Thomas Bach apporte une réflexion pour un modèle olympique de l’après-crise

A peine plus d’un mois après l’officialisation du report des Jeux d’été de Tokyo 2020, le Président du Comité International Olympique (CIO) a rédigé ce jour un document de huit pages dans lequel il évoque le devenir du modèle olympique au sein d’une société durablement impactée par la crise.

Thomas Bach, Président du Comité International Olympique (Crédits – CIO / Greg Martin)

Alors que le CIO est aujourd’hui confronté à l’un des plus grands défis de son histoire, avec le report d’un an des Jeux de Tokyo 2020, son Président, Thomas Bach, s’est directement adressé à l’ensemble des composantes du Mouvement Olympique – les membres du CIO, les Présidents des Fédérations Internationales (FI) et des Comités Nationaux Olympiques (CNO), mais encore le Président du Comité International Paralympique (IPC), sans oublier les représentants des athlètes et les membres de la communauté olympique – pour dresser un constat de la crise sanitaire actuelle et pour tracer des perspectives quant au développement futur du modèle olympique.

Sobrement intitulé « Olympisme et coronavirus », ce document se décompose en deux parties – Gestion de la crise ; Le monde de l’après-coronavirus – avec en outre trois points portant sur l’impact de la crise sur le plan social d’une part, le plan économique d’autre part, et enfin sur le plan politique.

Dès lors, à travers un propos empreint de gravité, avec néanmoins un certain optimisme, Thomas Bach entend placer le CIO parmi les acteurs majeurs de la nouvelle ère qui s’ouvre progressivement au monde, entre les annonces de déconfinement des populations, comme en France, et la recherche active dans la mise en œuvre de solutions sanitaires pérennes.

Cérémonie d’allumage de la flamme olympique de Tokyo 2020, jeudi 12 mars 2020 (Crédits – CIO / Greg Martin)

Pour ce qui concerne ainsi les préparatifs des Jeux de Tokyo 2020, le Président du CIO rappelle que l’institution sera au rendez-vous en contribuant pour partie à l’effort financier qui devra être réalisé pour surmonter les coûts supplémentaires liés au report de l’événement. Comme il l’explique notamment :

Des circonstances extraordinaires appellent des mesures extraordinaires. Cette situation exige que chacun d’entre nous fasse sa part et cela vaut pour nous tous, y compris le CIO.

En ce qui nous concerne, nous avons clairement indiqué que le CIO continuerait à assumer sa part de la charge opérationnelle et sa part des coûts pour ces Jeux reportés, selon les termes du contrat existant pour 2020 que nous avons conclu avec nos partenaires et amis japonais.

Bien qu’il soit trop tôt pour donner un chiffre exact, nous savons déjà que nous devrons supporter plusieurs centaines de millions de dollars de coûts dus au report. C’est pourquoi il nous est également nécessaire d’examiner et de revoir tous les services que nous fournissons pour ces Jeux reportés.

Concrètement, le CIO travaillera de concert avec ses partenaires nippons et avec les autres parties au projet pour réduire les coûts.

Cela pourrait entre autres choses passer, par exemple et pour reprendre la proposition émise cette semaine par la Ministre en charge des Jeux, Seiko Hashimoto, par une célébration commune des Cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques et des Jeux Paralympiques.

Pour le CIO et le TOCOG, il conviendra par ailleurs de veiller à la mobilisation des sites – 43 pour les Jeux Olympiques puis 19 pour les Jeux Paralympiques – même si des adaptations ne sont pas à exclure si cela peut permettre de limiter des dépenses supplémentaires. La problématique du Village des Athlètes sera également l’un des sujets de travail du Groupe « Here We Go » instauré par le CIO plus tôt ce mois-ci en complément d’un Comité de pilotage conjoint.

Mais au-delà de l’aspect purement financier et des questions logistiques, et comme il a su le faire avant de s’engager dans la voie du report, le CIO souhaite bien sûr poursuivre un dialogue régulier avec l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Ainsi, à l’aune des conseils et recommandations que l’instance énoncera le moment venu, le CIO pourrait adapter l’organisation des stades et des enceintes appelés à accueillir les compétiteurs et les milliers de spectateurs à l’été 2021 et ce, dans un souci de sécurité sanitaire.

Vue de la piste d’athlétisme du Stade Olympique de Tokyo (Crédits – Japan Sport Council)

Pour ce qui est des échéances plus lointaines, Thomas Bach fait un constat lucide, constat qui pose les bases de la réflexion à venir pour l’institution de Lausanne (Suisse) et la place que celle-ci pourra occuper dans le monde d’après-crise. Pour le Président du CIO :

A l’heure actuelle, personne ne sait à quoi ressembleront les réalités du monde de l’après-coronavirus.

Il est néanmoins évident qu’aucun d’entre nous ne sera probablement en mesure de maintenir chaque initiative ou événement que nous planifions avant que cette crise ne frappe. Nous devrons tous examiner de près la portée de certaines de nos activités et procéder aux ajustements nécessaires aux nouvelles réalités.

Un propos qui n’est pas sans rappeler la récente prise de position exprimée par Guy Drut, membre français du CIO et Conseiller stratégique de Tony Estanguet, Président du Comité d’Organisation des Jeux (COJO) de Paris 2024.

En filigrane, Thomas Bach semble en effet désireux de poursuivre les initiatives de rénovation du modèle olympique qui ont été entreprises sous sa présidence, avec d’abord la mise en œuvre de l’Agenda 2020 – sa grande promesse en septembre 2013 au moment de prendre la succession de Jacques Rogge – et ensuite avec l’adoption de la Nouvelle Norme après le constat frappant d’un désamour de villes potentielles et de critiques toujours fortes d’une partie de l’opinion publique.

Celui qui devrait sans nul doute être candidat à un renouvellement de son mandat à la tête de la Maison Olympique veut à ce sujet montrer l’exemple, en annonçant que l’administration du CIO travaille d’ores et déjà à une révision du budget et des priorités de l’institution.

De façon plus générale, si l’on considère le propos de Thomas Bach, il n’est pas à exclure une refondation – a minima ou à plus grande envergure – des projets destinés aux prochaines éditions des Jeux et ce, dans un souci de responsabilité et de durabilité.

Le CIO, en tant qu’organisation, est déjà neutre en carbone, tout comme devraient l’être les Jeux de Tokyo 2020.

Notre nouvel objectif pourrait être de les rendre tous deux positifs sur le plan climatique avant même l’année 2030, soit l’année ciblée par la communauté internationale pour atteindre ses objectifs climatiques.

Avant cela, Thomas Bach avait précisé qu’au regard de la crise actuelle :

Pour la plupart des manifestations sportives, comme pour tous les secteurs de la société, les choses ne pourront plus être comme avant.

C’est pourquoi le CIO devrait renforcer encore davantage les réformes de durabilité et de faisabilité de l’Agenda 2020 en entamant une autre phase de la ‘Nouvelle Norme’ afin de permettre aux Comités d’Organisation des Jeux Olympiques de réaliser encore plus d’économies. Ces nouvelles mesures devraient permettre de limiter encore davantage l’empreinte écologique de toutes les parties prenantes aux Jeux Olympiques.

Bien que Pékin 2022, Paris 2024, Milan-Cortina 2026 et Los Angeles 2028 planchent sur leur propre dossier, des adaptations pourraient de fait être décidées sur la base de discussions continues avec le CIO.

De gauche à droite, Casey Wasserman, Président du Comité Los Angeles 2028 ; Eric Garcetti, Maire de Los Angeles ; Thomas Bach, Président du Comité International Olympique ; Anne Hidalgo, Maire de Paris ; et Tony Estanguet, Président du Comité Paris 2024, le 11 juillet 2017 (Crédits – Sport & Société)

Pour mener à bien cette réflexion à long terme, le Président du CIO note que trois scénarios sont à envisager pour le monde d’après : un premier schéma basé sur une société qui vivrait selon les mêmes règles qu’avant la crise ; un second schéma fondé sur une société où l’intérêt personnel prévaudrait ; et un troisième schéma selon lequel une plus grande solidarité entre les peuples et les nations serait de mise.

Se focalisant sur cette dernière hypothèse, Thomas Bach avance le fait que le CIO pourrait avoir un rôle-moteur dans le monde de demain et ce, compte-tenu des valeurs véhiculées par l’Olympisme et le sport à travers la société.

Il faut dire que le sport représente un pan non-négligeable de l’économie – 2% du Produit Intérieur Brut (PIB) et 3% des emplois en Europe selon une étude citée par le leader olympique dans sa lettre -, un pan qui souffre ou qui souffrira des impacts de la crise actuelle avec, là-encore, une refonte à prévoir pour le modèle sportif dans son ensemble, en lien avec les pouvoirs publics et le secteur privé, et en tenant compte du déploiement de la pratique du e-sport. En outre, il ne faut pas négliger que le sport contribue aussi au bien-être des individus qui pratiquent une activité physique régulière et qu’il peut également être source d’intégration sociale.

Sur ces différents points, le CIO souhaite encourager les gouvernements du monde à agir pleinement en faveur du sport – et de la reconnaissance de ce dernier – dans le cadre de la mise en œuvre de leur politique publique respective.

En guise de conclusion, Thomas Bach n’hésite pas à faire un parallèle historique, pour justifier et même encourager la rénovation d’un modèle olympique qu’il espère en lien étroit avec la société. Comme il l’explique ainsi :

Les Grecs de l’Antiquité, à qui nous devons les Jeux Olympiques, savaient déjà que chaque crise s’accompagne d’une opportunité.

Saisissons cette opportunité, dans un esprit d’unité et de créativité, pour sortir de cette crise encore plus forts qu’auparavant. Le monde de l’après-coronavirus aura besoin du sport et nous sommes prêts à contribuer à le façonner avec nos valeurs olympiques.

Thomas Bach, Président du Comité International Olympique (Crédits – CIO / Christophe Moratal)

Si la réflexion aujourd’hui apportée par Thomas Bach va contribuer à un débat large avec les membres du CIO, les Fédérations Internationales, les CNO et les Comités d’Organisation, force est de constater que le discours du Président de l’institution s’inscrit dans le temps long.

Une façon de préparer le CIO aux défis de demain bien sûr, mais certainement aussi une manière de préparer la gouvernance olympique qu’il entend encore incarner pour quatre années supplémentaires à compter de l’achèvement de son mandat actuel de huit ans débuté en 2013.

Avec l’Agenda 2020 et la Nouvelle Norme, Thomas Bach a engagé en peu de temps un bouleversement sans précédent pour la machine olympique qui doit à présent parvenir à s’insérer au mieux dans une société en mouvement, soumise à la pression d’une crise inédite du fait de son ampleur et des incertitudes qu’elle soulève.

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