JO 2036 : Séoul avance un concept entre héritage et sobriété

En dépit d’un contexte politique national tumultueux, les autorités métropolitaine de Séoul (Corée du Sud) tracent leur route, avec la présentation récente des contours du projet olympique et paralympique pensé dans l’optique des Jeux d’été de 2036.

Vue du Stade Olympique de Séoul (Crédits – Seoul Metropolitan Government)

Ville Hôte des Jeux de 1988, la capitale sud-coréenne peaufine actuellement l’installation d’une candidature susceptible de permettre au territoire d’accueillir à nouveau la grand-messe du sport.

Pour cela, Séoul entend tout à la fois miser sur son expérience passée et l’héritage de cette édition des Jeux, mais également sur les liens forts tissés au fil des ans entre le pays et le Mouvement olympique.

Il faut dire que la Corée du Sud s’est progressivement positionnée comme un partenaire de choix pour le Comité International Olympique (CIO), avec notamment le succès des candidatures de PyeongChang pour les Jeux d’hiver de 2018 et de Gangwon pour les Jeux Olympiques d’hiver de la Jeunesse de 2024, contribuant de surcroît à faire de l’Asie une destination majeure pour les Jeux et, plus globalement, pour les grands événements sportifs de ces vingt dernières années.

Forte de ces constats, Séoul a depuis fait part d’un intérêt prononcé pour l’accueil d’une nouvelle édition des Jeux d’été, profitant en cela de la tenue in situ de l’Assemblée Générale des Comités Nationaux Olympiques (ANOC) en 2022 pour exposer sa vision d’un projet pointé sur l’échéance 2036.

Ces dernières semaines – et alors que le Comité Olympique sud-coréen (KSOC) doit prochainement se prononcer quant à la sélection d’un ou de plusieurs territoires pour candidater officiellement auprès du CIO – la Division de la politique sportive du Bureau du Tourisme et des Sports du Gouvernement Métropolitain de Séoul a compilé une série de données visant à démontrer la faisabilité et l’opportunité d’une telle entreprise.

(Crédits – Seoul Metropolitan Government)

Que ce soit au niveau de l’opinion publique, avec un sondage* mené au cours de l’été à l’échelle de la capitale et du pays tout entier, ou bien de l’aspect économique, la tendance est clairement favorable pour l’installation d’un projet qui, s’il venait à se concrétiser, pourrait être en confrontation avec une rude concurrence asiatique et internationale.

Pour les autorités métropolitaines, cet élément ne semble toutefois pas être un point d’inquiétude particulier.

Ces dernières soulèvent ainsi une adhésion populaire au sommet, 93,8% des citoyens de Séoul se déclarant favorables à l’organisation des JO 2036 dans le pays, la tenue de l’événement dans la capitale et ses alentours étant par ailleurs soutenue par 85,2% des sondés.

Au niveau de la Corée du Sud, la perspective de recevoir les Jeux en 2036 est soutenue par une proportion somme toute équivalente (89,8%), une large part se montrant même enthousiaste à l’idée que Séoul porte l’ambition olympique et paralympique du pays (81,7%).

Au-delà du soutien populaire – crucial pour espérer ensuite convaincre l’ensemble des pouvoirs publics, atteindre les partenaires privés et in fine séduire le CIO – les autorités de Séoul envisagent de mobiliser un certain nombre d’infrastructures d’ores et déjà existantes et ce, afin de réduire au maximum les dépenses.

Cela se traduirait par l’association de Séoul avec plusieurs villes et territoires limitrophes ou offrant tout du moins les sites nécessaires à la sécurisation globale du projet.

Cartographie prévisionnelle des sites destinés aux compétitions dans le cadre de la candidature de Séoul pour les Jeux d’été de 2036 (Crédits – Seoul Metropolitan Government)

Concrètement, les plans exposés à la fin du mois de décembre 2024 portent sur 38 sites destinés aux compétitions, sites répartis entre Séoul (24), Incheon (5), Busan (1), et les Province de Gyeonggi (7) et de Gangwon (1).

La natation – comprenant les épreuves de course en ligne, de natation synchronisée, et de plongeon, mais aussi de natation en eau libre – se déroulerait dans la capitale, tout comme les tournois olympiques de tennis, de handball, de basketball, de volleyball et de water-polo.

Les compétitions de sports urbains – basket 3×3, skateboard, BMX, escalade – se tiendraient également à Séoul, de même que les épreuves de triathlon, de cyclisme sur piste, de cyclisme sur route et de VTT.

Séoul serait en outre susceptible de recevoir les épreuves de gymnastique, d’escrime et de tir-à-l’arc, ainsi qu’une partie des matchs du tournoi de football, sans compter également les rendez-vous de lutte, de taekwondo, de judo et de boxe, et bien sûr l’athlétisme et le rugby à 7, ces deux derniers étant positionnés sur le Jamsil Stadium dans la rénovation s’inscrit en parallèle du projet olympique et paralympique.

Les autres territoires sollicités pour accueillir le cas échéant des compétitions dans le cadre des JO 2036 se partageraient quant à eux les autres épreuves, comprenant les tournois de badminton, de hockey-sur-gazon, et un certain nombre de matchs de football. Il en serait de même pour le canoë-kayak et l’aviron, le pentathlon moderne et les épreuves équestres, l’haltérophilie, le golf, le tir sportif, ainsi que pour le surf et la voile.

Sur l’ensemble du dispositif prévisionnel avancé par les autorités métropolitaines, trois infrastructures devraient être édifiées, les autres sites reposant sur des installations temporaires ou existantes, pour partie d’ailleurs issues des Jeux Olympiques de 1988, de la Coupe du Monde de football 2002, ainsi que des Jeux Asiatiques d’Incheon 2014.

Cartographie prévisionnelle des sites en périphérie de Séoul destinés aux compétitions dans le cadre de la candidature de Séoul pour les Jeux d’été de 2036 (Crédits – Seoul Metropolitan Governement)

A l’aune de ces données, le projet olympique et paralympique de Séoul pour les Jeux d’été de 2036 représenterait un coût d’organisation de 5 833 milliards de wons, soit 3,867 milliards d’euros.

Du côté des recettes, ces dernières sont pour l’heure estimées à 4 470 milliards de wons, soit 2,963 milliards d’euros, même si celles-ci devraient atteindre un niveau supérieur compte-tenu de la marge de manœuvre offerte par le marché économique sud-coréen.

Elles se composent en tout cas à ce stade de revenus commerciaux de l’ordre de 2 540 milliards de wons (1,684 milliard d’euros), incluant une contribution du CIO évaluée à 1 600 milliards de wons (1,06 milliard d’euros), et d’une projection de revenus connexes de 1 930 milliard de wons (1,28 milliard d’euros).

Pour les porteurs de la candidature, ce chiffrage prudent est en rupture – sur les dépenses avancées – avec les coûts supportés par chaque Comité d’Organisation des Jeux au cours des dernières éditions et ce, bien qu’une réévaluation est systématiquement opérée entre l’attribution des Jeux et la tenue effective de l’événement, aléas, retards et autres imprévus pouvant survenir durant les préparatifs.

Visuel du projet de rénovation du Jamsil Sports Complex de Séoul, Corée du Sud, avec, au centre, le Jamsil Stadium (Crédits – Populous)

En tenant compte des éléments exposés, le KSOC va désormais devoir statuer officiellement sur le projet le plus à même de porter les couleurs de la Corée du Sud sur la scène olympique internationale.

Dans la course interne à la sélection sud-coréenne, le concept proposé par Séoul devrait en toute logique recueillir l’appui de l’instance au détriment de la candidature incarnée par la Province autonome du Jeollabuk-do qui, désireuse de se frayer un chemin, avait avancé un projet particulièrement ambitieux au début du mois de novembre 2024.

Une fois le principe d’une candidature approuvé par le KSOC – une décision de l’Assemblée Générale de l’instance est attendue d’ici le mois de février 2025 – l’État devra entériner le projet qui pourra dès lors être soumis à la Commission de Futur Hôte du CIO.

En espérant bien sûr que les bouleversements institutionnels constatés ces dernières semaines ne viennent pas perturber outre mesure les plans des autorités locales et du KSOC.

* Sondage réalisé du 24 juillet au 26 août 2024 par Research Prime auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 personnes, dont 500 à Séoul


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