Faisant le constat que les conditions ne sont aujourd’hui plus réunies pour poursuivre la mission qui lui avait été confiée en février 2025, Edgar Grospiron s’est exprimé peu après l’annonce de son départ de la présidence du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver (COJOP) des Alpes 2030. Sans regrets, sans remords.
De bout en bout, Edgar Grospiron sera finalement resté droit dans ses bottes.
Installé il y a tout juste dix-neuf mois à la tête du COJOP des Alpes 2030, le Champion Olympique de bosses aux Jeux d’Albertville 1992 a tracé son chemin, faisait fi des critiques et des signaux d’alerte qui se sont pourtant multipliés au fil des mois et de la crise galopante gagnant l’instance organisatrice des Jeux.
Déjà en février dernier devant une Commission sénatoriale, Edgar Grospiron était apparu déterminé à poursuivre son action en dépit d’une gouvernance au bord du précipice. Les mois suivants ont toutefois conduit à une bascule progressive ayant in fine amené l’inévitable chute officialisée ce jeudi 10 septembre 2026 dans le cadre du Bureau Exécutif des JO 2030.
En marge de cette réunion au sommet orchestrée depuis le siège du COJOP, à Décines-Charpieu, en proche périphérie de Lyon (Rhône), l’ancien sportif a en tout cas pris la plume sur ses réseaux sociaux afin de donner sa version des faits, sans jamais donner le sentiment d’un quelconque mea culpa ou tout du moins d’un semblant d’auto-critique quant à la façon dont il a assuré la présidence des Alpes 2030.
Comme l’expose notamment celui qui fut un temps Directeur Général de la candidature d’Annecy 2018 avant de prendre le large :
« Ce jeudi 10 septembre, j’ai décidé de quitter mes fonctions de Président du Comité d’Organisation des Jeux olympiques et Paralympiques d’hiver Alpes 2030.
Après plusieurs mois de tension au niveau de la gouvernance, je tire la conclusion que les conditions ne sont plus réunies pour moi de continuer cette aventure.
Certains diront sans doute que c’est un échec ou un renoncement. Je préfère dire que j’ai atteint, dans le cadre qui était le mien, le point où il devenait plus juste de passer la main que de s’y accrocher ».

Le Président démissionnaire des Alpes 2030 évoque ensuite le contexte singulier de sa nomination à la tête du COJOP.
Mais tout en égrenant les défis qu’il a dû affronter, Edgar Grospiron néglige cependant de souligner le fait que le projet des Alpes 2030 repose sur des fondements fragiles depuis l’établissement de la candidature dans la précipitation et, peut-être aussi, un certain degré d’amateurisme.
Des éléments – dont il a été le témoin plus que le moteur bien sûr – qui ont de facto décuplé les effets dévastateurs de la crise interne. Une crise qu’il a en revanche contribué par la suite à alimenter du fait de son incapacité manifeste à piloter en bonne intelligence le COJOP, avec méthode, pragmatisme et surtout remise en question lorsque cela devait être utile.
Ainsi qu’il l’énonce longuement :
« En février 2025, on m’a choisi pour mener ce projet. Personne ne pouvait alors imaginer l’ampleur et la complexité de la tâche : chaque difficulté qui nous attendait, inhérente à tout projet olympique et paralympique, était amplifiée par un calendrier resserré, un budget contraint et un contexte politique mouvant, jusqu’à voir un pôle glace entier changer de région en cours de route.
Durant ces mois, je me suis totalement engagé dans le projet. Je ne me suis jamais dérobé, j’ai toujours fait face aux difficultés et à mes responsabilités, et j’ai toujours dialogué en transparence avec tous les acteurs du projet. Durant ces mois, j’ai été guidé par l’ambition de tirer tout le potentiel de ce magnifique projet. Et je pense que nous y sommes arrivés.
Oui, il y a eu des obstacles. Oui, il y a eu des accrochages. Oui, il y a eu des décisions difficiles à prendre. Mais je suis fier d’avoir pu, avec les équipes du COJOP, installer Alpes 2030 comme un acteur respecté et respectable, tant au niveau des instances sportives internationales qu’au niveau des territoires, là même où se dérouleront les épreuves sportives.
J’ai pris mes fonctions à seulement 5 ans des Jeux, une temporalité extrêmement courte quand la tendance est de donner de plus en plus de temps aux organisateurs. En seulement quelques mois, nous avons donné à ce projet une vision ambitieuse, des emblèmes magnifiques, un programme des sports qui intégrera l’épreuve reine du ski-alpinisme, une carte des sites ô combien difficile à arrêter, et sécurisé près de 30% de l’objectif commercial. Cela a demandé un travail colossal, et je tiens à remercier toutes les équipes du COJOP, mes équipes, que je quitte aujourd’hui, non sans émotion ».

Le satisfecit qu’il dresse aujourd’hui de ses propres actions et des travaux opérés par le COJOP ne doit toutefois pas masquer la réalité d’un projet olympique et paralympique encore fragile.
Certes, la carte des sites a enfin été présentée au début de l’été 2026, deux ans après l’attribution des Jeux par le Comité International Olympique (CIO), alors que l’institution de Lausanne (Suisse) et les Fédérations Internationales des sports olympiques d’hiver piétinaient d’impatience au gré des reports successifs. Cette même carte dont certains éléments pourraient encore évoluer.
Certes, les emblèmes mettant en exergue la montagne ont aussi été dévoilés ces derniers mois, tout comme une première gamme de Produits officiels sous licences, le tout en parallèle des actions entreprises par la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO – Alpes 2030), en particulier quant aux contours des Villages des Athlètes.
Il n’empêche, la question du financement reste une problématique prioritaire pour les organisateurs des Jeux qui, en phase de candidature, promettaient la venue d’au moins une dizaine de sponsors ralliés à Paris 2024.
Pour l’heure, seul « EDF » est de la partie. Bien maigre lorsque l’on sait que le fragile budget d’organisation devra pour partie s’appuyer sur les revenus issus du Programme des Partenaires, mais aussi sur des recettes de billetterie dont le succès dépendra de l’intérêt des futurs spectateurs.
La question de l’engouement populaire sera d’ailleurs un autre point-clé du travail du futur leader du COJOP des Alpes 2030 et ce, plus de deux ans après l’enthousiasme exceptionnel suscité par les Jeux d’été de Paris 2024 en France et dans le monde.
Quoiqu’il en soit, Edgar Grospiron conclut aujourd’hui son aventure à la tête des Alpes 2030 par un message d’encouragement dont aura bien besoin celui ou celle qui s’installera prochainement dans le fauteuil de Président du Comité d’Organisation et qui devra impérativement créer ou en tout cas contribuer à l’établissement d’une confiance retrouvée auprès de toutes les parties au projet.
Comme l’affirme ainsi celui qui occupera désormais les fonctions de Membre fondateur des Alpes 2030 :
« Une nouvelle étape s’ouvre, avec de nouveaux défis à relever.
Je souhaite à celles et ceux qui prendront la suite toute la force et la sérénité nécessaires pour mener ce projet jusqu’à son terme ».

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