Paris 2024 : Pour le COJO, une arrivée à enjeux en Seine-Saint-Denis

Alors que le Comité d’Organisation de Paris 2024 s’apprête à établir ses quartiers en Seine-Saint-Denis à compter du 25 janvier, les enjeux sont nombreux pour concrétiser la promesse d’héritage des Jeux, mais aussi pour répondre à certaines craintes exprimées sur le terrain au cours des derniers mois.

Vue intérieure de l’immeuble PULSE, nouveau siège du Comité d’Organisation des Jeux de Paris 2024, depuis le hall monumental (Crédits – Icade)

Dès le lancement de la candidature de Paris 2024, les porteurs du projet avaient souhaité mettre l’accent sur la Seine-Saint-Denis, jeune et dynamique département situé au Nord de la capitale.

A l’image – et plus encore – des deux dernières tentatives tricolores incarnées par Paris 2008 et Paris 2012, ce département devait en effet être associé à l’émergence d’une ambition olympique et paralympique forte, susceptible de contribuer à l’amélioration de l’image souvent dégradée du territoire. Aussi, avec l’obtention des Jeux, le 13 septembre 2017, une nouvelle page a pu s’ouvrir entre Paris 2024 et la Seine-Saint-Denis, mobilisée tant pour l’hébergement des athlètes et des journalistes que pour le déroulement d’une partie des compétitions.

Au cours des mois écoulés, la place de ce département dans le dispositif des JO 2024 a largement été discutée, un temps partiellement menacée, mais finalement remaniée en préservant l’essentiel.

En plus des Cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux, le Stade de France recevra aussi les épreuves olympiques et paralympiques d’athlétisme, ainsi que le tournoi olympique de rugby à 7 (Crédits – Paris 2024 / Elie Stephane Azoulay / DDPI / Luxigon)

Il faut dire que la pression fut forte et constante de la part des élus locaux, au premier rang desquels Stéphane Troussel, Président du Conseil Départemental, et Mathieu Hanotin, tout nouveau Maire de Saint-Denis et leader de l’Établissement Public Territorial de Plaine Commune, auparavant piloté par le non moins déterminé Patrick Braouezec.

Si la Seine-Saint-Denis a « perdu » des sports comme le volleyball ou la natation, elle a néanmoins obtenu la confirmation du choix de plusieurs sites, comme le Stade de France pour les Cérémonies d’ouverture et de clôture bien sûr, mais également pour l’athlétisme et le rugby à 7. Le tournoi préliminaire de water-polo, les épreuves de plongeon et de natation synchronisée, sans compter le tir sportif ont aussi été préservés au sein des futures équipements. Enfin, le département s’est vu confier les épreuves d’escalade sportive – l’un des nouveaux sports additionnels de Paris 2024 initialement envisagés Place de la Concorde (8e arrondissement) – avec la promesse complémentaire de l’aménagement d’un mur pérenne pour la population.

Soutenus par la Maire de Paris, Anne Hidalgo, les acteurs locaux ont par ailleurs pu bénéficier d’une sanctuarisation et d’un financement, en deux temps, du Village des Médias, qui sera l’un des nouveaux pôles urbains agencés sur la dynamique des Jeux.

Futur écoquartier implanté dans le secteur de Dugny – Le Bourget, ce dernier disposera à terme d’une surface de plancher de 9,1 hectares, avec pas moins de 1 300 logements, des bureaux, des commerces, ainsi que des services, sans compter la part belle accordée aux espaces verts selon les plans dévoilés à l’automne 2020.

Le Village des Athlètes, dont la construction va réellement débuter cette année, offrira pour sa part une régénération majeure à un site de 51 hectares, à cheval sur les communes de Saint-Denis, Saint-Ouen et L’Île-Saint-Denis. Là-encore, plusieurs milliers de logements, voulus comme exemplaires sur le plan environnemental et énergétique, sont attendus à l’horizon 2024.

Non loin de là, l’aménagement prochain du Centre Aquatique Olympique, face au Stade de France, va marquer l’enclenchement d’un chantier de dix ans pour requalifier ce qui deviendra la ZAC Plaine Saulnier avec, sur 12,5 hectares, un quartier résidentiel doté de bureaux, d’un groupe scolaire, de commerces et de services variés et agrémenté d’un Parc des Eaux imaginé comme un îlot de fraîcheur.

Vue du site du futur Village des Athlètes des Jeux de Paris 2024 (Crédits – SOLIDEO / Sennse – Dronepress)

Au-delà des questions de sites, la Seine-Saint-Denis a également obtenu l’arrivée – certes promise dès 2019 – du Comité d’Organisation des Jeux (COJO) qui, en lieu et place du 8e arrondissement de Paris, emménagera à compter du 25 janvier dans un immeuble flambant neuf, Place du Front Populaire, à la lisière entre Saint-Denis et Aubervilliers.

Cette arrivée des équipes du COJO au-delà du périphérique se veut à la fois symbolique et fonctionnelle, afin d’être au plus près du cœur des préparatifs d’organisation du plus grand événement de la planète.

Pour le COJO, il s’agit aussi de convaincre les plus sceptiques et de lever les doutes quant à la tenue des Jeux sur le territoire et l’impact que ces derniers pourraient avoir. Car en dépit des arguments exposés depuis la phase de candidature, certains s’inquiètent de possibles dérives qui seraient en contradiction avec les promesses de Paris 2024.

Visuel des aménagements extérieurs du futur centre aquatique du Fort d’Aubervilliers (Crédits – Chabanne Architectes)

Le dévoilement du projet de nouveau centre aquatique dans le secteur du Fort d’Aubervilliers a par exemple soulevé la contestation de riverains qui craignaient déjà les répercussions des travaux de la future ligne 15 du Grand Paris Express.

Selon les contestataires, l’édification de l’ouvrage sportif et ludique pourrait conduire à l’amputation de 19 des 85 parcelles qui composent aujourd’hui le secteur historique des Jardins ouvriers. Ils dénoncent en particulier les aménagements additionnels de la structure de 7 000 m², parmi lesquels l’espace fitness, saunas et hammams, ainsi que les plages minérales envisagées à l’extérieur.

Alors que les travaux de terrassement sont aujourd’hui envisagés pour le mois de mars 2021, avec une livraison du site projetée pour l’été 2023, un collectif de défense des Jardins ouvriers s’est constitué pour défendre les parcelles menacées et pour tenter de contenir le projet dans un périmètre plus restreint. Pour faire entendre leur voix, le collectif s’appuie sur des actions de sensibilisation sur le terrain et sur la promotion de celles-ci, via une page Facebook réunissant près de 1 000 personnes et un compte Twitter suivi par près de 300 abonnés.

En Seine-Saint-Denis, d’autres projets liés aux Jeux sont aujourd’hui pointés du doigt par des associations environnementales et des collectifs citoyens, à l’image de la construction annoncée du Village des Médias perçue comme une bétonisation programmée du secteur de l’Aire des Vents, au sein du Parc Georges Valbon.

Cartographie du projet d’aménagement de l’échangeur autoroutier dans le quartier Pleyel (Crédits – DIRIF)

L’aménagement prochain d’un échangeur autoroutier a également soulevé des critiques au cours des derniers mois, avec une montée au créneau devant la justice de parents d’élèves – et d’élus – compte-tenu de la présence du groupe scolaire Pleyel – Anatole France.

D’après la Direction des Routes d’Île-de-France (DIRIF), le projet doit permettre dans un souci de rééquilibrage du trafic routier, de créer des voies d’accès à l’A86 tout en assurant la suppression de bretelles au niveau de l’A1 près de la Porte de Paris et une décongestion du trafic sur le Boulevard Anatole France (RD410).

Au niveau du quartier Pleyel, le projet prévoit concrètement la construction de deux bretelles d’insertion sur l’A86, l’aménagement d’une bretelle de sortie et la modification d’une autre bretelle de sortie. Dans le même temps, des aménagements seraient opérés sur la route de la Révolte et sur les deux voies majeures impactées, à savoir le Boulevard Anatole France et le Boulevard de la Libération. Des espaces paysagers sont par ailleurs projetés pour ce projet estimé à 100 millions d’euros et financé par la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO), du fait de son lien entre le site du Village des Athlètes et l’espace comprenant le Stade de France et le Centre Aquatique Olympique qui doit s’ériger prochainement au cœur de la ZAC Plaine Saulnier.

Pour les opposants au projet, le lourd projet routier est en revanche susceptible de générer une pollution accrue et donc un risque supplémentaire pour la santé des enfants scolarisés dans le secteur.

La ZAC Plaine Saulnier dans son environnement urbain (Crédits – Dossier de concertation / Métropole du Grand Paris)

Sur ces différents sujets, les acteurs du projet olympique et paralympique devront à n’en pas douter faire preuve de vigilance et ce, d’autant plus dans un contexte de crise, et alors que les déboires organisationnels de précédentes éditions olympiques et paralympiques refont régulièrement surface sur la toile pour dénoncer le cadre même des Jeux.

La pédagogie et la communication devront en conséquence être les maîtres-mots des prochaines actions du COJO et, dans une autre mesure, de la SOLIDEO qui supervise nombre de chantiers liés aux Jeux de 2024, dont ceux projetés à Aubervilliers et au niveau du Parc Georges Valbon entre La Courneuve et Le Bourget.

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