Paris 2024 : Une révision budgétaire planifiée mais impactée par l’inflation

Alors que le dernier Conseil d’administration de Paris 2024 pour l’année 2022 se profile à l’horizon, la révision budgétaire en cours devrait in fine aboutir à un rehaussement du budget d’organisation des Jeux de l’ordre de 10%, avec pour moitié les répercussions de l’inflation.

(Crédits – Philippe Millereau / KMSP / CNOSF)

Un travail de fourmis. Tel pourrait être caractérisée la réflexion menée conjointement par les équipes du Comité d’Organisation des Jeux (COJO) de Paris 2024 et celles du Comité International Olympique (CIO), en incluant également l’ensemble des parties au projet, notamment l’État.

Selon un calendrier standard à l’approche de l’ouverture de l’événement planétaire, Paris 2024 est en effet à la manœuvre pour une révision budgétaire planifiée devant permettre de présenter un budget d’organisation à l’équilibre lors de l’ultime réunion de son Conseil d’administration pour 2022 prévue le 12 décembre prochain.

D’ores et déjà, à l’aune du Bureau Exécutif qui s’est rassemblé mardi dernier au PULSE, siège du COJO en Seine-Saint-Denis, un élément majeur a été avancé par Paris 2024, à savoir une hausse globale du budget dans un ordre de grandeur de 10% environ, soit près de 400 millions d’euros si l’on se base sur la projection de budget établie à 3,97 milliards d’euros en fin d’année 2021.

Sur ce package supplémentaire qui touche toutes les lignes budgétaires, quelques 200 millions d’euros sont à mettre sur le compte de l’inflation qui frappe l’ensemble des pans de l’économie française, mais aussi internationale et ce, en raison d’un contexte géopolitique marqué ces derniers mois par la guerre en Ukraine sans oublier aussi les tensions persistantes du côté asiatique entre la Chine et Taïwan. Cela a évidemment un impact sur les échanges internationaux, avec en particulier des répercussions sur les approvisionnements en ressources énergétiques et en matières premières.

Pour le reste, la révision à la hausse du budget peut s’expliquer par des dépenses sous-évaluées dans certains secteurs-clés, comme par exemple dans le domaine spécifique de la cybersécurité, ou des coûts mal-anticipés, comme en ce qui concerne le congés de reclassement devant s’imposer au structure de plus de 1 000 salariés, ce qui est le cas pour le COJO qui comptabilisera à terme quelques 3 000 collaborateurs.

Vue du chantier du Centre Aquatique Olympique en octobre 2022 (Crédits – Métropole du Grand Paris)

Mais si les dépenses supplémentaires évoluent à la hausse, les recettes du COJO devraient elles-aussi connaître un certain regain comme l’a expliqué Paris 2024 à l’issue du Bureau Exécutif.

Sur ce point, deux éléments en particulier sont à mettre en évidence, avec d’une part des estimations sur les revenus issus de la billetterie des Jeux qui devraient dépasser les prévisions initiales, et d’autre part une sécurisation avancée des partenariats.

Ainsi, en présentant le calendrier des sessions puis celui des épreuves plus tôt cette année, et en poursuivant avec le CIO le travail sur la jauge des différents sites destinés à accueillir les compétitions olympiques et paralympiques à l’été 2024, le COJO est aujourd’hui confiant quant à des hypothèses de revenus basées non plus sur des projections théoriques mais sur une perception davantage pragmatique et réelle.

En d’autres termes, le chiffrage de 1,26 milliard d’euros portant sur les revenus de la billetterie – dont la plateforme numérique pour le tirage au sort sera accessible dès le 1er décembre 2022 – devrait sensiblement croître augmentant dès lors les ressources du COJO.

Concernant le Programme des Sponsors, et après les craintes dues aux conséquences de la crise sanitaire du Covid-19 et du ralentissement économique, Paris 2024 semble à présent sur la bonne voie pour atteindre son objectif de 1,1 milliard d’euros de revenus directement issus dudit programme.

Concrètement, alors que le COJO avait sécurisé deux tiers de cet objectif en fin d’année 2021, ce sont désormais plus de 80% qui ont été franchis, sachant que la sécurisation des partenariats s’entend sur le fait que des signatures peuvent intervenir bien en amont de l’annonce des nouveaux venus et ce, en raison de considérations stratégiques à la fois du côté des entreprises et des organisateurs des Jeux.

Les semaines à venir pourraient d’ailleurs permettre à Paris 2024 d’atteindre un palier supplémentaire avec une projection annoncée au-delà des 90%. De quoi aborder l’année 2023 dans des conditions favorables.

Les mascottes des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 (Crédits – Paris 2024)

Si la révision budgétaire constitue un exercice classique pour les organisateurs à moins de deux ans des Jeux, le cas de Paris 2024 est évidemment singulier.

Le CIO est en effet soucieux de voir les futurs hôtes de son événement-phare se conformer autant que possible aux réformes de l’Agenda 2020 et désormais de l’Agenda 2020+5 voulus pour faire émerger un modèle olympique plus sobre sur le plan économique comme environnemental. Mais davantage encore, la tenue reportée des Jeux de Tokyo 2020 a mis en évidence le potentiel d’optimisation des candidatures et des organisateurs de l’événement, avec à présent le souci d’avancer avec pragmatisme et rigueur comme sans doute jamais auparavant.

Ainsi, sur les fondements des conclusions de la Commission de Coordination du CIO qui était venue dans la capitale française à la fin de l’été écoulé, et en gardant à l’esprit les réformes olympiques et la souplesse que ces dernières offrent aux organisateurs pour adapter leur concept, Paris 2024 entend tout à la fois maintenir l’ambition de son projet, poursuivre la chasse aux gaspillages, et s’approcher de l’échéance de 2024 avec prudence.

Comme l’a en ce sens exposé le COJO cette semaine, les grands marqueurs du concept olympique et paralympique seront préservés. Cela englobe bien sûr les sites emblématiques sélectionnés, parmi lesquels quelques fleurons du patrimoine architectural parisien et français (Grand Palais, Esplanade des Invalides, Château de Versailles, etc.), mais également le principe des Cérémonies d’ouverture au cœur de la « Ville Lumière » avec comme toile de fond, la Seine pour les Jeux Olympiques et la Place de la Concorde (8ème arrondissement) pour les Jeux Paralympiques.

La recherche d’économies sera aussi approfondie dans les semaines et mois qui viennent, sachant que des efforts ont déjà été identifiés.

Sur les sites, les organisateurs entendent ainsi limiter au maximum les espaces utilisés au regard des besoins réels des différents publics (athlètes, spectateurs, officiels, médias, sponsors), avec la volonté complémentaire d’optimiser les services apportés à ces mêmes publics.

Le recours à des prestataires et à des opérateurs déjà présents sur les sites est en outre développé depuis maintenant plusieurs mois pour, là encore, garantir une simplification des démarches et des préparatifs avec à la clé, de possibles économies.

La Fédération Française de Tennis (FFT) est par exemple à la manœuvre sur le stade de Roland Garros (16ème arrondissement), tandis que GL Events sera partie sur le site éphémère du Château de Versailles (Yvelines) pour les compétitions équestres. En revanche, Paris 2024 opérera directement sur la Paris La Défense Arena qui sera temporairement métamorphosée pour recevoir les épreuves de natation et la phase finale du tournoi de water-polo durant les Jeux.

Le COJO espère d’ailleurs aboutir à la finalisation des accords pour l’ensemble des sites d’ici la fin de l’année 2022 avec de fait, soit une coordination et une livraison directement gérées par Paris 2024 ou bien une coopération avec des opérateurs qualifiés ayant fait leurs preuves sur les arénas et autres stades mobilisés pour l’événement planétaire.

Les discussions devraient néanmoins se poursuivre en 2023 en ce qui concerne le tournoi de football pour lequel les matchs sont programmés dans diverses enceintes de province.

Toujours dans cette quête d’adapter au mieux le concept des Jeux à une sobriété imposée par le contexte actuel et à l’aune des échanges avec le CIO et les autres parties au projet, les dates et horaires d’ouverture des sites d’entraînement pourraient être modulés selon un échéancier et non plus calqué comme de coutume sur la seule mise à disposition du Village des Athlètes.

D’autres pistes sont en parallèle étudiées par les organisateurs, notamment sur le nombre de torches utilisées pour le relais de la flamme, ou encore sur la mobilisation de la flotte de véhicules réservés au transport des athlètes et des officiels de la Famille Olympique.

Sur ce point, Paris 2024 se satisfait d’ores et déjà d’avoir réduit la voilure des véhicules envisagés de 40% par rapport à Londres 2012, édition de référence pour les organisateurs tricolores qui comptent aussi grandement sur le maillage territorial des transports en commun.

Dans ce cheminement lié à la recherche d’économies, le COJO entend également avancer avec prudence sur la dernière année – capitale – avant l’ouverture des Jeux.

Aussi, les organisateurs ne s’interdisent pas de piocher dans la réserve pour aléas d’un montant de 315 millions d’euros, avec le souci cependant de maintenir ladite réserve à un niveau significatif avant de pénétrer dans la dernière ligne droite. Autrement dit, Paris 2024 pourra certes se servir de ce fonds de secours mais avec parcimonie.

Visuel de la Cérémonie d’ouverture des Jeux Paralympiques de Paris 2024 sur la Place de la Concorde (Crédits – Paris 2024 / Florian Hulleu)

Désormais, Paris 2024 va se concentrer sur la finalisation de son budget révisé, ainsi que sur le règlement de quelques points encore en suspens, à l’image du tournoi préliminaire de basketball.

Initialement planifié dans Paris intra-muros, ledit tournoi est désormais attendu du côté du Stade Pierre Mauroy près de Lille (Nord). Des discussions sont toujours en cours entre le COJO et la Fédération Internationale (FIBA) qui n’a pas caché jusqu’à présent ses réticences à l’idée de s’éloigner de la capitale et du cœur des Jeux. Les échanges portent en particulier sur le confort thermique de l’enceinte nordiste (condensation, climatisation, etc.).

L’année 2023 sera ensuite déterminante pour sceller l’ambition olympique et paralympique de Paris 2024, avec la mise en œuvre progressive des étapes de la billetterie des Jeux, mais aussi la poursuite de la commercialisation des produits officiels sous licence, parmi lesquels les fameuses mascottes révélées le 14 novembre dernier.

La prochaine révision budgétaire devrait enfin intervenir en fin d’année 2023, soit environ six mois avant l’ouverture des Jeux.

Avant cela, l’État pourrait lui-aussi consentir à quelques efforts pour accompagner les organisateurs dans les ultimes préparatifs autour des sites, notamment sur le volet de l’héritage et ce, au regard de l’intérêt général et des politiques publiques engagées par les autorités.

Comme il le fait depuis le début de son premier mandat présidentiel, le Chef de l’État devrait ainsi suivre avec attention les prochaines étapes-clés de Paris 2024 avec, à ses côtés, la Ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques, Amélie Oudéa-Castéra.

Le Président de la République française, Emmanuel Macron, et le Président du Comité International Olympique, Thomas Bach, en marge du G20 organisé en novembre 2022 à Bali, Indonésie (Crédits – IOC / Greg Martin)

Ces dernières semaines en tout cas, d’autres acteurs de l’univers olympique ont annoncé ou préparé l’adaptation de leur cadre budgétaire respectif en tenant compte des nouvelles contraintes économiques.

Plus tôt ce mois-ci, la candidature de Sapporo (Japon) a ainsi précisé avoir rehaussé ses projections budgétaires dans la course aux Jeux d’hiver de 2030 pour lesquels la Ville Hôte de l’édition 1972 propose 92% de sites existants ou temporaires.

Ainsi, alors que la candidature se fondait jusqu’à présent sur un budget compris entre 280 et 300 milliards de yens (1,94 à 2,07 milliards d’euros) la nouvelle mouture présentée par les autorités municipales prévoit désormais une projection budgétaire entre 297 et 317 milliards de yens (2,05 à 2,19 milliards d’euros).

Les seuls coûts d’organisation sont en particulier estimés entre 220 et 240 milliards de yens (1,52 à 1,66 milliard d’euros), soit 20 milliards de plus (140 millions d’euros) que lors de la présentation du cadrage chiffré en 2021.

Du côté de Salt Lake City (Utah, États-Unis), aucune annonce officielle n’est pour l’heure survenue, mais la Ville Hôte des JO 2002, elle-aussi sur les rangs pour 2030, pourrait à son tour présenter un budget révisé à la hausse.

A ce stade, Salt Lake City se repose sur une enveloppe prévisionnelle de 2,2 milliards de dollars (2,12 milliards d’euros), avec des dépenses opérationnelles à 1,75 milliard (1,69 milliard d’euros) et un fonds dédié à l’héritage des Jeux dans l’État de l’Utah à 250 millions de dollars (240,87 millions d’euros). Un package pour les imprévus est par ailleurs projeté à quelques 200 millions de dollars (192,70 millions d’euros).

Parmi les futurs hôtes des Jeux d’été, Los Angeles (Californie, États-Unis) pourrait également devoir repenser à la marge ses projections au regard des répercussions liées à l’inflation dans la perspective des Jeux de 2028.

Il pourrait en être de même du côté de Brisbane (Queensland, Australie) désignée l’an passé pour accueillir l’édition estivale de 2032.

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