Alpes françaises 2030 : La crise s’installe et menace le devenir du projet

Entre tensions territoriales, mainmise politique persistante, cartographie des sites non-définie, fragilité du budget prévisionnel, et désormais démission de la Directrice des Opérations, le Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 achève une année 2025 qui aurait pourtant dû être celle du sursaut après les déboires déjà relevés après l’attribution des Jeux l’an passé.

Visite de la Commission de Coordination du CIO pour les Jeux d’hiver 2030 dans les Alpes françaises en décembre 2025 (Crédits – Grégory Picout / Alpes françaises 2030)

Décidément, le projet olympique et paralympique des Alpes françaises 2030 s’illustre mois après mois par un évident manque de cohérence, de solidité et, in fine, de crédibilité.

Alors que les premiers sponsors se font attendre – élément pourtant crucial pour assurer le financement d’une partie des Jeux – la crise s’installe et laisse transparaître une année 2026 à (très) haut risque, au grand dam du CIO qui, en quête de candidats, avait pourtant vu d’un bon œil l’arrivée aussi fracassante que surprenante des Alpes françaises dans la course aux JO 2030.

Or, aujourd’hui, l’institution olympique – qui attribua l’événement sous conditions en juillet 2024 – ne peut que constater le délitement d’un projet mal ficelé lors de la phase de candidature et qu’elle doit à présent accompagner… vers une issue encore incertaine.

Car même si nombre d’hôtes de l’événement planétaire ont, par le passé, connu des difficultés à l’allumage et ont pu donner des sueurs froides au CIO tout au long de la phase préparatoire du rendez-vous sportif, que ce soit Athènes 2004 ou Rio 2016 par exemple, le degré d’incertitudes des Alpes françaises 2030 installe un nouveau modèle en la matière.

Les signaux d’alerte étaient néanmoins déjà bien visibles à l’été 2023 lorsque la France décide de se porter candidate aux Jeux d’hiver, sans doute enthousiasmée par le succès annoncée de l’édition estivale de Paris 2024.

Mais la réussite d’un événement ne saurait nullement présager du succès d’un autre, surtout lorsque l’on place en parallèle Jeux d’été et Jeux d’hiver dont l’établissement diffère en bien des aspects, sur la partie sportive bien sûr, mais surtout sur le plan logistique et sur la contrainte territoriale.

Thomas Bach, Président du Comité International Olympique, brandissant la pancarte Alpes françaises 2030 désignées comme Hôte des Jeux d’hiver de 2030 par la 142e Session du CIO, mercredi 24 juillet 2024 à Paris (Crédits – IOC / Greg Martin)

Certes, la Région Auvergne-Rhône-Alpes avait déjà formulé un intérêt pour abriter une future édition des Jeux, la quatrième de son histoire après Chamonix 1924, Grenoble 1968, et Albertville 1992. La Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur avait elle-aussi mentionné une envie de Jeux et ce, en dépit d’une inexpérience sur la scène olympique et de défis structurels majeurs quant au désenclavement des territoires notamment.

Pour rassurer le CIO et surtout offrir une image devant allier expertise et nouveauté, avec la célébration de l’héritage des Jeux, les deux Régions précitées se sont alors unies pour finalement concrétiser une quête olympique sous la forme d’un concept reposant sur une large part de l’Est du pays.

Le déséquilibre était pourtant bien perceptible ; ce que les Présidents des deux Régions ont dès le départ voulu masquer en évoquant un projet où la répartition des tâches et la représentation des épreuves seraient assurer de façon homogène, avec la moitié des compétitions envisagées au Nord et l’autre moitié planifiée au Sud.

De même, l’installation des Cérémonies a été pensée pour être justement réalisée, l’ouverture devant prendre place sur la première Région et la clôture devant être positionnée sur le périmètre de la seconde.

Cette recherche de l’équilibre impossible a par la suite été poussée à l’extrême avec la sectorisation du Comité d’Organisation au Nord, celle de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques au Sud, avec de surcroît pour celle-ci, une présidence tournante entre les deux leaders régionaux.

L’officialisation du projet à l’automne 2023 a de facto mis en évidence un projet à la forte empreinte politique, Laurent Wauquiez pour Auvergne-Rhône-Alpes et Renaud Muselier pour Provence-Alpes-Côte-d’Azur s’installant en conséquence dans le rôle de copilotes.

De gauche à droite, David Lappartient, alors Président du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) ; Christian Estrosi, Maire de Nice ; et Renaud Muselier, Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, lors de la visite de la Commission de Futur Hôte du CIO dans l’optique des JO 2030, le 25 avril 2024 (Crédits – CNOSF / Pierre-Emmanuel Trigo)

Les leçons du passé auraient pourtant dû être retenues par ces deux figures politiques, surtout quant à l’histoire des dernières candidatures tricolores ou la présence des égos a quasi-continuellement été l’une des causes de l’affaiblissement des projets.

Le cas le plus symptomatique fut bien sûr celui de Paris 2012 où, malgré un concept séduisant, le message délivré et la présence au premier rang du Maire de la capitale de l’époque, Bertrand Delanoë, avec un Club des Entreprises en bonne place sur la photo de famille, furent en contradiction avec le leadership de l’ancien athlète Sebastian Coe et le message tourné vers l’avenir et la jeunesse véhiculé par Londres 2012.

A l’inverse, quelques années plus tard, Paris 2024 a su bâtir une approche différente, avec, sous l’impulsion d’un chef d’orchestre, en la personne du regretté Bernard Lapasset, une gouvernance bicéphale pour mettre en place la candidature et assurer la mise sur orbite du projet.

Sous ce prisme, Bernard Lapasset, leader de la Fédération Internationale de Rugby et acteur du retour du ballon ovale dans l’univers olympique à compter des Jeux de Rio 2016 sous le format à sept, fut le porte-voix des Jeux à l’égard de la sphère politique.

Maîtrisant les codes, ce dernier avança avec pragmatisme pour convaincre un à un les responsables institutionnelles, en particulier Anne Hidalgo qui fut un temps fébrile pour ne pas dire hostile à l’idée d’un quatrième projet pour Paris après les échecs de 1992, 2008 et 2012 qu’elle avait d’ailleurs, pour ce dernier, vécu au plus près en sa qualité de Première Adjointe alors présente sur le parvis de l’Hôtel de Ville lorsque l’enveloppe décachetée par Jacques Rogge, Président du CIO, révéla la victoire de Londres au détriment de Paris.

Tony Estanguet, triple Champion Olympique, fut quant à lui le porte-parole auprès des sportifs pour concevoir une nouvelle ambition et incarner l’image d’un leadership dynamique et charismatique, tel un écho à un certain Sebastian Coe.

Car dès l’étape de la visite de la Commission d’Évaluation du CIO en France, au printemps 2017, Paris 2024 officialisa l’intronisation de Tony Estanguet comme futur Président du Comité d’Organisation.

Conférence de presse de présentation de la candidatures des Alpes françaises à l’organisation des Jeux d’hiver de 2030, mardi 07 novembre 2023 (Crédits – CNOSF / KMSP)

Moins de sept ans plus tard, et alors même que ce modèle avait consacré la réussite de la candidature tricolore, les Alpes françaises 2030 émergèrent à l’initiative du politique et finalement pour le politique, Laurent Wauquiez et Renaud Muselier devenant un tandem à la tête du dossier français.

La présentation dudit dossier face à la presse à l’automne 2023 fut d’une éclatante vérité sur ce point, les deux leaders régionaux laissant peu de place à la représentation sportive, notamment incarnée à la tribune par Marie-Amélie Le Fur, Présidente du Comité Olympique et Sportif Français (CPSF), avec aussi la diffusion de témoignages en vidéo de quelques athlètes tricolores.

Aussi, plutôt que de reprendre ce qui a marché avec Paris 2024, les Alpes françaises 2030 ont choisi une autre voie pour parler au CIO et pour développer leur concept en faisant fi des critiques qui commencèrent rapidement à s’amonceler.

La carte des sites constitua l’un des premiers écueils, avec la sortie de piste de Val d’Isère et d’Isola 2000 et la colère alors exprimée par Jean-Claude Killy, membre honoraire du CIO et figure incontournable du sport français depuis ses titres olympiques grenoblois.

Une problématique qui demeure, deux ans plus tard, et alors même que l’option Val d’Isère est revenue dans le jeu – au moins en apparence jusqu’à présent – condamnant de fait Méribel qui a choisi de se retirer durant l’été écoulé. Un été qui aura vu la création d’un nouveau concept pour définir une carte des sites en préparation mais sans certitude : le « schéma préférentiel des sites ».

Et tandis que la carte desdits sites aurait dû être présentée cette année, elle ne devrait finalement pas voir le jour avant – au mieux – la fin des Jeux de Milan-Cortina 2026, et sans doute plus encore aux alentours de l’été prochain. Il y aura lieu entre temps de déterminer aussi le choix de l’hôte des épreuves de patinage de vitesse, la France ayant acté dès la candidature le fait que lesdites épreuves devraient se tenir en dehors des frontières, soit en Italie, soit aux Pays-Bas.

De manière globale, le flou qui perdure sur la carte des sites – et qui se retrouve tant en ce qui concerne la localisation des épreuves olympiques que pour ce qui est de l’installation des compétitions paralympiques – ne devrait pas s’estomper de sitôt si l’on considère les critiques qui pointent ces derniers mois l’opportunité d’établir une nouvelle patinoire à Nice (Alpes-Maritimes).

Visuel de l’une des patinoires envisagées dans l’enceinte de l’Allianz Riviera de Nice, Alpes-Maritimes, pour la réception du tournoi de hockey-sur-glace lors des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 (Crédits – Ville de Nice)

Si les autorités locales comptent sur la venue des Jeux pour construire un nouvel équipement à destination par la suite des clubs et associations du territoire, les opposants dénoncent le coût potentiel – au moins 138 millions d’euros – de ce nouvel écrin qui pourrait prendre place près de l’Allianz Riviera.

La transformation temporaire du stade de football où évolue l’OG Nice est également sous le feu des critiques.

Entre l’aménagement du site en une aréna consacrée au tournoi de hockey-sur-glace lors des JO 2030 et l’indemnisation nécessaire du club de football qui devrait dès lors trouver un autre lieu pendant la période préparatoire et le temps des Jeux, la facture pourrait avoisiner ou dépasser les 80 millions d’euros selon une projection réalisée au printemps dernier par l’Inspection Générale des Finances (IGF).

Deux investissements de cette envergure pourraient dès lors conduire à une réflexion quant à l’opportunité de maintenir le pôle niçois dans le projet des Jeux.

Or, cette perspective semble délicate à envisager, Nice rêvant des Jeux depuis sa candidature à l’investiture tricolore pour l’édition 2018, et sachant l’implication du Maire de la ville, Christian Estrosi, et du Président de la Région, Renaud Muselier.

Surtout – et en tenant compte du serment d’équilibre formulé entre elles par les autorités régionales durant la candidature – la suppression de sites et de compétitions sur l’une des Régions devrait être impérativement compensée au sein de la même Région, sauf à envisager un délitement complet du concept consécutif à une mésentente politique aux répercussions dramatiques pour le projet.

Au-delà des coûts présentés, le cas de l’Allianz Riviera pourrait être tranché dès la fin des Jeux de Milan-Cortina 2026.

Alors que les organisateurs transalpins ont choisi de configurer les patinoires olympiques au sein de la nouvelle aréna Santa Giulia et dans le cadre d’un hall du Parc des Expositions de la Fiera Milano, les critiques fusent quant à la qualité des équipements, mais aussi en ce qui concerne la dimension des patinoires qui diffère des standards habituels de la puissante National Hockey League (NHL) nord-américaine.

Aussi, la Fédération Internationale de Hockey-sur-glace (IIHF) – sous la pression de la NHL – pourrait bien faire valoir ses droits à bénéficier d’un site de meilleure tenue dans l’optique des JO 2030, d’autant plus en considérant que cette édition surviendra quatre années avant le retour des Jeux d’hiver dans le « Pays de l’Oncle Sam » où les infrastructures de glace existent déjà.

Visuel de la future patinoire projetée entre l’Allianz Riviera, à droite, et le Village des Athlètes du cluster niçois, à gauche (Crédits – Alpes françaises 2030 / Ville de Nice)

Les errements de la carte des sites se conjuguent par ailleurs dans le cas tricolore avec une perspective budgétaire dont le dérapage semble inévitable.

Bien que les organisateurs tablent aujourd’hui sur un budget de 2,1 milliards d’euros, les exemples passés témoignent d’une certaine inflation plus ou moins maîtrisée… avec des projets sensiblement mieux calibrés que celui des Alpes françaises 2030.

Cette problématique budgétaire est loin d’être anodine, car, contrairement à l’organisation des Jeux aux États-Unis – qu’ils s’agissent de Los Angeles 2028 ou de l’Utah 2034 – le financement dans l’Hexagone reposera en partie sur une contribution des pouvoirs publics.

Tout dérapage serait de facto à ajouter à la facture que devront au bout du compte payer les contribuables. Une hausse de la participation des autorités locales, régionales et nationales devra aussi être abordée dans l’hypothèse où le secteur privé tarderait à se mobiliser ou interviendrait dans des proportions moindres que prévues.

De quoi renforcer les critiques sur le projet et, in fine, la défiance à l’égard du modèle des Jeux d’hiver.

La rallonge budgétaire constitue en tout cas d’ores et déjà un sujet de crispations entre les parties au projet, avec récemment la suspension annoncée de la participation du Département de la Savoie aux réunions préparatoires. Formulée par le Président de l’exécutif départemental, Hervé Gaymard, cette annonce est survenue au moment même de la visite de la Commission de Coordination du CIO. Pas le meilleur timing pour rassurer quant au sérieux du dossier.

Martin Fourcade à la tribune de la 142e Session du Comité International Olympique, mercredi 24 juillet 2024 à Paris, France (Crédits – IOC / Greg Martin)

Mais à ces problématiques – logistiques et budgétaires – déjà bien complexes, s’ajoute aussi la question de la gouvernance et de la stabilité de celle-ci.

Les deux années écoulées ont en ce sens été symptomatiques des failles du projet tricolore porté par un tandem politique et dont la structuration a conduit à un psychodrame autour de la présidence du COJO.

Ainsi, ladite présidence était en toute logique promise à Martin Fourcade, eu égard au statut de l’icône du biathlon mondial, par ailleurs athlète français le plus titré dans l’histoire des Jeux d’hiver et d’été confondus, et à son rôle actif tant au sein du COJO de Paris 2024 à la tête de la Commission des Athlètes, qu’à ses fonctions de membre du CIO acquises suite à son élection en 2022.

Toutefois, malgré la déclaration d’intérêt formulée par l’ex-biathlète lui-même et face à une concurrence qui, reconnaissons-le, ne faisait pas ressortir un leader naturel de meilleure prestance, les pressions internes exercées tout au long des derniers mois de 2024 et des premiers de l’année 2025 auront eu raison de l’engagement et de la motivation de Martin Fourcade qui préféra in fine se retirer, tout en évoquant ses doutes quant à l’orientation prise par le projet.

Quelques heures après ce désistement regrettable jusque dans les arcanes du CIO qui voyait en Martin Fourcade un idéal partenaire de confiance, le Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur s’était laissé aller à des commentaires pour le moins acerbes à l’endroit de l’athlète tricolore, témoignant si besoin de l’impossibilité manifeste pour le politique à céder la place au sportif.

Au-delà de ce chaos entretenu, il ne faudrait pas oublier non plus que l’installation du COJO a été précédée par une phase de préfiguration de l’instance à l’initiative même du CIO qui avait alors confié cette tâche à Michel Barnier, dont le passif olympique – Co-Président des Jeux d’Albertville 1992 avec Jean-Claude Killy – et européen – Commissaire et par la suite négociateur sur la question du BREXIT – ont pu convaincre l’institution.

Cette perfusion était là-encore un signal d’alerte que le projet, mal ficelé en phase de candidature, demeurait d’une fragilité extrême.

Edgar Grospiron, Président du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 (Crédits – Grégory Picout / Alpes françaises 2030)

In fine, à la satisfaction des Régions, Edgar Grospiron fut positionné à la tête du COJO, lui qui pourtant, avait vécu le calvaire de l’aventure Annecy 2018, tout du moins le début de ladite aventure, avant de se retirer quelques mois avant le fiasco d’une candidature qui n’était pas parvenue à recueillir plus de 7 suffrages devant la Session olympique qui consacra dans le même temps la grandissime favorite d’alors, PyeongChang 2018.

Une aventure qui, à bien des égards, pourrait rappeler celle des Alpes françaises 2030, avec déjà une mainmise politique qui avait forcé les autorités olympiques françaises à se positionner dans une course aux Jeux perdue d’avance face à des rivales de l’envergure de PyeongChang (Corée du Sud) qui, faut-il le redire, en était à sa troisième tentative après ses échecs pour 2010 et 2014, et de Munich (Allemagne), désireuse de devenir la première Ville Olympique hôte des Jeux d’été (1972) et des Jeux d’hiver.

Alors certes, une fois le COJO des Alpes françaises 2030 installé, les organisateurs ont tenté de reprendre le modèle de Paris 2024, sans doute conscients que les délais impartis jusqu’à l’ouverture des Jeux ne permettaient pas le moindre écart.

Aussi, outre le recrutement d’anciens salariés de Paris 2024, les Alpes françaises 2030 ont fondé une Société de Livraison des Ouvrages Olympiques semblable à la SOLIDEO parisienne qui s’était distinguée par la réussite de sa mission, tout en amorçant l’instauration de structures et d’outils similaires à ceux établis par les organisateurs franciliens, que ce soit la Commission des Athlètes ou la récente Charte sociale et environnementale.

Mais ces orientations ne semblent cependant pas de nature à mettre enfin sur les rails un projet dont le développement accéléré est un impératif dès avant l’ouverture des Jeux de Milan-Cortina 2026 et ce, compte tenu des chantiers à sanctuariser, comprenant bien sûr la carte des sites, le budget, ou encore le positionnement de plusieurs Villages des Athlètes en raison de l’éclatement territorial assumé du concept alpin.

(Crédits – Anne Murac / Page officielle LinkedIn)

Un nouvel écueil s’est en effet révélé ce mardi 09 décembre 2025, avec la démission de la Directrice des Opérations des Alpes françaises 2030, Anne Murac.

Une décision qui interroge, tant sur l’absence d’explications formelles dans un communiqué lambda du COJO, qu’au regard du timing, ladite démission survenant moins d’une semaine après le départ de la Commission de Coordination du CIO en inspection du 1er au 03 décembre dans les Alpes du Nord, et moins de deux mois avant les Jeux de Milan-Cortina 2026 lors desquels le COJO participera au Programme des Observateurs.

Arrivée six mois plus tôt environ au sein des Alpes françaises 2030, Anne Murac semblait pourtant avoir les épaules pour remplir sa mission, forte de plus de 25 ans d’expérience dans la planification et la livraison de grands événements sportifs, ayant de surcroît été six années durant de l’aventure de Paris 2024, en travaillant notamment comme Responsable du cluster Île-de-France à partir de janvier 2021.

Dans un bref communiqué, le COJO a pris acte du départ de sa désormais ex-collaboratrice qui a sans doute mesuré le degré de corsetage auquel est soumis le projet français des Jeux de 2030.

Ainsi que l’a en tout cas fait savoir avec un certain détachement l’instance qui précise par ailleurs qu’un processus de recrutement sera lancé dans les meilleurs délais :

Depuis son arrivée au sein de l’organisation, Anne Murac a joué un rôle clé dans la mise en œuvre, la structuration et l’organisation opérationnelle du projet olympique et paralympique.

A la tête des équipes opérationnelles, Anne Murac a activement contribué à la mise en place des premiers jalons clés pour la planification, la coordination sur le terrain et la préparation des futurs sites des Jeux, sur la base du schéma préférentiel validé par le Conseil d’administration en juillet dernier. Son engagement a indéniablement permis de poser des bases solides pour les phases opérationnelles à venir.

Le COJO Alpes françaises 2030 respecte cette décision et tient à saluer le travail accompli, le professionnalisme et l’investissement d’Anne Murac au cours de son mandat.

Tandis que l’année 2025 s’achève, le naufrage des Alpes françaises 2030 semble se matérialiser chaque semaine un peu plus.

Si la Commission de Coordination du CIO a préféré retenir le positif de sa visite de la semaine passée, les mois qui viennent devraient donner du fil à retordre à l’instance.

Le devenir même du projet se pose aujourd’hui et devra être débattu dans l’hypothèse où la crise viendrait à se transformer en cataclysme en 2026.

De là à imaginer un inversement des choix effectués par le CIO en 2024 pour les JO 2030 et 2034, il n’y a qu’un pas… qui relève pour l’heure de la simple politique fiction.

L’installation « Utah Together Spectacular » disposée dans l’aéroport international de Salt Lake City (Crédits – Utah 2034)

Pourtant, le parallèle entre les Alpes françaises 2030 et Utah 2034 laisse apparaître un véritable gouffre abyssal entre les deux projets, les deux visions et les deux orientations de gouvernance.

Alors que le premier projet révèle mois après mois des faiblesses structurelles potentiellement insurmontables, le second déploie un pragmatisme et une qualité sans faille.

Pour preuve, à l’enclenchement du compte à rebours des 3 000 jours restants avant la Cérémonie d’ouverture des JO 2034, le projet américain s’est assuré une formidable montée en puissance, avec une nouvelle identité visuelle et un nouveau nom plus rassembleur, mais surtout l’installation de nouveaux outils de communication et la confirmation d’une dynamisme populaire et d’un appui financier déjà bien marqué au travers de l’inédite collecte de fonds, « Podium34 ».

Surtout, Utah 2034 a réussi à installer sans la moindre perturbation son Comité d’Organisation sous la présidence de Fraser Bullock, qui, avant l’aventure des JO 2034, fut de celle des Jeux de Salt Lake City 2002 aux côtés de Mitt Romney. Outre ledit Comité, Utah 2034 dispose déjà de Commissions thématiques chargées de passer en revue les grands chantiers à venir, sachant que la carte des sites est en place, savamment préparée au fil des ans.

Car, faut-il le rappeler encore, Salt Lake City a travaillé sur plus d’une décennie pour concevoir sa candidature et sa vision d’un retour des Jeux d’hiver sur le sol américain. De quoi offrir l’image d’un projet planifié avec rigueur, misant sur l’héritage des JO 2002 et l’intégration de sites implantés dans la région.

(Crédits – Alpes françaises 2030)

Ce parallèle entre les Alpes françaises 2030 et Utah 2034 est particulièrement saisissant.

Tandis que l’un possède moins de cinq années pour garantir la livraison des Jeux, avec toutes les problématiques que cela implique, l’autre bénéficie d’une marge de manœuvre conséquente qui, eu égard à la préparation déjà constatée jusqu’à présent, permettra à Utah 2034 de peaufiner son modèle et d’apporter un vent nouveau susceptible de révolutionner le schéma olympique des Jeux d’hiver.

Plus que jamais, les Alpes françaises sont aujourd’hui dans une phase critique.

Alors que l’une des premières campagnes de communication déployées juste après l’annonce de l’attribution des Jeux de 2030 évoquait les « Alpes françaises au sommet », la réalité est pourtant tout autre.

Pour l’heure, le CIO avance avec mesure ; l’institution restant pour l’instant focalisée sur la perspective des JO 2026 en Italie. Mais les mois qui suivront l’échéance à venir pourraient rebattre les cartes.

En prenant le relais des organisateurs transalpins à l’issue de la Cérémonie de clôture des Jeux, le 22 février 2026, le COJO devra – enfin – prendre la mesure des défis à surmonter pour réitérer la réussite organisationnelle de Paris 2024.

Le retour du drapeau aux cinq anneaux dans l’Hexagone et les prochaines étapes de planification des Jeux constitueront en ce sens des jalons essentiels.

Quoiqu’il en soit, du sursaut à réaliser l’an prochain dépendra inévitablement la suite du projet des Alpes françaises 2030.


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