JO 2036 : L’Espagne renonce à porter une candidature de Madrid

Cette semaine, le Président du Comité Olympique Espagnol (COE) a fermé la porte à l’idée d’une candidature de Madrid pour l’organisation des Jeux d’été de 2036. Une manière de préserver le projet développé autour de Barcelone et des Pyrénées pour les Jeux d’hiver de 2030, même si les faiblesses structurelles de ce dernier rendent hypothétiques les chances de succès.

Maquette du projet olympique et paralympique de Madrid 2020 (Crédits – Madrid 2020 / Archives)

Depuis quelques mois, le refrain d’une nouvelle candidature madrilène pour l’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été avait commencé à se faire jour, près de dix ans après le projet de Madrid 2020, le troisième consécutif à avoir connu un échec.

Or, en dépit d’un engouement certain de la population locale, à en croire une enquête sondagière publiée fin 2021, l’idée d’une candidature pour les Jeux de 2036 a peu à peu été confrontée à des réalités, rendant délicat l’engagement dans une telle aventure.

Il faut dire que le Mouvement Olympique espagnol encourage et accompagne les autorités madrilènes à redoubler d’efforts pour être en capacité de candidater et de recevoir, à l’avenir, des événements sportifs majeurs, comme autant de tremplins avant le dépôt d’un projet pour les Jeux.

En outre, une candidature de la capitale serait immanquablement perçue comme une concurrence malvenue vis-à-vis du projet de Pyrénées-Barcelone pour l’édition hivernale de 2030, projet qui doit être déployé dans le courant du printemps, avant une consultation populaire limitée à quelques territoires de la Catalogne. Dans le cas présent, l’histoire chaotique entre les deux villes-phares du pays doit également être prise en considération.

Alejandro Blanco, Président du Comité Olympique Espagnol (COE) et José Luis Martínez-Almeida, Maire de Madrid, lors d’une réunion organisée mercredi 22 septembre 2021 (Crédits – COE)

Aussi, conscient de ces enjeux et de ces risques, le Président de l’instance olympique espagnole a fait savoir qu’un nouveau projet pour les Jeux d’été n’était pas à l’ordre du jour, tout du moins à ce stade.

Se fondant sur des recommandations formulées par le Comité International Olympique (CIO), à l’aune des réformes engagées par celui-ci sur le processus des candidatures, Alejandro Blanco a notamment justifié le renoncement pour 2036 au détour d’une interview pour la radio « RAC1 ».

Ainsi qu’il l’a affirmé :

J’ai eu plusieurs échanges avec le Maire de Madrid pour évoquer cette question [d’une candidature] et Madrid, sans aucun doute, est une ville qui devrait essayer d’accueillir les Jeux Olympiques, mais elle n’optera pas pour les Jeux de 2036.

Lorsque nous avons discuté avec le CIO des possibilités qui existaient, ils nous ont dit que les possibilités concernaient l’hiver.

Les Jeux de Paris 2024, ceux de Los Angeles 2028, et ceux de Brisbane 2032 ont été attribués, et les recommandations qu’ils ont formulé pour ceux de 2036 est que Madrid n’apparaisse pas.

Avec ce propos, Alejandro Blanco veut certainement recentrer l’intérêt sur la candidature en cours pour les JO 2030 et ce, au moment où cette dernière demeure confrontée à des querelles politiques et territoriales qui fragilisent la compréhension et la promotion d’un projet déjà évoqué pour 2022 et pour 2026.

Cette volonté de créer – ou de recréer – une dynamique autour de Pyrénées-Barcelone 2030 s’explique notamment par l’approche d’une consultation prochaine de la population, qui constitue une étape toujours à hauts risques pour les candidatures aux Jeux.

Au-delà, le COE espère sans doute profiter de la présentation à venir du concept technique de la candidature pour refaire, au moins en partie, le retard accumulé ces derniers mois par rapport à des projets comme Salt Lake City (Utah, États-Unis) et Sapporo (Japon). Ces deux anciennes Villes Olympiques – 2002 et 1972 – font en effet figure de favorites, avec un avantage acquis peu à peu par la cité nippone, surfant sur le succès des Jeux d’été de Tokyo 2020, organisés dans un contexte singulier, sur la promesse de Jeux éco-responsables et d’un budget récemment revu à la baisse, ainsi que sur les hésitations de Salt Lake City.

(Crédits – Pirineus-Barcelona)

Malgré tout, la désignation probable du futur Hôte des Jeux d’hiver de 2030, lors de la 140ème Session du CIO annoncée à Bombay (Inde) en 2023, pourrait venir rebattre les cartes espagnoles.

De fait, une déroute de la candidature barcelonaise avant cette échéance – en cas de fractures durables entre les autorités locales et régionales, ou en raison de l’échec de la consultation populaire – pourrait redonner du souffle aux partisans d’une candidature de Madrid. Il en serait de même avec le choix d’un dialogue ciblé du CIO avec l’une des rivales de la cité catalane.

Quoiqu’il en soit, le renoncement d’aujourd’hui n’est peut-être pas tout à fait définitif, d’autant plus lorsque l’on considère que l’élection de l’Hôte des Jeux d’été de 2036 ne constitue pas une priorité pour le CIO qui bénéficie déjà de trois futurs organisateurs (2024-2028-2032) pour les Olympiades prévues au cours de la décennie.

Mais au regard du propos formulé par le Président du COE, il conviendra cependant de surveiller l’attitude de l’institution de Lausanne (Suisse), et celle de potentielles candidates, au cours des mois et années à venir.

La maison fondée par le Baron Pierre de Coubertin pourrait en effet être désireuse d’aller explorer un nouveau territoire, non-encore auréolé des anneaux olympiques. Le profil des prétendants – officiels ou officieux – déjà intéressés par l’échéance de 2036 semble en tout cas plaider pour une telle démarche.

A ce stade, l’Inde est ainsi sur les rangs, de même que l’Indonésie, le Qatar, ou encore la Hongrie et la Turquie, celle-ci restant d’ailleurs sur une succession d’échecs pour Istanbul, le dernier en date étant celui de 2013, la même année de l’ultime candidature de Madrid.

Un temps amorcé, le projet de candidature de la Russie a pour sa part été balayé par les conséquences de la guerre en Ukraine, qui a récemment conduit les instances sportives internationales à prendre des décisions inédites d’exclusions d’athlètes de compétitions et de retraits d’événements sur le sol russe.

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