Paris 2024 / Los Angeles 2028 : Un état d’esprit distinct pour une issue gagnante

Ce mercredi 13 septembre marquera le point final d’une campagne olympique inédite par ses bouleversements et par son issue.

Dans l’enceinte du Centre de Conventions de Lima (Pérou), les membres électeurs du Comité International Olympique (CIO) s’exprimeront à mains levées – une première dans cette configuration – pour ratifier l’accord tripartite ayant abouti à la désignation de Paris 2024 et de Los Angeles 2028.

Pour autant, bien que les fondements de cet accord – historique – soient déjà connus depuis la Session de Lausanne (Suisse) du mois de juillet, et même depuis le choix de la Commission exécutive du CIO de privilégier cette option, l’approche des deux candidatures a été diamétralement opposée dans la dernière ligne droite.

Cela résume d’ailleurs parfaitement un état d’esprit distinct tout au long des deux années de campagne.

(Crédits – CIO)

Les esprits revanchards diront ainsi que Paris 2024 a gagné par retrait de Los Angeles 2024 (2028 depuis juillet), et que la Session de Lima n’est finalement que la confirmation de la supériorité de la candidature française au cours des deux dernières années.

Cependant, à partir du moment où la procédure initiale – qui s’appuyait sur des Villes Candidates aux seuls Jeux de 2024 – a été modifiée par les trois parties prenantes (CIO, Paris 2024, LA 2024 puis 2028), tout triomphalisme exacerbé ne peut être que manœuvre démagogique visant à tromper le citoyen lambda.

Il en est de même de la perception d’un hypothétique sentiment de suspens dans l’ultime mois de campagne.

En l’absence de candidature sur son créneau – Paris est seule Ville Candidate pour 2024 et LA est seule en lice pour 2028 – à quoi bon vouloir maintenir un semblant d’incertitude quant à l’issue d’une procédure unanimement actée par les membres du CIO ?

Sur ce point, le rendez-vous de Lima a clairement mis en évidence une approche opposée entre Paris et Los Angeles.

De gauche à droite, Casey Wasserman, Président du Comité de Candidature de Los Angeles 2028 ; Eric Garcetti, Maire de Los Angeles ; Thomas Bach, Président du Comité International Olympique ; Anne Hidalgo, Maire de Paris ; et Tony Estanguet, coprésident du Comité de Candidature de Paris 2024 (Crédits – Sport & Société)

La candidature de la « Ville Lumière » aura été jusqu’au dernier instant dans une posture offensive. Une offensive dans le propos d’une part, et dans la représentation d’autre part.

Dans le propos, Paris 2024 et ses soutiens ont parfois fait la démonstration d’une communication hors-sol et décalée cherchant à justifier la pression exercée par la candidature pour aboutir à l’accord tripartite, et montrer ainsi le tour de force de ne pas avoir cédé face aux sirènes extérieures.

En d’autres termes, l’expression d’une joie sincère à l’approche d’une victoire, mais sans doute disproportionnée et maladroite dans la forme.

Dans la représentation, Paris 2024 a dépêché à Lima une délégation officielle forte de 60 personnalités mais autour de laquelle gravite nombre d’acteurs complémentaires qui amène le chiffre à environ 150 personnes.

Cette présence massive aurait pu se comprendre dans le cadre d’une configuration olympique classique, autrement dit, avec un vote final devant départager deux Villes Candidates ou plus par un scrutin électronique à bulletins secrets. In fine, elle apparaît davantage comme le rassemblement de toutes les composantes de la candidature à près de 10 300 kilomètres de Paris.

A l’inverse, la candidature de LA 2028 a adopté une posture davantage tournée sur « l’après » et n’a en conséquence fait le déplacement à Lima qu’avec ce que l’on pourrait considérer comme une garde rapprochée.

Les effectifs présents ont été abaissés par rapport aux projections initiales, la montée à la tribune sera assurée par des personnalités impliquées à chaque reprise au cours des derniers mois, et le message porté a été clair avec en substance : nous remercions le CIO pour sa confiance et avons hâte de travailler de concert avec Paris 2024 pour le renouveau du modèle olympique.

Pour Los Angeles, 2028 constitue pourtant l’aboutissement d’un rêve engagé depuis plus de quatre ans – davantage si l’on considère la longue amitié unissant Casey Wasserman et Eric Garcetti – et par conséquent une réussite, sur le plan de la communication et du marketing notamment.

Néanmoins, l’esprit de célébration se veut plus modeste du côté américain avec une lucide retenue compte-tenu d’un engouement populaire à relativiser au regard de l’absence de suspens. Les festivités auront lieu à Los Angeles et sur le sol américain avec des illuminations nombreuses installées dès la veille du scrutin péruvien.

Ce même esprit de célébration – et la différence de point de vue des deux villes – s’est d’ailleurs retrouvé dans l’organisation de la semaine à Lima.

Paris proposera ainsi une soirée dinatoire dans un restaurant chic de la capitale du Pérou – avec le concours du Chef étoilé, Alain Ducasse -, comptant sur l’envoi de quelques 800 invitations. Los Angeles quant à elle n’a pas engagé de cérémonial tonitruant – sauf changement non encore établi -, se contentant d’un rendez-vous dans un hôtel des bords de la côte Pacifique en présence des équipes resserrées de la candidature qui ont contribué à son succès.

Les défenseurs d’un tel déploiement côté parisien diront qu’il faut concrètement sceller le retour des Jeux en France après trois candidatures infructueuses de Paris et l’absence de l’événement estival dans l’Hexagone depuis 1924.

Cela peut se comprendre et se défendre, surtout vis-à-vis de ceux qui – présents à Lima – ont contribué aux précédents projets tricolores.

La délégation française reçue au Musée Olympique, avec au centre, le couple Macron et le couple Bach, en juillet 2017 (Crédits – Sport & Société)

L’après-Lima s’annonce quoiqu’il en soit chaotique pour Paris 2024 qui aura à gérer les désidératas des uns et des autres, soucieux de se partager – pas toujours équitablement d’ailleurs – la part du gigantesque gâteau olympique.

Les jeux d’influence et les batailles de postes – pour conserver le sien ou intégrer le futur Comité d’Organisation (COJO) – semblent en tout cas déjà à l’œuvre menaçant de surcroît l’édifice Paris 2024 et la cohésion longtemps mise en avant.

Les déçus d’hier et les recalés de fonctions ministériels ou électives – ancien Député ou Sénateur – pourraient avoir la tentation de prendre leur revanche. Dans le même temps, les Partenaires de la candidature, qui ont contribué pour 30 millions d’euros au budget de campagne, pourraient chercher à influer sur la composition du COJO en ayant l’objectif de placer certains membres.

Technique habituelle au regard des enjeux pour les sept prochaines années, mais à surveiller.

Au-delà des postes directionnels de la future structure organisatrice – à laquelle il faut ajouter la SOLIDEO qui sera présidée par la Maire de Paris, Anne Hidalgo, et la probable Fondation de l’Héritage – l’après-Lima risque aussi d’entraîner une faille dans l’unité politique et institutionnelle.

Challenge majeur relevé par « Sport & Société » dans un récent article, le maintien d’une entente politique efficace et pérenne est un impératif pour assurer la bonne marche du COJO et des structures affiliées.

« Au-delà de Paris, c’était la candidature de toute une région mais aussi de tout un pays. […]

Il fallait une unité, ce qui était périlleux dans le cadre de la campagne présidentielle. Si nous nous étions divisés, nous n’aurions pas eu les Jeux.

Cette unité, il va falloir la préserver » a à cet égard souligné la Présidente de la Région Île-de-France, ce mardi 12 septembre.

(Crédits – Sport & Société)

Un souhait plus facile à exprimer qu’à rendre pleinement réalisable.

Les mois à venir – d’ici janvier – seront en ce sens indéniablement intéressants à analyser, surtout à l’aune d’un intérêt médiatique moindre, les Jeux étant attribués.

Il faudra aussi considérer l’interférence potentielle avec les calendriers électoraux des parties prenantes d’ici 2024.

Cela commencera par les élections municipales de 2020 – la Maire de Paris devrait alors viser sa réélection – puis par le rendez-vous présidentiel de 2022 pour lequel il ne faudrait pas négliger l’optique d’un éventuel intérêt de Valérie Pécresse et d’Anne Hidalgo dans leur camp politique respectif, ces derniers étant d’ailleurs en reconstruction après leur déroute électorale de 2017.

Après l’installation du COJO, l’autre risque pour ce dernier et pour l’organisation des Jeux sera de ne pas céder aux sirènes d’une bureaucratie franco-française cloisonnante dans sa forme et dans le fond.

Une complexité dans la planification des Jeux et des éléments connexes – transports, environnement, etc… – n’auraient dès lors que pour effet de ralentir la recherche des objectifs fixés et in fine, d’engendrer des retards.

Une chose est toutefois sûre. Au soir du mercredi 13 septembre, Paris et Los Angeles auront des raisons de sourire et cela est parfaitement légitime d’un côté comme de l’autre après l’intensité d’une campagne olympique atypique.

Le plus difficile commencera alors dès le 14 septembre. Le début de lendemains qui (dé)chantent ?

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