L’Asie et l’Europe en pole position pour se répartir les JO 2036 et 2040

Dans la bataille pour l’obtention des prochaines éditions non encore attribuées des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été, une tendance semble se faire jour quant à la répartition possible des échéances 2036 et 2040 entre l’Asie et l’Europe.

Vue de la Maison Olympique, siège du CIO à Lausanne, Suisse (Crédits – IOC / Greg Martin)

Lorsqu’il s’agit des Jeux Olympiques et Paralympiques, les logiques géographiques et continentales n’ont pas – plus – véritablement lieu d’être.

Si pendant des années, il était question d’une rotation tacite dans le cadre de l’attribution des Jeux, ce phénomène s’est finalement fracassé sur l’autel de la réalité d’un modèle qui a entrepris sa mue sous le double mandat présidentiel de Thomas Bach à la tête du Comité International Olympique (CIO).

Aujourd’hui, le principe de dialogue continu et de dialogue ciblé avec les prétendants aux Jeux est même venu parachever ce changement de paradigme. L’attribution des Jeux répond désormais plus fortement que jamais à une logique de partenariat entre le CIO et un hôte désigné au bon moment, pour la bonne période et dans l’intérêt mutuel des parties.

Le CIO avait quelque peu tenté cette approche, au travers de la double attribution des Jeux de 2024 à Paris (France) et de 2028 à Los Angeles (Californie, États-Unis), avant de la confirmer par le choix de Brisbane (Queensland, Australie) comme hôte pour les JO 2032 et, plus récemment, avec celui opéré simultanément pour les Jeux d’hiver de 2030 avec les Alpes françaises (France) et de 2034 avec Salt Lake City (Utah, États-Unis).

Dans la perspective des prochaines échéances, l’institution olympique pourrait encore décider de procéder à une double attribution, offrant de facto une certaine sécurité et une marge de manœuvre plus qu’appréciable.

Aussi, le temps donné aux prétendants pour se positionner en vue de 2036 et de 2040 – et même au-delà – conduit actuellement le CIO à déterminer un nombre de candidats à deux chiffres. Un constat qui ne s’était pas produit depuis fort longtemps et qui a été apprécié par Thomas Bach, le Président du CIO qui quittera ses fonctions à l’été 2025.

Et quand on se penche plus particulièrement sur lesdits candidats, ou tout du moins ceux qui ont fait acte de candidature – le processus de dialogue continu permettant d’avancer masqué jusqu’à l’installation d’un dialogue ciblé – il apparaît une évidente prédominance de l’Asie et de l’Europe dans l’optique des Jeux de 2036 et de 2040.

A l’aune des forces en présence, il est en outre possible d’imaginer un pays issu du premier continent rafler la mise pour 2036, un pays venant du second pouvant obtenir l’édition 2040. A moins que le CIO ne fasse le choix inverse pour mieux consolider et adapter son nouveau modèle.

Visuel du concept de Parc Olympique pour Ahmedabad, Gujarat, Inde, dans la perspective des Jeux d’été de 2036 (Crédits – Gujarat Olympic Planning and Infrastructure Corporation Ltd)

Quoiqu’il en soit, l’échéance de 2036 suscite aujourd’hui l’intérêt d’un certain nombre de pays, surtout en provenance du continent asiatique, à commencer bien sûr par l’Inde qui semble être la plus déterminée des candidates déclarées. Ou en tout cas, celle qui manœuvre le plus.

Ces dernières années, le pays le plus peuplé au monde s’est démarqué par son positionnement enthousiaste et répété et sa volonté de créer les conditions d’accueil du plus grand événement sportif de la planète. Un Plan directeur a pour cela été présenté en début d’année 2024, avant l’installation d’une équipe de travail pour étudier les préparatifs d’organisation des Jeux et d’autres événements à l’échelle internationale, sans compter aussi le ferme appui des autorités nationales.

Ailleurs en Asie, l’Indonésie a elle-aussi fait part d’un intérêt pour 2036, tout comme la Corée du Sud désireuse de retrouver les Jeux d’été après avoir organisé les Jeux d’hiver de PyeongChang 2018, trente ans alors après l’édition estivale de Séoul 1988. La Chine pourrait également vouloir déployer une nouvelle candidature après avoir accueilli les Jeux selon leur deux saisonnalités (2008 et 2022).

Il ne faudrait pas non plus négliger le désir olympique et paralympique exprimé au Moyen-Orient par le Qatar et possiblement l’Arabie Saoudite, les deux puissances régionales s’affrontant régulièrement pour l’obtention de manifestations d’ampleur. Échaudé par ses revers pour 2016 et 2020, le Qatar reste mobilisé, tandis que l’Arabie Saoudite, qui a récemment décroché les premiers Jeux Olympiques de l’e-sport, pourrait encore chercher à accroître son potentiel.

A cheval entre l’Europe et l’Asie, Istanbul (Turquie) est aussi dans la course, elle qui demeure sur cinq échecs en trois décennies d’une persévérance jusqu’à présent non-récompensée.

Vue aérienne du Stade Olympique de Londres en octobre 2022 (Crédits – Queen Elizabeth Olympic Park / Jason Hawkes)

Pour 2040 en revanche, la perspective de Jeux se disputant exclusivement sur le « Vieux Continent » pourrait prendre corps dans l’hypothèse d’une confirmation des candidatures de l’Allemagne, de la Pologne, du Royaume-Uni et potentiellement de l’Espagne, voire théoriquement encore de l’Italie.

Avant même le succès des Jeux de Paris 2024, le Royaume-Uni avait entrouvert les portes d’un nouveau projet, le Maire de Londres – récemment réélu – exprimant très clairement son souhait d’accompagner l’émergence d’une candidature de la Ville Hôte des JO 2012 pour 2040 après avoir un temps songé à viser 2036.

Du côté de l’Allemagne, le souvenir des Jeux de Berlin 1936 a longtemps suscité des débats et autres crispations au sein de la classe politique et parmi l’opinion publique, avant que le gouvernement fédéral ne décide cet été de prendre date pour 2040 avec l’idée de célébrer à cette occasion le cinquantenaire de la réunification du pays.

Elle-aussi d’abord positionnée sur 2036, la Pologne est désormais en lice pour 2040 voire même 2044 comme l’a précisé ce vendredi 16 août 2024 le Premier Ministre du pays qui reste sur deux échecs récents pour les Jeux d’hiver (2006 et 2022), mais sur la réussite organisationnelle des Jeux Européens 2023.

Candidate à trois reprises avec Madrid (2012, 2016, 2020) après avoir organisé les JO 1992 à Barcelone, l’Espagne pourrait faire son retour sur le devant de la scène olympique si les conditions sont favorables. 2036 ou 2040, les portes sont ouvertes.

Face à l’Espagne, l’Italie pourrait aussi se positionner, même si une telle entreprise semble aujourd’hui plus que prématurée, tant au regard des abandons passés des candidatures de Rome 2020 et 2024 et de leurs conséquences, que du défi restant à relever pour organiser les Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026.

Outre les pays précités, la Hongrie pourrait venir compléter ce contingent et espérer ainsi effacer la déconvenue de la course aux JO 2024 qu’elle avait été contrainte de quitter, prise en tenaille de considérations politiques au printemps 2017. A l’instar de l’Espagne, une candidature hongroise reste cependant à déterminer pour 2036 ou 2040 après avoir été travaillée pour 2032.

Vue du Misr Stadium ou New Administrative Capital Stadium construit dans la nouvelle capitale administrative égyptienne (Crédits – Orascom Construction PLC)

Par-delà l’Asie et l’Europe, d’autres continents pourraient être représentés dans la course aux Jeux et, pourquoi pas, venir jouer les troubles-fêtes.

L’Afrique porte aujourd’hui la candidature de l’Égypte où un vaste chantier d’infrastructures olympiques se poursuit au sein de la nouvelle capitale administratives du pays.

Si initialement, le pays des Pharaons avait montré un intérêt pour 2036, il est à présent acquis que les discussions porteront sur 2036 et 2040 afin de mieux appréhender les attentes du CIO et de dégager une meilleure marge de manœuvre. Parallèlement à ce projet du nord du continent, l’Afrique du Sud pourrait aussi se laisser tenter par l’aventure olympique, avec une candidature du Cap où une étude a récemment identifié 84% de sites existants ou temporaires pour recevoir l’événement planétaire.

Sur le continent américain, le Mexique avait un temps envisagé une candidature pour 2036 avant de se raviser, laissant tout de même la porte ouverte à un futur projet.

Le Chili a pour sa part dernièrement fait mention de sa volonté de présenter une candidature et ce, dans la foulée de l’organisation réussie des Jeux Panaméricains 2023.

Les mois et années qui viennent permettront de toute façon d’y voir plus clair, d’autant plus en considérant que les Futurs Hôtes ne seront probablement pas sélectionnés avant 2026-2027. A moins que le calendrier décisionnel ne s’accélère dès l’an prochain dans la foulée de l’élection du nouveau Président du CIO.

Les candidats à la présidence de l’institution olympique – qui ont jusqu’au 15 septembre 2024 pour se faire connaître – donneront une indication quant aux orientations futures du CIO et, en filigrane, les choix éventuels qui s’opéreront pour les prochaines échéances des Jeux.

In fine, l’élection du futur patron du CIO aura certainement une incidence quant aux décisions qui s’annoncent pour l’attribution des Jeux d’été de 2036 et 2040. Les prétendantes en ont conscience et scruteront à l’évidence l’identité des candidats au poste suprême.


En savoir plus sur Sport & Société

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire