Confortant les phases des deux dialogues – continu et ciblé – misent en place depuis 2019 pour assurer l’étude et la sélection des Futurs Hôtes des Jeux, la nouvelle réforme olympique introduit une étape transitoire dont les contours ont été validés par la 146ème Session du Comité International Olympique (CIO). Une réforme qui prendra effet avec la sélection à venir de l’Hôte des Jeux d’été de 2036 planifiée pour le courant de l’année 2029.

En 2021, l’intégration de Brisbane et du Queensland (Australie) dans la phase de « dialogue ciblé » avait pu rebuter un certain nombre de prétendants à l’organisation des Jeux d’été de 2032.
Suivant le processus fixé, le CIO avait ainsi entériner la suite d’un « dialogue continu » dans lequel se trouvait alors aussi le Qatar, l’Indonésie, et auquel souhaitait prendre part la Rhénanie du Nord – Westphalie (Allemagne), pour se focaliser in fine sur la seule candidature de l’Australie qui, en franchissant ce cap décisif, se voyait assurer d’obtenir les Jeux, 11 années avant l’ouverture effective de ces derniers.
La plage calendaire sanctuarisée de la sorte renvoyait il est vrai à l’attribution des Jeux de 2028 à Los Angeles (Californie, États-Unis) selon un processus toutefois distinct, l’édition 2028 ayant en effet été délivrée en même temps que l’édition 2024 selon le principe de double attribution.
Aussi, en désignant Brisbane et le Queensland plus d’une décennie avant la tenue des JO 2032, le CIO avait fait un évident pari sur la capacité des organisateurs à mettre en mouvement les préparatifs et à jalonner ces derniers des différents segments indispensables à l’installation de la gouvernance, du cadre financier, mais encore de la cartographie des sites et des sports inscrits au programme des Jeux. Ce schéma a aussi pu se reproduire avec Salt Lake City et l’Utah (États-Unis), désignés comme Hôte des Jeux d’hiver de 2034 dès l’année 2024.
Or, de ces deux exemples, le CIO a pu tirer des leçons diamétralement opposées, entre un Futur Hôte des Jeux d’été empêtré dans ses propres travers et qui a finalement pour partie sacrifié sa conséquente marge de manœuvre, et un Futur Hôte des Jeux d’hiver d’ores et déjà prêt, ayant mis en place ses structures de gouvernance, ses projections et objectifs budgétaires, en plus d’une délimitation claire et maîtrisée des sites appelés à recevoir l’événement.
Ce déséquilibre manifeste et l’incompréhension qui pu naître du basculement d’une phase de dialogue à plusieurs concurrents à une phase de dialogue exclusivement orientée vers l’inévitable lauréat ont fini par convaincre le CIO de revoir son processus de sélection des Futurs Hôtes et ce, notamment afin d’en garantir la pérennité et surtout de maintenir l’intérêt renouvelé des villes, territoires et pays pour orchestrer le rendez-vous planétaire.
A cet égard, sous l’impulsion de la Présidente du CIO, Kirsty Coventry, arrivée à ce poste l’an passé avec la volonté d’engager une réflexion d’ensemble baptisée « Fit for the Future » pour moderniser l’institution et la préparer aux défis à venir, une remise à plat du processus de sélection des candidatures a été menée pour permettre l’adoption d’une nouvelle approche dont l’application annoncée se fera dès la sélection de l’Hôte des JO 2036, autrement dit, les prochains non-encore attribués.
Comme l’a justifié Kolinda Grabar-Kitarović, membre du CIO et Présidente de la Commission de Futur Hôte pour les Jeux d’été dont les récents travaux ont abouti à cette proposition de réforme :
Le choix d’un Hôte Olympique est une décision d’une grande importance, lourde de conséquences, qui s’accompagne d’une grande responsabilité.
Il est donc important que nous fassions le bon choix, après mûre réflexion.

Concrètement, aux phases de « dialogue continu » et de « dialogue ciblé » existantes depuis 2019, le CIO va désormais inclure entre les deux une phase de « dialogue stratégique » qui aura pour but d’affiner le degré de discussions entre les acteurs concernés et la co-construction des projets.
Pour les Jeux de 2036, cette approche repensée prendra effet à compter du mois de mars 2027, lors duquel la Commission Exécutive du CIO sélectionnera, parmi les prétendants en course, ceux qui pourront participer à cette phase intermédiaire du « dialogue stratégique ».
Au cours de cette nouvelle phase, les concurrents devront alors répondre au Questionnaire pour le Futur Hôte et fournir aussi les garanties financières essentielles pour sécuriser au mieux l’ensemble des parties prenantes engagées dans l’attribution et l’organisation des Jeux.
Sur ce point précis, le souvenir chaotique des Alpes françaises 2030 – devenues depuis Alpes 2030 – a sans doute joué dans la balance, l’attribution de l’édition hivernale 2030 ayant eu lieu en 2024 sous conditions. Des conditions qui portaient en particulier sur l’obtention de la garantie de l’État finalement révélée en fin d’année 2024 dans un contexte politique interne des plus fragiles.
Au-delà de l’apport des garanties, l’étape transitoire va aussi permettre au CIO de fournir un soutien technique renforcé aux équipes candidates et ce, afin d’optimiser les projets des uns et des autres à l’aune des exigences olympiques tenant notamment à davantage de durabilité.
Au cours de ce processus, la Commission de Futur Hôte effectuera des visites sur place auprès des candidates sélectionnées, avant que la Commission Exécutive ne décide, à la fin de l’année 2028, d’opérer un « dialogue ciblé » avec des Hôtes pressentis sur la base du Rapport produit par les membres de la Commission ayant pris part aux inspections in situ.
Au travers de cette ultime phase – elle-aussi repensée car destinée à accueillir plusieurs prétendants et non plus un seul et unique candidat final – le CIO entend redonner du souffle à l’institution et à ses membres.
Il faut dire que ces dernières années, lesdits membres ont pu se sentir mis de côté par un processus de sélection qui, en mobilisant la Commission de Futur Hôte et la Commission Exécutive pour déterminer l’Hôte le plus approprié à un instant T, avait fini par placer la Session en position de simple Chambre d’enregistrement où l’Hôte attendu était désigné sans la moindre surprise.
Aussi, au cours de cette nouvelle mouture du « dialogue ciblé », les prétendants retenus devront affiner leur projet respectif sur la base des recommandations formulées par la Commission de Futur Hôte à l’issue de l’examen du « dialogue stratégique ». Ils devront par ailleurs fournir un ensemble complet de garanties, tout autant institutionnelles, juridiques et financières. Ils pourront en outre se présenter régulièrement devant les membres du CIO, entre Sessions et réunions d’information.
Une fois cet effort de sanctuarisation réalisé, un Rapport de la Commission de Futur Hôte permettra de définir auprès des membres du CIO, atouts et faiblesses de chacun des prétendants, sachant que ces derniers auront encore à passer sur le grill de la Commission Exécutive du CIO à la mi-2029.
A cette période, ladite Commission sélectionnera en effet les Hôtes pressentis qui auront l’opportunité de se présenter une dernière fois devant les membres du CIO et ce, dans le cadre de la Session élective de l’Hôte des JO 2036.

Cette succession de mesures et cet enchaînement calendaire représentent finalement une sorte de fusion entre le processus de sélection qui prévalait depuis 2019 – dialogue continu et dialogue ciblé avec un rôle-clé dévolu à la Commission de Futur Hôte – et certains composants de l’ancien processus.
De fait, l’introduction du « dialogue stratégique » semble quelque peu renvoyer à l’étape de la short-list qui intervenait à l’issue de la phase de Requérance lorsque la Commission Exécutive, sur la base du Rapport du Groupe de travail dédié, pré-sélectionnait des prétendants autorisés à se définir comme Candidats aux Jeux et donc à poursuivre l’aventure.
De même – et il s’agit sans doute ici d’un autre enseignement des dernières attributions des Jeux ayant pu survenir selon un tempo calendaire singulier – l’attribution des JO 2036 se déroulera sept ans avant la tenue de l’événement, soit précisément le laps de temps qui prévalait dans l’ancienne version du processus de sélection.
Au-delà, et pour les éditions suivantes, l’introduction de la phase de « dialogue stratégique » permettra de mieux gérer le temps olympique en modulant au besoin les discussions avec les parties prenantes en fonction du degré d’avancement des candidatures déclarées.
En filigrane, l’introduction de cette phase transitoire est destiné à reposer des bases définies avec un échéancier clairement sectorisé, alors que l’actuel processus laisse une certaine amplitude sans tenir compte d’impératifs calendaires.
Pour preuve, le « dialogue continu » a initialement été pensé sans imposer une date limite de dépôt des candidatures, l’objectif d’origine reposant sur la volonté du CIO de retrouver la confiance et l’intérêt de villes et de territoires qui s’étaient peu à peu éloignés du spectre olympique jugé trop onéreux et relativement complexe.
Il ne faut pas oublier en effet que l’instauration du processus des deux dialogues a été formalisée sous l’impulsion de Thomas Bach, après la déroute – maîtrisée – de la campagne d’attribution des JO 2024 qui s’était soldée par un subtil coup de poker « gagnant-gagnant » entre le CIO, Paris (2024) et Los Angeles (2028).
Et alors que le « dialogue continu » se voulait une invitation large et sans contrainte, le « dialogue ciblé » précipitait directement – et sans doute trop rapidement – l’attribution des Jeux. Un écueil qui renvoie à la frustration qu’ont pu ressentir les candidats écartés pour les JO 2032.
Enfin, et peut-être surtout, le nouveau processus qui se dessine aujourd’hui va replacer les membres du CIO comme réels faiseurs de roi. Ces derniers vont de fait retrouver le droit de vote à l’issue de la phase de « dialogue ciblé » et ne seront plus dans une posture d’approbation d’une décision « recommandée » qui ne leur appartenait pas.
Un choix hautement stratégique et opportun pour (re)légitimer les Hôtes et rendre aussi un caractère solennel à l’élection des futurs organisateurs des Jeux ; le symbole de l’enveloppe décachetée aux yeux du monde ayant sensiblement perdu de son attrait et de sa théâtralité au fil des ans.

En définitive, le nouveau processus – qui combine les éléments passés et actuels – vise à maintenir l’attractivité retrouvée des Jeux, à en renforcer la portée et à sécuriser le modèle olympique dans son ensemble afin que le CIO ne se retrouve pas dans une posture d’observateur de crises internes consécutives à des projets mal-préparés ou à un calendrier des préparatifs mal-jaugé où les priorités ne seraient pas clairement définies. Un processus qui vise aussi à mieux sécuriser les candidats dans leur souhait d’aller de l’avant.
Là-encore, réapparaît en pointillé le spectre des couacs à répétition de Brisbane 2032 et des Alpes 2030 dont l’institution de Lausanne (Suisse) se serait sans doute bien passée ces dernières années.
Ainsi que l’a en tout cas fait savoir le CIO :
La collaboration entre le CIO et les Hôtes potentiels présélectionnés s’intensifiera à un stade plus précoce, avec une participation accrue des membres du CIO. […]
La révision du processus de sélection des Hôtes a été menée par la Commission de Futur Hôte à la suite des commentaires formulés par les membres du CIO et les parties prenantes olympiques, y compris les parties intéressées, qui ont demandé des délais précis et des critères d’évaluation clairs, ainsi qu’une progression plus graduelle à travers les différentes phases du dialogue.
Le renforcement de la participation des membres du CIO a également constitué un élément clé des retours reçus au cours de ce processus.
Comme l’a résumé Kolinda Grabar-Kitarović :
Ces réformes apporteront davantage de clarté aux Hôtes potentiels, et leurs gouvernements disposeront d’un calendrier précis pour fournir le soutien demandé.
Pour Kirsty Coventry, première femme à la tête du CIO, cette révision d’ampleur du processus de sélection des Futurs Hôtes constitue un jalon essentiel dans sa quête de redessiner le modèle olympique, imprimant sa marque dans la continuité mais néanmoins le détachement de l’héritage de son prédécesseur, Thomas Bach.
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