembre une nouvelle inspection dans l’Hexagone en se rendant plus spécifiquement au cœur de la Métropole de Lyon (Rhône), identifiée plus tôt cette année comme le nouvel épicentre des épreuves de glace des Jeux de 2030 (patinage artistique et synchronisé, curling, short-track, hockey-sur-glace).
Un rendez-vous qui aura lieu sans Président.

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