A l’issue d’une large consultation lancée en début d’année, le Conseil Fédéral helvète a adopté et transmis au Parlement le message relatif à l’arrêté de principe et de planification, clé de voûte du soutien institutionnel à l’égard de la candidature de la Suisse à l’organisation des Jeux d’hiver de 2038.

Dans la perspective de prétendre à l’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver à horizon 2038, le Conseil Fédéral helvète avait déjà fait part de son soutien dès 2024 et avait réitéré celui-ci par le suite, mesurant l’évolution de l’approche des instances sportives du pays pour cette entreprise, ainsi que la nouvelle philosophie installée au sein du Comité International Olympique (CIO).
Aussi, sur la base du « dialogue privilégié » engagé entre l’institution olympique et la Suisse dès 2023 et à l’aune des discussions menées avec les acteurs de la candidature helvète, le Conseil Fédéral a lancé en début d’année 2026 une vaste consultation pour sonder les acteurs publics et les milieux intéressés par l’accueil éventuel des Jeux.
Concrètement, sous l’égide du Département Fédéral de la Défense, de la Protection de la population et des Sports (DDPS), les 26 Cantons et la Conférence des Gouvernements Cantonaux (CdC) ont été invités à prendre part à cette consultation, tout comme la Conférence des Directrices et Directeurs des Départements Cantonaux de Justice et de Police (CCDJP).
Les 10 partis politiques représentés à l’Assemblée Fédérale ont également été conviés, de même que 3 associations faîtières nationales pour les communes, les villes et les régions de montagne, 8 associations faîtières nationales du secteur économique, ainsi que les 14 Communes Hôtes susceptibles de recevoir les Jeux, et pas moins de 39 Fédérations et organisations sportives à travers le pays.
In fine, quelques 120 avis ont été recueillis au fil de cette consultation d’ampleur, englobant une majorité des acteurs sollicités.
Sur ce global, 103 avis favorables à la tenue des Jeux d’hiver en Suisse ont été comptabilisés, approuvant – sous certaines réserves et conditions – le soutien de la Confédération helvète aux JO 2038 et témoignant de surcroît de l’attente et de l’espoir suscités par l’ambition olympique et paralympique et ce, à un niveau sans doute jamais vu jusqu’à présent.

Si le développement durable du sport, l’encouragement de la cohésion sociale et le renforcement de l’inclusion figurent parmi les principaux thèmes qui ressortent de ces avis favorables, les avis considérés comme sceptiques ou opposés aux Jeux mettent en revanche en relief des arguments liés à une durabilité jugée insuffisante, à la taille de l’événement planétaire et aux répercussions de celui-ci sur l’environnement, mais encore à des critiques quant à l’absence de référendum à l’échelle du pays.
Au-delà de ces éléments, l’un des points-clés tant de la candidature que de la consultation qui s’est achevée ces jours-ci porte spécifiquement sur le modèle de financement des Jeux et sur l’approche assumée des acteurs du projet pointant vers un budget de 2,2 milliards de francs suisses (2,38 milliards d’euros) largement couvert par des ressources privées (82%).
Cette volonté d’un financement essentiellement privé a de facto constitué un effet de levier certain en faveur d’un appui majoritaire à l’égard de la candidature helvète.
Cela a notamment été constaté auprès des Cantons, mais également des partis politiques.
Au sein de la classique politique d’ailleurs, un large spectre s’est prononcé en faveur d’un retour des Jeux en Suisse pour la première fois depuis l’édition de St-Moritz 1948 ; exception faite des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Lausanne 2020.
Derrière ce soutien massif, chaque parti a néanmoins modulé son avis à des attentes en ce qui concerne la sécurisation du financement et à la légitimation démocratique, d’héritage et de durabilité.
Aussi, alors que plusieurs partis – Le Centre, Parti Évangélique Suisse (PEV), Les Libéraux-Radicaux (PLR), Parti Vert Libéral Suisse (PVL) – ont salué la contribution fédérale plafonnée à 200 millions de francs suisses (216,08 millions d’euros) et la renonciation à une garantie de déficit porté par l’État, l’Union Démocratique du Centre (UDC) et le Parti Socialiste Suisse (PS) ont exprimé des critiques quant au projet, l’UDC rejetant en particulier tout financement de la Confédération en l’absence d’un référendum préalable.
Au sujet d’un éventuel référendum, l’UDC et le PS sont rejoints par Les Verts, tandis que certains des partis ayant répondu à la consultation estime que l’arrêté de principe et de planification de la Confédération – qui vaut appui à la candidature – ne présente pas une portée majeure et ne nécessite dès lors pas de programmer un référendum (PLR, Le Centre, Jeunes du Centre).
Au sein des Cantons cette fois, la perspective d’accueil des Jeux a là-aussi été assortie de quelques conditions et réserves, même si globalement, la vision d’un projet décentralisé à l’échelle du pays et l’absence de nouvelles constructions pérennes ont été appréciées.
Un positionnement qui se retrouve aussi dans les avis exprimés par les Communes Hôtes qui soutiennent la candidature, mais qui ont dans le même temps posé des attentes en matière de financement, de gouvernance, de sécurité, ainsi que d’impact durable pour les territoires.
Plusieurs de ces Communes Hôtes exigent ainsi qu’aucun risque financement, ni aucun investissement supplémentaire ne soient transférés dans leur giron respectif (Engelberg, Lenzerheide, Zurich), les deux premières demandant de surcroît que les investissements à consentir ne puissent être menés que si un cofinancement est assuré par la Confédération ou le Comité d’Organisation des Jeux.
Les Communes de Zurich et de Lausanne ont en outre fait part dans le cadre de la consultation d’un engagement financier de la Confédération helvète jugé trop faible. Un élément à ne surtout pas négliger pour la suite du dossier au regard en particulier de l’implication prévisionnelle attendue de ces deux Collectivités.

A ce stade, le Conseil Fédéral rappelle toutefois que l’engagement de l’État demeure fixé à 200 millions de francs suisses, sans responsabilité en cas de déficit, sachant que le soutien de la Confédération est assujetti à l’obligation pour les Cantons et les Communes de fournir à appui financier au moins égal.
En renouvelant son soutien à l’égard de la candidature aux Jeux d’hiver de 2038, le Conseil Fédéral helvète a en outre rappelé que sa contribution – qui n’englobe pas les tâches de sécurité qui lui incombent – serait orientée en direction du financement des Jeux Paralympiques (60 millions), vers la réduction du prix des transports publics pour les futurs spectateurs (50 millions), ainsi que vers le cofinancement d’autres charges en lien avec le Comité d’Organisation (80 millions) et vers la couverture d’aléas et autres coûts imprévisibles (10 millions).
L’appui ainsi renouvelé de la part des autorités fédérales a en tout cas été salué par Swiss Olympic et les porteurs de la candidature.
Comme l’a notamment exprimé Ruth Metzler-Arnold, Présidente de l’instance olympique helvète, dans un communiqué en date du 22 juin 2026 :
Grâce à cette décision du Conseil Fédéral, Switzerland 2038 bénéficie désormais aussi du soutien clair et important du gouvernement fédéral.
Cela montre à quel point le projet a un impact convaincant sur le sport, la politique et la société, et comment Switzerland 2038 rassemble tout le monde autour d’une vision commune qui renforce durablement le sport suisse et inspire les générations futures.
A présent, l’aventure olympique et paralympique – qui bénéficie d’une adhésion populaire certaine – va poursuivre son cheminement institutionnel avec les débats parlementaires qui aboutiront à des décisions de la part du Conseil National et du Conseil des États a priori lors des sessions d’automne et d’hiver 2026.
Les deux entités débattront ainsi sur la base de l’arrêté de principe et de planification exposé par le Conseil Fédéral et ce, en vue d’entériner le soutien plein et entier de la Suisse avec, en filigrane, l’attribution des JO 2038 susceptible d’intervenir avant la fin de l’année 2027 considérée comme la deadline par le CIO pour parachever le « dialogue privilégié » avec le pays.
Ainsi que l’a d’ailleurs résumé Frédéric Favre, Directeur Général de Switzerland 2038 :
L’annonce faite […] par le Conseil Fédéral est un signal fort pour le sport suisse et pour notre candidature.
Après les Fédérations de sports d’hiver et d’été, les dix Cantons et les quatorze Villes, le Conseil Fédéral apporte à son tour son soutien à ce projet fédérateur pour notre pays.
Cette décision confirme la crédibilité de Switzerland 2038 et montre que le projet est tourné vers l’avenir. C’est aussi un signal très positif adressé au Parlement.
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Le CIO n’avait-il pas demandé à la Suisse de rendre son projet plus compact ?
Il s’agissait surtout de définir un concept plus lisible et surtout finançable, sachant que le point critique restait la question du financement des Jeux. Question qui a pu avoir un impact quant au soutien institutionnel par le passé et auprès de l’opinion publique.