Candidat à deux reprises, pour les Jeux d’été de 2016 et de 2020, et un temps intéressé par l’échéance de 2032, le Qatar confirme aujourd’hui son ambition de devenir le premier pays du Moyen-Orient à orchestrer l’organisation de l’événement olympique et paralympique, avec un projet pensé pour l’édition 2036.

Le Qatar sera bien de la partie.
Alors que le Comité International Olympique (CIO) s’engage dans une réflexion autour de l’actuel processus de désignation des Futurs Hôtes – ainsi que l’a décidé le mois dernier la nouvelle Présidente de l’institution, Kirsty Coventry – la Qatar a annoncé ce mardi 22 juillet 2025 son intention de présenter sa candidature pour organiser les Jeux de 2036.
Cette annonce n’est en rien une surprise, tant le pays a pu faire part d’un vif intérêt pour la manifestation quadriennale, notamment depuis la tenue de la Coupe du Monde de football en 2022 qui avait été érigée en tremplin pour une éventuelle candidature aux Jeux d’été.
Plus que jamais, le Qatar entend démontrer sa capacité à agencer les Jeux sur son territoire, en faisant état de ses atouts et en balayant les doutes, ainsi que les critiques qui ont pu, par le passé, affaiblir les précédentes candidatures du pays.
Comme l’a d’ailleurs énoncé Cheikh Joaan bin Hamad Al Thani, Président du Comité Olympique du Qatar (QOC) et Président du Comité de Candidature :
Notre participation au dialogue en cours autour de l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2036 reflète une vision nationale qui considère le sport comme un moteur de développement et une plateforme pour promouvoir la compréhension mutuelle et la paix entre les nations.
Nous avons fait du sport un pilier central de notre stratégie nationale et, aujourd’hui, nous aspirons à valoriser ce rôle aux niveaux régional et mondial en présentant un nouveau modèle, qui reflète la diversité de notre région et célèbre ses valeurs humaines authentiques.

Pour asseoir cette ambition, le Qatar précise disposer de quelques 95% des infrastructures sportives nécessaires à l’accueil des Jeux, soit un pourcentage qui place la candidature au même niveau que celles de Paris 2024 ou Los Angeles 2028.
De surcroît, le QOC indique que l’intégralité des sites est ou sera intégrée dans le cadre d’un Plan directeur national et selon les objectifs déterminés au travers du programme de plus grande envergure baptisé Qatar National Vision 2030.
Une manière de s’affirmer et surtout de se démarquer dans une course où nombre de pays ont déjà positionné leurs pions pour l’échéance 2036 ou les suivantes ; le processus de dialogue continu instauré par le CIO offrant une marge de manœuvre conséquente pour les prétendants.
L’Inde figure ainsi sur la ligne de départ, tout comme la Corée du Sud, la Turquie, l’Égypte, mais encore, le Chili, l’Allemagne, la Hongrie, voire possiblement le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie. Un temps positionné sur 2036, le Mexique a finalement repoussé son projet, l’Afrique du Sud se focalisant quant à elle sur 2040 au mieux. Il en est de même pour la Pologne qui ne ferme la porte ni à 2040 ni à 2044.
La Chine pourrait également être de la partie, ce qui en ferait un redoutable concurrent, le pays étant auréolé de deux éditions, une d’été (2008) et une d’hiver (2022).
Face à cette concurrence mondiale, le Qatar sait qu’il peut tirer son épingle du jeu. Pour cela, il lui faudra convaincre les Fédérations Internationales et les membres du CIO, alors que le pays pourrait devenir le plus petit organisateur des Jeux de l’histoire, devant la Grèce.
Le plus petit oui, mais certainement pas le moins préparé.
Le nombre d’infrastructures présentes in situ, et les compétitions majeures qui se sont tenues sur place au cours des deux dernières décennies sont là pour en attester.
Dans un document de présentation d’une quinzaine de pages, le QOC évoque de fait pas moins de 18 Championnats ou Coupes du Monde organisés et ce, dans divers sports – notamment olympiques – comme la natation, l’athlétisme, le football, le tennis de table, le handball, la boxe, le cyclisme, mais encore le judo, le tir sportif, le volleyball ou le basketball.
Ainsi que l’a rappelé le Président du Comité de Candidature :
Notre objectif va au-delà de la simple organisation d’un événement réussi : nous souhaitons offrir une expérience mondiale qui renforce les valeurs d’inclusion, de durabilité et de coopération internationale.

Derrière cet objectif se profile la volonté de la candidature qatarie d’incarner un projet de développement sportif dans une approche régionale.
Une façon ici d’essayer de court-circuiter l’Arabie saoudite, grand rival du Qatar dans la quête des grands rendez-vous sportifs internationaux et possible candidat aux JO 2036.
Pour étoffer cette volonté de penser un projet global qui porte en lui un héritage dépassant le seul cadre national, le QOC avance d’ailleurs un chiffre-clé : 500 millions. Soit peu ou prou le nombre d’habitants du Moyen-Orient.
Un chiffre rond, global qui est à lui seul une promesse, à savoir celle d’organiser les Jeux sur une partie du Globe dont les habitants n’ont encore jamais eu l’opportunité de recevoir l’événement.
La Turquie avait essayé de fonder ses précédentes candidatures sur cet objectif – en particulier celle d’Istanbul pour les JO 2020 – de devenir le premier pays du Moyen-Orient à accueillir les Jeux, en vain. En évoquant un chiffre aussi conséquent que celui de 500 millions d’habitants, le Qatar pour sa part, près de 12 ans après la déconvenue d’Istanbul, reprend à son compte le schéma développé avec succès par la Chine dans le cadre de sa candidature aux Jeux d’hiver de 2022.
A l’époque, Pékin avait su utiliser à bon escient et à maintes reprises lors des présentations successives de son projet, la promesse de faire venir sur les pistes de ski et dans les patinoires quelques 300 millions de nouveaux pratiquants ; un objectif atteint et dépassé depuis.

En confirmant publiquement sa candidature en cet été 2025, le Qatar espère en tout cas pouvoir profiter de la réflexion engagée autour du processus décisionnel du CIO, au moment où l’institution olympique a par ailleurs changé de figure de proue, avec l’installation, le mois dernier, de Kirsty Coventry à la présidence. Première femme et première personnalité issue du continent africain à atteindre cet Everest olympique.
Le Qatar espère également pouvoir bénéficier des faiblesses et autres atermoiements de ses concurrentes à l’échelle mondiale.
Bien que prétendante sérieuse depuis plus de quatre années, l’Inde reste sous la surveillance du CIO eu égard à ses comportements diplomatico-sportifs avec son voisin, le Pakistan, mais aussi eu regard du manque d’infrastructures existantes et de compétitions majeures qui se sont déroulées dans le pays ces dernières années avec plus ou moins de réussite. En ce sens, le souvenir des chaotiques Jeux du Commonwealth 2010 pourrait revenir comme un boomerang.
D’autres candidates demeurent pour l’instant en réflexion ou sur la réserve. C’est notamment le cas pour l’Allemagne qui, avec quatre candidatures internes, doit encore déterminer la meilleure option possible, tout en statuant sur l’échéance privilégiée entre 2036, 2040 ou 2044. Budapest et la Hongrie sont aussi dans l’attente, après le retrait contraint de la candidature aux Jeux de 2024.
En se focalisant sur 2036, le Qatar montre sa pleine et entière détermination, comme le QOC a su l’illustrer au travers d’une première vidéo promotionnelle mettant en avant le savoir-faire et la capacité du pays pour accueillir de grands rendez-vous sportifs.
Il n’empêche, dans la quête des Jeux, Doha et le Qatar devront aussi se rappeler de leurs échecs passés, à chaque fois au stade de la requérance, pour 2016 et 2020 ; l’idée de candidature pour 2032 ayant été avortée par la sélection de Brisbane (Queensland, Australie) comme candidate au dialogue ciblé avec le CIO.
Certes, le contexte n’est plus le même aujourd’hui, avec un modèle de candidature reposant sur des phases de dialogue – continu et ciblé – dans un schéma calendaire pouvant s’adapter en fonction de l’avancée des discussions. Ce modèle, cher à Thomas Bach, ancien Président du CIO, a été conçu en lieu et place des phases antérieures de requérance et de candidature qui avaient une durée de deux ans et qui aboutissaient à l’élection de l’Hôte, sept ans avant l’ouverture des Jeux.
La Charte olympique se veut en outre plus souple concernant les modalités logistiques d’organisation des Jeux, l’idée étant que l’événement doit s’adapter au territoire et non l’inverse. Pour le Qatar, cela pourrait se matérialiser par une adaptation du calendrier des Jeux, comme ce fut le cas pour Sydney 2000, dont les dates avaient été sectorisées entre le 15 septembre et le 1er octobre pour la manifestation olympique, et entre le 18 et le 29 octobre pour le rendez-vous paralympique.
Néanmoins, tout en essayant de mettre à profit les avancées olympiques de ces dernières années, le Qatar devra être en mesure de répondre aux critiques – sur la question sociale et sur la problématique environnementale et climatique – régulièrement formulées à son encontre lorsque le pays s’engage dans la préparation de grandes compétitions, et les Mondiaux d’athlétisme 2019, ainsi que la Coupe du Monde de football 2022 en sont deux parfaits exemples.
Sur ce point, la candidature qatarie devra veiller à rassurer, que ce soit l’opinion publique, mais aussi les décideurs sportifs, au premier rang desquels, les membres du CIO dont certains ont pu émettre des réserves au cours des années passées.
Ce fut ainsi le cas de Guy Drut, qui conseilla au Qatar de « se concentrer sur des compétitions indoor » en marge des Championnats du Monde d’athlétisme en 2019.
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