En dévoilant cette semaine les contours de son projet olympique et paralympique, l’Association « Switzerland 2038 » confirme l’ambition helvète d’accueillir l’événement planétaire autour d’un concept décentralisé mobilisant l’ensemble de la Suisse et de ses Cantons.

Déjà en 2023, l’approche développée par la Suisse pour envisager l’organisation des Jeux d’hiver, plus de sept décennies après la dernière édition orchestrée in situ – St-Moritz 1948 – avait donné le ton d’un projet résolument innovant susceptible de servir de base de réflexion à nombre de possibles prétendants à travers le monde.
Ainsi, en présentant un projet misant sur des Jeux à l’échelle du pays tout entier, la Suisse avait exprimé son souhait d’insuffler une nouvelle dynamique en démultipliant les sites – existants – pour un partage des tâches et des responsabilités incombant à plusieurs villes et Cantons helvètes.
De quoi atténuer la portée des critiques formulées jusqu’alors à l’égard des candidatures infructueuses du pays qui, en se limitant à un territoire restreint, pouvaient apparaître comme relativement onéreuses voire inopportunes.
En filigrane, l’apport de cette approche décentralisée avait aussi pour finalité de dessiner un nouveau modèle de Jeux, comme pour accompagner le Comité International Olympique (CIO) dans le but d’adapter l’accueil du rendez-vous hivernal qui – chacun en a conscience – devra nécessairement évoluer dans les prochaines années pour survivre à la problématique du changement climatique.

Plus de deux ans après avoir levé le voile sur ce concept singulier, et alors que la Suisse est engagée dans la phase – inédite et taillée sur-mesure – de « dialogue privilégié » avec l’institution olympique jusqu’à la fin de l’année 2027, l’Association « Switzerland 2038 » a précisé ce lundi 12 janvier 2026 la vision d’un tel projet.
Comme l’a résumé tout de go Frédéric Favre, en poste depuis le printemps 2025 en qualité de Directeur Général de l’instance chargée de finaliser ledit projet :
Dans l’histoire olympique, ce sont jusqu’ici toujours des villes ou des régions qui ont accueilli les Jeux.
Le CIO a fait évoluer les règles. Et nous voulons saisir cette opportunité pour que la Suisse devienne le premier « Host Country » de l’histoire des Jeux Olympiques et Paralympiques.
Avec ses distances restreintes et son excellente infrastructure, notre pays est justement prédestiné pour ce changement de paradigme.
Dans le cas d’espèce, cela se traduirait par des sites de compétition présents dans diverses régions helvètes, de Zurich à Tessin, en passant par Genève et les Grisons, en mobilisant des sites existants qui ont déjà été le théâtre d’événements majeurs, et en misant de surcroît sur le système de transports publics dans le but de limiter l’impact environnemental.
Concrètement, en ce qui concerne les Jeux Olympiques, « Switzerland 2038 » propose d’établir les épreuves de curling et de patinage de vitesse à Genève, tandis que le patinage artistique et le short-track (patinage de vitesse sur piste courte) se dérouleraient à Lausanne (Canton de Vaud), la « Capitale Olympique », siège du CIO et du Musée Olympique.
Les villes de Zurich, Zoug – dans les Cantons du même nom – et Lugano (Canton du Tessin) se partageraient quant à elle le tournoi de hockey-sur-glace.
Du côté des sports de neige, Crans-Montana abriterait en toute logique le ski alpin, alors qu’Engelberg (Obwald) serait le théâtre des compétitions de ski de fond, de saut à ski et de combiné nordique, et que Lenzerheide (Grisons) serait pour sa part consacrée au biathlon.
Près de St-Moritz (Grisons) – Hôte des JO 1928 et 1948 – Silvaplana abriterait le ski freestyle et le snowboard, tandis que Celerina serait dédiée au bobsleigh, à la luge et au skeleton.
A noter que si la Cérémonie d’ouverture est envisagée à Lausanne, la clôture serait en revanche opérée à Berne, capitale helvète.
Cette même ville serait le cadre des deux Cérémonies des Jeux Paralympiques qui, selon une approche similaire à celle développée pour l’événement olympique, s’installeraient en divers lieux du pays, avec tout de même une volonté de mutualiser au maximum les sites.
Ainsi, le curling-fauteuil prendrait place à Genève, alors que le para-biathlon et le para-ski de fond éliraient domicile à Lenzerheide, et que le para-ski alpin et le para-snowboard s’installeraient à St-Moritz. Lausanne enfin serait le cadre du tournoi de para-hockey-sur-glace.
Au-delà des sites sportifs et afin de répondre à la problématique du logement des compétiteurs, « Switzerland 2038 » propose d’établir plus de 80% des athlètes au cœur de l’un des trois clusters identifiés que sont la Suisse romande, la Suisse centrale (Lucerne) et les Grisons.
Intégrée au dispositif dévoilé cette semaine, Berne est sans conteste la principale nouvelle venue pour le projet olympique et paralympique, sachant qu’à l’époque, les autorités locales avaient estimé qu’une candidature pour 2030-2034 constituait une ambition contrainte par un calendrier serré.
D’autre part, le curling se retrouve aujourd’hui positionné, alors que la précédente mouture n’avait pas arrêté la localisation des compétitions.
Des évolutions ont par ailleurs été apportées à l’aune des études réalisées jusqu’à présent.
De fait, Fribourg cède sa place à Lugano sur la carte des sites appelés à recevoir le hockey-sur-glace aux côtés de Zurich et de Zoug, tandis que Kandersteg et la Vallée de Conches ne sont plus mentionnés pour le partage des épreuves de saut à ski et de combiné nordique sur la première et l’accueil du ski de fond sur la seconde. De même, Engadin s’efface au profit de Silvaplana pour le ski freestyle et le snowboard.
Bien sûr, des adaptations sont toujours possibles dans les mois et années qui viennent et ce, à la fois en tenant compte des accords qui pourraient être conclus avec de potentielles villes-hôtes et du calendrier relativement confortable qui se présente actuellement à l’Hôte privilégiée qu’est la Suisse jusqu’en 2027.

Sur la question – épineuse pour n’importe quel prétendant aux Jeux – du financement, le principe de « Switzerland 2038 » repose sur une philosophie déjà en vogue sur de précédentes éditions à savoir que les Jeux doivent être financés par des fonds privés, avec le soutien des pouvoirs publics.
Dans le cas présent, cela se matérialiserait par un budget de 2,2 milliards de francs suisses, soit près de 2,36 milliards d’euros.
Sur cette enveloppe, 82% des fonds seraient apportés par le secteur privé, soit 1,804 milliard de francs suisses (1,93 milliard d’euros), tandis que les autorités contribueraient à l’effort à hauteur de 18%, soit quelques 396 millions de francs suisses (424,47 millions d’euros).
Sur le volet spécifique du financement public, la contribution demandée à la Confédération helvète s’élève à quelques 130 millions de francs suisses pour les Jeux Olympiques (139,5 millions d’euros) et à 60 millions de francs suisses pour le cofinancement des Jeux Paralympiques (64,41 millions d’euros). Des montants qui doivent être complétés par les apports des Cantons et des Villes concernés par l’accueil des compétitions, sachant que « Switzerland 2038 » mise sur un apport des Communes de l’ordre de 140 millions de francs suisses (150,25 millions d’euros).
La part consacrée aux Jeux Paralympiques – dont le coût est estimé à 280 millions de francs suisses (300,48 millions d’euros) – semble en tout cas d’ores et déjà sécurisée pour ce qui est de la Confédération, puisque la Conférence Spécialisée des membres de gouvernements concernés par les Jeux d’Argent (CSJA) a récemment pris une décision de principe dans la perspective de fournir un soutien pouvant atteindre 60 millions de francs suisses.
A noter par ailleurs que si des garanties de déficit des pouvoirs publics ne sont – à ce stade – pas explicitement évoquées, le budget d’organisation prévoit des réserves de l’ordre de 10%, de même qu’une garantie de déficit privée de 200 millions de francs suisses (214,70 millions d’euros).
Le souci de planification et la quête d’un projet responsable et durable sur le plan économique se retrouvent en outre dans les projections de retombées abordées dans une étude non-encore publiée.
Ainsi, selon les travaux de la Haute École de Lucerne et du Cabinet de conseil international « EBP » – et tout en considérant de telles données chiffrées avec précaution – le projet olympique et paralympique pourrait générer entre 2,75 et 3,68 milliards de francs suisses de valeur ajoutée, soit entre 2,95 et 3,95 milliards d’euros, avec des recettes fiscales comprises entre 260 et 350 millions de francs (279,02 et 375,60 millions d’euros), dont 80% à destination des Communes et des Cantons et 20% à destination de la Confédération. Sur le plan social, la venue des Jeux pourrait contribuer à la création de 19 070 à 25 670 emplois équivalents temps plein à travers le pays.
Comme l’a pour l’heure rappelé Lenka Kölliker, co-Présidente de l’Association pilotant l’ambition olympique et paralympique helvète :
Switzerland 2038 est un projet reposant sur une préparation de plus de dix ans, car nous saurons déjà en 2027 si nous accueillerons les Jeux en 2038.
Cela signifie que nous ne nous contentons pas d’une mise en scène à court terme, mais bénéficions d’une longue phase de développement planifiable et d’attention internationale.

Pour la Suisse en tout cas, l’émergence, l’affirmation et désormais la confirmation d’une telle ambition constituent des étapes capitales passées les unes après les autres, au fil des discussions menées avec l’ensemble des parties prenantes depuis 2023.
Ces discussions ont d’ailleurs permis en 2025 de recueillir le soutien unanime des 10 Cantons et de 14 Communes directement concernés par le projet, un an après l’appui formulé successivement par le Conseil Fédéral, la Conférence des Gouvernements Cantonaux (CdC) et le Parlement du Sport.
L’année qui s’est ouverte sera dès lors particulièrement cruciale pour conforter l’optimisme des porteurs du projet et sanctuariser celui-ci en vue de sa présentation finale devant le CIO l’an prochain.
Aussi, le Conseil Fédéral a acté ce mercredi 14 janvier 2026 la mise en place d’une procédure de consultation sur la base de la décision de principe et de planification prise ce même jour et ce, avant qu’une discussion ne s’engage devant le Parlement au début de l’été.
Ainsi que l’a fait savoir Ruth Wipfli Steinegger, co-Présidente de « Switzerland 2038 » :
[Le projet] rassemble la Suisse, allie tradition et innovation et poursuit un objectif commun. Un objectif qui dépasse largement le cadre du sport.
Nous suivons la voie suisse.
Eu égard à ses échecs passés et à la nouvelle philosophie guidant la construction de son projet pour 2038, la Suisse semble plus proche que jamais de célébrer à nouveau les Jeux.
Si l’événement se tient in fine en terre helvète comme cela se dessine, il surviendra 90 ans après l’ultime édition de St-Moritz 1948 et près de deux décennies après l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver de la Jeunesse (JOJ) de Lausanne 2020.
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