Alpes 2030 : Val d’Isère confirme son retour en grâce au détriment de Méribel

Positionnée sur la carte des sites au début de la candidature, avant d’en être exclue, la station de Val d’Isère (Savoie) sera bien de la partie pour orchestrer les épreuves alpines dans le cadre des Jeux d’hiver de 2030 aux côtés de Courchevel et ce, malgré la tentative de Méribel pour rafler la mise dans la dernière ligne droite.

Vue d’une descente aux flambeaux par l’ESF Val d’Isère sur la Face de Bellevarde (Crédits – Val d’Isère)

A la fin de l’année 2023, quelques mois à peine après l’annonce d’une candidature tricolore et quelques semaines après le dépôt formel de celle-ci devant le Comité International Olympique (CIO), la colère exprimée par Jean-Claude Killy suite à l’exclusion de Val d’Isère du dispositif prévisionnel d’accueil des JO 2030 avait illustré les tensions internes qui, déjà, ébranlaient le projet français.

Dès le 1er décembre 2023 en effet, les porteurs de la candidature avaient pris la décision de sacrifier deux des sites initialement projetés, à savoir Isola 2000 (Alpes-Maritimes) pour le ski-cross et le snowboard, et Val d’Isère pour les slaloms féminin et masculin de ski alpin et, afin de se conformer aux recommandations formulées par le Comité International Olympique (CIO) pour une réduction du nombre de sites à mobiliser.

L’exclusion de Val d’Isère s’était faite à l’époque au profit de Méribel, auréolée des Championnats du Monde 2023, et qui, en récupérant le slalom féminin, devenait le théâtre exclusif des épreuves féminines de ski alpin, en partageant l’affiche de ce sport aux côtés de Courchevel, hôte annoncée de l’intégralité des compétitions masculines, en plus d’être positionnée pour l’accueil des épreuves de combiné nordique et de saut à ski.

Or, l’absence de Val d’Isère avait immédiatement suscité l’indignation du triple Champion Olympique de ski alpin, de surcroît membre honoraire du CIO et toujours attentif à l’actualité des Jeux et de l’Olympisme.

Comme l’avait alors affirmé l’ancien Co-Président du Comité d’Organisation des Jeux d’Albertville 1992 dans un communiqué :

Je suis attristé et scandalisé par la décision péremptoire de retirer Val d’Isère du dispositif des JO 2030.

On a ainsi jeté sans analyse, sans concertation et sans fondement rationnel un pan entier de l’histoire du ski de compétition.

[Val d’Isère devrait rester sur la carte compte-tenu] de l’excellence de ses pistes et de ses infrastructures toutes existantes et rodées, son expertise de l’organisation, son histoire forte et sa passion pour le ski de compétition et l’Olympisme.

De gauche à droite, Jean-Claude Killy et Michel Barnier, Co-Présidents du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver d’Albertville 1992 ; François Mitterrand, alors Président de la République française ; et Juan Antonio Samaranch, alors Président du Comité International Olympique, lors de l’inauguration du siège du COJO à Albertville, Savoie, le 1er juin 1989 (Crédits – Michel Clément et Pierre Bessard / AFP)

Cette indignation avait fini par irriguer la sphère décisionnelle, la voix de Jean-Claude Killy ayant ainsi été confortée par le positionnement de Michel Barnier, son ex-binôme à la tête des Jeux de 1992, devenu Premier Ministre (05 septembre au 13 décembre 2024).

L’éphémère homme fort du gouvernement français – signataire de la lettre de garantie de l’État qui constituait une condition à l’attribution effective des Jeux – avait de facto appuyé l’idée d’un retour de Val d’Isère, soutenu par la suite par un certain Edgar Grospiron, nommé au printemps 2025 en qualité de Président du Comité d’Organisation des Jeux (COJOP).

Les trois figures des Jeux d’Albertville 1992 ont toutefois dû batailler pour imposer la station de la Tarentaise, les atermoiements du leader du COJOP, la pression politique régionale en Auvergne-Rhône-Alpes en particulier, ainsi que les hésitations quant aux difficultés techniques reconnues des pistes de Val d’Isère ayant de surcroît fragilisé le dossier.

Si la partie semblait à ce moment-là gagnée pour Méribel, la station fut toutefois rattrapée par l’effort de lobbying des partisans de Val d’Isère au gré de la multiplication des échanges autour de la carte des sites.

L’année 2025 fut en ce sens déterminante.

A la veille de l’été, le Maire des Allues – Commune où est implantée Méribel – s’était de fait agacé de la possibilité de moduler la participation de la station en fonction d’un éventuel retour de Val d’Isère.

La piste du Roc de Fer à Méribel, Savoie, écrin des épreuves féminines de ski alpin lors des JO 1992 et théâtre des Championnats du Monde de ski alpin de 2023 (Crédits – MSEM)

Dans un courrier daté du 20 juin 2025, Thierry Monin avait notamment pris soin – dans une missive de cinq pages adressée à Edgar Grospiron – de rappeler les discussions et les options in fine présentées.

Alors que Méribel avait réitéré sa capacité à abriter une partie des épreuves des Jeux, via une lettre formulée le mois précédent, le Maire s’était ensuite entretenu avec le Président du COJOP au cours de la première quinzaine de juin, avant l’exposé desdites options.

Pour le premier scénario, Méribel et Courchevel devaient se partager les épreuves de ski alpin selon le schéma retenu à l’époque. Pour le second, ces épreuves devaient être réparties entre Méribel, Courchevel et Val d’Isère. Pour le troisième enfin, Courchevel et Val d’Isère devaient orchestrées seules les épreuves olympiques, tandis que Méribel se voyait proposer la réception des compétitions paralympiques de para-ski alpin.

Or, dans sa missive à l’attention du Président du COJOP, l’édile savoyard s’était montré indigné par la visite de Michel Barnier en date du 19 juin 2025.

Ainsi qu’il l’avait écrit :

Après avoir rappelé les trois scénarios – prétendument encore à l’étude – [Michel Barnier] nous a été indiqué que le scénario n°3 était celui privilégié par le COJO.

Il nous a également annoncé qu’en cas de défection de Méribel, Tignes serait volontaire pour l’organisation des épreuves paralympiques.

Ces déclarations, ainsi que le contexte dans lequel elles ont été formulées, soulèvent diverses interrogations de la part des élus de la Commune des Allues.

Thierry Monin avait ensuite listé les interrogations soulevées par cette sortie de Michel Barnier, dénonçant un reniement vis-à-vis des engagements pris devant le CIO, défendant dans le même temps les atouts de la piste du Roc de Fer qui fut hôte des épreuves féminines lors des JO d’Albertville, puis des finales des Coupes du Monde 2015 et 2022, mais encore des Championnats du Monde en 2023 pour ce qui concerne les épreuves Dames et les épreuves parallèles.

L’élu local avait par ailleurs pointé du doigt l’impact financier que pouvait supposer une répartition en duo des compétitions olympiques alpines et l’ajout spécifique d’un site pour les épreuves paralympiques.

Comme avait alors poursuivi le Maire des Allues dans son courrier :

Dans ce contexte, déjà suffisamment marqué par une conjoncture économique nationale défavorable, l’observation scrupuleuse et légitime des mouvements écologistes, et par fidélité à ses principes de sobriété financière et environnementale, Méribel considère comme totalement déraisonnable d’organiser les épreuves paralympiques sur un autre site qu’un site olympique.

Méribel refuse ainsi de cautionner et de participer : à l’accroissement du déficit financier ; à l’augmentation du bilan carbone ; à la différenciation entre athlètes olympiens et paralympiens.

Néanmoins, conformément à nos engagements initiaux, nous restons prêts à accueillir les épreuves de ski alpin Dames et les épreuves de ski paralympique sur la piste du Roc de Fer.

Cette ultime déclaration sonna finalement comme le préambule à la sortie de piste de Méribel.

A l’aune d’une visite sur site d’une délégation du COJOP, la Commune des Allues, consciente de la tournure des événements en sa défaveur, avait choisi de claquer la porte des discussions à la mi-juillet 2025 :

La Charte olympique bafouée, les engagements pris initialement lors de la candidature, reniés, les Paralympiques discriminés, d’importants surcoûts financiers de plusieurs dizaines de millions d’euros, une empreinte environnementale considérablement accrue, telles sont les conséquences des décisions envisagées par le COJO.

Dans ces conditions, Méribel ne cautionne pas la position du COJO et souhaite bonne chance aux athlètes et aux sites organisateurs.

(Crédits – Méribel Cœur des 3 Vallées)

Renforçant la crise au sein de l’instance organisatrice des Jeux pour sanctuariser une carte des sites attendue par le CIO et les Fédérations Internationales, cette défection ne régla pas pour autant la problématique du positionnement des épreuves alpines.

Sur l’instant, et afin de tenter de rassurer les autres parties prenantes aux Jeux, le COJOP entérina d’ailleurs un « schéma préférentiel des sites » englobant Val d’Isère.

Depuis, les soubresauts des préparatifs se sont poursuivis avec plus ou moins d’intensité, entre une gouvernance sous le coup de départs en cascade et impossibilité de parvenir à une entente claire quant à la cartographie des JO 2030, sans compter aussi les autres problématiques en suspens, notamment quant à l’arrivée de premiers sponsors nationaux.

Aussi, les premiers mois de l’année 2026 ont rebattu un temps les cartes.

De fait, les élections municipales du printemps ayant amené aux responsabilités une nouvelle équipe dirigeante à la tête des Allues, un hypothétique retour de Méribel s’est dessiné sous l’impulsion du nouveau Maire, Bernard Front.

Ce dernier avait en effet repris les discussions avec le COJOP pour envisager une participation de Méribel peut-être jusqu’au sommet des épreuves alpines.

Une poursuite de l’un des feuilletons des préparatifs des Alpes 2030 – avec aussi le cas de Nice en plus de la crise de gouvernance précitée – qui a sans doute fini par lasser le CIO, acteur incontournable et décideur des Jeux, impatient de disposer enfin d’une carte des sites à moins de quatre années de l’ouverture de l’événement planétaire.

Adrien Théaux lors de l’épreuve de Descente des Championnats du Monde de Méribel-Courchevel 2023, le 10 février 2023 (Crédits – Patrick Pachod / Courchevel Tourisme)

Dans la dernière ligne droite, les tractations et le bras-de-fer se sont en tout cas intensifiées, avec l’institution de Lausanne (Suisse) se positionnant derrière Val d’Isère, la Fédération Internationale de Ski et de Snowboard (FIS) se rangeant dans le même temps du côté de Méribel, tout comme a priori la Commission des Athlètes des Alpes 2030.

Finalement, le choix du binôme Val d’Isère / Courchevel pour les compétitions de ski alpin a été acté par le Bureau Exécutif du COJOP réuni ce vendredi 19 juin 2026.

Un choix désormais soumis à l’approbation – comme le reste de la carte des sites – de l’institution olympique dont la Commission Exécutive se réunira sur le sujet ce lundi 22 juin.

Pour Val d’Isère – qui devrait s’appuyer sur l’exigeante et redoutée Face de Bellevarde pour le géant et le slalom masculin et sur la piste de Joseray pour le pendant féminin des épreuves techniques – la consécration s’annonce proche, à moins que.

Pour Méribel, la partie semble bien terminée, même si le COJOP a exprimé une position d’ouverture à l’égard de la station. Peut-être une façon de maintenir le dialogue retrouvé en prévision d’éventuels futurs bouleversements.

Comme l’a en tout cas fait savoir l’instance organisatrice dans un communiqué :

Le COJOP tient à saluer l’engagement de l’ensemble des Collectivités Hôtes et des parties prenantes mobilisées dans ce travail, en particulier la candidature de Méribel.

Si le scénario retenu privilégie aujourd’hui Val d’Isère, Méribel demeure un partenaire important du projet Alpes 2030.

Le COJOP poursuivra ses échanges avec la station afin d’identifier les opportunités de valorisation et d’engagement qui pourraient s’inscrire dans la dynamique des Jeux.


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