JO 2030 : L’hypothèse d’une candidature française

Au moment où Paris 2024 célèbre le compte à rebours des 1 000 jours restants avant l’ouverture des Jeux d’été, certains imaginent déjà l’émergence d’une nouvelle candidature française, cette fois-ci, pour les Jeux d’hiver de 2030.

Visuel du projet de Patinoire du Mont-Blanc présenté par la candidature d’Annecy 2018 (Crédits – Archives / Annecy 2018)

La perspective des Jeux de Paris 2024 et l’imminence des Jeux d’hiver de Pékin 2022 semblent avoir éveillé chez certains, un intérêt pour une candidature tricolore à l’organisation de l’événement hivernal, dix ans après la déroute du projet d’Annecy 2018.

En Région Auvergne-Rhône-Alpes, des élus locaux – parmi lesquels le Président du Conseil Régional, Laurent Wauquiez – se prennent en effet à rêver d’un éventuel retour des Jeux Olympiques en terre savoyarde, gardant intact le souvenir de l’édition 1992 organisée à Albertville et dans les communes limitrophes.

Au cours des jours passés, une réunion s’est d’ailleurs tenue dans le plus grand secret entre les Maires des communes de la Tarentaise où les sites demeurent en état de fonctionnement.

Pour Laurent Wauquiez, interviewé par « Le Dauphiné Libéré », l’idée d’une telle entreprise germe en tout cas depuis quelques années. Comme il l’a notamment affirmé :

L’idée, je l’avais déjà eue lors de mon premier mandat à la présidence de la Région, quand Milan a été choisie pour 2026. Mais c’était trop proche des Jeux de Paris, on avait peu de chance.

Réélu, je me suis dit que ça valait le coup d’y réfléchir.

Laurent Wauquiez, Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes (Crédits – Charles Pietri / Région Auvergne-Rhône-Alpes)

Des consultations ont d’ores et déjà été établies.

Outre les Maires, celui qui fut Secrétaire d’État, puis Ministre, sous la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012), a également sollicité les conseils de Gilles Chabert, le Conseiller Montagne à la Région, et Fabrice Pannekoucke, Président d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme.

Au-delà du seul périmètre régional, Michel Vion, ancien Président de la Fédération Française de Ski (FFS), désormais Secrétaire Général de la Fédération Internationale (FIS), a aussi été approché, de même qu’Eric Brèche, Président du Syndicat des Moniteurs de Ski.

En revanche, la Présidente du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) ne semble pas avoir été informée, Brigitte Henriques faisant même part cette semaine de sa surprise à l’évocation d’une hypothétique candidature des Alpes françaises dans la course aux Jeux.

Or, le positionnement de l’institution, relais du Comité International Olympique (CIO) et porte d’entrée incontournable pour espérer accéder aux cinq célèbres anneaux, demeure indispensable, même si le processus des candidatures a été remanié pour davantage privilégier le dialogue avec les territoires.

Dans les semaines et mois à venir – et sans doute dans la dynamique des Jeux de Pékin 2022 – nul doute cependant que les autorités locales se rapprocheront du CNOSF pour discuter d’une opération qui, le cas échéant, se déroulerait six ans après la tenue des Jeux de Paris 2024.

Pour Brigitte Henriques, la priorité reste toutefois cette échéance de 2024.

Aussi, la mise en place d’un projet olympique et paralympique pour une édition future, soit 2030 ou au-delà, ne semble pas être – au moins à ce stade – à l’ordre du jour au sein de la Maison Olympique tricolore et ce, même si localement, l’héritage d’Albertville 1992 est porté comme un étendard et comme un argument majeur pour le développement d’un projet responsable et durable au service de la montagne et des territoires.

Brigitte Henriques lors de son premier discours en qualité de Présidente du Comité National Olympique et Sportif Français, mardi 29 juin 2021 (Crédits – CNOSF / KMSP)

Il faut dire que si la perspective des Jeux de Paris 2024 constitue un défi logistique important, malgré 95% de sites existants ou temporaires, le souvenir plus que mitigé de la candidature malheureuse d’Annecy 2018 reste bien présent parmi les leaders du sport hexagonal.

En 2009, après une pré-sélection interne qui avait vu Annecy l’emporter sur Grenoble, Nice et Pelvoux-Les Écrins, le projet français avait en effet entamé un véritable chemin de croix auprès du CIO, entre amateurisme apparent – marqué en particulier par le choix de Charles Beigbeder pour prendre la suite du démissionnaire Edgar Grospiron – et vives critiques des opposants sur le terrain et sur les réseaux sociaux.

Preuve de la fragilité du projet d’alors, l’institution olympique avait même songé à débrancher l’ambition annécienne dès la fin de la phase de requérance.

Mais sans doute désireuse de ne pas faire apparaître un duel fort logique entre PyeongChang (Corée du Sud), la grandissime favorite après deux tentatives manquées, et Munich (Allemagne), se rêvant à l’époque comme la première Ville Olympique hôte des Jeux d’été (1972) et des Jeux d’hiver, et face à un trop peu de candidatures post-crise économique, l’institution fondée par Coubertin avait finalement acté la présence de la cité haut-savoyarde dans la phase de candidature malgré ses faiblesses.

Le 06 juillet 2011, les membres du CIO se montrèrent néanmoins sévères à l’endroit de la candidature tricolore, cette dernière ne recueillant que 7 suffrages, contre 25 pour Munich et 63 pour PyeongChang.

Sans doute l’affront fait à la flamme olympique par les opposants aux Jeux de Pékin 2008 présents à Paris quelques années plus tôt a pu peser dans cette cuisante débâcle, tout comme le contexte de l’époque qui n’encourageait pas à une nouvelle désignation olympique pour l’Europe, Londres (Royaume-Uni) et Sotchi (Russie) ayant préalablement obtenu les Jeux de 2012 et de 2014, tandis que la Corée du Sud demeurait pour sa part sur deux échecs pour 2010 – échéance raflée par Vancouver (Canada) – et justement 2014.

La question des moyens mobilisés, du lobbying pratiqué, et de la méconnaissance des rouages olympiques, ont aussi pu être perçus comme des raisons de l’échec du projet d’Annecy 2018.

Cet échec a finalement profité d’une certaine manière à Paris 2024, le CNOSF balayant par la suite la perspective d’une candidature hivernale et remettant dès lors sur le devant de la scène, la possibilité d’une candidature aux Jeux d’été pour effacer un autre douloureux souvenir pour le sport français, à savoir la défaite de Paris 2012.

(Crédits – Archives / Annecy 2018)

Aujourd’hui, le contexte olympique a changé.

La France est désormais de retour dans le concert des nations qui comptent au sein du Mouvement Olympique, et le CIO a revu la lourdeur de la procédure des candidatures, de même que les modalités d’organisation des Jeux afin d’atténuer les critiques contre le gigantisme et de promouvoir des projets plus vertueux, notamment sur le plan économique et sur le plan environnemental, avec des dépenses réduites par l’utilisation de sites existants ou temporaires.

Il n’empêche, face à des candidatures déjà bien rodées comme celle de Salt Lake City (Utah, États-Unis), hôte des JO 2002 et en préparation depuis une dizaine d’années désormais, les chances de succès d’un projet savoyard paraissent, pour l’heure, minimes.

Outre la ville américaine – qui pourrait prendre le relais de Los Angeles 2028 – d’autres territoires à travers le monde se sont déjà positionnés pour une course qui, contrairement au processus passé, pourrait prendre fin au moment où le CIO le jugera le plus opportun, pour ses propres intérêts et pour les intérêts du territoire in fine désigné.

Dès 2017, ledit processus avait ainsi été bousculé par la double attribution des Jeux de 2024 et de 2028, et cet été, Brisbane (Australie) s’est vue confier les lauriers olympiques pour organiser les Jeux d’été de 2032, soit dans onze ans. Jusqu’alors, la procédure en vigueur voulait pourtant qu’une Ville Hôte soit élue sept ans avant l’ouverture des Jeux à l’issue d’une course d’obstacles de deux ans.

A ce stade, l’institution de Lausanne (Suisse) reste en tout cas focalisée sur la réussite des Jeux de Pékin 2022 dans une situation sanitaire encore fragile. Par la suite néanmoins, les choses pourraient rapidement s’accélérer, et la préparation active de candidatures déjà sur la piste pourrait à ce moment-là aider ces dernières à convaincre le CIO face à des projets tardivement préparés.

En l’occurrence, que ce soit du côté de Salt Lake City, de Sapporo (Japon), de Pyrénées-Barcelone (Espagne), ou encore de Vancouver et de l’Ukraine, le rêve olympique ne date pas d’hier, bien au contraire.

Si Salt Lake City semble aujourd’hui la mieux à même de répondre au défi des Jeux d’hiver, Sapporo était un temps présente pour l’obtention des JO 2026, tandis que l’Espagne et l’Ukraine avaient été sur le départ pour les Jeux de 2022. Vancouver pour sa part pourrait bénéficier de son expérience des JO 2010, à moins que le soutien populaire et institutionnel n’en décide autrement.

Vue de la vasque olympique de 1992 et de la patinoire olympique d’Albertville (Crédits – CoRAL)

Concernant l’hypothèse d’une candidature française, l’élan formulé par la Région et les communes partenaires pourrait servir à faire émerger une dynamique pour l’accélération de projets territoriaux, que ce soit dans le domaine des transports, de l’hébergement, et bien sûr des sports de montagne, au-delà de la seule saison hivernale.

Ledit élan pourrait aussi être le marqueur d’une ambition tricolore retrouvée depuis le succès de la candidature de Paris 2024 et dans l’optique de grands événements sportifs appelés à être organisés dans l’Hexagone dans les prochaines années.

Pour preuve, Michel Barnier, candidat à la primaire du parti Les Républicains en vue de l’élection présidentielle de 2022, et surtout ancien coprésident du Comité d’Organisation des Jeux d’Albertville 1992 aux côtés de Jean-Claude Killy, encourage à la présentation d’un tel projet.

Comme il l’a d’ailleurs affirmé en marge d’un déplacement à Valence, dans la Drôme, vendredi 29 octobre :

On a tous les équipements, tous fonctionnent 30 ans après les JO d’Albertville, et c’est une de nos fiertés. Tout est là. Nous avons toutes les volontés pour être candidat et réussir à nouveau des JO d’hiver après ceux de Paris en 2024, qui seront une réussite, j’en suis sûr.

C’est l’affaire des élus locaux et de cette grande région Auvergne-Rhône-Alpes dirigée par Laurent Wauquiez, mais aussi du mouvement sportif, des fédérations et des responsables sportifs.

En tout cas, ils peuvent compter sur moi. Il faut avoir cette ambition parce qu’une région comme la nôtre, un pays comme le nôtre, qui est sportif, est un pays qui a le moral, qui dépense moins pour sa santé, qui joue collectif.

2 pensées

  1. Un projet sans aucun doute très intéressant. Avec pourquoi pas Lyon en tête de file. 2030 pourrait servir de galop d’essai pour se positionner davantage pour 2034, voire 2038. Cela dit, si les potentiels candidats pour 2030 venaient à manquer, une éventuelle candidature française pourrait facilement s’imposer au yeux du CIO. Les potentielles candidatures de Vancouver, de Barcelone et de l’Ukraine ne semblent pas très vaillantes. Sapporo risque de pâtir du coût astronomique des jeux de Tokyo auprès de la population japonaise et Salt Lake City pourrait décider de se concentrer sur 2034 pour éviter la trop grande proximité avec Los Angeles 2028. La porte serait alors grande ouverte…Mais tout cela n’est qu’hypothèse…Peut-être aussi que d’autres pays voudront se lancer…

    1. Tout à fait Cyril ! Tout est encore question d’hypothèses. Je pense qu’il faut déjà attendre la fin des Jeux de Pékin 2022 pour que le CIO se recentre à nouveau sur le processus des candidatures, tout en sachant néanmoins qu’une délégation de Salt Lake City doit se rendre à Lausanne à la fin novembre. Peut-être pour éclaircir la position américaine quant à la meilleure option 2030 ou 2034. A suivre donc !

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