Les Alpes françaises 2030 en grande difficulté

Avec le départ de son Directeur de la Communication annoncé ce vendredi 23 janvier – quinze jours tout juste avant la Cérémonie d’ouverture des JO 2026 – le Comité d’Organisation des Alpes françaises 2030 s’enlise dans une crise qui se renforce à mesure que le calendrier se resserre. Avec désormais une question : jusqu’à quand ?

Edgar Grospiron, Président du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 (Crédits – Grégory Picout / Alpes françaises 2030)

L’année 2024 fut celle de la désignation – sous conditions – des Alpes françaises 2030 par le Comité International Olympique (CIO), un an quasiment après l’officialisation des prétentions tricolores. L’année 2025 aurait par la suite dû être celle du sursaut et de l’affirmation après des mois de tergiversations et une mouture brouillonne du projet d’accueil des JO 2030.

Elle fut finalement synonyme d’une crise de gouvernance marquée.

Une crise qui trouve son origine dans les conditions chaotiques d’établissement du Comité d’Organisation des Jeux (COJO) pour ne pas dire dans les conditions même de mise en œuvre de la candidature puis du projet pour 2030, entre précipitations des décideurs tricolores, une bonne dose d’opportunisme politique, et un soupçon non-négligeable d’amateurisme.

Aussi, lorsqu’en décembre 2025, Anne Murac décida de claquer la porte du COJO – consciente qu’elle n’aurait pas les mains libres et qu’elle serait continuellement empêchée dans sa mission par des considérations extérieures et des querelles d’égos – l’instance aurait dû réagir avec pragmatisme et engager sans tarder une introspection utile pour rebondir rapidement eu égard à la contrainte calendaire que représente l’organisation des Jeux selon un schéma distinct des précédents Hôtes ; les Alpes françaises 2030 ayant été désignées moins de six ans seulement avant l’échéance.

Il n’en fut rien.

Pire, le COJO semble aujourd’hui s’habituer à vivre dans une perpétuelle situation de crise qui, à un certain moment, pourrait sérieusement irriter le CIO en altérant de facto la relation de confiance (re)tissée au fil des ans avec la France, en particulier depuis l’émergence du projet de Paris 2024 qui fut celui du retour en grâce de l’Hexagone auprès de la maison du Baron de Coubertin.

De fait, un peu plus d’un mois après le départ de sa Directrice des Opérations, et après le départ – plus confidentiel – de Jérémy Debize, alors au pôle chargé des partenariats, une autre figure du COJO s’éloigne aujourd’hui en la personne d’Arthur Richer qui occupait les fonctions stratégiques de Directeur de la Communication.

Des fonctions quelque peu confisquées en interne du fait de l’installation d’une cellule de communication rapprochée autour du Président du COJO, Edgar Grospiron.

Signe d’une volonté dudit Président de maîtriser sa propre communication, cette mainmise a de surcroît conduit à un inévitable isolement – conscient ou inconscient – du leader des Alpes françaises 2030 par rapport à ses équipes, tout en maintenant l’opacité quant à la vision générale du projet olympique et paralympique.

Car plus d’un an et demi après la désignation dudit projet, la vision de celui-ci reste à définir avec clarté.

Or, une vision faisant défaut pour une telle entreprise que celle des Jeux n’est pas de nature à rassurer les potentiels sponsors qui ont davantage besoin de stabilité pour pouvoir s’engager et contribuer in fine à la sécurisation financière du budget d’organisation.

(Crédits – Alpes françaises 2030)

Aussi, preuve d’une communication sans réel pilote à la manœuvre, le départ d’Arthur Richer a été annoncé ce vendredi 23 janvier 2026 dans des termes quasi-identiques au communiqué ayant officialisé le mois passé le retrait d’Anne Murac.

Une sorte de copier-coller des plus flagrants, témoignant d’un manque tout aussi flagrant de considération pour les désormais ex-collaborateurs du COJO.

Ainsi, tandis que pour Anne Murac, les Alpes françaises 2030 avaient fait part de la déclaration suivante :

[Elle] a activement contribué à la mise en place des premiers jalons clés pour la planification, la coordination sur le terrain et la préparation des futurs sites des Jeux, sur la base du schéma préférentiel validé par le Conseil d’administration en juillet dernier. Son engagement a indéniablement permis de poser des bases solides pour les phases opérationnelles à venir.

Le COJO Alpes françaises 2030 respecte cette décision et tient à saluer le travail accompli, le professionnalisme et l’investissement d’Anne Murac au cours de son mandat.

Les propos tenus pour aborder le travail réalisé par Arthur Richer adoptent un ton similaire, l’instance organisatrice des JO 2030 affirmant tout de go :

Depuis son arrivée, Arthur Richer a professionnalisé et structuré la fonction communication du COJO, dans le cadre de l’orchestration des grands temps forts institutionnels d’Alpes Françaises 2030 et de la mise en place d’une stratégie et d’un dispositif de long terme pour bâtir la réputation et l’image de l’organisation et des Jeux de 2030.

Le COJO Alpes Françaises 2030 tient à saluer le travail accompli, le professionnalisme et l’investissement d’Arthur Richer depuis son arrivée au sein de l’organisation.

Mais au-delà d’un communiqué interchangeable au gré des défections successives, le COJO s’entête à se persuader que le perceptible avis de gros temps n’est en réalité qu’une banale illusion.

Comme l’a de fait rappelé le COJO, avec un aplomb certain et la même tonalité entre le départ de décembre 2025 et celui de ce mois de janvier 2026 :

Le COJO des Alpes françaises 2030, désormais structuré, est entièrement concentré sur la poursuite de ses activités, et notamment du dispositif de communication dans le cadre de la présence du COJO aux Jeux de Milan-Cortina 2026.

Un processus de recrutement sera lancé dans les meilleurs délais.

Une manière de garder des œillères pour ne pas voir que le projet des Alpes françaises 2030 se révèle semaine après semaine comme un véritable fiasco.

Absence de vision, carence de sponsors, carte des sites non-encore établie, gouvernance fragilisée… Le dossier alpin tricolore est aujourd’hui dans une réelle impasse avec, sur certains points, des similitudes pouvant être tracées avec le projet de Milan-Cortina 2026 à ses débuts.

Thomas Bach, alors Président du Comité International Olympique, brandissant la pancarte Alpes françaises 2030 désignées comme Hôte des Jeux d’hiver de 2030 par la 142e Session du CIO, mercredi 24 juillet 2024 à Paris (Crédits – IOC / Greg Martin)

Ce dernier avait en effet connu une période incertaine après l’attribution des Jeux en juin 2019.

Mais à la différence des Alpes françaises 2030 qui ont émergé dans un entre-soi politique assumé, Milan-Cortina 2026 a su franchir les obstacles et se relever avec un Président ayant accompagné de bout en bout la structuration de la candidature, l’accompagnement de celle-ci devant le CIO, et l’installation effective d’un Comité d’Organisation jusqu’à la livraison des Jeux.

Il faut dire que Giovanni Malagò a su manœuvrer avec habileté, conservant le souvenir du fiasco de la candidature de Rome 2024, lorsqu’il était encore à la tête du Comité National Olympique Italien (CONI).

Celui qui est aussi membre du CIO depuis 2019 a dès lors pu compter sur l’oreille attentive de l’institution, tout en avançant dans l’affirmation du projet avec les pouvoirs publics et avec l’appui financier indispensables de sponsors.

Tandis que la candidature et le projet furent d’abord secoués par l’instabilité politique au sommet de l’État – avec Giuseppe Conte, puis Mario Draghi, avant l’élection de Giorgia Meloni – les dernières années ont permis de bâtir les conditions d’une stabilité bénéfique pour ledit projet.

De fait, alors que Vincenzo Novari avait été contraint de quitter ses fonctions de Directeur Général, les autorités gouvernementales avaient pris grand soin – outre d’instaurer une Autorité de Contrôle des Jeux – de prendre la main le moment utile pour coordonner directement la sélection d’un nouveau numéro 2 en la personne d’Andrea Varnier qui parvint ensuite à collecter mois après mois les partenariats et à remettre sur de bons rails le projet transalpin.

Bien sûr, cet interventionnisme politique a parfois été poussé à l’extrême, ce qui a pu susciter des tensions fortes entre les autorités italiennes, les organisateurs et le CIO, comme en témoigne en particulier la volonté farouche du Gouvernement de Giorgia Meloni de rebâtir la piste de bobsleigh, luge et skeleton de Cortina d’Ampezzo en dépit de l’opposition et des craintes de l’institution olympique quant à l’opportunité et au coût d’un tel chantier.

Il n’empêche – et même si l’avenir dira dans quelle mesure Milan-Cortina 2026 aura été un succès ou un échec – l’Italie est à présent pleinement ancrée dans le concert olympique, la Présidente du Conseil italien ayant pour cela multiplié les échanges et rencontres directes avec Thomas Bach et celle qui a pris sa suite à la tête du CIO, Kirsty Coventry. Faisant oublier au passage les déconvenues cuisantes de Rome 2020 et Rome 2024 considérablement affectées par les ingérences politiques locales et nationales.

Pour les Alpes françaises 2030, les considérations politiques apparaissent en revanche néfastes pour le projet qui, succédant au modèle de Paris 2024, est né de l’ambition des deux barons régionaux que sont Laurent Wauquiez – et aujourd’hui Fabrice Pannekoucke – pour Auvergne-Rhône-Alpes, et Renaud Muselier pour Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Ainsi, de la phase de candidature à aujourd’hui, chaque décision est prise avec en prérequis la validation des leaders régionaux.

Jusqu’à commettre des fautes sérieuses, à l’image du départ forcé de Martin Fourcade – légende du sport français, ex-Président de la Commission des Athlètes de Paris 2024, et membre du CIOà qui la Présidence du COJO était pourtant promise avant que la sphère politique régionale, notamment via Renaud Muselier, ne place son veto pour mieux continuer de contrôler les choix et les orientations d’un projet dont le financement n’est pas pleinement sécurisé en dépit des promesses de responsabilité budgétaire.

Aujourd’hui, l’État semble dès lors soucieux de se repositionner en arbitre, comme le démontre le communiqué de la Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative publié peu après l’annonce de la nouvelle défection au sein du COJO.

Ainsi que l’a fait savoir Marina Ferrari :

Ce nouveau départ au sein du COJO attire naturellement mon attention et suscite de réelles préoccupations.

Il appelle une clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité de l’organisation.

[…] La réussite des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver des Alpes françaises 2030 exige une organisation exemplaire, structurée et pleinement opérationnelle. Je serai extrêmement exigeante et vigilante sur ce point, aux côtés du Mouvement sportif et des Collectivités Territoriales.

Je veillerai à ce que chacun assume ses responsabilités.

Simple avertissement ou réelle mise en garde de la Ministre, candidate déclarée aux Municipales de mars prochain à Aix-les-Bains (Savoie) ?

Quoiqu’il en soit, une réunion du Bureau Exécutif réunissant l’ensemble des parties prenantes se tiendra dès ce lundi 26 janvier 2026 et ce, afin que la direction du COJO apporte les explications nécessaires pour tenter de juguler la crise.

Kirsty Coventry, Présidente du CIO, lors de la réunion de la Commission Exécutive, jeudi 18 septembre 2025 à Milan, Italie (Crédits – IOC / Francesco Scaccianoce)

Si d’aventure le COJO continue de s’enliser dans cette crise, avec possiblement de nouveaux départs dans les semaines qui viennent, le CIO – qui avait positionné Michel Barnier pour préfigurer l’installation dudit COJO – pourrait être dans l’obligation d’intervenir avec fermeté pour recadrer l’équipe en place et éventuellement remodeler la composition du COJO pour pouvoir avancer enfin avec sérieux.

Avant cela toutefois, le CIO aura un regard des plus attentifs sur le déroulement des Jeux de Milan-Cortina 2026 qui, du fait de leur éclatement territorial, n’est pas sans rappeler le concept des Alpes françaises 2030.

Considérant l’expérience des athlètes comme une priorité absolue, l’institution de Lausanne (Suisse) aura à n’en pas douter des enseignements à tirer de l’édition transalpine pour les Futurs Hôtes des Jeux, avec la perspective possible de contraindre le moment venu les Alpes françaises 2030 à revoir leur concept.

En filigrane, le sacro-saint équilibre territorial voulu dès la candidature par les deux Régions-Hôtes pourrait s’en retrouver affecté.

Alors que les Alpes françaises doivent accueillir le drapeau olympique à Albertville (Savoie) dès le 23 février 2026, puis le drapeau paralympique à Chamrousse (Isère) à compter du 16 mars prochain, les mois qui viennent s’annonce en tout cas particulièrement périlleux pour le COJO au regard d’un calendrier qui se resserre et de problématiques qui demeurent, notamment quant à la carte des sites dont l’officialisation tarde, ou encore à un Programme des Sponsors en quête d’un premier partenariat pour donner de la confiance.

Des éléments qui renforcent de facto l’impression – bien réelle – d’un projet qui navigue à vue.


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