JO 2036 : Au bord du gouffre, la candidature du Jeollabuk-do mise sur une alliance avec Séoul

Près de deux ans après avoir soumis sa candidature à l’appréciation du Comité National Olympique de Corée du Sud (KSOC) – qui a par la suite retenu le projet ainsi présenté – la Province du Jeollabuk-do apparaît aujourd’hui plus fragilisée que jamais, rattrapée par les limites d’une ambition sans doute au-dessus de ses moyens.

Et si la candidature sud-coréennne dans la course aux Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de 2036 périclitait ?

L’été 2026 qui s’achève pourrait bien marquer soit la fin, soit le sursaut de l’ambition d’un pays qui, après les Jeux d’été de Séoul 1988, l’édition d’hiver de PyeongChang 2018 et, plus récemment, la tenue des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Gangwon 2024, entend renouer une fois encore avec son destin sportif.

A mesure que les mois passent, force est de constater en effet que ladite candidature peine à avancer avec sérénité et clarté ; les doutes s’accumulant de surcroît concernant la faisabilité du projet et la capacité de ce dernier à rivaliser avec la concurrence internationale déjà bien affirmée.

Les porteurs de la candidature olympique et paralympique de la Province du Jeollabuk-do, Corée du Sud, pour les Jeux d’été de 2036 avec, au centre, Kim Gwan-young, alors Gouverneur de la Province, vendredi 28 février 2025 (Crédits – Gouvernement du Jeollabuk-do)

Si des craintes se sont faites jour déjà lors de la présentation formelle de la candidature provinciale devant le KSOC, fin 2024, l’exploration des contours du projet a par la suite donné lieu à une sérieuse remise en question du choix de l’instance olympique sud-coréenne qui avait préféré la Province du Jeollabuk-do à la capitale du pays, Séoul, par 49 suffrages contre 11.

A cet égard, l’esquisse du concept géographique des Jeux présentée à l’automne 2025 a montré une réelle ambition paradoxalement confrontée au risque d’avoir été surestimée.

A l’époque, les porteurs de la candidature avaient ainsi planifié la mobilisation de quelques 51 arènes et stades à travers le pays, dont 32 au sein du seul périmètre provincial, prévoyant par ailleurs des retombées économiques mirobolantes.

Or, il apparaît désormais inenvisageable de maintenir le projet en l’état, et les autorités provinciales tentent à présent de se raccrocher à une hypothétique alliance stratégique avec Séoul qui, bien qu’échaudée par le revers cinglant infligé l’an passé par le KSOC, pourrait être perçue comme en capacité de relever seule le défi des Jeux sur la scène mondiale, ou tout du moins en mesure de sauver la candidature sud-coréenne en acceptant de s’unir dans l’intérêt du dossier.

Souhaité par le Gouverneur de la Province, Lee Won-taek, aux manettes depuis juillet 2026, le rapprochement avec la capitale s’est en tout cas imposé comme une évidence au cours des dernières semaines.

Le 07 septembre 2026, le leader provincial a notamment pris attache auprès du Maire de Séoul, Oh Se-hoon, afin de proposer à ce dernier une refonte de la candidature autour d’une organisation conjointe des Jeux de 2036.

Profitant de cette main-tendue – ou davantage de cet appel à l’aide – Séoul aurait toutefois conditionné son accord à un transfert des épreuves majeures des Jeux, en plus de la tenue sur son territoire des Cérémonies d’ouverture et de clôture, reléguant dès lors le Jeollabuk-do au rang de simple contributeur.

Vue du Stade Olympique de Séoul, Corée du Sud (Crédits – Seoul Metropolitan Government)

A l’issue de cette rencontre au sommet qui n’a pour l’heure pas été concluante, le Ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme s’est emparé du dossier olympique et paralympique pour les JO 2036.

Le 16 septembre dernier, le Comité dédié au sein du Ministère a de fait acté un report de l’examen de la candidature du Jeollabuk-do, eu égard à la possible refonte d’envergure qui bouleverserait le schéma territorial et organisationnel jusqu’alors projeté.

En d’autres termes, avec un projet remanié, la candidature sud-coréenne serait au mieux appréciée par les autorités nationales selon les nouvelles modalités fixées entre Séoul et le Jeollabuk-do réunis, ou au pire entièrement remise à plat, avec un nouvel appel à manifestation d’intérêt. Cette deuxième option reviendrait par conséquent à repartir de zéro, au risque de voir les rivales internationales prendre le large, laissant dès lors à quai la Corée du Sud.

Comme l’a d’ailleurs évoqué un responsable du Ministère cité par l’agence de presse « Yonhap », le 18 septembre 2026 :

« Si le projet d’organisation est fondamentalement modifié, le processus de candidature doit, en principe, reprendre dès l’étape initiale de l’appel à candidatures géré par le KSOC ».

Face à cette éventualité qui pourrait se traduire par la sélection d’un projet entièrement porté par Séoul, les artisans de la candidature du Jeollabuk-do souhaitent pourtant garder la main. Au moins dans l’immédiat, le temps de trouver peut-être une porte de sortie acceptable.

Ainsi que l’a notamment affirmé Kim Jong-pil, Président du Comité de Candidature du Jeollabuk-do pour les Jeux d’été de 2036 :

« Proposer une organisation conjointe avec Séoul ne signifie pas que nous abandonnons l’idée d’accueillir seuls l’événement.

[Cette affirmation] est manifestement fausse et diffamatoire envers les habitants de la Province [et] profondément regrettable.

C’est un fait que l’examen de la candidature du Jeollabuk-do a été reporté à notre demande, et non unilatéralement par le Ministère ».

Visuel du complexe sportif du Jeonju World Cup Sports Town à Jeonju, Jeollabuk-do, Corée du Sud (Crédits – Jeonbuk State)

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