Tokyo 2020 : Giovanni Malago s’inquiète du risque d’exclusion de l’Italie

A 200 jours de l’ouverture programmée des Jeux d’été de Tokyo 2020, le Comité National Olympique Italien (CONI) se retrouve dans une situation particulièrement inconfortable, avec la perspective d’une possible exclusion.

Thomas Bach, Président du CIO, et Giovanni Malago, Président du CONI, le 09 octobre 2018 (Crédits – CIO / Dave Thompson)

Si le Comité d’Organisation des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026 s’est distingué tout au long de l’année 2020 avec la structuration de ses équipes, l’adoption par le Parlement italien de la Loi Olympique, mais encore les négociations concluantes avec le Gouvernement pour obtenir une enveloppe dédiée aux infrastructures publiques pour 1 milliard d’euros, sans oublier aussi les avancées concernant le dossier du Village principal des Athlètes, et l’adoption du Business Plan, des tensions se sont néanmoins révélées entre les autorités transalpines et le Comité International Olympique (CIO).

En effet, soucieuse de garantir le respect de la Charte Olympique et de préserver les prérogatives du CONI, l’institution de Lausanne (Suisse) a mis en garde le Gouvernement de Giuseppe Conte qui, par un projet de loi élaboré en 2018, entend instaurer une nouvelle gouvernance du sport, avec en particulier, l’installation d’un organisme dénommé « Sport e Salute » qui réduirait le rôle du CONI à la seule préparation des Jeux.

Or, ce texte pose question, avec, en toile de fond, le spectre d’une ingérence des autorités italiennes dans l’organisation nationale du sport qui pourrait in fine conduire à la prise de sanctions de la part du CIO.

Avant cela pourtant, l’institution avait adressé en 2019 un courrier aux autorités nationales pour que ces dernières reviennent sur le contenu du texte, quelques semaines seulement après l’attribution des JO 2026 à Milan-Cortina. Puis, plus récemment en septembre 2020, le Président du CIO, Thomas Bach, en visite en Italie, avait précisé :

Nous sommes très préoccupés par la situation et par le fonctionnement du CONI. Cette inquiétude grandit.

Nous avons écrit une lettre au Ministre des Sports, Vincenzo Spadafora, pour souligner la grave préoccupation qui est la nôtre car nous constatons qu’avec une telle loi, le CONI ne serait pas conforme à la Charte Olympique. Je comprends que le CONI recherche une autre solution afin de pouvoir répondre aux exigences pour se conformer à la Charte Olympique et satisfaire pleinement l’accord signé sur la Charte Olympique.

Nous espérons qu’une solution sera trouvée très bientôt, car Tokyo n’attend pas et Milan-Cortina n’attend pas.

Le Président du CIO, Thomas Bach, annonçant le nom de la Ville Hôte des Jeux d’hiver de 2026, le 24 juin 2019 (Crédits – CIO / Dave Thompson)

L’inquiétude alors soulevée par le CIO n’a pas permis de modifier le texte et donc de faire reculer le Gouvernement italien. Ce dernier avait d’ailleurs déclaré en novembre dernier que le CONI conserverait une autonomie en cas d’adoption définitive du projet. Pas de quoi satisfaire les autorités olympiques.

Aussi, le Président du CONI, par ailleurs Président de Milan-Cortina 2026 et membre du CIO depuis 2019, a pris la parole en début de semaine pour exprimer à son tour son inquiétude concernant la désormais possible exclusion de l’Italie des prochains Jeux d’été de Tokyo 2020 et ce, conformément aux dispositions établies par la Charte Olympique lorsqu’une telle situation se produit.

Comme il l’a déclaré dans une interview pour Radio Rai :

Le risque d’aller à Tokyo sans hymne ni drapeau est très élevé.

Nous sommes tous inquiets, les athlètes, les entraîneurs. Personne ne veut de sanctions, ce serait quelque chose d’effrayant.

Nous espérons que ceux qui ont l’honneur et la responsabilité de trouver une solution tiendront au moins parole, car tout le monde connaît désormais le risque que nous courons.

A la mi-décembre déjà, Giovanni Malago avait exprimé ses craintes dans des termes sans équivoque ainsi que le rapportait le Corriere dello Sport.

La situation est de plus en plus complexe, la question n’est pas réglée et une nouvelle lettre a été envoyée par le Président Bach au Président Conte. Nous sommes arrivés dans une impasse, les promesses ont été rejetées et si la situation n’est pas rapidement résolue, nous n’éviterons pas une sanction du CIO.

Le Gouvernement doit intervenir : il est clair qu’il n’y a pour l’instant que trois instruments réglementaires pour résoudre ce problème, à savoir la Loi de finances, le Milleproroghe [Décret adopté en urgence par le Conseil des Ministres] ou un Décret-Loi.

Réunion de la Commission Exécutive du CIO par visioconférence, le 25 novembre 2020 (Crédits – CIO / Greg Martin)

Dans les prochaines semaines, le sort de l’Italie pourrait être discuté en haut lieu au sein du CIO, la Commission Exécutive devant se réunir le 27 janvier 2021 pour sa prochaine réunion mensuelle.

Pour le pays, l’enjeu est colossal, la délégation transalpine ayant, lors des Jeux de Rio 2016, pour sa 28ème participation, achevé son parcours olympique à la neuvième place du tableau des médailles, deux rangs derrière la France, avec un total de 8 médailles d’or, 12 médailles d’argent et 8 médailles de bronze.

Surtout, l’exclusion de l’Italie des Jeux de Tokyo 2020 sonnerait comme un mauvais signal, cinq ans seulement avant la tenue prévue des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026 perçus comme l’événement majeur des prochaines décennies dans la péninsule.

Cette dernière échéance pourrait également – le cas échéant – être menacée, même si cette hypothèse semble peu probable à l’heure actuelle, compte-tenu de l’avancée du projet, et d’une offre de remplacement plus que limitée pour le CIO encore conscient des conséquences d’une finale à deux Villes Candidates pour les JO 2022 puis 2026.

Il n’empêche, sans aller jusqu’à un retrait de l’organisation des Jeux d’hiver de 2026 selon les conditions établies par la Règle 59 paragraphe 1, alinéa 6, l’institution de Lausanne dispose toutefois de plusieurs cordes à son arc pour assurer sa crédibilité et son autorité dans pareil bras de fer avec des autorités nationales.

Ainsi, comme cela est mentionné à la Règle 59 paragraphe 1, alinéa 1.4 de la Charte Olympique :

Les mesures ou les sanctions qui peuvent être prises par la Session, la Commission Exécutive ou la Commission Disciplinaire […] sont : à l’égard des CNO : a) la suspension ; en pareille hypothèse, la Commission Exécutive détermine dans chaque cas les conséquences pour le CNO concerné et ses athlètes ; b) le retrait de la reconnaissance provisoire (Commission Exécutive du CIO) ; c) le retrait de la reconnaissance définitive (Session) ; dans pareil cas, le CNO perd tous les droits qui lui sont accordés conformément à la Charte Olympique ; d) le retrait du droit d’organiser une Session ou un Congrès olympique (Session).

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