Coup de théâtre en Allemagne. Après le retrait de Hambourg, consécutif aux résultats du référendum orchestré au cours du printemps, la capitale fédérale jette à son tour l’éponge, laissant de facto Munich et la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr unie autour de Cologne, seules en piste avant l’Assemblée Générale Extraordinaire de la Confédération Allemande des Sports Olympiques (DOSB) convoquée pour ce samedi 26 septembre 2026.
De bout en bout, l’espoir d’un retour des Jeux à Berlin aura été un chemin semé d’embûches et de polémiques.
Dès avant le lancement du processus décisionnel du DOSB en vue de formaliser une candidature de l’Allemagne pour une édition estivale comprise entre 2036 et 2044, l’idée même d’un projet porté par Berlin avait soulevé quelques commentaires et critiques, en particulier quant à l’échéance envisagée susceptible de faire écho aux souvenirs des Jeux de 1936 dans l’esprit fut récupéré par le régime nazi.
En 2019 par exemple, l’ancien Chancelier allemand Gerhard Schröder, figure historique des Sociaux-Démocrates, avait pointé du doigt la perspective d’une candidature berlinoise pour 2036, estimant alors que l’impact historique pouvait nuire à la dimension sportive de l’événement.
Comme l’avait ainsi affirmé l’ancien leader politique :
« Je pense que ce serait bien si nous pouvions postuler à nouveau pour l’organisation des Jeux. Berlin serait le seul endroit qui aurait une chance de réussir.
L’Allemagne devrait candidater, mais soit avant ou après 2036 car, sinon, la question historique serait au premier plan au détriment de l’aspect sportif ».
En réponse, d’autres voix s’étaient élevées pour au contraire inciter et encourager le déploiement d’une ambition olympique et paralympique susceptible de donner un élan et de contribuer à la diffusion d’une image moderne et cosmopolite de la capitale allemande.
Ces dernières années, Kai Wegner, Maire de Berlin en poste depuis 2023, s’était notamment fait l’ambassadeur d’une nouvelle tentative berlinoise, plus de deux décennies après l’échec du projet pour les JO 2000 et quelques années après la déconvenue face à Hambourg sélectionnée par le DOSB comme candidate allemande pour l’édition 2024.
Ainsi que l’avait déclaré l’édile :
« Je crois que les Jeux de 2036, quel que soit leur lieu d’organisation, feront écho aux Jeux de 1936.
Cela fait partie de l’histoire et cela sera mis en avant.
Je dois vous dire que je suis fier d’être le Maire d’une ville qui a changé au cours des 100 dernières années ; qui ne tolère plus dictature, l’exclusion, ni la violence de masse, mais qui, au contraire, est désormais une métropole cosmopolite et internationale, une ville diversifiée ».

Depuis, la dimension historique d’une nouvelle candidature est resté l’un des points de faiblesse de Berlin dans la course aux Jeux, tout comme le relatif manque de dynamisme au sein des pouvoirs publics régionaux et jusque dans la population locale désireuse d’éviter d’éventuelles dépenses somptuaires.
Face à cela, les porteurs de la candidature ont bien tenté de mettre en exergue la qualité du concept « BERLIN+ » dont les contours furent révélés au printemps 2025, marquant dès lors l’entrée officielle de la capitale fédérale dans la bataille pour l’investiture allemande.
Misant bien sûr sur le monumental Stade Olympique, « BERLIN+ » s’appuyait sur plus de 90% d’infrastructures d’ores et déjà existantes ou avec la promesse d’une vocation temporaire durant les Jeux.
Au-delà du seul périmètre local, la candidature avait aussi vanté les mérites d’un concept mobilisant quatre Länder allemands, à savoir le Brandebourg, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la Saxe et le Schleswig-Holstein et ce, afin d’assurer l’utilisation maximale de sites opérationnels et un partage des coûts.
Malgré cette cartographie à la fois mesurée et ambitieuse, le petit supplément d’âme n’a finalement jamais vraiment été suffisant pour réussir à prendre l’avantage face aux rivales déclarées : Hambourg, retirée depuis ; la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr qui, après un examen approfondi de son concept, s’est positionnée autour de la ville-centre de Cologne ; et sans doute plus encore, Munich, auréolée comme Berlin d’une première édition olympique (1972).
Tout au long du processus décisionnel allemand, la cité bavaroise a su s’imposer comme une prétendante solide, déterminée et convaincue par la richesse de ses sites pour partie hérités des JO 1972. Une ambition partagée lors d’un référendum couronné de succès qui, tant au regard du nombre de votants que du nombre de suffrages en faveur de la candidature, a permis de placer idéalement sur orbite le projet munichois.
A l’inverse, Berlin a très tôt fait part de sa volonté de ne pas solliciter par les urnes l’avis de sa population, souhaitant se contenter de sondages et de l’investissement politique et institutionnel.

Or, dans la dernière ligne droite, le risque d’une crise politique local est venu accroître les fragilités de départ de Berlin.
Aussi, le couperet est finalement tombé ce dimanche 20 septembre 2026 avec l’annonce des résultats des élections régionales à Berlin qui ont consacré la victoire du parti d’extrême gauche, Die Link (25,65%), face à l’Union Chrétienne-Démocrate (CDU) du Maire sortant qui ne se représentait toutefois pas (18,77% en recul de 9,5 points).
De surcroît – et comme constaté lors de récents scrutins régionaux outre-Rhin – les résultats berlinois ont aussi montré une forte hausse de l’extrême droite incarnée par l’AfD, avec un score mesuré à 16,26%, soit une augmentation de 7,5 points par rapport aux dernières élections.
Derrière, le parti écologiste Grünen a enregistré un net recul (14,29% en baisse de 4,1 points), de même que le Parti Social-Démocrate (SPD) mesuré à 12,11% seulement, soit une chute de 6,3 points.
Dans ce contexte, les autorités locales ont convoqué dès hier une conférence de presse au sujet de la candidature berlinoise pour l’organisation d’une future édition des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été.
Preuve de l’importance de cette convocation, le Maire de Berlin, Kai Wegner, la Sénatrice en charge de l’Intérieur et du Sport, Iris Spranger, et le Commissaire de l’État de Berlin chargé de la candidature aux Jeux, Kaweh Niroomand, avaient été annoncés.
Ce jeudi 24 septembre 2026 dès 10h00, le suspens s’est finalement rapidement dissipé, les parties en présence annonçant tout de go le retrait de la candidature olympique et paralympique de Berlin.
Comme l’a évoqué le Maire sortant :
« C’est un jour triste pour Berlin. La décision de retirer la demande pour les Jeux Olympiques et Paralympiques a été extrêmement difficile pour nous.
Depuis les élections législatives, nous avons eu une nouvelle situation politique. Après les signaux clairs des associations sportives, nous devons nous rendre compte que la candidature de Berlin n’a plus de chance réaliste dans ces conditions. Ce n’est pas à cause de notre concept, mais parce que la stabilité politique nécessaire n’est plus garantie.
Je tiens à remercier tous ceux qui ont soutenu notre candidature avec tant de passion – au sein de notre Conseil d’administration, le Commissaire Kaweh Niroomand et toute son équipe, et le personnel du Département du Sénat pour les Affaires intérieures et le Sport.
Une chose reste importante et juste : Berlin doit améliorer ses infrastructures sportives et dans l’avenir de notre ville en investissant ».

Si ce retrait reflète un nouvel échec de Berlin – et peut par ricochet aussi venir impacter la crédibilité de la future candidature allemande – il a tout de même le mérite de survenir lors d’une fenêtre de tir somme toute maîtrisée.
En effet, bien que les élections aient révélées une profonde mutation de la sphère politique berlinoise, le choix des autorités de retirer la candidature permet d’une certaine façon de préserver l’image d’un projet qui aurait immanquablement été détricoté et dénoncé par les vainqueurs des urnes.
Surtout, ce choix permet d’épargner au DOSB un sérieux camouflet qui aurait pu se matérialiser dans l’hypothèse d’une désignation de Berlin comme candidature allemande, ce samedi 26 septembre 2026, suivie dans les jours et prochaines semaines d’un inévitable abandon du projet, soit en raison de la difficulté à composer une majorité en mesure de gouverner Berlin, soit au regard de la nouvelle composition de l’Assemblée régionale marquée par la montée des extrêmes et la chute des partis de gouvernement traditionnels.
Une sombre perspective qui n’aurait alors pas été sans rappeler le précédent de Rome 2024 qui, après sa désignation par le Comité National Olympique Italien (CONI) et sa présentation devant le Comité International Olympique (CIO), avait été contrainte au retrait, faute de recueillir l’appui de la nouvelle majorité municipale élue à l’époque et incarnée par Virginia Raggi du mouvement contestataire et populiste, M5S.
Quelques années auparavant, en février 2012, le retrait de Rome 2020 – eu égard à l’absence de possibilité de soutien institutionnel par l’État – avait même conduit à la démission de Mario Pescante, figure du Mouvement olympique italien, de ses fonctions de Premier Vice-Président du CIO.
Du côté de l’Allemagne et de Berlin, la déception est forcément de mise.
Ainsi que l’a exprimé le Commissaire Kaweh Niroomand, en évoquant les raisons précises du retrait de la candidature avant la tenue effective de l’Assemblée Générale Extraordinaire du DOSB :
« C’est une décision amère pour nous tous et pour moi personnellement. Il y a eu beaucoup de travail auprès de ‘BERLIN+’ pendant des mois, une quantité incroyable de passion et d’idées, et l’engagement de nombreuses personnes.
Il est important pour moi de clarifier une chose : nous ne retirons pas notre demande en raison de l’évaluation par le DOSB. Notre concept a été bien noté par le DOSB et a reçu beaucoup de reconnaissance de la part des associations sportives.
Cependant, nous savions avant même le scrutin [de l’Assemblée Générale du DOSB] que la situation politique après les résultats des élections jouerait un rôle essentiel dans la décision de ces associations. De la part de nombreux de nos partisans, nous avons maintenant reçu le signal clair qu’ils ne pouvaient désormais plus voter pour Berlin en raison du manque de fiabilité politique.
Dans ces conditions, il n’aurait pas été responsable d’aller à Baden-Baden et de risquer un vote au cours duquel notre bon concept pouvait finir sans une seule voix. Nous voulions épargner cette gêne pour Berlin et pour tous ceux qui ont investi tant de passion dans cette candidature.
Néanmoins, nous irons à Baden-Baden, nous expliquerons notre décision, et nous exprimerons notre solidarité à l’égard des autres candidatures dont nous souhaitons la réussite. Et nous ferons comprendre que ‘BERLIN+’ continuera d’être prêt et que ses idées pourront être reprises et développées à tout moment ».
Avec ce nouveau retrait, la course interne à l’investiture allemande se retrouve aujourd’hui incarnée par Munich et la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr, soit les deux candidates ayant réussi à passer le cap de l’opinion publique parmi les quatre prétendantes alignées au départ.
Le duel qui s’annonce – comme lors du choix pour la candidature aux JO 2024 – dans l’optique du vote de ce samedi 26 septembre, pourrait bien tourner à l’avantage de la Ville Hôte des JO 1972, sauf à envisager un pari audacieux que prendrait le DOSB en se tournant vers Cologne et ses alentours dans un concept de dimension régionale et aux arénas diverses au sein de plus d’une douzaine de villes mobilisées.

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