Ukraine : Le Président du CIO évoque un « tournant dans l’histoire de l’humanité »

Quelques jours après une première lettre adressée aux acteurs du Mouvement Olympique, Thomas Bach a pris une nouvelle fois la plume pour s’exprimer sur la situation et les répercussions de la guerre en Ukraine, reprenant pour l’occasion la formule lancée lors des Jeux d’hiver de Pékin 2022 : « Give peace a chance » (« Donnez une chance à la paix »).

Thomas Bach, Président du Comité International Olympique (Crédits – IOC / Greg Martin)

Assistant à l’imminence redoutée d’un conflit armé sur le continent européen, parallèlement à la célébration des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin 2022, le Président du Comité International Olympique (CIO) n’avait pas tardé à condamner l’offensive militaire russe survenue quatre jours seulement après la clôture de ces Jeux.

Mais sans doute surprise par une telle offensive, l’institution olympique a ensuite été confrontée à de premières décisions prises par des Fédérations Internationales pour dénoncer l’action militaire de la Russie. Finalement, après avoir donné l’impression de se défausser de ses responsabilités, le CIO a convenu d’adopter une démarche plus ferme, visant à inciter à l’exclusion des athlètes russes et biélorusses des compétitions, tout en encourageant les acteurs du Mouvement Olympique à retirer les compétitions prévues en Russie et en Biélorussie, sans toutefois annoncer de sanction concernant une participation ou non à la prochaine Olympiade, à savoir celle de Paris 2024.

Depuis lors, l’institution présidée par Thomas Bach a tâché d’apporter son soutien à la communauté olympique ukrainienne, avec l’installation récente d’un fonds de solidarité et la mobilisation de Sergey Bubka, figure de l’athlétisme et Président du Comité Olympique ukrainien pour coordonner les actions d’aide humanitaire à l’égard des athlètes, des entraîneurs et des familles de ces derniers.

Comme cela a d’ailleurs été annoncé ce week-end, un premier déblocage de 200 000 dollars a été engagé pour mener à bien trois actions prioritaires sur le terrain et ce, dans un souci de mise en sécurité des membres de la communauté olympique en Ukraine.

La délégation ukrainienne lors de la Cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin 2022, le 04 février 2022 (Crédits – National Olympic Committee of Ukraine)

Au-delà des initiatives de l’instant présent, le Président du CIO est aussi conscient que la guerre en Ukraine conduit d’ores et déjà à des bouleversements durables pour l’Europe et pour le monde dans son ensemble, renforçant en conséquence la philosophie de l’Olympisme et ses valeurs.

Comme l’expose en ce sens Thomas Bach dans sa nouvelle missive :

D’un côté, nous avons le cœur lourd. De l’autre, nous devons garder la tête froide pour préserver nos valeurs olympiques qui ont jusque-là résisté à l’épreuve du temps.

L’invasion a changé le monde. L’invasion n’a pas changé nos valeurs. L’invasion a renforcé notre attachement à nos valeurs de paix, de solidarité et de non-discrimination dans le sport, quelle qu’en soit la raison. Ce qui a changé, en revanche, ce sont les moyens de les protéger et de les promouvoir.

Cette situation nous impose – et nous donne l’occasion – de définir clairement les principes et les valeurs qui constituent le Mouvement Olympique et nous guident. Les conséquences politiques de cette guerre et les sanctions politiques infligées nous confrontent au dilemme extrêmement difficile de nous trouver dans l’incapacité d’appliquer pleinement ces principes en tout temps.

Notre principe directeur est la paix. Cette mission nous a été confiée par notre fondateur, Pierre de Coubertin. Lorsqu’il a restauré les Jeux Olympiques et créé le CIO en 1894, avec le soutien total du mouvement international pour la paix de l’époque, il a déclaré : ‘Si l’institution des Jeux Olympiques prospère, elle peut devenir un facteur puissant pour assurer la paix universelle’.

Aussi, fort de ce constat, Thomas Bach justifie dans sa lettre, la prise de position du CIO et ce, alors que certains ont considéré ces derniers jours que les acteurs du sport s’immisçaient dangereusement sur la scène politique, comme un écueil à la sacro-sainte neutralité portée en étendard par l’Olympisme.

De fait, comme le précise le Président du CIO, l’institution du Baron Pierre de Coubertin entend rester maître de ses décisions en ne se laissant pas instrumentaliser d’une quelconque manière :

Un argument facile reviendrait à dire qu’il s’agit d’une politisation du sport qui va à l’encontre de la Charte Olympique, laquelle exige la neutralité politique. C’est un piège dans lequel nous ne tomberons pas.

Quiconque viole de manière aussi flagrante la Trêve Olympique par des moyens politiques, voire militaires, ne peut dénoncer les conséquences qui en découlent en affirmant qu’elles sont motivées par des raisons politiques.

Dans son adresse aux acteurs du Mouvement Olympique, Thomas Bach va même plus loin, en rappelant la complexité de décisions qui peuvent impacter au premier abord les athlètes eux-mêmes.

Ainsi qu’il le détaille :

Grâce à la recommandation de la commission exécutive du CIO, nous avons clarifié la situation pour nos parties prenantes et évité les désaccords, tout en les aidant à maintenir notre unité.

Sans cela, nous nous serions retrouvés dans une situation où des athlètes russes ou bélarussiens auraient concouru pour des titres, alors que les athlètes ukrainiens n’auraient pu le faire en raison de la guerre dans leur pays.

Sans cela, nous aurions assisté à la politisation de compétitions sportives par des athlètes ou des équipes, certains d’entre eux étant encouragés par des tiers.

Nous avons également dû tenir compte des risques pour la sécurité des athlètes russes et bélarussiens participant à des compétitions internationales, en raison de l’émergence de profonds sentiments anti-russes et anti-bélarussiens suite à l’invasion.

Intervention de Thomas Bach, Président du Comité International Olympique, lors de la Cérémonie d’ouverture des Jeux d’hiver de Pékin 2022 (Crédits – IOC / Greg Martin)

Enfin, celui qui préside aux destinées du Mouvement Olympique depuis 2013, n’a pas manqué de saluer la réaction internationale et projette in fine ledit Mouvement dans le temps long, comme il l’avait d’ailleurs fait dans le cadre d’une réflexion sur le modèle olympique de l’après-coronavirus dès le printemps 2020.

Après la crise sanitaire de ces deux dernières années, qui a notamment conduit à la décision sans précédent de reporter une édition des Jeux – en l’occurrence celle de Tokyo 2020 -, Thomas Bach estime en effet que :

[La guerre en Ukraine] marque un tournant dans l’histoire de l’humanité et crée également des défis sans précédent pour notre Mouvement Olympique. Nous espérons sincèrement que ces obstacles pourront être surmontés le plus rapidement possible et que la paix pourra être rétablie.

A l’aune de ce propos, il apparaît évident que le Président du CIO devrait poursuivre ce qui s’apparente à la fois à une mission de pédagogie, et encore davantage à un renforcement du rôle d’une institution plus que centenaire, dont les valeurs fondatrices n’ont sans doute jamais été autant d’actualité.

Les actions du CIO ne se limiteront d’ailleurs pas uniquement à des initiatives d’urgence, l’institution prévoyant d’ores et déjà de prendre sa part dans le soutien aux réfugiés, notamment au travers de l’Olympic Refuge Foundation.

2 pensées

  1. Article solide, bien documenté et nuancé, qui informe correctement sur la position délicate qu’a choisi d’occuper le CIO

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