Dans le cadre de la sélection nationale pour une candidature à l’organisation des Jeux d’été de 2036, le Comité Olympique de Corée du Sud (KSOC) a fixé au 12 novembre 2024, la date limite de dépôt des dossiers émanant de villes et territoires à travers le pays. Si Séoul – Ville Hôte des JO 1988 – fait légitimement figure de favorite, la Province autonome du Jeollabuk-do – ou Jeolla du Nord – entend bien se frayer un chemin.

En Corée du Sud, Séoul n’est à l’évidence pas la seule à porter un intérêt pour l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de 2036.
Ayant un temps songé à la perspective des Jeux de 2032 au travers d’une association historique avec Pyongyang (Corée du Nord), la capitale voit aujourd’hui émerger une concurrence de territoires susceptibles de vouloir s’associer avec Séoul ou d’avoir l’ambition de partir en solitaire pour espérer incarner in fine la candidature du pays.
Busan, Incheon ou encore la Province de Gangwon – Hôte des Jeux Olympiques de la Jeunesse d’hiver 2024 sur la base de l’héritage des Jeux de PyeongChang 2018 – pourraient notamment figurer sur la liste de départ. Il en est de même de la Province autonome du Jeollabuk-do dont les autorités ont officiellement fait acte de candidature ce jeudi 07 novembre 2024.
Forte de près de 1,9 million d’habitants, ladite Province se rêve en future destination de Jeux pensés pour être respectueux de l’environnement et, de surcroît, à taille humaine.
Pour cela, le Jeollabuk-do souhaite développer un projet à faible coût imaginé autour d’un concept de grande fête populaire célébrant la tradition et l’avenir d’un territoire désireux d’accueillir le monde du 28 juillet au 12 août 2036 pour la configuration olympique et sans doute entre fin-août et début septembre de la même année pour le volet paralympique.
Autrement dit, un projet alliant le patrimoine et la culture provinciale avec l’innovation technologique qui fait la renommée planétaire de la Corée du Sud. Pour incarner cette alliance, un slogan a d’ailleurs d’ores et déjà été présenté au cours de la conférence de presse tenue cette semaine par le Gouverneur du Jeollabuk-do : « Au-delà des limites de chacun, une nouvelle harmonie ».

Dans le détail, la proposition formulée par les autorités provinciales repose sur l’utilisation de vingt-deux sites existants, auxquels viendraient s’ajouter des stades et arènes à édifier de manière durable. Outre le souci des matériaux et la gestion optimisée des ressources, cela s’entend aussi dans une réflexion globale de bonne insertion paysagère et ce, afin d’être le moins impactant pour l’environnement.
Sur ce fondement-clé, onze enceintes sportives temporaires seraient ainsi construites en bois, avec en parallèle le recours aux nouvelles technologies, et quatre arènes seraient aménagées de façon pérenne.
Parmi les enceintes existantes, la Province du Jeollabuk-do a engagé des discussions plus ou moins poussées avec plusieurs villes de la Province du Chungcheongnam-do – ou Chungcheong du Sud – dont Gwangju et Hongseong qui seraient dès lors susceptibles d’accueillir les épreuves de natation, de water-polo, de natation synchronisée, de plongeon, mais encore de tir-à-l’arc ou de tennis.
Concernant les Cérémonies d’ouverture et de clôture, ces dernières pourraient s’installer au sein du Jeonju World Cup Stadium (42 500 places) qui fut édifiée à l’aube de la décennie 2000 pour la réception de matchs dans le cadre de la Coupe du Monde de football co-organisée par la Corée du Sud et le Japon en 2002.
Pour répondre au défi de l’hébergement des athlètes, des officiels et des spectateurs, la Province prévoit de mobiliser là-encore des infrastructures existantes, tout en planifiant l’aménagement de nouvelles résidences destinées ensuite à la population, et notamment aux seniors. A titre d’exemple, pas moins de 5 000 nouveaux logements pourraient être construits dans trois villes avant d’être proposés sur le marché immobilier, à la vente ou à la location.
Ainsi que l’a exposé Kim Gwan-young, Gouverneur de la Province candidate :
En accueillant les Jeux d’été de 2036, le Jeollabuk-do espère faire un pas en avant avec le monde et offrir un lieu de communion et de paix pour la communauté internationale.
En consolidant les ressources et nos capacités, la tradition et l’innovation du Jeollabuk-do, nous réaliserons de futurs Jeux Olympiques harmonieux.

A ce stade de la réflexion, le Gouvernement provincial estime à 10 290,05 milliards de wons (6,873 milliards d’euros), l’effort budgétaire nécessaire à la concrétisation de ce rêve olympique et paralympique, avec en particulier 5 384 milliards de wons (3,596 milliards d’euros) identifiés comme coûts d’investissement direct et indirect, et 4 906,5 milliards de wons (3,277 milliards d’euros) comme coûts de fonctionnement et de préparation des compétitions.
Afin de permettre un tel engagement, les autorités prévoient une participation du Gouvernement provincial à hauteur de 2 027,8 milliards de wons (1,354 milliard d’euros), une contribution de l’État sud-coréen pour 2 620,2 milliards de wons (1,750 milliard d’euros), et un effort des pouvoirs publics locaux de l’ordre de 736 milliards de wons (491,65 millions d’euros). Outre ces fonds prévisionnels et des financements privés, la Province souhaite aussi pouvoir compter sur une contribution du Comité International Olympique (CIO) et des Partenaires Olympiques Mondiaux (Programme TOP) à hauteur de 3 665 milliards de wons (2,448 milliards d’euros), sans oublier par ailleurs des revenus commerciaux estimés à 804,7 milliards de wons (537,54 millions d’euros).
Au-delà de l’investissement nécessaire, la venue des Jeux pourrait susciter des retombées économiques colossales à en croire les projections faites par les autorités provinciales. Ces dernières espèrent ainsi que l’organisation de l’événement planétaire pourrait permettre des retombées à moyen et long terme – notamment sur le tourisme et la reconnaissance internationale – de quelques 42 000 milliards de wons, soit la bagatelle de 28,056 milliards d’euros.
Un chiffrage particulièrement ambitieux.
Aussi, bien que la Province du Jeollabuk-do amorce une candidature en son nom, elle demeure tout à fait ouverte à la possibilité de s’engager aux côtés de Séoul via un concept commun qui unirait les deux territoires.
Or, pour l’heure, Séoul a clairement fait savoir qu’elle n’était pas favorable à une telle alliance et ce, pour au moins deux raisons capitales.
Comme l’a ainsi récemment justifié un responsable du Gouvernement Métropolitain de Séoul :
Il n’y a aucun précédent en matière d’organisation conjointe au niveau des Jeux Olympiques d’été, et seule la candidature d’une ville sera compétitive face à des villes étrangères.
[…] Nous croyons également que l’approche écologique proposée par la Province [du Jeollabuk-do] ne correspond pas à l’ampleur et aux exigences des Jeux Olympiques.

Avec au moins le projet du Jeollabuk-do et celui conçu par Séoul, le KSOC va désormais pouvoir se pencher plus en profondeur sur les forces et faiblesses d’une candidature sud-coréenne pour les JO 2036.
Alors que la date limite pour le dépôt des candidatures est fixée au 12 novembre 2024, l’instance olympique examinera les propositions d’ici au mois de janvier 2025, avant de réunir un mois plus tard l’Assemblée Générale du KSOC qui entérinera officiellement une candidature nationale.
Celle-ci devra ensuite être approuvée par l’État. En cas d’accord, la candidature sud-coréenne sera enfin déposée par le KSOC sur la table des discussions avec la Commission de Futur Hôte du CIO.
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