Paris 2024 : Une Cérémonie d’ouverture pour le monde et pour l’histoire

Cent ans après les derniers Jeux Olympiques d’été organisés en France, Paris se prépare à accueillir le monde au travers d’une Cérémonie d’ouverture spectaculaire en plein cœur de ville qui lancera officiellement une quinzaine olympique pour laquelle plus de 8,7 millions de billets ont été vendus.

Vue des anneaux olympiques sur la Tour Eiffel, mardi 11 juin 2024 (Crédits – Sport & Société)

Lorsque Paris se déclare en 2015 candidate à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, la capitale française sait qu’elle aurait fort à faire pour s’imposer aux yeux du Comité International Olympique (CIO) qui lui a refusé par trois fois en moins de trois décennies le droit et l’honneur d’accueillir la manifestation planétaire (1992, 2008, 2012).

Aussi, tout en reprenant pour partie certains codes déjà présentés sur les précédentes candidatures, à savoir en particulier la mobilisation de sites patrimoniaux et la volonté d’associer pleinement l’image de la « Ville Lumière » aux festivités des Jeux, Paris 2024 entend dans le même temps briser les écueils des tentatives ratées en mettant notamment en place une gouvernance incarnée par deux figures de proue que furent Bernard Lapasset et Tony Estanguet.

Deux ans durant, les deux hommes forts de Paris 2024 auront ainsi multiplié les échanges pour convaincre les autorités d’accompagner et de soutenir un projet évoqué en marge des Jeux de Londres 2012 par le Président de la République de l’époque, François Hollande, mais déjà esquissé quelques années auparavant. Chacun leur tour, les grands décideurs institutionnels – État, Région, Départements, Ville de Paris et autres Collectivités associées – s’embarquent alors dans l’aventure d’une vie, l’organisation des Jeux d’été constituant un défi unique en son genre que peu de pays ont la capacité d’opérer et que très peu peuvent réitérer plus d’une fois.

Finalement, la course d’obstacles de Paris 2024 s’est peu à peu dégagée au gré des évolutions constatées parmi la concurrence internationale, du retrait de Hambourg (Allemagne) en novembre 2015, à celui de Rome (Italie) en septembre 2016, en passant aussi par l’abandon de Budapest (Hongrie) en février 2017.

De gauche à droite, Casey Wasserman, Président du Comité Los Angeles 2028 ; Eric Garcetti, Maire de Los Angeles ; Thomas Bach, Président du Comité International Olympique ; Anne Hidalgo, Maire de Paris ; et Tony Estanguet, Président du Comité Paris 2024, le 11 juillet 2017 (Crédits – Sport & Société)

Paris se retrouve au bout du compte en concurrence frontale avec Los Angeles. Deux mastodontes auréolés de deux éditions olympiques par le passé et désireux de renouveler l’exercice. Deux compétitrices dans l’arène pour une seule place, une seule échéance, 2024.

Mais bien consciente que ce duel au sommet qui, en d’autres temps – lorsque la course olympique suscitait l’intérêt de plus d’une dizaine de villes à travers le monde – aurait généré un suspens maximal profitable au CIO, l’institution olympique a souhaité casser les codes habituels pour proposer un deal aux deux survivantes.

En proposant une double attribution 2024-2028, le CIO s’assurait ainsi deux vainqueurs incarnés par deux villes-monde, sachant que l’une et l’autre étaient susceptibles de ne plus figurer parmi les prétendants aux Jeux en cas d’échec.

De fait, Paris en était à sa quatrième tentative et Los Angeles, bien que reconnue par le Mouvement olympique comme la cité ayant sauvé les Jeux en 1984, ne pouvait aucunement se prévaloir d’une quelconque supériorité au sein d’une galaxie de villes américaines pouvant potentiellement prendre le flambeau des Jeux. D’ailleurs, il ne faut pas oublier que, dans la course à l’investiture américaine pour les JO 2024, Los Angeles avait d’abord été recalée – au même titre que Washington (District of Columbia) et San Francisco (Californie) – au profit de Boston (Massachusetts).

Dès lors, en se mettant d’accord sur la répartition du calendrier olympique, Paris et Los Angeles sont parvenues à s’assurer l’obtention des Jeux et la célébration de leur troisième Olympiade, la première ayant organisé l’événement en 1900 et en 1924, la seconde ayant eu cet honneur en 1932 et 1984.

La délégation de Paris 2024 après la désignation comme Ville Hôte des Jeux, le 13 septembre 2017 à Lima, Pérou (Crédits – Sport & Société)

Aussi, parfaitement sensible à ce parcours singulier et désireux d’insuffler une dynamique nouvelle pour moderniser l’image de la France régulièrement terre d’accueil de grands événements, le Comité d’Organisation des Jeux (COJO) de Paris 2024 a élaboré au fil des sept dernières années un schéma général en mesure de faire des Jeux de 2024 une édition mémorable.

Parmi les standards qui ont été revus et corrigés à mesure que les préparatifs des Jeux se sont déployés, la Cérémonie d’ouverture constitue à n’en pas douter le principal bouleversement.

Reprenant quelque peu le concept véhiculé par Buenos Aires (Argentine) lors des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2018, le COJO a peu à peu structuré un show inaugural pensé en dehors d’un stade. Une première à cette échelle.

Surtout, après avoir un temps étudié l’opportunité d’une Cérémonie le long des Champs-Elysées – le Président du CIO en personne avait fait part de son enthousiasme – il s’est laissé tenté par une folle mise en scène à établir sur la Seine, via un linéaire de six kilomètres, offrant à voir les plus beaux monuments parisiens à la tombée de la nuit. Là-encore, une initiative inédite pour une manifestation d’ampleur organisée dans Paris qui avait précédemment connu les célébrations du Bicentenaire de la Révolution Française en 1989 et les festivités – décriées – autour de l’ouverture de la Coupe du Monde de football en 1998.

Mais alors que l’ambition initiale était d’atteindre voire de dépasser le seuil du million de spectateurs sur les bords du fleuve, les contraintes de sécurité et la logistique d’une telle entreprise ont in fine amené à une révision du projet pour réduire la jauge à 600 000 spectateurs, avant de restreindre cette dernière à quelques 326 000 spectateurs.

Cela n’en demeurera pas moins une audience physique historique pour la célébration de la Cérémonie d’ouverture des Jeux.

Visuel de la Seine olympique pour la Cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024 (Crédits – Paris 2024 / Florian Hulleu)

Pour le reste, le concept et le fil conducteur de la prestation tant attendue ont été confiés à deux hommes à la vision sans limite : Thierry Reboul, Directeur des Cérémonies au sein de Paris 2024, et Thomas Jolly, Directeur Artistique des Cérémonies.

Ces dernières années, ils ont de facto élaboré avec leurs équipes un spectacle qui s’annonce grandiose, profitant pleinement des opportunités offertes par l’orchestration d’un tel événement en cœur de ville, de surcroît dans une capitale au passé historique et à la richesse patrimoniale comme Paris.

Dès 19h30, ce vendredi 26 juillet 2024, les centaines de milliers de spectateurs rassemblés sur les quais bas et les quais hauts de la Seine, et plus d’un milliard de téléspectateurs dans le monde, découvriront un enchaînement de douze tableaux opérés entre le Pont d’Austerlitz – point de départ des 85 bateaux qui transporteront les milliers d’athlètes issus de 206 délégations – et le Pont d’Iéna, entre le Trocadéro et la Tour Eiffel, où les officiels prendront place, incluant en particulier un contingent d’au moins 110 Chefs d’État et de gouvernement.

Pas moins de 3 000 danseurs et acrobates ont été recrutés pour l’occasion dans le cadre de vastes auditions. Tous seront présents ou bien sur des barges au milieu du fleuve, ou sur des ponts et passerelles emblématiques de Paris, ou encore au sein ou à proximité de monuments jalonnant le lit de la Seine comme la cathédrale Notre-Dame ou le Musée du Louvre.

Pour parfaire ce spectacle d’une durée prévisionnel de 3h45, les organisateurs ont aussi voulu remodeler le schéma traditionnel entre le défilé des athlètes, les prestations de serment, les hymnes et bien sûr, la proclamation de l’ouverture des Jeux par le Président de la République et l’embrasement de la vasque olympique.

L’aspect protocolaire et la dimension artistique ont ici été confondus pour justement donner un cadre nouveau à une Cérémonie inédite qui devrait faire date dans l’histoire olympique. Un peu comme le fut – à une échelle bien moindre mais avec déjà une vision décomplexée – la Cérémonie d’ouverture des Jeux d’hiver d’Albertville 1992 imaginée par le chorégraphe Philippe Decouflé.

Bien sûr, concevoir une Cérémonie de cette envergure a nécessité une logistique sans commune mesure. Ces jours-ci, l’Olympic Broadcasting Services (OBS) en charge de la diffusion de l’événement avait d’ailleurs souligné qu’il s’agirait du plus grand direct télévisé jamais couvert.

Pour assurer la retransmission du show pour lequel sont annoncés Céline Dion, Aya Nakamura ou encore Lady Gaga, trois hélicoptères survoleront la capitale, de même que huit drones, tandis que quatre bateaux suivront le défilé fluvial, sans compter également la présence de plus de 100 caméras – dont certaines sur grues – et quelques 200 smartphones agencés sur les embarcations pour des vues saisissantes.

Au global, et pour donner la mesure de cette organisation hors du commun – qui conduira en outre à la retransmission de l’événement sur 80 écrans géants positionnés le long de la Seine -, la Cérémonie de Paris 2024 représente trois fois le nombre de caméras utilisées pour Tokyo 2020.

Célébration de la cérémonie de passation du drapeau olympique depuis les Jardins du Trocadéro à Paris (Crédits – Paris 2024 / Flora Metayer)

Ce vendredi soir, Paris a rendez-vous avec le monde et avec l’histoire olympique, sous le regard attentif des délégations et des spectateurs bien évidemment, mais aussi des futurs organisateurs des Jeux.

Des représentants de Los Angeles 2028 et de Brisbane 2032 sont ainsi présents dans la capitale pour assister à l’ouverture des Jeux, puis pour suivre des épreuves et s’entretenir avec les organisateurs français. Après avoir pris part au Relais de la flamme olympique, Casey Wasserman pour LA 2028, et Andrew N. Liveris pour Brisbane 2032, devraient en tout cas en prendre plein la vue avec, peut-être au bout du compte, des inspirations utiles à l’orchestration de leur propre prestation inaugurale.

LA 2028 – qui sera la prochaine – se prépare d’ores et déjà à la Cérémonie de clôture et à l’habituelle passation du drapeau olympique qui se déroule en parallèle de la mise en œuvre d’un spectacle destiné à donner le ton de la prochaine Olympiade. Alors que la candidature de la « Cité des Anges » avait promis une ouverture des Jeux sur deux Stades Olympiques et via une déambulation entre ces deux sites à Los Angeles et Inglewood, les organisateurs américains devraient être soucieux d’impressionner les futurs spectateurs.

Cette semaine, dans une interview exclusive accordée à « Sport & Société », Janet Evans a esquissé la philosophie d’ensemble qui guidera à l’établissement de la Cérémonie de LA 2028.

Ainsi que l’a fait savoir la Directrice des relations avec les athlètes :

Pour la Cérémonie d’ouverture des Jeux de LA 2028, vous pouvez vous attendre à quelque chose qui reflétera la ville iconique de Los Angeles – en tant que plus grande et plus diversifiée scène au monde – tout en célébrant notre riche héritage olympique, alors que nous devenons une Ville Hôte des Jeux Olympiques pour la troisième fois et une Ville Hôte des Jeux Paralympique pour la première fois.

A l’été 2021, Paris 2024 n’avait pas hésité à – déjà – sortir du cadre en célébrant la passation du drapeau olympique entre images captées au sein de la ville et de quelques monuments-phares comme le Musée d’Orsay et le Grand Palais, tout en diffusant en direct les images de la foule rassemblée autour des médaillés français dans les Jardins du Trocadéro en attendant le passage de la Patrouille de France le long de la Seine, devant la Tour Eiffel. Une réorchestration de l’hymne national s’était par ailleurs soldé par l’apparition de l’astronaute Thomas Pesquet jouant du saxophone depuis la Station Spatiale Internationale (ISS).

Ce brin de folie – à l’opposé de l’image souvent accolée à la France et aux Français – sera en tout cas à coup sûr l’un des points-forts de la Cérémonie d’ouverture de Paris 2024.


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