JO 2024 : Le Président du CONI règle ses comptes avec la Maire de Rome

Malgré l’organisation prochaine des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026, le Président du Comité National Olympique Italien (CONI) garde une certaine amertume lorsqu’il s’agit d’évoquer le retrait de la candidature de Rome pour les Jeux d’été de 2024 survenu en 2016.

Giovanni Malago, Président du Comité Olympique Italien (CONI), le 24 juin 2019 (Crédits – CIO / Greg Martin)

Plus de quatre ans après le retrait soudain, mais sans surprise, de la candidature italienne de la course aux Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de 2024, le Président du CONI, Giovanni Malago, s’est souvenu des conditions ayant conduit à cet abandon.

Invité, lundi 28 décembre 2020, de l’émission de télévision « Quarta Repubblica » diffusée par la chaîne Rete4, Giovanni Malago, a ainsi pris pour cible la Maire de Rome, Virginia Raggi, qui avait enterré la candidature quelques semaines après son élection à la tête de la capitale italienne.

Comme il l’a ainsi affirmé :

Cette décision [de retrait] allait à l’encontre d’une résolution qui avait déjà été approuvée. Nous étions engagés et ils nous ont arrêtés.

[…] Les choses ont changé depuis un certain temps, aucun argent n’est dépensé pour construire des cathédrales dans le désert. Le CIO apporte un financement avec, pour Milan-Cortina 2026 par exemple, une contribution de 925 millions de dollars.

(Crédits – Virginia Raggi / Page Facebook)

Jusqu’à l’arrivée au Capitole de la leader locale du Mouvement 5 Étoiles, la candidature romaine – sans être favorite pour l’obtention des Jeux mais étant tout du moins un outsider important – bénéficiait en effet du soutien des autorités, un prérequis indispensable pour établir un projet et soumettre ce dernier au Comité International Olympique (CIO).

Avant même le début de la campagne municipale enclenchée suite à la démission du Maire Ignazio Marino (Parti Démocrate), en octobre 2015, le Mouvement fondé par l’humoriste Beppe Grillo, avait montré son hostilité au projet. Quelques mois auparavant, en juin de la même année, le M5S avait en effet été l’unique formation politique à s’opposer à la candidature de Rome lors du vote du Conseil Municipal.

Révélation des scrutins électoraux des dernières années en Italie, le M5S avait dès lors promis de mettre un terme à la candidature aux JO 2024 si d’aventure il accédait aux responsabilités dans la « Ville Éternelle ». Cette promesse fut par la suite réitérée par Virginia Raggi qui avait pris soin de rencontrer les représentants du CONI au mois de mai 2016, peu avant l’élection.

Comme elle l’avait alors déclaré :

Nous avons parlé de sport, de Rome, et bien sûr, des Jeux Olympiques à l’égard desquels nous avons réitéré notre ligne politique : pour le M5S, Rome doit d’abord réfléchir à l’ordinaire avant d’évaluer l’extraordinaire.

Une manière de dire que les finances romaines devaient être orientées vers des projets jugés moins dispendieux et polémiques que les Jeux et ce, malgré les arguments exposés à l’époque par Giovanni Malago et ses équipes pour un projet maîtrisé et une candidature low-cost.

Une fois élue, Virginia Raggi n’avait d’ailleurs pas révisé sa position, allant même jusqu’à jouer la montre en retardant une prise de décision dont chacun connaissait pourtant l’orientation défavorable pour les ambitions olympiques et paralympiques italiennes.

Durant l’été 2016, la Maire de Rome avait notamment pointé les coûts de deux événements passés pour justifier sa future décision, à savoir les Jeux de 1960 organisés dans la capitale, et la Coupe du Monde de Football de 1990 qui avait à l’époque à sa tête un certain Luca di Montezemolo, Président du Comité de Candidature de Rome 2024.

Aussi, plutôt que de se prononcer en octobre 2016 comme elle l’avait pourtant indiqué, Virginia Raggi avait convié les médias à une conférence de presse dès le 21 septembre après avoir fait faux bond à Giovanni Malago et Luca Pancalli.

Au cours de ladite conférence – organisée avec des visuels de sites abandonnés comme toile de fond – la Maire de Rome avait affirmé sans la moindre ambiguïté :

Il est irresponsable de dire oui à la candidature de Rome 2024.

Au regard des données étudiées, ces Jeux ne sont pas durables.

Publication de Rome 2024 pour dénoncer le retrait de la candidature à l’initiative de la Maire Virginia Raggi en septembre 2016 (Crédits – Roma 2024)

Face à cette situation, le CONI n’avait pas tardé à réagir, en publiant un clip vidéo et en faisant la liste des déceptions suscitées par une telle décision.

Avant l’incompréhension et la colère, le Président de l’institution basée au sein du Foro Italico avait exprimé sa vision des choses, en exposant les conséquences possibles du retrait de Rome de la course aux Jeux, le deuxième de la capitale après l’abandon déjà acté sur fond de considérations politico-économiques pour la candidature aux JO 2020.

Ainsi qu’il l’avait déclaré à la mi-septembre 2016 :

Pour les 30 ou 50 ans qui viennent, nous dirons au revoir aux Jeux.

[…] La candidature est devenue un jeu complexe qui ne concerne plus seulement le sport, mais qui est désormais orienté pour moitié par la politique.

In fine, le CONI était rapidement redescendu dans l’arène, en proposant une candidature aux Jeux d’hiver comme un écho à l’édition de Turin 2006. Malgré des débuts chaotiques et des pressions politiques à l’échelon local et au niveau national, le projet était parvenu à émerger et à s’affirmer peu à peu sur la scène internationale, profitant en outre des faiblesses du concurrent suédois.

Le 24 juin 2019, le CIO avait finalement choisi l’attelage incarné par Milan-Cortina au détriment de Stockholm-Are pour succéder à Pékin (Chine) dans l’ordonnancement des prochains Jeux d’hiver.

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